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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la grenouille maculée de l’Oregon au Canada

Évaluation et Rapport
de situation du COSEPAC

sur la

grenouille maculée de l’Oregon

Rana pretiosa

au Canada

texte:ESPÈCE EN VOIE DE DISPARITION 2000

grenouille maculée de l’Oregon


COSEPAC logo

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

Nota : Toute personne souhaitant citer l’information contenue dans le rapport doit indiquer le rapport comme source (et citer l’auteur); toute personne souhaitant citer le statut attribué par le COSEPAC doit indiquer l’évaluation comme source (et citer le COSEPAC). Une note de production sera fournie si des renseignements supplémentaires sur l’évolution du rapport de situation sont requis.

COSEPAC. 2000. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la grenouille maculée de l’Oregon (Rana pretiosa) au Canada.Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. vi + 23 p.

HAYCOCK, R.D.  2000. Rapport de situation du COSEPAC sur la grenouille maculée de l’Oregon (Rana pretiosa) au Canada, in Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la grenouille maculée de l’Oregon (Rana pretiosa) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. Pages 1-23.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC

a/s Service canadien de la faune

Environnement Canada

Ottawa (Ontario)

K1A 0H3

Tél. : (819) 997-4991 / (819) 953-3215

Téléc. : (819) 994-3684

Courriel : COSEWIC/COSEPAC@ec.gc.ca

http://www.cosepac.gc.ca

Also available in English under the title COSEWIC Assessment and Status Report on the Oregon Spotted Frog Rana pretiosa in Canada.

Illustration de la couverture :

Grenouille maculée de l’Oregon – Andrée Jenks, R.R. n° 2, Owen Sound (Ontario) N4K 5N4.

©Ministre de Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, 2002

N° de catalogue  CW69-14/94-2002F-IN

ISBN 0-662-86787-4

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COSEPAC Sommaire de l’évaluation

 

Sommaire de l’évaluation -- Mai 2000

Nom commun : Grenouille maculée de l’Oregon

Nom scientifique : Rana pretiosa

Statut : Espèce en voie de disparition

Justification de la désignation : La présence de cette grenouille très aquatique des terres humides de plaines d'inondation est réduite à seulement trois sites isolés, chacun comptant un très faible nombre d'individus. Elle a été compromise par la perte d'habitats résultant de l'expansion urbaine, de l'agriculture, des compétiteurs d'espèces exotiques et de la végétation exotique.

Répartition : Colombie-Britannique

Historique du statut : Espèce désignée d'urgence « en voie de disparition » en novembre 1999. Réexamen et confirmation du statut en mai 2000. L’évaluation de mai 2000 est fondée sur de nouveaux critères quantitatifs que l’on a appliqués à de l’information provenant du rapport de situation de 1999.


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COSEPAC Résumé

Grenouille maculée de l’Oregon

Rana pretiosa

La grenouille maculée de l’Oregon, Rana pretiosa, est une grenouille brune à brun rougeâtre ornée de taches noires à centre clair sur le dos et la tête. Les adultes ont le ventre tacheté, avec une coloration délavée et fragmentée jaune à saumon, également présente sur la face ventrale du haut des cuisses. Les femelles pondent leurs masses d’œufs en commun, en groupements serrés. Les masses d’œufs isolées ou en groupes de deux ou de trois sont rares. Le Rana pretiosa et la grenouille maculée de Columbia (Rana luteiventris) sont des espèces très semblables, qu’il est cependant possible d’identifier par une analyse de protéines et qui ont été différenciées en 1997. Auparavant, les chercheurs considéraient qu’elles ne formaient qu’une seule espèce, Rana pretiosa.

Le cycle vital du R. pretiosa commence lorsque les mâles gagnent les sites de reproduction à la fin de l’hiver, où ils appellent les femelles jour et nuit. Ces dernières produisent une seule masse d’œufs, fécondée par un mâle par fécondation externe et pondue sur les masses d’œufs d’autres femelles ou juste à côté. Les embryons se développent et éclosent en deux à trois semaines et les têtards, larves aquatiques nageant librement, terminent après seulement quatre mois leur métamorphose en petites grenouilles mesurant de 30 à 33 mm du bout du museau au cloaque.

Le R. pretiosa est une espèce des marais d’eau tempérée, qui préfère les milieux humides à végétation émergente. Les étangs temporaires peu profonds et les petits milieux humides des plaines inondables associés à des plans d’eau permanents sont des éléments importants de l’habitat du R. pretiosa. L’habitat propice à l’espèce est fragmenté dans l’ensemble des basses terres du Fraser, et les populations existantes semblent isolées les unes des autres.

L’aire de répartition historique du R. pretiosa s’étend depuis l’extrême sud‑ouest de la Colombie-Britannique jusqu’à l’extrême nord‑est de la Californie. En Colombie‑Britannique, on a répertorié six populations du R. pretiosa : trois populations historiques disparues et trois populations nouvellement découvertes lors d’un relevé spécial. Dans le cadre de cette prospection des milieux humides des basses terres du Fraser, le R. pretiosa n’a été observé qu’à 3 % des sites. On estime que l’espèce est disparue dans plus de 90 % de son aire de répartition historique en Amérique du Nord. Les trois populations historiques de grenouilles maculées de l’Oregon situées en Colombie-Britannique sont disparues, alors que les taux de disparition des populations historiques s’élèvent à 91 % (10 sur 11) dans l’État de Washington, 76 % (34 sur 45) en Oregon et 100 % (3 sur 3) en Californie.

Le British Columbia Conservation Data Centre considère le R. pretiosa comme grandement en péril (critically imperiled, 5 occurrences ou moins), et l’espèce figure sur la liste rouge à titre d’espèce en voie de disparition dont la gestion doit faire l’objet d’une grande attention. La Washington Fish and Wildlife Commission a désigné l’espèce « en voie de disparition » et l’Oregon Department of Fish and Wildlife estime que sa situation est critique (sensitive critical). Le Fish and Wildlife Service des États‑Unis examine actuellement si le R. pretiosa devrait figurer sur la liste fédérale des espèces en péril.

Les facteurs limitatifs pour les populations de grenouilles maculées de l’Oregon sont la destruction anthropique de ses habitats, la perte d’habitats liée à la succession végétale, l’altération de l’hydrologie, l’introduction de prédateurs et de plantes étrangers, la gestion du bétail et l’isolement.

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 MANDAT DU COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine la situation, à l’échelle nationale, des espèces, sous-espèces, variétés et populations (importantes à l’échelle nationale) sauvages jugées en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes des groupes taxonomiques suivants : mammifères, oiseaux, amphibiens, reptiles, poissons, mollusques, lépidoptères, plantes vasculaires, lichens et mousses.

