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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la grenouille maculée de l’Oregon au Canada

Habitat

Habitat typique et essentiel

En Colombie-Britannique, Licht (1969b) a clairement établi que les étangs temporaires peu profonds et les milieux humides de plaine inondable associés à des masses d’eau permanentes sont des éléments importants de l’habitat du R. pretiosa. Selon McAllister et Leonard (1997), l’habitat typique de la grenouille maculée de l’Oregon est un milieu humide pourvu de végétaux émergents et se trouvant dans un paysage boisé. Quant à lui, Hayes (1994a, 1994b) a décrit le R. pretiosa en Oregon comme une espèce occupant des marais d’eau tempérée dans des zones de milieux humides de plus de 4 hectares.

Les trois populations présentes en Colombie-Britannique occupent des milieux humides correspondant à ceux décrits par McAllister et Leonard (1997) et par Hayes (1994a, 1994b). Une partie de la propriété de la station radio navale Aldergrove occupée par le R. pretiosa est un milieu humide à végétation émergente en paysage boisé. Les marécages Maria et Mountain sont des milieux humides de plaine inondable entourés d’une forêt de feuillus et de conifères.

Bien qu’aucune mesure de la superficie de l’habitat propice à la reproduction aux trois sites occupés par l’espèce n’ait été effectuée, Ward (1989) a établi les évaluations sommaires suivantes : station radio navale Aldergrove – 2,6 hectares de marais de bassin peu profond et 4 hectares d’eau de bassin peu profond; marécage Maria – 9,2 hectares de marais de plaine inondable et 17,1 hectares d’eau courante; marécage Mountain – 12,3 hectares de marais de plaine inondable et 37 hectares d’eau courante. Le R. pretiosa a été observé dans le marais de bassin peu profond et dans les deux marais de plaine inondable, ce qui va dans le sens des descriptions d’habitat de McAllister et Leonard (1997) et de Hayes (1994a, 1994b).

Les habitats choisis par le R. pretiosa sont décrits comme des habitats correspondant à un stade peu avancé de la succession végétale, ou des habitats où le taux de succession végétale est réduit ou nul à cause de divers mécanismes. Au site de Licht, le pâturage réduit le taux de succession et favorise le maintien d’un habitat ouvert. À la station radio navale Aldergrove, il y a absence de succession autour des tours radio à cause de l’entretien de cette zone. À d’autres endroits de cette propriété, où la végétation n’est pas régulièrement taillée, les castors (Castor canadensis) éclaircissent le couvert végétal et créent des zones dégagées où le R. pretiosa se reproduit et des juvéniles sont observés (obs. pers.).

L’habitat de reproduction est l’habitat le plus critique pour le R. pretiosa en Colombie-Britannique, étant donné qu’il y en a peu de disponible. En 1997, on a repéré deux principaux sites de reproduction collective à la station radio navale Aldergrove. On a aussi observé que les pontes y ont débuté à 3 à 5 semaines d’intervalle. Au premier site, la ponte a eu lieu à la fin de février et au début de mars dans un milieu aquatique extrêmement peu profond (de 5 à 8 cm) à substrat limoneux et à végétation clairsemée. Quand les femelles ont commencé à pondre au deuxième site, les têtards avaient éclos au premier site et l’eau s’en était retirée, laissant le site à sec. Au deuxième site, l’eau est plus profonde (de 15 à 30 cm) et la végétation est beaucoup plus abondante (p. ex. alpiste roseau, Phalaris arundinacea) dans le secteur.

Hayes (1994a, 1994b) a avancé qu’il pourrait falloir au moins quatre hectares pour que la masse d’eau puisse être tempérée, comme le préfère le R. pretiosa. Hayes a aussi signalé que les populations des lacs et des marais situés en altitude dans la chaîne des Cascades en Oregon se réfugient probablement vers les sources, où elles peuvent trouver de l’eau libre de glace hautement oxygénée. La présence de sources pourrait donc être nécessaire aux populations de grenouille maculée de l’Oregon vivant en altitude.

