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4. Menaces

4.1. Évaluation des menaces

Les sept espèces préoccupantes des dunes de l’Athabaska sont exposées à des menaces semblables. Par conséquent, ces menaces ne sont pas présentées séparément pour chaque espèce.

Tableau 5. Évaluation des menaces.
MenaceNiveau de préoccupationaÉtenduebOccurrencecFréquencedGravitéeCertitude causalef
Pollution
Retombées acidesMoyenGénéraliséeCourante/anticipéeContinueModéréeFaible-moyenne
Climat et catastrophes naturelles
Changement climatiqueMoyenGénéraliséeAnticipéeContinueModéréeMoyenne
Perturbation ou dommage
Activités récréatives et autres facteurs humains de perturbationFaibleLocaliséeCourante/anticipéeSaisonnièreFaibleFaible
Espèces ou génomes exotiques, envahissants ou introduits
Espèces exotiques envahissantesFaibleInconnue (aucune ne semble présente actuellement)AnticipéeInconnueInconnueFaible-moyenne
Utilisation des ressources biologiques
Cueillette de grainesFaibleLocaliséeHistorique, anticipéeRécurrenteFaibleFaible
Changements dans la dynamique écologique ou les processus naturels
Altération du régime hydrologiqueFaibleInconnueInconnueInconnueFaibleFaible

a Niveau de préoccupation – indique si la menace est, dans l’ensemble, une préoccupation de niveau élevé, moyen ou faible pour le rétablissement des espèces compte tenu de l’étendue, l’occurrence, la fréquence, la gravité et la certitude causale de la menace.
bÉtendue – indique si la menace est généralisée, localisée ou inconnue dans l’ensemble de l’aire de répartition des espèces.
cOccurrence – indique si la menace est historique (elle a contribué au déclin mais n’a plus d’incidence sur les espèces), courante (elle a actuellement une incidence sur les espèces), imminente (elle devrait prochainement avoir une incidence sur les espèces), anticipée (elle pourrait avoir une incidence sur les espèces dans l’avenir), ou inconnue.
dFréquence – indique si la menace a une occurrence unique, saisonnière (soit parce que les espèces sont migratrices ou que la menace n’a lieu qu’à un certain moment de l’année), continue(la menace se poursuit), récurrente (la menace a lieu de temps à autre, mais non sur une base annuelle ou saisonnière), ou inconnue.
eGravité – indique si le niveau de la gravité de la menace est élevé (un très grand effet sur l’ensemble de la population), modéré, faible, ou inconnu.
fCertitude causale– indique si les meilleures connaissances disponibles au sujet de la menace et de son impact sur la viabilité des populations sont de qualité élevée (les preuves établissement un lien causal entre la menace et les stress sur la viabilité des populations), moyenne (corrélation entre la menace et la viabilité des populations, opinion d’expert, etc.), ou faible (si la menace seulement présumée ou plausible).

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4.2. Description des menaces

Retombées acides

Au Canada, l’impact des retombées acides a été étudié de manière approfondie par le Service météorologique du Canada (2004). La plupart des signes d’impact appréciable sur les écosystèmes ont été observés dans l’est du pays, où coexistent des taux de pollution relativement élevés et de grandes superficies d’écosystèmes sensibles. Cependant, l’augmentation des émissions d’anhydride sulfureux (SO2) et d’oxydes d’azote (NOx) de diverses sources et notamment des installations d’exploitation des sables bitumineux de la région de Fort McMurray, en Alberta (environ 300 km au sud-ouest) font de plus en plus craindre un accroissement de l’impact des retombées acides dans le nord des provinces des Prairies (Whitfield et al., 2010). Une bonne partie du nord de la Saskatchewan présente des conditions géologiques qui la rendent sensible aux retombées acides, mais le Service météorologique du Canada (2004) a jugé que les données existant sur les taux de retombées et sur la sensibilité des écosystèmes sont insuffisantes pour qu’on puisse en évaluer l’impact.