COMPOSITION DU COSEPAC

Le COSEPAC est formé de représentants des organismes provinciaux et territoriaux responsables des espèces sauvages, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans et Partenariat fédéral en biosystématique) et de trois organismes non gouvernementaux, ainsi que des coprésidents des groupes de spécialistes des espèces. Le comité se réunit pour examiner les rapports sur la situation des espèces candidates.

DÉFINITIONS

 

 

Espèce : Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D) : Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC) : Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)* : Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M) : Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P)** : Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)*** : Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)**** : Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.

 

* : Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

** : Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

*** : Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

**** : Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

 

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

 

Environment Canada         Environnement Canada

Canadian Wildlife Service          Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.


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Introduction

Le complexe de la grenouille maculée est un groupe de grenouilles à pattes courtes et dont les yeux sont orientés vers le haut. On a déjà considéré que ces grenouilles ne constituaient qu’une seule espèce, soit la grenouille maculée (Rana pretiosa au sens large). Cependant, Green a suggéré que le caryotype et la biochimie des populations de l’Est et de l’Ouest sont distincts (1986a, 1986b) et, plus tard, Hayes (1994a) a établi que les populations de grenouilles maculées réparties depuis le sud‑ouest de la Colombie-Britannique jusqu’au nord‑est de la Californie ont une coloration ventrale distinctive, absente chez les populations de l’Est. Une nouvelle analyse biochimique pour un plus vaste territoire (Green et al., 1996) a confirmé la différence entre les populations de l’Est et de l’Ouest, établissant ainsi que le complexe de la grenouille maculée est constitué de deux espèces distinctes : la grenouille maculée de l’Oregon – Rana pretiosa au sens strict ‑ à l’ouest, et la grenouille maculée de Columbia – Rana luteiventris – au nord et à l’est (Green et al., 1997).

La population du R. pretiosa de l’extrême sud‑ouest de la Colombie-Britannique a été bien étudiée par Licht


La population du R. pretiosa de l’extrême sud‑ouest de la Colombie-Britannique a été bien étudiée par Licht (1969a, 1969b, 1971a, 1971b, 1972, 1974, 1975, 1986a et 1986b). Dans cette population de grenouilles maculées de l’Oregon, Licht (1986a) a mesuré une longueur (museau‑cloaque) maximale de 78 mm chez les femelles et de 64 mm chez les mâles (Licht, 1986a). Par ailleurs, dans une population de l’État de Washington, McAllister et Leonard (1997) ont mesuré des longueurs maximales de 76 mm et 65 mm, respectivement.

Figure 1.  Grenouille maculée de l’Oregon (Rana pretiosa),

ruisseau Dempsey, État de Washington (États-Unis). (Photo de K. McAllister.)

Les grenouilles maculées de l’Oregon adultes ont des taches noires à centre clair sur la tête et le dos, région dont la coloration brune ou brun rougeâtre tend de plus en plus vers le rouge avec l’âge. Des plis dorso‑latéraux brun pâle à orangés commencent directement derrière l’œil, passent sur le tympan et s’étendent continûment jusqu’au milieu du dos pour ensuite devenir discontinus, puis disparaître vers le bas du dos (figure 1). Les juvéniles sont vert olive ou brun pâle.

Les adultes ont un ventre tacheté distinctif et une coloration délavée fortement fragmentée. Celle‑ci consiste en une coloration discontinue orangée à rouge orangé sur la face ventrale du haut des cuisses et sur le ventre. Les taches ventrales, foncées, parsèment cette coloration délavée fragmentée (Hayes, 1997). Ces taches ventrales sont bien visibles chez les grenouilles maculées de l’Oregon adultes, et absentes chez la plupart des grenouilles nouvellement métamorphosées (Hayes, 1997).

Dans son étude de la population du R. pretiosa du sud‑ouest de la Colombie-Britannique, Licht signale que la grenouille à pattes rouges (Rana aurora) est aussi présente dans cette région. Comme ces deux espèces sont sympatriques dans l’extrême sud‑ouest de la province et qu’elles montrent certaines ressemblances morphologiques superficielles, elles peuvent y être confondues.

Du simple fait de son aire de répartition, on ne peut pas confondre la grenouille maculée de Columbia avec le R. aurora ou le R. pretiosa en Colombie-Britannique. Le Rana luteiventris occupe la plus grande partie de la province, mais est absent de l’extrême sud‑ouest, où l’on trouve le R. pretiosa et le R. aurora. Nous avons toutefois jugé utile de présenter les caractères distinctifs du R. luteiventris dans les paragraphes suivants sur l’identification des espèces.

Chez les adultes, certaines caractéristiques permettent de distinguer facilement les grenouilles maculées de l’Oregon des grenouilles à pattes rouges. Le ventre du R. aurora n’a pas la coloration délavée fragmentée et les taches présentes chez le R. pretiosa. Le R. aurora a un ventre uniformément rouge orangé à rouge, ou bien il est totalement dépourvu de coloration vive et son ventre est ardoisé. La région de l’aine, où les pattes se rabattent sur le corps, montre une légère pigmentation jaune. Le R. luteiventris n’arbore pas la tacheture ventrale caractéristique du R. pretiosa.

Le R. pretiosa est plus aquatique que le R. aurora, d’où certaines adaptations distinctives. Le R. pretiosa et le R. luteiventris ont une palmure plus importante que le R. aurora. La palmure de la grenouille maculée de l’Oregon et de la grenouille maculée de Columbia s’étend jusqu’au bout des doigts, tandis que celle du R. aurora ne l’atteint jamais. Chez le R. pretiosa, la longueur des pattes postérieures est habituellement de moins de la moitié de la longueur museau‑cloaque, tandis que, chez le R. aurora, elle est habituellement de plus de la moitié de la longueur museau-cloaque (Hayes, 1994b). Les yeux des grenouilles maculées de l’Oregon et de Columbia sont orientés vers le haut, tandis que ceux du R. aurora sont orientés vers l’extérieur. On compte également certaines caractéristiques distinctives secondaires de type comportemental ou, plus précisément, postural. Le R. pretiosa et le R. luteiventris s’accroupissent au ras du sol; au contraire, le R. aurora s’assoit bien droit, les coudes dépliés, donnant l’impression de pouvoir rapidement bondir vers l’avant.

