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CHOUETTE TACHETÉE DU NORD (Strix occidentalis caurina)

6. Identificationde l’habitat

6.1 Habitat général

La Chouette tachetée utilise un large éventail de types d’habitat et de structures de peuplement forestier dans l’ensemble de son aire de répartition (USDI, 1992). Elle choisit vraisemblablement son habitat en fonction de l’abondance et de l’accessibilité des proies, de la présence de structures de nidification et de perchoir, et du couvert nécessaire à sa thermorégulation et à sa protection contre les prédateurs et le mauvais temps (Barrows et Barrows, 1978; Forsman et al., 1984; Carey et al., 1992; Hanson et al., 1993; Forsman et Giese, 1997). En général, la Chouette tachetée est étroitement associée aux forêts de conifères inéquiennes, matures et anciennes, pluriétagées et constituées de multiples essences, comptant un grand nombre de gros arbres difformes (cimes brisées, branches déformées, profondes cavités) et de gros chicots, de même que d’importantes accumulations de gros débris ligneux au sol, et dont le couvert est assez ouvert pour permettre à l’oiseau de voler à l’intérieur et en dessous (Forsman et al., 1984; Thomas et al., 1990; USDI, 1992).

La structure de la forêt est une variable plus fiable que l’âge réel de la forêt pour définir l’habitat convenable de la Chouette tachetée. L’espèce utilise parfois des forêts relativement jeunes (moins de 100 ans) contenant des éléments résiduels de peuplements antérieurs (p. ex. des chicots, des arbres à valeur de conservation), alors qu’elle n’utilise que de façon marginale, sinon pas du tout, d’autres peuplements du même âge, mais dépourvus d’éléments résiduels (Buchanan et al., 1999). En général, l’habitat de haute qualité, en Colombie-Britannique, serait situé dans les forêts de plus de 140 ans et l'habitat de qualité moyenne, dans celles de 100 à 140 ans (SOMIT, 1997a,b).

Dans son aire de répartition du sud-ouest de la zone continentale de la Colombie-Britannique, la Chouette tachetée se rencontre dans les zones biogéoclimatiques côtière à pruche de l’Ouest (CWH) et du douglas taxifolié de l’intérieur (IDF), et dans le prolongement inférieur des zones à pruche subalpine (MH), et à épinette d’Engelmann et sapin subalpin (ESSF) (Meidinger et Pojar, 1991; SOMIT, 1997a). À l’intérieur de cette région, l’habitat de la Chouette tachetée passe d’un écosystème maritime humide, dans le sud-ouest, à un écosystème submaritime sec, dans le nord-est (SOMIT, 1997a; voir l’annexe 5). La limite altitudinale de l’habitat convenable de la Chouette tachetée serait à une altitude variant entre moins de 1 370 m et 1 500 m, selon l’endroit.

Peu de recherches ont été faites sur les exigences de la Chouette tachetée en matière d’habitat en Colombie-Britannique. La plupart des définitions de l’habitat dans la province ont été extrapolées à partir d’études réalisées dans l’État de Washington (SOMIT, 1997a).

 

6.2 Habitat essentiel

La Loi sur les espèces en péril (LEP) du gouvernement fédéral définit l’habitat essentiel comme« [l]’habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d’une espèce sauvage inscrite… » (LEP, 2003). Conformément à la LEP, des études doivent être effectuées pour définir et décrire l’habitat essentiel. Ces études doivent faire état des définitions de l’habitat convenable (nidification, perchoir, alimentation et dispersion), élaborer des modèles de la disponibilité de l’habitat, et évaluer la superficie et la configuration spatiale de l’habitat nécessaire pour rétablir l’espèce. Les normes provinciales relatives à la Chouette tachetée donnent la définition de substitution suivante de l’habitat de nidification, de perchoir et d’alimentation : des peuplements forestiers de plus de 100 ans dominés par des arbres de plus de 19 m et situés à une altitude variant entre moins de 1 370 à 1 500 m, selon l’endroit (SOMIT, 1997a).