Selon le Service météorologique du Canada (2004), l’effet le plus important des retombées acides sur les écosystèmes terrestres est une réduction de la fertilité des sols, imputable au lessivage des cations basiques. L’acidification des sols a également pour effet indirect d’accroître le prélèvement par les plantes de métaux tels que le fer et l’aluminium, qui peuvent ainsi atteindre des concentrations toxiques (Service météorologique du Canada, 2004). Pour que les retombées acides aient des effets directs appréciables sur les surfaces foliaires, il faudrait des taux de retombées qui se rencontrent rarement au Canada (Service météorologique du Canada, 2004). On peut évaluer l’impact potentiel des retombées acides en déterminant s’il y a dépassement de la charge critique (c.-à-d. charge en-deçà de laquelle les retombées ne causent aucun dommage appréciable aux composantes biologiques sensibles). La charge critique des sols dépend entre autres de leurs réserves de cations basiques. Elle est généralement très faible dans le bouclier précambrien, ce qui signifie que les sols de cette région peuvent être affectés par des taux relativement bas de retombées acides (Service météorologique du Canada, 2004). La firme WBK et Associates (2006) a produit des cartes montrant la répartition estimative des retombées acides dans les provinces des Prairies en 1995, 2000 et 2010 (projection) et a estimé que les retombées de soufre et d’azote sont relativement faibles dans la région du lac Athabasca par rapport aux autres régions des Prairies. Même si les retombées aériennes de cations basiques (ayant un effet neutralisant) étaient également faibles, la région a été placée, pour chacune des trois années étudiées, dans la catégorie d’apport acide possible (retombées acides moins retombées basiques) la plus basse, 0,00 – 0,10 keq H+/ha/an, ce qui est en-deçà de la charge critique estimée pour les sols sableux où croissent des forêts de pin gris en Alberta (Foster et al., 2001). La WBK and Associates (2006) a également comparé l’apport acide à la charge critique des sols, en Alberta seulement; dans le coin nord-est de cette province, non loin des dunes de l’Athabasca, on estime que les retombées acides ont à peine atteint 0 à 30 % de la charge critique, au cours des trois années. De même, Aherne (2008) a constaté que la plupart des unités de cartographie pédologique d’Alberta ont reçu des retombées acides inférieures à la charge critique. Cependant, Whitfield et al. (2010), en se fondant sur les plus récentes données sur les données atmosphériques et en ajustant selon les régions l’apport de cations basiques dû à l’altération superficielle, ont constaté que les retombées dépassaient déjà la charge critique dans plusieurs localités situées près des dunes de l’Athabasca. Les résultats antérieurs semblaient indiquer que les retombées acides n’étaient pas assez élevées pour soulever des préoccupations, mais les études plus récentes montrent au contraire qu’elles ont un impact appréciable sur les sols. De plus, l’expansion prévue de l’exploitation des sables bitumineux augmentera les retombées acides dans la direction du vent (Whitfield et al., 2010).

En Alberta, dans la région de Fort McMurray, où les retombées acides sont beaucoup plus fortes que plus au nord, le suivi de parcelles de végétation n’a permis de détecter aucun effet mesurable des retombées sur la santé des forêts (AGRA, 1999; AMEC, 2002 et 2003). Les sols sableux de ces parcelles avaient un faible pouvoir tampon, tout comme ceux des dunes de l’Athabasca. Malgré ces recherches, on ne connaît toujours pas les effets spécifiques des retombées acides sur les espèces endémiques à l’Athabasca. Dans le cas de l’arméria de l’Athabaska, les travaux préliminaires menés à l’Université de la Saskatchewan semblent indiquer qu’une acidification du substrat de germination des graines peut fortement nuire au taux de croissance racinaire de la plante (Lamb et al., 2011). Lamb et al. (2011) ont par ailleurs avancé que les retombées acides menacent sans doute aussi la deschampsie du bassin du Mackenzie, dont les graines germent généralement dans des sables dénudés, à la suite de pluies.