Bien que le R. pretiosa et le R. luteiventris ne semblent pas sympatriques, il n’est pas inutile de décrire ici leurs modalités de ponte respectives. Il existe à ce chapitre de légères différences entre les deux espèces, les grenouilles maculées de l’Oregon pondant leurs masses d’œufs en commun en un groupement serré, alors que les grenouilles maculées de Columbia pondent aussi leurs masses d’œufs en groupements serrés, mais répartis sur une vaste étendue. Les masses d’œufs du R. pretiosa sont typiquement pondues les unes sur les autres, le sommet de l’amas se trouvant habituellement hors de l’eau. Chez les petites populations de l’intérieur de la Colombie-Britannique, les masses d’œufs du R. luteiventris sont souvent pondues individuellement. Les masses d’œufs du R. aurora sont toujours pondues individuellement sur une végétation robuste, et toujours sous la surface de l’eau. Il arrive parfois que les masses d’œufs de la grenouille à pattes rouges se détachent des végétaux sur lesquels elles ont été pondues et s’agglomèrent à la surface. Selon Licht (1971a), la taille moyenne des œufs de la grenouille maculée de l’Oregon est de 2,31 mm, tandis que celle des œufs de la grenouille à pattes rouges est de 3,03 mm. Les filaments branchiaux des têtards fraîchement éclos (stade 22; Gosner, 1960) de la grenouille maculée de l’Oregon sont plus longs que ceux du R. aurora.

Altig (1970) a signalé que la queue des têtards du R. pretiosa est proportionnellement plus longue que celle des têtards du R. aurora. Le rapport entre la longueur totale d’un têtard de la grenouille maculée de l’Oregon et la longueur de son corps (sans la queue) est supérieur à 2,6, tandis que, dans le cas de la grenouille à pattes rouges, ce rapport est inférieur à 2,6. La coloration du ventre est une indication peu fiable pour distinguer les têtards des deux espèces, de sorte qu’on doit en plus faire appel à d’autres caractéristiques plus distinctives. Le ventre des têtards de la grenouille maculée de l’Oregon est blanc ou ardoisé et n’arbore pas de mouchetures, tandis que celui des têtards de la grenouille à pattes rouges est jaune ou rouge délavé, avec d’abondantes mouchetures jaunes, cuivre ou or. Il est plus facile de distinguer les juvéniles que les têtards de ces deux espèces : ceux de la grenouille maculée de l’Oregon sont olive, tandis que ceux de la grenouille à pattes rouges sont rouge brun.

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Répartition

Le Rana pretiosa est une espèce de la côte du Pacifique dont l’aire de répartition historique s’étend depuis l’extrémité sud‑ouest de la Colombie-Britannique jusqu’à l’extrémité nord-est de la Californie (figure 2). La région de la Colombie-Britannique où le R. pretiosa est présent est généralement connue sous le nom de « basses terres du Fraser » (tableau 1; figure 3). Aux États-Unis (tableau 1), le R. pretiosa a été signalé dans la dépression Puget et la vallée de la Willamette dans l’État de Washington, dans la chaîne des Cascades en Oregon, et dans le bassin de la Pitt dans le nord‑est de la Californie (Stebbins, 1985). On a aussi signalé dans l’État de Washington une population dans les monts Cascades vers l’est dans le centre‑sud de l’État, population isolée des populations de la dépression Puget et de la vallée de la Willamette.

Populations historiques

En Colombie-Britannique, il y a trois populations historiques de R. pretiosa. La première, bien documentée, se trouvait dans le district de Langley et semble disparue (Haycock, données inédites). La deuxième observation historique remonte au 20 octobre 1941 et a été effectuée à l’île Nicomen dans le Fraser (Carl et Cowan, 1945). La troisième mention historique est également rapportée par Carl et Cowan (1945); il s’agit d’une observation de E.B.S. Logier selon laquelle le R. pretiosa aurait été présent dans une grande étendue de terres agricoles désignée sous le nom de prairie Sumas. La position exacte de ces sites n’était pas fournie pas Carl et Cowan (1945). En dépit de ces imprécisions, des tentatives de repérage de ces deux populations historiques ont été effectuées ultérieurement. J’ai effectué à l’été de 1997 une prospection superficielle sur l’île Nicomen, sans succès. En outre, une observation anecdotique du R. pretiosa par S. Orchard (comm. pers., 1996) m’a incité à rechercher l’espèce dans la partie restante du lac Sumas et les fossés connexes à l’été de 1996, et au printemps et à l’été de 1997 (Haycock, 1998), là encore sans succès.

Figure 2. Répartition historique du Rana pretiosa au Canada

Figure 2. Répartition historique du Rana pretiosa au Canada (fondée sur Hayes et al., 1997)

Dans le reste de l’Amérique du Nord, 59 populations historiques de R. pretiosa sont documentées : 11 dans l’État de Washington (McAllister et Leonard, 1997), 45 en Oregon, et 3 en Californie (Hayes, 1997). Une des populations historiques dans l’État de Washington existe encore tout comme 13 de celles de l’Oregon, alors qu’il n’en subsiste aucune en Californie.

Populations antérieurement inconnues

Trois populations de R. pretiosa ont été récemment repérées en Colombie-Britannique. Haycock (1998) présente un inventaire des espèces d’amphibiens des basses terres du Fraser couvrant 94 sites prospectés en 1996 et 1997. Ce relevé était centré sur les amphibiens dont les stades de développement sont associés aux milieux aquatiques. Trois nouvelles populations de R. pretiosa ont ainsi été repérées à de nouveaux endroits, soit la station radio navale Aldergrove, le marécage Mountain à Agassiz, et le marécage Maria jouxtant l’île Seabird.

              Figure 3. Répartition du Rana pretiosa

Figure 3. Répartition du Rana pretiosa.

Dans l’État de Washington, McAllister et Leonard (1997) ont signalé deux populations jusque-là inconnues; McAllister (comm. pers., 1999) a aussi signalé une population récemment découverte au ruisseau Beaver, dans le comté de Thurston. En Oregon, Hayes (1997) a signalé huit populations de R. pretiosa jusque‑là inconnues. Plus récemment, cet auteur a signalé la découverte de quatre autres nouvelles populations aux endroits suivants : lac Muskrat (comté de Deschutes); lac Penn – prés Cabin (comté de Lane); Sunriver (bassin de la Deschutes); et lac Wicoppee (comté de Deschutes) (Hayes, comm. pers., 1999). Aucune nouvelle population de R. pretiosa n’a été repérée en Californie (Hayes, comm. pers.). 

Dans l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce, au total 80 populations historiques ou subsistantes ont été documentées, soit 6 en Colombie-Britannique, 14 dans l’État de Washington, 57 en Oregon et 3 en Californie.

Tableau 1. Endroits où la grenouille maculée de l’Oregon (Rana pretiosa)a été observée.
La colonne « Statut » indique si l’espèce est actuellement
présente (+) ou disparue (-) au site correspondant.