L’équipe de rétablissement n’a pas encore défini la superficie et la distribution spatiale de l’habitat essentiel de la Chouette tachetée. Le Plan d’action pour l’habitat définira la superficie et la distribution spatiale nécessaires au rétablissement de la population en Colombie-Britannique. Au cours de l’élaboration des plans d’action pour le rétablissement de l’espèce, l’équipe a formulé des recommandations de gestion provisoires visant à mieux cerner les options qui s’offrent pour planifier le rétablissement (annexe 1). Bien qu’on n’ait pas encore arrêté de définition finale et complète de l’habitat essentiel, celui-ci comprend manifestement plusieurs composantes, dont certaines sont déjà connues. En conséquence, l’équipe de rétablissement estime qu’il faut recourir à une définition partielle de l’habitat essentiel, qui donne une idée sommaire des besoins minimaux de l’espèce en matière d’habitat de survie. Ce dernier habitat est défini comme l’habitat présentant les caractéristiques minimales de superficie et de répartition nécessaires pour maintenir la taille actuelle de la population (GUIRR, 2003). Vu le nombre extrêmement faible de Chouettes tachetées encore présentes en Colombie-Britannique et le risque de disparition auquel pourrait être exposée l’espèce avant même la mise en œuvre des plans d'action de rétablissement, il serait prudent de considérer comme habitat essentiel tout l’habitat convenable situé à l’intérieur des centres d’activités à long terme (Long-term Acivity Centers)(voir la section 18.1.3) actuellement occupés. Cette proposition se fonde sur le fait que, pour rétablir l’espèce, il sera capital de préserver tous les oiseaux connus, et qu’il est plus que probable que l’habitat convenable situé dans ces territoires fera partie de l’habitat essentiel désigné. Cette définition partielle de l’habitat essentiel devrait être étendue à tous les sites connus actuellement occupés par l’espèce ainsi qu’à tous les sites nouvellement découverts durant la planification du rétablissement. À cette fin, et à cette fin seulement, l’expression « sites actuellement occupés » désigne les sites occupés par des Chouettes tachetées (en couples ou seules) durant la saison de reproduction actuelle ou la saison précédente immédiate. Cette définition s'appuie sur l'hypothèse que des inventaires bien conçus et scientifiquement rigoureux sont effectués.

En attendant que l’habitat essentiel soit entièrement défini, aux fins de la planification et de la gestion, l’habitat devrait être caractérisé selon la définition de substitution de l’habitat convenable (SOMIT, 1997a). Dans les cas où la présence d’une Chouette tachetée est confirmée dans un site ne répondant pas à cette définition, le site en question doit être considéré comme un habitat convenable pour l’espèce. Cette définition partielle, fondée sur les meilleurs renseignements disponibles à l’heure actuelle, est conforme à l’approche de précaution définie dans l’Accord pour la protection des espèces en péril de 1996, signé par les provinces (in GUIRR, 2003).

6.2.1 Habitat de nidification

La Chouette tachetée ne construit pas son propre nid, mais dépend de sites de nidification naturels ou déjà aménagés. Parmi les sites de nidification figurent les cimes brisées d'arbres, les cavités dans les arbres, les nids abandonnés de rapaces, les « balais » formés par le faux-gui et les accumulation de débris dans des amas de branches (Forsman et al., 1984; Dawson et al., 1986). Elle niche surtout dans des arbres de fort diamètre (p. ex. plus de 50 cm dhp). En Oregon, la plupart des nids sont aménagés dans des cavités d'arbres (64 %), et le reste sur des plateformes constituées par des cimes brisées (Forsman et al., 1984). Dans l’État de Washington, l’espèce niche en général dans les cavités à l’ouest de la crête de la chaîne des Cascades, (Forsman et Geise, 1997), tandis qu’elle utilise davantage les plateformes et les nids de faucon abandonnés dans la région plus sèche de l’intérieur de l’État (Buchanan et al., 1993). En Colombie-Britannique, en 2002, deux nids ont été trouvés à l’est de la chaîne des Cascades, dans la partie inférieure des cimes de douglas taxifoliés, l’un dans le nid abandonné d’un Autour des palombes et l’autre dans le nid abandonné d’une Buse à queue rousse ou d’un Grand Corbeau (Hobbs, 2002).