Changement climatique

La principale crainte que soulève le changement climatique pour les plantes est son effet sur les conditions de croissance. On peut supposer que les plantes endémiques sont adaptées aux gammes habituelles de température et d’autres paramètres climatiques de la région. En cas de réchauffement prononcé et rapide, tel que prédit, les espèces endémiques pourraient se retrouver de moins en moins adaptées. Cette menace vise bien sûr tout un éventail d’organismes, mais les plantes endémiques à l’Athabasca pourraient y être particulièrement sensibles, en raison de leur faible diversité génétique et de leur répartition restreinte. Deux cas ont été étudiés dans lesquels les espèces endémiques aux dunes présentaient une moins grande diversité que leurs espèces apparentées plus répandues : le saule silicicole (Salix silicicola) par rapport au saule feutré (S. alaxensis) (Purdy et Bayer, 1995a), et la deschampsie du bassin du Mackenzie (Deschampsia mackenzieana) par rapport à la deschampsie cespiteuse (D. cespitosa) (Purdy et Bayer, 1995b). Par contre, il a été constaté que l’achillée à gros capitules (Achillea millefoliumsubsp.megacephala) conservait une plus grande variabilité qu’un taxon apparenté plus répandu, l’achillée laineuse (A. millefolium subsp. lanulosa) (Purdy et Bayer, 1996). Les espèces à diversité génétique réduite risquent d’avoir une capacité réduite d’adapter leurs tolérances physiologiques à un climat plus chaud. Par ailleurs, la sensibilité des espèces aux modifications de leur habitat peut être accrue par la petite taille de sa population. Ainsi, comme leur répartition est très restreinte, elles ne peuvent pas compter sur l’immigration, en provenance du sud, d’écotypes déjà adaptés à un temps plus chaud. De plus, au nord de l’aire de répartition, il y a peu de dunes vives vers lesquelles pourraient migrer les populations existantes. Un réchauffement et un assèchement du climat pourraient créer de nouveaux milieux propices à l’espèce, si des dunes actuellement stabilisées par la végétation en venaient à redevenir vives, mais ce changement du climat pourrait aussi réduire la superficie déjà exiguë des creux interdunaires humides, que l’on croit importants pour l’établissement des espèces endémiques.

Un flux génique constant entre les espèces endémiques et les espèces répandues apparentées pourrait permettre aux espèces endémiques de surmonter cette restriction. Cependant, aucun flux génique n’est possible entre le saule silicicole et le saule feutré, dont les aires de répartition actuelles ne se chevauchent pas, ni entre la deschampsie du bassin du Mackenzie et la deschampsie cespiteuse, reproductivement isolées l’une de l’autre par le fait que la première est tétraploïde (quatre jeux de chromosomes) et la seconde, diploïde (deux jeux de chromosomes) (Purdy et al., 1994; Purdy et Bayer, 1995a et 1995b).

Le changement climatique futur pourrait aussi altérer le régime hydrologique du lac Athabasca et des cours d’eau qui y sont reliés en modifiant les précipitations, la fonte des neiges ou la création d’embâcles sur les rivières durant l’écoulement printanier (Leconte et al., 2006; Pietroniro et al., 2006; Toth et al., 2006), ce qui pourrait avoir un effet sur la mobilité ou la stabilité des dunes (voir sous la rubrique « Altération du régime hydrologique). Cependant, l’impact de ces changements sur le paysage dunaire dépendra de leur amplitude. En appliquant des scénarios climatiques comportant un doublement de la teneur en CO2 de l’atmosphère à un modèle hydrologique du système des rivières de la Paix et Athabasca, on ne modifie que de quelques dizaines de centimètres le niveau moyen du lac Athabasca, ce qui risque peu d’affecter la mobilité des dunes (Leconte et al., 2006; Pietroniro et al., 2006; Toth et al., 2006). Le changement climatique pourrait enfin modifier le régime des vents, ce qui pourrait influer sur la dynamique des dunes.

Activités récréatives et autres facteurs humains de perturbation

Dans les évaluations du COSEPACsur les espèces endémiques, on a mis l’accent sur la menace que constituent le piétinement et les autres formes de perturbation physique de l’habitat (Harms, 1998, 1999a, 1999b, 1999c, 1999d et 1999e; Argus, 1999a). Selon ces évaluations, les facteurs pouvant contribuer à cette menace sont les suivants :