Site

Comté
Dernière observation
Statut
Colombie-Britannique   
Île Nicomen, Chilliwack 20 octobre 1941
Marécage Maria, île Seabird 17 avril 1997+
Marécage Mountain, Agassiz 5 avril 1997+
Ministère de la Défense nationale, district de Langley 22 mars 1999+
Parc régional Campbell Valley, district de Langley 21 août 1979
Prairie Sumas, Chilliwack 
Washington(McAllister et Leonard, 1997)  
Conboy National Wildlife RefugeKlickitat21 août 1992+
Concrete, 2 mi au nord‑ouestSkagit23 avril 1930
Étang du lac SpanawayPierce24 février 1959
Kapowsin, 3 mi à l’ouestPierce10 août 1937
Kent 1957King 
Lac PattisonThurston
Lac TroutKlickitat21 août 1992+
Lac Trout, 0,5 mi au nordKlickitat25 juin 1958
Lac Trout, 0,5 mi au nord-estKlickitat25 juin 1958
Lac Trout, 1 mi au nordKlickitat25 juin 1958
Monroe, 3 mi au sudSnohomish7 septembre 1939
Mont Vernon, 3 mi à l’ouestSkagit9 octobre 1937
OrchardsClark15 mars 1962
Plaine inondable du ruisseau DempseyThurston18 mai 1994+
Ruisseau BeaverThurston16 septembre 1998+
Ruisseau Trout Lake, GulerKlickitat2 septembre 1938
SeattleKing19 mars 1905
Sedro Woolley, 3 mi à l’estSkagit23 août 1930
VancouverClark30 septembre 1909
Oregon(Hayes, 1997a)   
AlbanyLinn 
AumsvilleMarion 
Barrage Wickiup (base)Deschutes27 juillet 1996+
Butte Ferguson (près)Klamath 
Camping de la rivière QuinnDeschutes29 juillet 1996+
Cline Falls State ParkDeschutes 
CorvallisBenton 
Cow Camp CrossingDeschutes 
Étang de la carrière de gravier du ruisseau CultusDeschutes22 août 1995+
Fourche nord de la rivière SpragueKlamath 
Gué du ruisseau CultusDeschutes 
Junction City (au sud-ouest)Lane 
Klamath FallsKlamath 
Klamath Marsh NWRKlamath27 septembre 1994+
Tableau 1 (suite)

Site

Comté
Dernière observation
Statut
La Pine (Lower Long Prairie)Deschutes27 juillet 1996+
Lac Big (extrémité nord)Linn 
Lac BuckKlamath25 août 1996+
Lac ClackamasClackamas 
Lac Crystal SpringsMultnomah 
Lac CultusDeschutes 
Lac GooseLane 
Lac HosmerDeschutes26 juin 1996+
Lac LavaDeschutes4 août 1995+
Lac Little CultusDeschutes4 août 1995+
Lac Little LavaDeschutes2 août 1995+
Lac MuskratDeschutes +
Lac PennLane +
Lac South TwinDeschutes 
Lac Upper KlamathKlamath 
Lower BridgeDeschutes 
Marais BigKlamath5 septembre 1994+
Marais du lac GoldLane26 septembre 1998+
Marais McFaddenBenton 
Oregon Electric RailroadLinn 
PortlandMultnomah 
Prairie CamasWasco10 septembre 1996+
Prairie Paulina (ruisseau)Deschutes 
Prés CraterClackamas 
Ranch RyanDeschutes 
Réservoir de la prairie CraneDeschutes 
Réservoir Little HyattJackson 
Réservoir Wickiup (au nord-ouest)Deschutes 
Rivière Little DeschutesDeschutes 
Rivière Wood (Ft Klamath)Klamath24 août 1994+
Ruisseau FourmileKlamath22 août 1996+
Ruisseau JackKlamath19 août 1996+
Ruisseau Johnson (Portland)Multnomah 
Ruisseau Odell à NFD 4660Klamath25 août 1994+
Ruisseau Odell au lac DavisKlamath12 août 1994+
Ruisseau Ranger (lac Davis)Klamath25 août 1994+
Ruisseau SpringKlamath 
SunriverDeschutes +
Sweet HomeLinn 
Tangent (11 km à l’est de Corvallis)Linn 
Tygh Valley (0,8 km au sud)Wasco 
WicopeeDeschutes +
Californie (Hayes, 1997)   
AlturasModoc 
Fall River Mills (près)Shasta 
Lac Lower KlamathSiskiyou 

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Protection

Le British Columbia Conservation Data Centre (BCCDC), qui tient des données sur le statut des espèces végétales et animales rares, menacées, sensibles et vulnérables de la Colombie-Britannique, a classé la grenouille maculée de l’Oregon (Rana pretiosa) dans la catégorie de risque G2/G3 à l’échelle mondiale et dans la catégorie S1 à l’échelle sous‑nationale. De plus, le BCCDC a placé l’espèce sur la liste rouge, indiquant par là qu’il s’agit d’une espèce en voie de disparition ou menacée dont la gestion doit faire l’objet d’une grande attention. Les membres indigènes de la famille des Ranidés figurent sur la liste des espèces sauvages de la British Columbia Wildlife Act et de ses règlements. Un permis doit être obtenu de la Wildlife Branch du Ministry of Environment, Lands and Parks provincial pour toute forme de capture, de maintien en captivité ou de manipulation du R. pretiosa. La Loi ne contient cependant pas de dispositions pour la protection de l’habitat de l’espèce. En fait, la protection accordée à R. pretiosa par la Wildlife Act est pour le moins minimale.

Le Fish and Wildlife Service des États-Unis est en train d’examiner le statut du R. pretiosa, qui pourrait au terme de cet examen figurer sur la liste fédérale des espèces en péril. Le Washington Department of Fish and Wildlife tient une liste des espèces en voie de disparition, menacées ou sensibles (Washington Administrative Codes 232‑12‑014 et 232‑12‑011, Appendix). En août 1997, un rapport final sur la situation du R. pretiosa et une recommandation quant à son statut ont été présentés à la Washington Fish and Wildlife Commission, qui a désigné l’espèce « en voie de disparition » (endangered) (McAllister et Leonard, 1997). Le Oregon Department of Fish and Wildlife tient lui aussi une liste des espèces en voie de disparition, menacées ou sensibles. Actuellement, la situation du R. pretiosa dans cet État est jugée critique (sensitive critical) (M. Hayes, comm. pers., 1999).