Comme l’espèce utilise une variété d’arbres pour nicher en Amérique du Nord, on peut penser, dans une certaine mesure, que la présence de structures particulières (p. ex. des cavités ou des plateformes) est plus importante que l’essence d’arbre dans le choix du site de nidification (Forsman et Giese, 1997). En Colombie-Britannique, on a trouvé des nids de Chouettes tachetées dans des cavités de thuya géant (Thuja plicata) et de pruche de occidentale (Tsuga heterophylla) vivants, de même que dans des cavités de douglas (Pseudotsuga menziesii) morts ou vivants (C. Lenihan, comm. pers.). Les couples peuvent réutiliser le même nid année après année, ou utiliser des sites différents (Gutiérrez et al., 1995).

6.2.2 Habitat d’alimentation

L’habitat d’alimentation de la Chouette tachetée est caractérisé par un haut degré de fermeture du couvert et des structures forestières complexes (Gutiérrez et al., 1995). Les chouettes concentrent en général leurs activités de recherche de nourriture dans les peuplements anciens ou inéquiens composés d’arbres matures et âgés, mais leur habitat d’alimentation est plus varié que leur habitat de nidification ou de perchoir (Thomas et al., 1990). D’après des études de télémétrie réalisées en Oregon et dans l’État de Washington, les forêts anciennes constituent, pour cette espèce, un habitat de prédilection pour s'alimentation et se percher. Les peuplements matures se sont révélés moins convenables que les forêts anciennes, tandis que les jeunes peuplements fournissent un habitat marginal et les zones de coupe à blanc sont inappropriées (Thomas et al., 1990). Les études de télémétrie effectuées en Oregon indiquent que la forêt ancienne est le seul type de peuplement choisi pour l’alimentation et le repos de façon disproportionnée par rapport à sa disponibilité dans le paysage (1,5 fois plus) (Forsman et al., 1984; Carey et al., 1990; Carey et al., 1992).

Bien qu’on ignore si les écureuils volants préfèrent les forêts anciennes aux forêts de seconde venue de 80 ans en Colombie-Britannique (Ransome et Sullivan, 2003), la Chouette tachetée cherche surtout sa nourriture dans les peuplements très âgés (Hamer et al., 1989; Forsman et al., 1984; Carey et al., 2002). Ce comportement est vraisemblablement attribuable aux caractéristiques structurelles de ces peuplements, comme le couvert pluriétagé, qui permet à l’oiseau d’assurer sa thermorégulation, et l’ouverture, qui facilite l’accès aux proies.

Dans l’État de Washington, les domaines vitaux annuels médians des couples de Chouette tachetée étaient plus vastes dans les forêts humides de l’ouest (3 321 ha, 67 % de l’habitat convenable) que dans les forêts sèches de l’est (2 675 ha, 71 % de l’habitat convenable; Hanson et al., 1993). D’autres études menées au Washington ont fait état de domaines vitaux de 2 100 à 4 000 ha (recensées dans Gutiérrez et al., 1995). Les estimations préliminaires de la superficie du domaine vital, établies au moyen d’études de télémétrie, en Colombie-Britannique semblent concorder avec celles de l'État de Washington (Blackburn et Godwin, 2003). L’étendue des domaines vitaux utilisés par la Chouette tachetée pourrait être une réponse à la faible densité de la principale proie de l’espèce et à l’étendue d’habitat nécessaire pour lui permettre de trouver assez d’aliments pour subsister (Carey et al., 1992).