  • Accroissement du tourisme, y compris les excursions d’écotourisme et les descentes en canoë des rivières William et MacFarlane, avec camping dans le parc provincial et randonnée dans les dunes. Le règlement du parc précise quels sites peuvent servir au camping et quelles activités sont tolérées dans les dunes, mais on ne sait pas dans quelle mesure ces règles donnent les résultats escomptés.
  • Accroissement des activités de recherche menées par les scientifiques ou le personnel du parc provincial.
  • Utilisation de véhicules tout-terrain par les résidants de la région du lac Athabasca, malgré le règlement l’interdisant, qui est peut-être impossible à faire appliquer.
  • Circulation d’embarcations de plaisance provenant de la région de Fort McMurray et empruntant la rivière Athabasca pour atteindre le lac Athabasca et le secteur des dunes (Bihun, 1998).
  • Existence d’une route d’hiver qui permet aux motoneigistes de la région de Cluff Lake, en Saskatchewan, d’atteindre l’extrémité ouest du parc provincial. La circulation de motoneiges dans les dunes risquerait de perturber les plantes endémiques ou leur habitat. On a déjà craint que cette route d’hiver soit transformée en route ouverte à l’année, mais cela est improbable, car on a construit une autre route donnant accès au lac Athabasca, depuis Points North Landing jusqu’à Stony Rapids, en Saskatchewan (Argus, 1999a).
  • Proximité de mines d’uranium situées en Saskatchewan. Des relevés géophysiques ont été effectués dans la région en 1997 et 1998 (Argus, 1999a). Si l’exploitation minière se révèle rentable, elle pourrait se faire jusqu’en bordure du parc provincial, c’est-à-dire tout près de dunes vives. La principale crainte que soulève le développement minier est l’accroissement du nombre de visiteurs parcourant les dunes. Cependant, dans le cas d’une entité organisée telle qu’une mine, il serait possible de limiter les déplacements des travailleurs à l’extérieur du site d’exploitation.
  • Incapacité des autorités à limiter l’accès, malgré le règlement, à cause d’un manque de personnel ou de ressources.
  • Risque d’affaiblissement de la volonté politique de protéger le parc provincial, en cas de pressions exercées par des intérêts liés à l’exploitation des ressources ou au tourisme.
  • Sensibilité des pavages de gravier à la perturbation. Dans ces milieux, les traces peuvent demeurer visibles pendant plusieurs années. La perturbation de la surface peut accroître l’érosion de ce type de milieu, qui est le plus important pour l’arméria de l’Athabasca.

Cependant, deux facteurs peuvent atténuer la gravité de la menace que constituent les activités récréatives et les autres facteurs humains de perturbation :

  • Les dunes se trouvent dans un endroit isolé, où il y a peu de visiteurs, car l’accès y est difficile et coûteux pour la plupart des gens. Les relevés menés en 2009 et 2010 n’ont permis de détecter que trois traces de véhicules tout-terrain. De plus, ces traces étaient relativement droites, ce qui laisse croire qu’il s’agissait de déplacements vers un point donné et non de virées pour le plaisir (Lamb et al., 2011). Aucun impact dû au camping ou à d’autres activités n’a été observé.
  • Les espèces endémiques sont des plantes adaptées à la perturbation. Les dunes qui constituent leur principal habitat sont par définition des substrats instables constamment perturbés par l’érosion éolienne naturelle. L’adaptation à ce milieu perturbé est d’ailleurs ce qui différencie ces espèces endémiques de leurs espèces apparentées plus répandues. La menace que constitue la perturbation par les visiteurs est donc moins grave qu’elle ne serait dans le cas d’espèces sensibles à la perturbation.

Espèces exotiques envahissantes

Les espèces exotiques envahissantes pourraient constituer une menace, mais rien n’indique qu’une telle menace existe à l’heure actuelle. Cependant, une des conséquences d’un accroissement de la fréquentation des dunes de l’Athabasca serait l’introduction de plantes exotiques envahissantes. Dans de nombreux biomes, des plantes exotiques ont fini par envahir les communautés végétales naturelles et y supplanter les espèces indigènes, mais on ne sait pas dans quelle mesure cela risque de se produire dans les dunes de l’Athabaska. Dans les biomes septentrionaux, des mauvaises herbes exotiques se rencontrent dans les milieux perturbés par les activités humaines, comme le bord des routes, mais on connaît peu de cas d’envahissement des communautés naturelles (Mosquin, 1997; Simberloff, 2001; Sumners et Archibold, 2007). La plupart des plantes envahissantes ne tolèrent pas l’ombre et se rencontrent donc davantage dans des milieux dégagés (y compris les plaines inondables, les brûlis et les parterres de coupe) que dans les forêts denses. L’envahissement des dunes de l’Athabasca ne serait évidemment pas limité par l’ombre. Dans les prairies du sud de la Saskatchewan, deux espèces introduites, l’agropyre à crête (Agropyron cristatum), une graminée fourragère, et l’euphorbe ésule (Euphorbia esula), une plante exotique envahissante à feuilles larges, ont envahi certaines dunes vives et ont menacé de les stabiliser (Godwin et Thorpe, 2006). À long terme, le changement climatique pourrait augmenter un tel risque dans le nord.