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Taille et tendances des populations

Taille des populations existantes

 Le nombre de masses d’œufs compté aux sites de reproduction du R. pretiosa est un paramètre qui permet d’estimer la taille des populations de l’espèce au Canada, et correspondrait à celui des femelles présentes, si l’on suppose que chaque femelle ne pond chaque année qu’une seule masse d’œufs, ce qui est le cas dans l’État de Washington selon Olson et Leonard (1997). À la station radio navale d’Aldergrove, jusqu’à 7 sites de ponte collective renfermaient 48 masses d’œufs en 1997 et 29 en 2000 (Haycock, 1998 et données inédites). Au marécage Mountain, deux sites de ponte collective renfermaient 16 masses d’œufs en 1997 et 45 en 2000, tandis qu’au marécage Maria, on a compté 38 masses d’œufs en 1997 et 75 en 2000. En supposant qu’il y a chez les adultes le même nombre de mâles que de femelles, on peut estimer les tailles de ces populations en 1997 à 96 adultes à la station radio navale, 32 adultes au marécage Mountain et 76 adultes au marécage Maria, ce qui donne un nombre total estimé de 204 adultes reproducteurs documentés en 1997 au Canada. Pour 2000, on obtient à ces mêmes endroits des populations estimées de respectivement 54, 90 et 150 adultes, pour un total de 294 adultes (données inédites). Licht (1969a) a dénombré 30 masses d’œufs en 1968 et 54 en 1969 à Langley. Le nombre de masses d’œufs à Langley en 1968 semble du même ordre que les nombres mesurés à l’ensemble des sites fréquentés par l’espèce en Colombie-Britannique. Il n’y a plus aujourd’hui de grenouille maculée de l’Oregon à Langley.

Dans l’État de Washington, McAllister et Leonard (1997) ont signalé des populations de 242 adultes au ruisseau Dempsey, 1 144 adultes au lac Trout, et 1 328 adultes au lac Conboy.

Tendances des populations

Des 62 populations historiques de grenouille maculée de l’Oregon d’Amérique du Nord, il n’en subsiste plus que 13, soit 1 dans l’État de Washington et 12 en Oregon. Ainsi, dans l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce, 79 % des populations historiques de grenouille maculée de l’Oregon ont disparu. Toutes les populations historiques ont disparu en Colombie-Britannique (3 sur 3), 91 % ont disparu dans l’État de Washington (10 sur 11), 76 % en Oregon (34 sur 45), et toutes ont également disparu en Californie (3 sur 3). En considérant une aire de répartition beaucoup plus étendue, comme le suggèrent les données historiques, Hayes (1997) a estimé que le R. pretiosa a disparu de plus de 90 % de son aire de répartition historique. On pourrait même obtenir un pourcentage légèrement supérieur, étant donné que Hayes (1997) n’a pas tenu compte des deux populations historiques de la Colombie-Britannique signalées par Carl et Cowan (1945).

Un relevé effectué à 94 sites dans des milieux humides des basses terres du Fraser (Haycock, 1998) a permis de repérer trois nouvelles populations de R. pretiosa, l’espèce n’étant ainsi présente qu’à 3 % de tous les sites prospectés dans cette région.

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Habitat

Habitat typique et essentiel

En Colombie-Britannique, Licht (1969b) a clairement établi que les étangs temporaires peu profonds et les milieux humides de plaine inondable associés à des masses d’eau permanentes sont des éléments importants de l’habitat du R. pretiosa. Selon McAllister et Leonard (1997), l’habitat typique de la grenouille maculée de l’Oregon est un milieu humide pourvu de végétaux émergents et se trouvant dans un paysage boisé. Quant à lui, Hayes (1994a, 1994b) a décrit le R. pretiosa en Oregon comme une espèce occupant des marais d’eau tempérée dans des zones de milieux humides de plus de 4 hectares.

Les trois populations présentes en Colombie-Britannique occupent des milieux humides correspondant à ceux décrits par McAllister et Leonard (1997) et par Hayes (1994a, 1994b). Une partie de la propriété de la station radio navale Aldergrove occupée par le R. pretiosa est un milieu humide à végétation émergente en paysage boisé. Les marécages Maria et Mountain sont des milieux humides de plaine inondable entourés d’une forêt de feuillus et de conifères.

Bien qu’aucune mesure de la superficie de l’habitat propice à la reproduction aux trois sites occupés par l’espèce n’ait été effectuée, Ward (1989) a établi les évaluations sommaires suivantes : station radio navale Aldergrove – 2,6 hectares de marais de bassin peu profond et 4 hectares d’eau de bassin peu profond; marécage Maria – 9,2 hectares de marais de plaine inondable et 17,1 hectares d’eau courante; marécage Mountain – 12,3 hectares de marais de plaine inondable et 37 hectares d’eau courante. Le R. pretiosa a été observé dans le marais de bassin peu profond et dans les deux marais de plaine inondable, ce qui va dans le sens des descriptions d’habitat de McAllister et Leonard (1997) et de Hayes (1994a, 1994b).

Les habitats choisis par le R. pretiosa sont décrits comme des habitats correspondant à un stade peu avancé de la succession végétale, ou des habitats où le taux de succession végétale est réduit ou nul à cause de divers mécanismes. Au site de Licht, le pâturage réduit le taux de succession et favorise le maintien d’un habitat ouvert. À la station radio navale Aldergrove, il y a absence de succession autour des tours radio à cause de l’entretien de cette zone. À d’autres endroits de cette propriété, où la végétation n’est pas régulièrement taillée, les castors (Castor canadensis) éclaircissent le couvert végétal et créent des zones dégagées où le R. pretiosa se reproduit et des juvéniles sont observés (obs. pers.).

L’habitat de reproduction est l’habitat le plus critique pour le R. pretiosa en Colombie-Britannique, étant donné qu’il y en a peu de disponible. En 1997, on a repéré deux principaux sites de reproduction collective à la station radio navale Aldergrove. On a aussi observé que les pontes y ont débuté à 3 à 5 semaines d’intervalle. Au premier site, la ponte a eu lieu à la fin de février et au début de mars dans un milieu aquatique extrêmement peu profond (de 5 à 8 cm) à substrat limoneux et à végétation clairsemée. Quand les femelles ont commencé à pondre au deuxième site, les têtards avaient éclos au premier site et l’eau s’en était retirée, laissant le site à sec. Au deuxième site, l’eau est plus profonde (de 15 à 30 cm) et la végétation est beaucoup plus abondante (p. ex. alpiste roseau, Phalaris arundinacea) dans le secteur.

Hayes (1994a, 1994b) a avancé qu’il pourrait falloir au moins quatre hectares pour que la masse d’eau puisse être tempérée, comme le préfère le R. pretiosa. Hayes a aussi signalé que les populations des lacs et des marais situés en altitude dans la chaîne des Cascades en Oregon se réfugient probablement vers les sources, où elles peuvent trouver de l’eau libre de glace hautement oxygénée. La présence de sources pourrait donc être nécessaire aux populations de grenouille maculée de l’Oregon vivant en altitude.

Évolution des habitats

Les photographies de Licht (1971b, 1974) montrent que l’étang de son étude se trouvait dans un pré humide. Licht (1971a, 1971b) a décrit le site de Langley comme une basse terre plate et humide couverte surtout de jonc épais (Juncus effusus), de carex (Carex sp.), et de renoncules (Ranunculus spp.). Les renoncules couvraient presque tout le champ. Les deux autres types de plantes, également abondants, étaient dispersés dans l’ensemble du secteur. À l’est et à l’ouest, le champ était bordé de bois d’aulnes, de bouleaux et de conifères, un marais de basse terre s’étendait au sud, et une route d’asphalte passant dans la basse terre constituait la limite nord. Un cours d’eau permanent lent traversait le centre du champ. Dans une description biophysique du parc régional Campbell Valley, Haycock et Mort (1988) ont établi que les associations végétales bordant le site de Licht étaient les suivantes : « douglas – maïanthème dilaté », et « aulnaie riveraine préclimacique ».