6.2.3 Habitat de perchoir

Dans les États de Washington et de l’Oregon, les sites de perchoir se trouvent surtout (88 %) dans les vieux peuplements (Carey et al., 1992), et sont généralement situés dans des secteurs de végétation relativement dense où le couvert forestier élevé est fermé et pluriétagé. En été, les perchoirs sont habituellement dans des endroits frais ombragés, dans le tiers inférieur des pentes (Blakesley et al., 1992). Les chouettes réagissent aux variations de températures en se déplaçant à l’intérieur du couvert pour trouver des microclimats favorables (Barrows, 1981). Le choix des sites de perchoir varie ainsi selon la saison, la fraîcheur (orientation au nord, au nord-est et à l’est) étant plus recherchée en été, et le chaleur (orientation au sud et au sud-ouest) au printemps et à l’automne (Carey et al., 1992). Forsman (Stan Sovern, comm. pers.) a observé que, à l’est des Cascades, certaines chouettes montent sur les crêtes supérieures en hiver (apparemment) pour échapper à l’air froid piégé dans les bassins de drainage.

6.2.4 Habitat de dispersion

En Colombie-Britannique, la Chouette tachetée a évolué dans un paysage composé de vastes superficies d’habitat forestier structurellement complexes. Mais comme ce paysage a changé, les conditions de dispersion de l’espèce dans le paysage ont également changé. La qualité de l’habitat de dispersion présent dans le paysage est vraisemblablement un facteur important pour la survie des oiseaux en dispersion (voir la section 4.1.3). De toute évidence, le processus de dispersion varie selon que les conditions sont bonnes ou mauvaises. Les facteurs liés à l’habitat qui influencent les conditions de dispersion englobent à la fois des caractéristiques au niveau du peuplement (p. ex. abondance des chicots, fermeture du couvert, présence de gros débris ligneux) et des caractéristiques au niveau du paysage (quantité et distribution de l’habitat, topographie, présence et types d’obstacles). On sait que les grandes vallées non boisées font obstacle à la dispersion dans l’ouest de l’Oregon, entre la chaîne Côtières et la chaîne des Cascades, mais la dispersion entre ces deux chaînes existe dans certains vastes contreforts boisés (Forsman et al., 2002a). Bien que les chouettes en dispersion utilisent une mosaïque fragmentée de forêts inéquiennes, de zones de coupe à blanc et de secteurs non boisés (Forsman et al., 2002a), on ne possède aucune information sur les conditions minimales nécessaires à la dispersion. Plusieurs définitions de l’habitat de dispersion ont été élaborées (au niveau du peuplement comme à celui du paysage), mais aucune n’a été évaluée (J. Buchanan, obs. pers.). Une évaluation d’un paysage de dispersion simulé réalisée dans une forêt industrielle privée de l’État de Washington a permis de déterminer un certain nombre de conditions qui nuisent vraisemblablement à la dispersion (WFPB, 1996).

 

6.3 Protection de l’habitat

En Colombie-Britannique, la plus grande partie de l’habitat de la Chouette tachetée se trouve sur des terres situées dans des forêts de la Couronne provinciale et dans des zones protégées. Le Plan de gestion de la Chouette tachetée assure la protection de l’espèce dans les circonscriptions forestières de Chilliwack et de Squamish. Comme on ne connaissait pas l’étendue de l’aire de répartition de l’espèce dans la circonscription forestière des Cascades lorsque le plan a été approuvé en 1997 (SOMIT, 1997a), la circonscription n’a pas été incluse dans le plan original.