À l’heure actuelle, aucune plante exotique ne semble être envahissante dans les dunes de l’Athabasca (Lamb et Guedo, 2012). Durant les années 1970, dans le cadre d’une étude des dunes, le Saskatchewan Research Council a dressé une liste d’espèces incluant le pâturin des prés (Poa pratensis), qui peut être d’origine indigène ou exotique, et le chénopode blanc (Chenopodium album), une plante annuelle (Abouguendia et al., 1981). Les relevés de 2009 et 2010 n’ont permis de détecter aucune espèce potentiellement envahissante, ni dans les dunes, ni sur les plages du lac Athabasca (Lamb et Guedo, 2012). D’autres plantes exotiques ont été signalées dans les terrains perturbés de la région d’Uranium City, sur la rive nord du lac Athabaska, dont le brome inerme (Bromus inermis), le mélilot blanc (Melilotus alba), le trèfle blanc (Trifolium repens), le trèfle alsike (T. hybridum), la matricaire inodore (Matricaria maritima) et le pissenlit (Taraxacum officinale) (Harms, 1982). Les véhicules tout-terrain pourraient constituer des vecteurs pour l’introduction de ces plantes exotiques envahissantes dans les dunes, en transportant leurs graines dans la boue adhérant aux pneus. Les creux interdunaires humides sont sans doute les milieux les plus propices à l’établissement de plantes exotiques.

Cueillette de graines

Selon Argus (1998a), on s’intéresse à l’utilisation de plantes endémiques aux dunes pour la remise en état de sites d’exploitation des sables bitumineux. Des entreprises ont même prélevé des graines dans le parc provincial, ce qu’Argus jugeait incompatible avec la protection de ces espèces. Cette pratique est d’ailleurs interdite aux termes de la loi The Parks Act de la Saskatchewan. Cependant, la menace est atténuée par le fait que cette pratique viserait sans doute de petites quantités de graines destinées à la multiplication, et non de grandes quantités destinées à une utilisation directe. Menges et al. (2004) avancent que la cueillette de 10 % des graines d’une population, une fois tous les 10 ans, laisse à cette population une probabilité de persistance de 95 %, dans le cas de plupart des plantes vivaces.

Altération du régime hydrologique

La menace que constitue l’altération du régime hydrologique pour les dunes de l’Athabasca semble être une des principales craintes soulevées dans le cadre de l’étude menée par le Saskatchewan Research Council durant les années 1970 (Abouguendia et al., 1981). Selon David (1981), l’étendue des dunes vives, dans la région du lac Athabasca, dépend de la hauteur de la nappe phréatique, car la saturation en eau a un effet stabilisateur sur les dunes. La hauteur de la nappe phréatique dépend à son tour du niveau du lac Athabasca, dont les eaux sont en quelque sorte un prolongement de l’aquifère se trouvant à faible profondeur sous les dunes. Par conséquent, une hausse du niveau du lac favoriserait la stabilisation des dunes. Cet effet serait particulièrement prononcé dans les secteurs renfermant déjà une faible proportion de dunes vives, en raison de leur nappe phréatique peu profonde, alors que les grandes dunes de la rivière William seraient peu touchées, parce qu’elles sont situées à une altitude plus élevée (David, 1981). Une élévation de la nappe phréatique aurait pour effet d’inonder les creux interdunaires, d’accroître la proportion de milieux hydriques[2] et mésiques[3] et de réduire celle de milieux xériques[4] (Abouguendia et al., 1981). Une baisse du niveau du lac accroîtrait progressivement la mobilité des dunes (David, 1981), ce qui augmenterait la superficie d’habitat disponible pour les espèces des dunes vives (Abouguendia et al., 1981). Cependant, Argus (1998) fait valoir que la réduction connexe des creux interdunaires humides priverait les plantes endémiques de milieux de germination importants. Abouguendia et al. (1981) avancent que la pire situation serait une alternance de hausses et de baisses du niveau du lac, qui créerait des conditions instables réduisant à la fois la couverture végétale et la diversité en espèces. Argus (1998) estime enfin que les ouvrages de retenue aménagés sur les rivières alimentant le lac Athabasca pourraient avoir un effet nuisible, notamment en augmentant l’érosion des rives.