L’association dominée par le douglas jouxtant le site de Licht est typique d’une zone biogéoclimatique côtière à douglas bordant une zone biogéoclimatique côtière à pruche de l’Ouest. Bien que l’association dominée par le douglas ne borde aucun autre tronçon de la Little Campbell dans le parc, on ne pense pas que sa présence à côté du site de Licht soit importante. Cette association est relativement peu étendue et ne renferme pas de petites masses d’eau tempérée temporaires et peu profondes dont pourraient profiter les juvéniles. Les espèces caractéristiques de cette association sont le douglas (Pseudotsuga menziesii), l’érable circiné (Acer circinatum), le maïanthème dilaté (Maianthemum dilatatum), et la smilacine étoilée (Smilacina stellata). Le peuplement d’aulnes rouges est typique d’une association préclimacique bordant un champ, un pré humide ou un milieu humide. Les plantes de cette association végétale sont des espèces à croissance rapide qui favorisent une succession rapide et comprennent l’aulne rouge (Alnus rubra), le physocarpe à boules (Physocarpus capitatus), le cornouiller stolonifère (Cornus stolonifera), l’holodisque discolore (Holodiscus discolor), le chèvrefeuille involucré (Lonicera involucrata), et la spirée de Douglas (Spiraea douglasii).

Aucune des espèces végétales signalées ne semble particulièrement importante pour le R. pretiosa. Licht avait signalé la présence de plantes aquatiques, comme des potamots (Potamogeton spp.), qui sont toujours présentes au site. Certains macrophytes émergents, comme le Carex rostrata et le Juncus effusus, y sont également toujours présents. Cependant, le scirpe à noeuds rouges (Scirpus microcarpus) y est actuellement abondant alors qu’il n’avait probablement pas été vu ou reconnu durant l’étude de Licht. Il est peu probable que la présence ou l’absence du scirpe à nœuds rouges ait eu quelque impact sur la population historique de R. pretiosa à ce site. J’ai prospecté minutieusement ce qu’on appelle aujourd’hui l’étang de Licht et n’y ai pas trouvé trace du R. pretiosa. Je n’ai pas non plus vu de R. pretiosa à l’étang McLean, un milieu humide étendu situé au nord du site de Licht. Les amphibiens observés à ce dernier sont Ambystoma gracile, Ambystoma macrodactylum, Bufo boreas, Hyla regilla, Taricha granulosa, Rana aurora, Rana catesbeiana, et Rana clamitans.

Les habitats des populations historiques de la prairie Sumas et de l’île Nicomen n’ont pas été décrits par Carl et Cowan (1945), mais ils ont certaines des caractéristiques de ceux décrits par Slipp (1940), qui a observé le R. pretiosa en association avec des lacs dans un paysage de pré. La plus grande partie de l’actuelle prairie Sumas était autrefois le lac Sumas, qui s’étendait dans les basses terres du Fraser entre les monts Vedder et Sumas. Le lac Sumas a été drainé au début du XXsiècle; ainsi, la mention de Carl et Cowan (1945) indiquerait que le R. pretiosa s’est maintenu dans la région durant au moins 45 ou 50 ans. Aucune mention crédible du R. pretiosa n’a été faite dans cette région depuis celle de Carl et Cowan. Quant à elle, l’île Nicomen, située dans le Fraser, est couverte de terres agricoles et ceinturée de plaines inondables.

L’habitat à la station radio navale Aldergrove demeure stable, si ce n’est des altérations apportées par les castors (Castor canadensis) qui y résident. Par ailleurs, le taux de succession aux marécages Maria et Mountain n’a pas été évalué, mais il semble faible. Comme ces deux marécages communiquent avec le Fraser, leurs niveaux d’eau fluctuent, parfois rapidement, de sorte que les plantes favorisant une succession rapide ne peuvent s’y propager.

Les six populations documentées du R. pretiosa en Colombie-Britannique se trouvent à environ 70 km les unes des autres. Cette fragmentation s’explique par le fait que leurs habitats sont des milieux qui ont été épargnés par les activités de développement. Trente‑deux ans après le début des travaux de Licht, en 1967, l’étang de cet auteur a grandement changé. Ce n’est plus un marais temporaire peu profond bordé par un pré humide à renoncules, et il n’a plus de connexion bien établie avec la Little Campbell. Actuellement, les associations végétales jouxtant le site de Licht décrites par Haycock et Mort (1988) sont encore intactes, mais l’association végétale riveraine préclimacique s’est étendue loin à l’intérieur du site. D’autres espèces végétales pionnières, comme des saules (Salix spp.) et la spirée de Douglas (Spiraea douglasii), sont bien établies à la bordure de l’association dominée par le douglas et forment une couche arbustive dense occupant l’étroite lisière du milieu humide. Il est possible que le rayonnement solaire ne puisse traverser ces arbustes pour réchauffer les eaux sous‑jacentes jusqu’aux températures propices au R. pretiosa.

Licht (1971a, 1971b) a signalé que du bétail venait périodiquement brouter les pâturages jouxtant sa zone d’étude de 2,8 hectares. Il a aussi indiqué que le site était fermé au public et que les perturbations anthropiques y étaient minimes. Durant les travaux de Licht, son site d’étude se trouvait sur une propriété privée et le bétail pouvait paître au voisinage des zones de reproduction du R. pretiosa. Après l’acquisition de cette propriété par le Greater Vancouver Regional District (GVRD), le bétail a été retiré du secteur. Avec l’arrêt du broutage et du piétinement, la succession végétale, jusqu’alors freinée, a pu reprendre un rythme naturel. En outre, le terrain ayant été cédé au GRVD pour l’aménagement d’un parc, le GVRD a aménagé à environ 100 mètres l’un de l’autre un sentier équestre et un sentier pédestre dans le
voisinage immédiat de l’étang de Licht. Les promenades de bois bordant chacun des sentiers traversent le site de Licht. De plus, une route municipale, passant à quelque 100 mètres à l’ouest du site de Licht, a été reconstruite dans les années 1980, ce qui pourrait avoir altéré l’hydrologie du secteur.