Évolution des habitats

Les photographies de Licht (1971b, 1974) montrent que l’étang de son étude se trouvait dans un pré humide. Licht (1971a, 1971b) a décrit le site de Langley comme une basse terre plate et humide couverte surtout de jonc épais (Juncus effusus), de carex (Carex sp.), et de renoncules (Ranunculus spp.). Les renoncules couvraient presque tout le champ. Les deux autres types de plantes, également abondants, étaient dispersés dans l’ensemble du secteur. À l’est et à l’ouest, le champ était bordé de bois d’aulnes, de bouleaux et de conifères, un marais de basse terre s’étendait au sud, et une route d’asphalte passant dans la basse terre constituait la limite nord. Un cours d’eau permanent lent traversait le centre du champ. Dans une description biophysique du parc régional Campbell Valley, Haycock et Mort (1988) ont établi que les associations végétales bordant le site de Licht étaient les suivantes : « douglas – maïanthème dilaté », et « aulnaie riveraine préclimacique ».

L’association dominée par le douglas jouxtant le site de Licht est typique d’une zone biogéoclimatique côtière à douglas bordant une zone biogéoclimatique côtière à pruche de l’Ouest. Bien que l’association dominée par le douglas ne borde aucun autre tronçon de la Little Campbell dans le parc, on ne pense pas que sa présence à côté du site de Licht soit importante. Cette association est relativement peu étendue et ne renferme pas de petites masses d’eau tempérée temporaires et peu profondes dont pourraient profiter les juvéniles. Les espèces caractéristiques de cette association sont le douglas (Pseudotsuga menziesii), l’érable circiné (Acer circinatum), le maïanthème dilaté (Maianthemum dilatatum), et la smilacine étoilée (Smilacina stellata). Le peuplement d’aulnes rouges est typique d’une association préclimacique bordant un champ, un pré humide ou un milieu humide. Les plantes de cette association végétale sont des espèces à croissance rapide qui favorisent une succession rapide et comprennent l’aulne rouge (Alnus rubra), le physocarpe à boules (Physocarpus capitatus), le cornouiller stolonifère (Cornus stolonifera), l’holodisque discolore (Holodiscus discolor), le chèvrefeuille involucré (Lonicera involucrata), et la spirée de Douglas (Spiraea douglasii).

Aucune des espèces végétales signalées ne semble particulièrement importante pour le R. pretiosa. Licht avait signalé la présence de plantes aquatiques, comme des potamots (Potamogeton spp.), qui sont toujours présentes au site. Certains macrophytes émergents, comme le Carex rostrata et le Juncus effusus, y sont également toujours présents. Cependant, le scirpe à noeuds rouges (Scirpus microcarpus) y est actuellement abondant alors qu’il n’avait probablement pas été vu ou reconnu durant l’étude de Licht. Il est peu probable que la présence ou l’absence du scirpe à nœuds rouges ait eu quelque impact sur la population historique de R. pretiosa à ce site. J’ai prospecté minutieusement ce qu’on appelle aujourd’hui l’étang de Licht et n’y ai pas trouvé trace du R. pretiosa. Je n’ai pas non plus vu de R. pretiosa à l’étang McLean, un milieu humide étendu situé au nord du site de Licht. Les amphibiens observés à ce dernier sont Ambystoma gracile, Ambystoma macrodactylum, Bufo boreas, Hyla regilla, Taricha granulosa, Rana aurora, Rana catesbeiana, et Rana clamitans.

Les habitats des populations historiques de la prairie Sumas et de l’île Nicomen n’ont pas été décrits par Carl et Cowan (1945), mais ils ont certaines des caractéristiques de ceux décrits par Slipp (1940), qui a observé le R. pretiosa en association avec des lacs dans un paysage de pré. La plus grande partie de l’actuelle prairie Sumas était autrefois le lac Sumas, qui s’étendait dans les basses terres du Fraser entre les monts Vedder et Sumas. Le lac Sumas a été drainé au début du XXsiècle; ainsi, la mention de Carl et Cowan (1945) indiquerait que le R. pretiosa s’est maintenu dans la région durant au moins 45 ou 50 ans. Aucune mention crédible du R. pretiosa n’a été faite dans cette région depuis celle de Carl et Cowan. Quant à elle, l’île Nicomen, située dans le Fraser, est couverte de terres agricoles et ceinturée de plaines inondables.