Le niveau du lac Athabasca est régi par les relations hydrologiques complexes caractérisant le delta des rivières de la Paix et Athabasca, à l’extrémité ouest du lac. Si le niveau de la rivière de la Paix est bas, les eaux du lac s’écoulent librement dans cette direction; si le niveau de la rivière est haut, cet écoulement est impossible, et le niveau du lac monte. Depuis 1968, le débit de la rivière de la Paix est régularisé par le barrage Bennett, dans le nord de la Colombie-Britannique, et on a déjà soupçonné que cette régularisation faisait baisser le niveau moyen du lac. Cependant, l’étude d’une série temporelle allant de 1934 à 1996 a révélé que le niveau maximal annuel du lac a toujours fluctué (avec une amplitude d’environ 3 mètres), avant comme après la construction du barrage (Prowse et al., 2006). Dans le pire des cas, le barrage a pu avoir un certain effet modérateur sur ces fluctuations (Prowse et al., 2006), ce qui atténue les craintes soulevées par les hausses et baisses de niveau.

Des études paléolimnologiques portant sur une période beaucoup plus longue ont révélé que le niveau du lac Athabasca était relativement bas au cours de la période de sécheresse survenue vers la fin du Moyen Âge, soit de 1100 à 1600, qu’il était relativement haut durant le « petit âge glaciaire » (de 1600 à 1900), et qu’il a baissé à nouveau au cours du 20e siècle (Wolfe et al., 2008; Sinnatamby et al., 2009). Ces auteurs avancent même que les changements de niveau causés par l’évolution naturelle du climat éclipsent tout effet qu’aurait pu avoir la construction du barrage. D’ailleurs, la persistance des plantes endémiques dans les dunes malgré les variations naturelles de niveau survenues au cours des siècles tend à atténuer les craintes que peuvent soulever les effets éventuels de la régularisation des cours d’eau.

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5. Objectif de gestion

Chez les plantes endémiques des dunes de l’Athabasca, la petite taille des populations est principalement due au fait qu’elles sont confinées à des milieux de petite superficie. Rien n’indique que ces populations aient subi un déclin de leur zone d’occupation ou de leur effectif. Comme elles sont situées dans une région isolée et donc peu touchée par les activités humaines, elles sont principalement limitées par des processus naturels. Plusieurs menaces ont été relevées, mais la plupart demeurent potentielles ou hypothétiques, car rien n’indique concrètement qu’elles aient actuellement un impact sur les populations.

Dans ce contexte, l’objectif de gestion sera de maintenir la densité actuelle (selon les données du tableau 3) et la zone d’occupation actuelle (selon les données du tableau 4) des populations de chacune des sept espèces préoccupantes. L’atteinte de cet objectif sera évaluée au moyen d’un nouveau relevé visant les mêmes transects que les relevés de 2009 et 2010, ou d’un relevé d’intensité semblable, et toute diminution statistiquement significative de la densité ou de la zone d’occupation signifierait que l’objectif n’a pas été atteint.

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6. Stratégies générales et mesures de de conservation

6.1. Mesures achevées ou en cours

La principale mesure provinciale entreprise pour protéger ces plantes (ainsi que d’autres valeurs de leur écosystème) a été la création du parc provincial Athabaska Sand Dunes, en 1992. Ce parc inclut la presque totalité de l’aire de répartition connue des sept espèces préoccupantes. Dans le cadre du système de parcs provinciaux de la Saskatchewan, il est classé « parc sauvage » ( wilderness park) et doit donc principalement servir à la préservation de paysages dans leur état naturel ainsi qu’à la pratique d’activités récréatives de plein air compatibles avec cette vocation (Bihun, 1998; Parks Branch, 1988). Les plantes endémiques ainsi que les autres espèces sauvages se trouvant à l’intérieur du parc sont protégées aux termes du règlement The Parks Regulations, 1991.

Une stratégie de gestion préliminaire a été élaborée pour le parc provincial durant les années 1990 (Bihun, 1998) et est toujours appliquée par le gouvernement de la Saskatchewan. La stratégie comporte notamment une liste des plantes endémiques ainsi que des dunes vives, chenaux anastomosés, pavages désertiques et autres éléments particuliers que la création du parc visait à protéger. La stratégie décrit également des mesures visant spécifiquement à limiter l’impact des visiteurs et à protéger le parc contre les perturbations d’origine humaine.

Les espèces endémiques à l’Athabasca ont fait l’objet d’un relevé quantitatif en 2009 et 2010, dans le cadre d’une collaboration entre le ministère du Tourisme, des Parcs, de la Culture et des Sports de la Saskatchewan, le ministère de l’Environnement de la Saskatchewan, Environnement Canada et l’Université de la Saskatchewan. Les résultats de ce relevé ont été analysés et publiés par Lamb et al. (2011), qui indiquent les lieux où chacune des espèces a été observée ainsi que la densité de leurs populations dans chaque type de milieu. Ces résultats constituent une excellente base de référence pour un suivi futur.