Dans les circonscriptions forestières de Chilliwack et de Squamish, on compte actuellement environ 1 170 000 ha de zone boisée qui possède les caractéristiques adéquates pour soutenir la Chouette tachetée (MSRM Database, 2003). Les forêts adéquates englobent à la fois des habitats actuellement convenables et d'autres qui ne le sont pas encore, mais qui pourraient le devenir avec le temps. Sur la superficie totale de forêt adéquate actuelle, environ 33 % se trouvent dans des secteurs visés par le plan de gestion, soit 16 % (184 000 ha) dans des zones protégées, 13 % (152 700 ha) dans des forêts de la Couronne (dans des zones de gestion des ressources [Resource Management Zones – RMZs]) et 4 % (46 200 ha) dans des bassins hydrologiques du District régional de Vancouver (DRV) (figure 4). Ces trois zones administratives sont désignées comme des zones spéciales de gestion des ressources (Special Resource Management Zones [SRMZ]) en vertu du plan de gestion. Dans les zones protégées et le DRV, les forêts sont en général gérées conformément au plan de gestion de façon à maintenir à long terme 100 % de la superficie sous forme d’habitat convenable pour l’espèce; dans 15 des 17 zones de gestion des ressources (141 100 ha) situées sur des terres de la Couronne, les forêts sont gérées sont de façon à maintenir à long terme 67 % de la superficie sous forme d’habitat convenable. Les deux autres zones de gestion des ressources (soit environ 11 600 ha) ne sont actuellement pas soumises au plan de gestion de la Chouette tachetée, mais pourraient l’être à l’avenir. Dans des portions importantes de ces trois zones administratives, les objectifs de sauvegarde de l’habitat n’ont pas été atteints et demanderont plusieurs autres décennies de croissance forestière.

Figure 4. Superficie totale et réelle de forêt adéquate gérée aux termes du Plan de gestion de la Chouette tachetée dans les trois zones administratives des circonscriptions forestières de Chilliwack et de Squamish.

Figure 4. Superficie totale et réelle de forêt adéquate gérée aux termes du Plan de gestion de la Chouette tachetée dans les trois zones administratives des circonscriptions forestières de Chilliwack et de Squamish.

Dans les circonscriptions forestières de Chilliwack et de Squamish, environ 939 800 ha de superficie boisée adéquate se trouvent dans des forêts de la Couronne, dont 477 300 ha (51 %) sont considérés comme « contribuant » au territoire de base récoltable (Timber Harvesting Land Base [THLB]), c.‑à‑d. comme des terres sur lesquelles on pourrait extraire des ressources forestières. Les zones de gestion des ressources pour la Chouette tachetée chevauchent 81 800 ha (17 %) de la superficie contribuant au territoire de base récoltable, dont 36 900 ha (45 %) se trouvent dans la zone de gestion forestière (Forest Management Area) visée par le plan de gestion, où l’on pourrait extraire de forts volumes (coupes à blanc accompagnées d’une certaine conservation structurelle). Les 44 900 ha (55 %) restants se trouvent dans des zones d’habitat à long terme de la chouette (Long-term Owl Habitat Ares) prévues par le plan de gestion, où l’on pourrait extraire de faibles volumes (environ un tiers du volume) pour créer et/ou améliorer l’habitat convenable. Sur le reste des terres du territoire de base récoltable situées hors des zones de gestion des ressources, les forêts sont aménagées de façon à intégrer l’extraction des ressources aux autres valeurs de ces ressources (p. ex. zones de gestion des vieux peuplements [Old Growth Management Areas]), ce qui profite à la Chouette tachetée surtout en lui procurant un habitat de dispersion.

En vertu du Plan de gestion de la Chouette tachetée, le gouvernement provincial a décidé que les chouettes trouvées après le mois de juin 1995 ne bénéficieraient d’aucune protection officielle à moins de se trouver dans des zones spéciales de gestion des ressources. Entre 1992 et 2002, au moins 64 territoires occupés par des Chouettes tachetées ont été découverts (tableau 1), dont trente-sept (58 %) sont protégés parce qu’ils se trouvent dans des zones spéciales de gestion des ressources, et huit (qui ont été trouvés avant juin 1995), appelés centres d’activités de la matrice (Matrix Activity Centres [MAC]), sont gérés en vue d'être abandonnés progressivement au cours des 50 prochaines années,et ce à un rythme similaire à celui du recrutement de l’habitat dans les zones spéciales de gestion des ressources. Ces centres d’activités de la matrice sont gérés de façon à compenser les impacts prévus sur l’approvisionnement en bois et sur l’emploi dans le secteur de la foresterie. Enfin, depuis 1995, 19 nouveaux territoires de la Chouette tachetée ont été découverts à l’extérieur des zones spéciales de gestion des ressources dans les circonscriptions forestières de Chilliwack, de Squamish et des Cascades; ces 19 territoires ne sont pas protégés. En se fondant sur le déclin récent de la population, on croit que sur les 64 territoires de la Chouette tachetée découverts depuis 1992, le tiers, ou peut-être moins, serait occupés par l’espèce.