L’habitat à la station radio navale Aldergrove demeure stable, si ce n’est des altérations apportées par les castors (Castor canadensis) qui y résident. Par ailleurs, le taux de succession aux marécages Maria et Mountain n’a pas été évalué, mais il semble faible. Comme ces deux marécages communiquent avec le Fraser, leurs niveaux d’eau fluctuent, parfois rapidement, de sorte que les plantes favorisant une succession rapide ne peuvent s’y propager.

Les six populations documentées du R. pretiosa en Colombie-Britannique se trouvent à environ 70 km les unes des autres. Cette fragmentation s’explique par le fait que leurs habitats sont des milieux qui ont été épargnés par les activités de développement. Trente‑deux ans après le début des travaux de Licht, en 1967, l’étang de cet auteur a grandement changé. Ce n’est plus un marais temporaire peu profond bordé par un pré humide à renoncules, et il n’a plus de connexion bien établie avec la Little Campbell. Actuellement, les associations végétales jouxtant le site de Licht décrites par Haycock et Mort (1988) sont encore intactes, mais l’association végétale riveraine préclimacique s’est étendue loin à l’intérieur du site. D’autres espèces végétales pionnières, comme des saules (Salix spp.) et la spirée de Douglas (Spiraea douglasii), sont bien établies à la bordure de l’association dominée par le douglas et forment une couche arbustive dense occupant l’étroite lisière du milieu humide. Il est possible que le rayonnement solaire ne puisse traverser ces arbustes pour réchauffer les eaux sous‑jacentes jusqu’aux températures propices au R. pretiosa.

Licht (1971a, 1971b) a signalé que du bétail venait périodiquement brouter les pâturages jouxtant sa zone d’étude de 2,8 hectares. Il a aussi indiqué que le site était fermé au public et que les perturbations anthropiques y étaient minimes. Durant les travaux de Licht, son site d’étude se trouvait sur une propriété privée et le bétail pouvait paître au voisinage des zones de reproduction du R. pretiosa. Après l’acquisition de cette propriété par le Greater Vancouver Regional District (GVRD), le bétail a été retiré du secteur. Avec l’arrêt du broutage et du piétinement, la succession végétale, jusqu’alors freinée, a pu reprendre un rythme naturel. En outre, le terrain ayant été cédé au GRVD pour l’aménagement d’un parc, le GVRD a aménagé à environ 100 mètres l’un de l’autre un sentier équestre et un sentier pédestre dans le
voisinage immédiat de l’étang de Licht. Les promenades de bois bordant chacun des sentiers traversent le site de Licht. De plus, une route municipale, passant à quelque 100 mètres à l’ouest du site de Licht, a été reconstruite dans les années 1980, ce qui pourrait avoir altéré l’hydrologie du secteur.

Protection de l’habitat

Le site de la station radio navale Aldergrove se trouve sur un terrain du ministère de la Défense nationale, et le R. pretiosa s’y trouve protégé du fait que les civils ne peuvent y circuler. Les terres y sont aménagées par le Service canadien des forêts du ministère fédéral des Ressources naturelles. La végétation arbustive du site est régulièrement éliminée pour protéger les tours radio. La succession végétale se trouve ainsi empêchée aux deux endroits où la reproduction du R. pretiosa a été observée. On ne connaît pas les plans de développement du site, s’il en est. Actuellement, le niveau de protection dont jouit la population de grenouille maculée de l’Oregon semble suffisant. Toute vente de ce terrain à des fins de développement constituerait cependant, pour la population présente, une menace sérieuse.

Le marécage Maria appartient à la bande indienne de l’île Seabird. Le potentiel de développement de ce site semble limité, l’habitat de la grenouille maculée de l’Oregon se trouvant dans le bassin inondable. Par ailleurs, le marécage Mountain est propriété privée mais, tout comme le marécage Maria, le potentiel de développement y est limité en raison de la géographie et de l’hydrologie particulières du site.

Le parc régional Campbell Valley appartient au Greater Vancouver Regional District et ce territoire est protégé de par son statut de parc. Bien que l’extinction de la population de R. pretiosa du site de Licht dans ce parc régional soit considérée comme une disparition locale, il semble y avoir à proximité du site de cette population historique un habitat propice, qui pourrait permettre la réintroduction de l’espèce.