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6.2. Stratégies générales

Stratégie 1 : Élaborer et mettre en œuvre une stratégie de suivi des changements éventuels de la zone d’occupation et de l’effectif des populations ainsi que des menaces liées aux perturbations d’origine humaine et aux espèces exotiques envahissantes. Il n’existe actuellement aucune information sur les tendances de la zone d’occupation et de l’effectif des plantes endémiques de l’Athabasca. Les relevés de 2009 et 2010 (Lamb et al., 2011) fournissent des données quantitatives de référence pour l’élaboration d’un plan de suivi des changements.

Stratégie 2 : Combler les lacunes existant dans les connaissances sur l’écologie de ces espèces, sur les caractéristiques biophysiques et la superficie de leur habitat ainsi que sur la gravité et la certitude causale des diverses menaces. Voir à cet égard les priorités de recherche énoncées par Lamb et al. (2011).

Stratégie 3 : Gérer le parc provincial Athabasca Sand Dunes de manière à assurer la conservation des sept espèces et le maintien de leur habitat. Dans les divers rapports sur les espèces endémiques à l’Athabasca, on recommandait des mesures de conservation telles qu’une réglementation et un contrôle des déplacements des visiteurs et une interdiction des véhicules tout-terrain (Argus, 1999a; Harms, 1998, 1999a, 1999b, 1999c, 1999d et 1999e). De telles mesures figuraient déjà dans la stratégie de gestion préliminaire du parc (Bihun, 1998). Dans ces rapports précités, on recommandait également de protéger une bande tampon autour du parc, surtout au sud des dunes de la rivière William, afin de prévenir le développement minier ou récréatif (Argus, 1999a; Harms, 1998, 1999a, 1999b, 1999c, 1999d et 1999e); dans la stratégie de gestion du parc provincial, on recommandait plutôt d’agrandir le parc à cette fin (Bihun, 1998).

Stratégie 4 : Sensibiliser les décideurs aux menaces que constituent les retombées acides et le changement climatique. Ces menaces échappent au contrôle des organismes chargés de la gestion des espèces en péril. Cependant, aux niveaux plus élevés de la hiérarchie gouvernementale, on élabore actuellement des politiques contre ces menaces. Si les recherches produisent des données plus spécifiques sur les menaces que ces facteurs constituent pour les espèces endémiques à l’Athabasca, cette information peut éclairer les décideurs, et elle doit leur être communiquée.

Stratégie 5 : Mener une campagne de sensibilisation auprès des résidants de la région, des groupes de visiteurs et du public en général sur les espèces préoccupantes. Le public a besoin d’être informé sur les espèces endémiques à l’Athabasca, et ce besoin touche tout particulièrement les gens de la région du lac Athabasca, les touristes et les entreprises d’écotourisme. Il est peu probable que l’application de règlements soit suffisante pour protéger ces espèces, car le gouvernement dispose de ressources limitées dans la région. Il est donc particulièrement important que les gens de la région soient convaincus de la nécessité de protéger ces espèces et leur habitat et que les visiteurs, y compris les chercheurs, les écotouristes et les canoteurs, comprennent eux aussi la valeur de ces espèces et des milieux fragiles qu’elles occupent (notamment les pavages de gravier) ainsi que l’impact que peut avoir le passage de visiteurs, même s’il est de courte de durée.

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6.3. Mesures de conservation