Tableau 1. Emplacements occupés au moins une fois par la Chouette tachetée en Colombie-Britannique entre 1992 et 2002. (Blackburn et Godwin, 2003)

Emplacements connusCirconscription forestière de SquamishCirconscription forestière de ChilliwackCirconscription forestière des CascadesTotal
Zones spéciales de gestion des ressources1027037
Centres d’activités de la matrice2608
Non visées par le plan de gestion29819
Total1442864

 

6.4 Tendances de l’habitat

On estime qu’environ 67 % (soit environ 881 000 ha) du total des zones boisées adéquates historiques (environ 1,32 million ha) consistaient en habitat convenable (forêts de plus de 100 ans) dans les circonscriptions forestières de Chilliwack et de Squamish (Blackburn et Godwin, 2003). Depuis le milieu du 19e siècle, ces circonscriptions ont été déboisées à des fins liées à l’urbanisation, à l’agriculture et à l’extraction des ressources et la presque totalité des anciennes terres boisées de la vallée du bas Fraser a ainsi été convertie pour des utilisations non forestières (à peu près 150 000 ha). Aujourd’hui, on estime qu’il reste environ 639 000 ha (48 % du total des zones boisées adéquates historiques) d’habitat convenable dans les deux circonscriptions. Ceci représente une diminution de 242 000 ha (28 %) de la superficie d’habitat convenable qui devait s’y trouver historiquement, dont environ le tiers a disparu pour toujours dans la vallée du bas Fraser (Blackburn et Godwin, 2003). L’impact global de cette perte d’habitat a été en partie compensé par le recrutement d’habitats convenables dans les jeunes forêts en maturation (figure 5).

La superficie d’habitat convenable devrait se stabiliser à l’avenir aux environs de 565 000 ha (43 % du total des zones boisées adéquates historiques) dans les deux circonscriptions forestières. Par rapport aux niveaux historiques, le futur niveau d’habitat convenable représente une perte de 316 000 ha (36 %) sur la superficie totale d’habitat qui devait convenir à la Chouette tachetée dans la région (Blackburn et Godwin, 2003). La superficie de l’habitat total continuera de diminuer, mais les habitats qui se trouvent dans des zones spéciales de gestion des ressources et dans certaines zones protégées augmenteront avec le temps et pourront procurer à l’espèce de meilleures conditions d’habitat qu’à l’heure actuelle.

Figure 5. Proportion d’habitat convenable (forêts de plus de 100 ans) dans les circonscriptions forestières de Chilliwack et de Squamish. (Blackburn et Godwin, 2003)

Figure 5. Proportion d’habitat convenable (forêts de plus de 100 ans) dans les circonscriptions forestières de Chilliwack et de Squamish. (Blackburn et Godwin, 2003)

 

 

6.5 Habitat de rétablissement

L’habitat de rétablissement est défini comme l’habitat dont une espèce a besoin pour établir et maintenir une population viable (GUIRR, 2003). Le but du rétablissement pour la Chouette tachetée est de procurer à l’espèce une superficie suffisante d’habitat convenable, distribué dans l’espace de façon à soutenir un minimum de 250 chouettes à maturité dans l’ensemble de son aire de répartition naturelle (voir la section 13). L’habitat de rétablissement inclut autant l’habitat convenable actuel que l’habitat potentiel que l’espèce pourrait recoloniser; il comprend en outre l’habitat de dispersion dont ont besoin les jeunes oiseaux pour se disperser et s’établir dans des habitats nouveaux ou inoccupés.