Protection de l’habitat

Le site de la station radio navale Aldergrove se trouve sur un terrain du ministère de la Défense nationale, et le R. pretiosa s’y trouve protégé du fait que les civils ne peuvent y circuler. Les terres y sont aménagées par le Service canadien des forêts du ministère fédéral des Ressources naturelles. La végétation arbustive du site est régulièrement éliminée pour protéger les tours radio. La succession végétale se trouve ainsi empêchée aux deux endroits où la reproduction du R. pretiosa a été observée. On ne connaît pas les plans de développement du site, s’il en est. Actuellement, le niveau de protection dont jouit la population de grenouille maculée de l’Oregon semble suffisant. Toute vente de ce terrain à des fins de développement constituerait cependant, pour la population présente, une menace sérieuse.

Le marécage Maria appartient à la bande indienne de l’île Seabird. Le potentiel de développement de ce site semble limité, l’habitat de la grenouille maculée de l’Oregon se trouvant dans le bassin inondable. Par ailleurs, le marécage Mountain est propriété privée mais, tout comme le marécage Maria, le potentiel de développement y est limité en raison de la géographie et de l’hydrologie particulières du site.

Le parc régional Campbell Valley appartient au Greater Vancouver Regional District et ce territoire est protégé de par son statut de parc. Bien que l’extinction de la population de R. pretiosa du site de Licht dans ce parc régional soit considérée comme une disparition locale, il semble y avoir à proximité du site de cette population historique un habitat propice, qui pourrait permettre la réintroduction de l’espèce.

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Biologie générale

Reproduction

Le cycle vital du R. pretiosa est étroitement associé à la présence d’eau et commence quand les grenouilles gagnent les eaux peu profondes des sites de reproduction à la fin de l’hiver. Elles deviennent actives à la fin de l’hiver et au début du printemps; on a déjà observé des grenouilles maculées de l’Oregon actives à une température record de seulement –0,5 °C (McAllister et Leonard, 1997). On ne sait pas où elles hibernent. Les mâles arrivent aux étangs de reproduction habituels à la fin de l’été (Licht, 1969a; McAllister et Leonard, 1997) et se rassemblent en groupes serrés. Les chants ont lieu jour et nuit (McAllister et Leonard, 1997) et sont intenses durant les après‑midi ensoleillés (Licht, 1971). Les mâles émettent des séquences de 6 à 9 courtes notes graves. Leur appel peut être entendu à une distance de 18 à 30 m et est souvent enterré par les vocalisations d’autres animaux du voisinage (Licht, 1969b). Davidson (1995) a décrit autrement l’appel des mâles, soit comme une brève série de 5 à 50 notes graves faibles et caverneuses, qu’on peut imiter en cognant sur du bois avec le poing ou en faisant claquer notre langue sur le palais. Durant la période de reproduction, les mâles chantent très près les uns des autres et ne manifestent pas de comportements agonistiques les uns envers les autres. On a déjà entendu des mâles solitaires chanter au milieu du jour tôt dans l’automne (Hayes et al., 1997).

Quand elles sont prêtes à pondre, les femelles s’approchent des mâles chantants. Quand un mâle adulte rencontre une femelle en état de pondre, il la saisit derrière les membres antérieurs et procède à l’amplexus, ou embrassement. Des mâles et des femelles embrassés ont déjà été observés à plus de 20 m des sites de reproduction traditionnels, apparemment en route vers ces sites (McAllister et Leonard, 1997). Le mâle féconde les œufs pendant que la femelle expulse sa masse d’œufs, souvent sur les masses d’œufs d’autres femelles (Licht, 1969b; obs. pers.). Les femelles adultes ne pondent qu’une seule masse d’œufs par année (Licht, 1974; Olson et Leonard, 1997). Licht (1974) a signalé une moyenne de 643 œufs par masses d’œufs en Colombie-Britannique, tandis que, selon McAllister et Leonard (1997), la moyenne s’élevait à 598 œufs au Washington. Dans un petit échantillon de masses d’œufs pondues à la station radio navale Aldergrove (n=14), j’ai moi‑même obtenu une moyenne de 670 œufs.

Les œufs sont pondus collectivement au milieu de l’après‑midi (Licht, 1971) et la nuit (McAllister et Leonard, 1997). Les sites de reproduction se trouvent habituellement en eau peu profonde à la lisière fortement exposée des marais (Hayes, 1997). Une fois les couples séparés, on pense que les femelles vivent solitairement, tandis que les mâles peuvent demeurer au site de reproduction durant deux ou trois semaines, à la recherche d’autres partenaires sexuels.

Les embryons de la grenouille maculée de l’Oregon ont un diamètre moyen de 2,31 mm (Licht, 1971). Le développement embryonnaire est tributaire de la température et peut prendre moins de 10 jours (Hayes, 1997). Licht (1971) a mesuré la température de l’eau durant le jour autour des masses d’œufs et a obtenu une moyenne de 20 °C. À partir de tables des stades de développement établies par Pollister et Moore (1937), Licht (1971) a déterminé que les embryons éclosent au stade 21.

Les têtards terminent leur métamorphose à moins de quatre mois, soit légèrement plus rapidement que l’anoure type (Duellman et Trueb, 1986). Licht (1973) a avancé que la période de développement larvaire plus courte du R. pretiosa par rapport à celle des R. aurora sympatriques pourrait expliquer le taux de survie supérieur des grenouilles maculées de l’Oregon juvéniles. La taille (longueur museau‑cloaque) au terme de la métamorphose est de 30 à 33 mm (Licht, 1986a), et, en Colombie‑Britannique, les juvéniles atteignent la maturité sexuelle et commencent à se reproduire dans leur troisième année (Licht, 1986). McAllister signale que dans l’État de Washington, les femelles atteignent la maturité sexuelle à trois ans et les mâles, à deux ans (comm. pers.). À partir de données sur la croissance recueillies dans trois populations de l’Oregon, Hayes (comm. pers., 1997) a établi que tant les mâles que les femelles du bassin Klamath atteignent leur taille adulte en deux ans.

Physiologie

Licht (1971) a signalé que les femelles adultes commencent à pondre quand la température atteint 6 °C. Licht (1971) a aussi établi que les embryons ne peuvent supporter une température supérieure à 28 °C, et que les jeunes embryons peuvent résister jusqu’à huit heures à une température de 1 °C. Pour assurer leur thermorégulation, les juvéniles peuvent se réchauffer en se tenant dans des marais tempérés, très peu profonds (obs. pers.). On a entendu des mâles adultes chantant sous le soleil à la fin de l’après‑midi, l’exposition directe au soleil pouvant leur être bénéfique. Les femelles sont actives durant le jour, et on en a observé en train de pondre durant des périodes ensoleillées (Licht, 1971).

Alimentation

Au chapitre de l’alimentation, le R. pretiosa ne serait pas un spécialiste, et ses habitudes alimentaires ne semblent pas limiter son abondance. Licht (1986a) a observé des grenouilles maculées de l’Oregon métamorphosées se nourrissant de chrysomélidés, de carabidés, d’araignées (arachnidés), de staphylinidés, de syrphidés, de dolicopodidés, de fourmis (formicidés) et de patineurs (gerridés). Les têtards se nourrissent d’algues, de végétation en décomposition et de détritus (Licht, 1974).

