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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Cimicaire élevée (Cimicifuga elata) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

L’effectif de la cimicaire élevée est limité à la fois par des facteurs biologiques intrinsèques et par le régime d’exploitation forestière en vigueur dans son aire de répartition. Ces deux facteurs conjugués font craindre pour la survie de l’espèce. 

La cimicaire élevée ne se rencontre qu’en petites populations parsemées. Or, les petites populations sont caractérisées par une faible variation génétique et risquent de disparaître. Par ailleurs, la cimicaire élevée attire beaucoup moins les pollinisateurs que certaines autres espèces, et, comme elle est moins butinée, son taux de reproduction est moins élevé. En outre, ses graines ne sont dispersées par aucun agent spécialisé. 

À ces facteurs biologiques s’ajoute la fragmentation croissante des forêts du Nord-Ouest, qui constituent l’habitat de l’espèce. Tous les sites connus de cimicaire élevée se trouvent dans des forêts aménagées. Le feu, les maladies des arbres et les autres phénomènes naturels qui ont pour effet de créer des percées dans le couvert forestier, probablement favorables à la floraison et à la dissémination de l’espèce, sont moins fréquents dans un peuplement aménagé que dans une forêt naturelle (anonyme, 1996). Les étendues plus ou moins grandes de coupe à blanc et les emprises routières, dans un peuplement aménagé, n’ont pas forcément le même effet sur l’espèce que les ouvertures présentes dans le couvert d’une forêt naturelle. Au bord des routes et dans les parterres de coupe, les plantes reçoivent beaucoup plus de lumière et bénéficient de la perturbation récente du sol minéral, conditions qui non seulement donnent des sujets plus vigoureux, mais favorisent également la floraison, la maturation des fruits et l’établissement des semis. Toutefois, si ces milieux sont plus favorables à l’établissement de l’espèce, ils sont par la suite sources de perturbations défavorables au recrutement, contrairement aux petites ouvertures naturelles du couvert forestier. En effet, les travaux d’entretien des bords de routes, comme le fauchage et la pulvérisation d’herbicides, peuvent réduire la production de graines et tuer les semis (Kaye et Kirkland, 1999).

Dans les parterres de coupe, la survie à court terme des sujets mûrs de l’espèce est menacée par la succession. Kaye et Kirkland (1994) ont constaté que la cimicaire élevée est absente des peuplements aménagés de 15 à 30 ans, ce qui a été confirmé en Colombie-Britannique par le Conservation Data Centre. Dans une des localités où la cimicaire élevée avait déjà été observée, les forêts ont été coupées à blanc il y a plusieurs années, et la structure du peuplement actuel ne semble pas favorable à l’espèce. Il est peu probable que l’espèce recolonise cet ancien habitat, vu son faible taux de reproduction et sa faible capacité de dispersion. La coupe à blanc peut aussi perturber les populations croissant sur des versants à forte pente, car elle perturbe la couverture morte et les horizons supérieurs du sol (Kaye et Kirkland, 1999). On a constaté aux États-Unis que les populations de cimicaire élevée poussant dans des zones complètement dénudées par la coupe à blanc ainsi qu’à l’orée ou à l’intérieur de peuplements éclaircis par la coupe sélective subissent davantage la pression du broutage.

La cimicaire élevée est à la fois favorisée et menacée par l’exploitation forestière; elle réagit favorablement à l’apport accru de lumière, mais elle est très certainement menacée par les premiers stades de la succession. Elle préférerait donc, aux grands parterres de coupe, les milieux où coexistent des forêts mixtes d’âge mûr, des peuplements de feuillus, de petites étendues coupées et des routes, formant une mosaïque de milieux très diversifiés, chacun favorable à l’un ou l’autre des stades du cycle de vie de l’espèce. La viabilité à long terme de la cimicaire élevée, même sous un régime optimal d’exploitation forestière, n’a toutefois pas été étudiée et demeure dans le domaine de l’inconnu.