On ignore pour l’heure quelles sont la superficie totale et la distribution de l’habitat de rétablissement nécessaires pour atteindre les objectifs de rétablissement mais la description détaillée de cet habitat constituera une des première priorités de l’équipe de rétablissement de la Chouette tachetée lors de l’élaboration d’un Plan d’action pour l’habitat. En théorie, en attribuant 3 200 ha par territoire de reproduction et en supposant que 250 chouettes à maturité équivalent à 125 couples reproducteurs, il faudrait disposer d’environ 400 000 ha d’habitat convenable. Comme l’actuel Plan de gestion de la Chouette tachetée gère déjà 363 000 ha d’habitat, il pourrait donc suffire d’étendre la protection à 37 000 ha supplémentaires pour atteindre le but et répondre aux besoins de l’espèce en matière d’habitat de rétablissement. Mais il ne s’agit là que d’une grossière simplification car le nombre d’individus adultes ne peut être déterminé avec exactitude en doublant le nombre de couples reproducteurs, et la superficie de l’habitat requis pour le rétablissement de l’espèce ne peut pas être une simple nombre d’hectares total mais doit aussi tenir compte des problèmes de connectivité et de fragmentation ainsi que des contraintes liées à l’altitude dans l’ensemble de l’aire de répartition de la chouette. De même, le nombre de chouettes peut être influencé par la proportion d’habitat disponible dans le paysage et la proportion des chevauchements de territoire entre les chouettes voisines. De plus, environ la moitié seulement des 363 000 ha du plan actuel convient actuellement à l’espèce, le recrutement et l'amélioration des peuplements de seconde venue sont nécessaires pour augmenter cette superficie. Enfin, le plan de gestion actuel (SOMIT, 1997a) suggère qu’il faudra plusieurs décennies avant que la superficie d’habitat convenable ne commence à augmenter, après quoi on espère que les Chouettes tachetées commenceront également à se rétablir.

 

6.6 Habitat de survie

L’habitat de survie est défini comme l’habitat présentant les caractéristiques minimales de superficie et de répartition jugées nécessaires pour maintenir la taille actuelle d’une population (GUIRR, 2003). On ignore actuellement quelles sont la superficie minimale et la répartition de l’habitat nécessaires pour maintenir la population estimative actuelle de moins de 33 couples, mais la description détaillée de cet habitat constituera une des premières priorités de l’équipe de rétablissement de la Chouette tachetée lors de l’élaboration d’un Plan d’action pour l’habitat.

Bien que 363 000 ha de forêt aient été désignés pour la gestion de la Chouette tachetée (dont au moins 50 % conviennent toujours à l’espèce) et qu’il existe d’autres zones d’habitat convenable à l’extérieur de cette zone désignée, la population continue de décliner rapidement et risque de disparaître (Blackburn et al., 2002). Ainsi, s’il peut sembler y avoir une superficie d’habitat suffisante pour abriter la population actuelle de chouettes, la fragmentation de cet habitat et la répartition éparse des chouettes potentiellement reproductrices, de même que d’autres contraintes biologiques (voir la section 4) et d’autres menaces (voir la section 5), ont probablement contribué au déclin de la population. L'identification de l’habitat de survie devra tenir compte de ces menaces et contraintes pour la population. L'arrêt du déclin de la population exigera vraisemblablement une combinaison de mesures de conservation de l’habitat de survie et d’autres mesures de rétablissement.

 

6.7 Détermination des activités susceptibles de détruire l’habitat essentiel

En général, les activités humaines (comme l’exploitation forestière et minière et les autres activités d’exploitation des ressources, l’aménagement urbain et rural, et l’aménagement de couloirs de transport et des services publiques) et les perturbations naturelles (comme les feux de forêts et les invasions d’insectes d'importance majeure) continueront de faire disparaître ou de dégrader l’habitat convenable.