 
Mesure de conservationPrioritéMenace ou préoccupation abordéeÉchéance
Stratégie 1. Suivi
1.1 Sélectionner pour le suivi à long terme un sous-ensemble parmi les transects de 250 m ayant servi aux relevés sur les populations menés en 2009 et 2010.MoyenneLacunes dans les connaissances2013
1.2 Utiliser ces transects pour évaluer à intervalles de dix années l’effectif des espèces désignées aux termes de la LEP.MoyenneLacunes dans les connaissancesMesure permanente
1.3 Continuer de manière opportuniste à signaler les traces de véhicules tout-terrain présentes dans le parc provincial.MoyenneActivités récréatives et autres facteurs humains de perturbationMesure permanente
1.4 Continuer de manière opportuniste à signaler les occurrences de plantes exotiques dans le parc provincial.FaibleEspèces exotiques envahissantesMesure permanente
Stratégie 2 : Comblement des lacunes dans les connaissances
2.1 Cartographier les types de milieux présents dans les dunes et calculer la superficie de chacun.ÉlevéeLacunes dans les connaissances2013-2017
2.2 Étudier les tendances de la stabilisation et de la remise en mouvement des dunes, à l’aide de données de télédétection.MoyenneLacunes dans les connaissances2013-2017
2.3 Évaluer l’impact des retombées acides sur les sols des dunes de l’Athabasca.MoyenneRetombées acides2013-2017
2.4 Évaluer la capacité des plantes endémiques à s’adapter aux hausses de température.FaibleChangement climatique2013-2017
2.5 Examiner les mentions non confirmées de plantes préoccupantes à l’extérieur du parc provincial Athabasca Sand Dunes.FaibleLacunes dans les connaissances2013-2017
Stratégie 3 : Gestion du parc provincial
3.1 Maintenir la désignation et la gestion du parc à titre de « parc sauvage ».ÉlevéeActivités récréatives et autres facteurs humains de perturbationMesure permanente
3.2 Poursuivre les mesures décrites dans la stratégie de gestion préliminaire du parc (Bihun, 1998) qui visent à limiter le nombre et l’impact des visiteurs.ÉlevéeActivités récréatives et autres facteurs humains de perturbationMesure permanente
3.3 Examiner les pratiques de gestion du parc reliées à la protection des espèces désignées aux termes de la LEP et y apporter toute modification requise à la lumière des nouvelles données issues des travaux de recherche ou de suivi (p. ex. augmentation de la circulation de véhicules tout-terrain), au moins tous les 5 ans.FaibleActivités récréatives et autres facteurs humains de perturbationMesure permanente
3.4 Assurer l’application et le suivi des règles concernant la délivrance de permis pour la cueillette de graines ou autre matériel végétal des espèces désignées aux termes de la LEP et limiter à un niveau durable le volume de cueillette autorisé par les permis.FaibleCueillette de grainesMesure permanente
3.5 Maintenir la politique de ne pas combattre les incendies de forêt dans la région du parc.MoyenneMaintien de l’habitat pour répondre aux besoins des espècesMesure permanente
3.6 Si les résultats du suivi des espèces exotiques le justifient, concevoir un programme de lutte contre toute plante exotique envahissante.FaibleEspèces exotiques envahissantesInconnue, future
Stratégie 4 : Sensibilisation relative aux menaces que constituent les retombées acides et le changement climatique
4.1 Si des recherches révèlent que les retombées acides ont des effets nuisibles sur les espèces endémiques à l’Athabasca, communiquer cette information aux décideurs des gouvernements fédéral et provincial.FaibleRetombées acidesInconnue, future
4.2 Si des recherches révèlent que le changement climatique a des effets nuisibles sur les espèces endémiques à l’Athabasca, communiquer cette information aux décideurs des gouvernements fédéral et provincial.FaibleChangement climatique et altération du régime hydrologiqueInconnue, future
Stratégie 5 : Sensibilisation du public
5.1 Continuer de consulter la Première Nation dénésuline de Fond du Lac sur la gestion du parc provincial.ÉlevéeActivités récréatives et autres facteurs humains de perturbationMesure permanente
5.2 Préparer du matériel éducatif sur les espèces désignées aux termes de la LEP, à l’intention des écoles des régions septentrionales.MoyenneActivités récréatives et autres facteurs humains de perturbation2013-2015
5.3 Mobiliser les gens de la région, y compris les enseignants, pour qu’ils participent aux relevés sur les espèces désignées aux termes de la LEP.MoyenneActivités récréatives et autres facteurs humains de perturbation2013-2015, puis mesure permanente
5.4 Préparer du matériel éducatif et des codes de conduite visant la protection des espèces désignées aux termes de la LEP et distribuer ce matériel aux personnes visitant le parc à des fins scientifiques ou récréatives (chercheurs, écotouristes, canoteurs).MoyenneActivités récréatives et autres facteurs humains de perturbation2013-2015

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7. Mesure des progrès

L’indicateur de rendement décrit ci-dessous servira à établir et à mesurer les progrès réalisés vers l’atteinte de l’objectif de gestion. Le succès de la mise en œuvre du présent plan de gestion sera évalué tous les cinq ans, selon l’indicateur de rendement suivant :

  • la densité et la zone d’occupation actuelles de la population a été maintenue pour chacune des sept espèces préoccupantes.

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