Croissance et survie 

Licht (1974) a mesuré des taux de survie de 68 % à des sites de ponte se trouvant près du bord de l’étang, et de 74 % en bordure de la rivière. Durant les longues périodes sèches ou les froids extrêmes, les œufs risquent grandement de geler ou de se dessécher, ce qui constitue un inconvénient majeur de l’exploitation de sites de ponte collective au pourtour peu profond des milieux humides. Durant la deuxième année de l’étude de Licht, tous les embryons se seraient desséchés si Licht n’avait pas remis les masses d’œufs dans l’eau. Des circonstances similaires ont été observées à la station radio navale Aldergrove (obs. pers.), au ruisseau Dempsey en 1995, et au lac Trout en 1997 (McAllister et Leonard, 1997). Durant l’été où l’étang de son étude s’est asséché, Licht (1974) a estimé que moins de 1 % des têtards éclos ont atteint le stade de la métamorphose. Bien que la rivière n’ait pas été asséchée dans ce même été, Licht a signalé que seulement 7,3 % des têtards y ont survécu jusqu’à la métamorphose.

Licht (1974) a établi que 67 % des grenouilles métamorphosées avaient survécu à leur première année, et que 64 % des adultes survivaient d’une année à l’autre. Le taux de survie des mâles (45 %) était significativement différent du taux de survie des femelles (67 %). La longévité du R. pretiosa est inconnue.

Comportement 

On connaît peu le comportement du R. pretiosa en dehors de la saison de reproduction. Si une menace survient alors qu’elles sont à l’eau, les grenouilles maculées de l’Oregon s’enfoncent lentement ou plongent vers le fond, où elles trouvent refuge dans le substrat (Licht 1986b). Si elles sont à terre, elles se dirigent vers l’eau, plongent vers le fond et se réfugient dans la végétation dense du substrat.

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Facteurs limitatifs

Les effectifs du R. pretiosa en Colombie-Britannique sont beaucoup plus faibles que ceux signalés dans l’État de Washington et en Oregon. Hayes et al. (1997) ont examiné un ensemble de facteurs limitatifs qui pourraient expliquer ces effectifs réduits, soit : la destruction anthropique d’habitats, la perte d’habitats liée à la succession végétale, l’altération de l’hydrologie, l’introduction de prédateurs et de plantes étrangers, la gestion du bétail, et l’isolement.

Pertes d’habitats

Selon Hayes (1994b), une population de grenouilles maculées de l’Oregon ne peut se maintenir que dans un habitat d’au moins quatre hectares. Hayes et al. (1997) ont signalé que 14 des 24 sites (58 %) occupés par l’espèce se trouvent dans des parcelles d’habitat propice relativement petites (moins de 25 hectares).Ces auteurs sont d’avis que ces sites sont menacés du simple fait que l’habitat propice y est peu étendu.

La plus importante population documentée de grenouilles maculées de l’Oregon en Colombie-Britannique est celle de la station radio navale Aldergrove, où l’on trouve environ 2,6 hectares de marais de bassin peu profond (Ward, 1989). Ward (1989) a également évalué la superficie des marécages Maria et Mountain à respectivement 9,2 et 12,3 hectares de marais de plaine inondable. Si l’évaluation des risques réalisée par Hayes (1997) pour les habitats de l’espèce en Oregon vaut pour les populations de la Colombie-Britannique, les trois populations restantes de la province se trouveraient tout autant en péril en raison des faibles superficies d’habitat.

L’envahissement du milieu par les végétaux des premiers stades de succession semble détériorer l’habitat de reproduction du R. pretiosa. Les marais de plaine inondable peu profonds essentiels au R. pretiosa se trouveront éventuellement réduits ou altérés au point de ne plus permettre la reproduction de l’espèce. De plus, la succession végétale peut aussi rendre le milieu impropre à la reproduction de l’espèce.

Altération de l’hydrologie

Les sites de reproduction historiques où il y a ponte collective peuvent disparaître par suite d’une altération de l’hydrologie se soldant par un assèchement ou un apport en eau trop important. Ce dernier cas de figure a été observé à la station radio navale Aldergrove en raison de l’activité des castors (Castor canadensis) en 1999 (obs. pers.). Bien que les castors aient été bénéfiques au R. pretiosa en créant un habitat dégagé dans le milieu humide boisé du site, ils ont aussi entraîné la formation d’un étang allongé peu profond à la bordure de la principale zone de reproduction des grenouilles où des œufs ont été observés en 1997. Cet étang a privé les grenouilles de la zone d’environ 300 mètres de marais de plaine inondable peu profond où elles avaient pondu en 1997. En 1999, deux zones où se regroupaient les grenouilles pour se reproduire ont été trouvées aux deux extrémités de l’étang créé par les castors. Cet étang semblerait donc trop profond pour la reproduction du R. pretiosa, ce qui renforcerait l’hypothèse que cette espèce aurait besoin pour se reproduire d’un marais de plaine inondable très peu profond.

Plantes et prédateurs étrangers

Un certain nombre de carrières de gravier ont été exploitées dans le passé à South Langley et South Surrey. Ces carrières se sont par la suite remplies d’eau et sont devenues de petits lacs très propices au ouaouaron (Rana catesbeiana). Le ouaouaron est un prédateur d’amphibiens bien connu (Duellman et Trueb, 1986), qui peut se nourrir de têtards du R. pretiosa aussi bien que d’adultes.

L’alpiste roseau (Phalaris arundinacea) est présent à tous les sites de Colombie-Britannique occupés par la grenouille maculée de l’Oregon. Bien que son impact sur le R. pretiosa ne soit pas totalement compris, il semble qu’en envahissant les marais de plaine inondable peu profonds, il réduise ou fasse complètement disparaître l’habitat de reproduction ouvert dont a besoin le R. pretiosa en formant des couches épaisses de végétation en putréfaction. Si le roseau alpiste n’était pas présent dans ces sites, les grenouilles maculées de l’Oregon pourraient s’y assembler pour se reproduire. 

Gestion du bétail

En boutant et en piétinant les zones jouxtant le site de Licht, le bétail pourrait avoir freiné la succession naturelle. Ainsi, la présence du bétail pourrait avoir contribué à maintenir la population du R. pretiosa en préservant un habitat propice. Quand le site a été intégré à un parc public, le bétail a été retiré et la succession végétale s’est effectuée dans des conditions naturelles. Ce changement de vocation du terrain et le retrait du bétail ont probablement contribué à la disparition du R. pretiosa au site de Licht.

Isolement des populations et des habitats

La population de R. pretiosa de la station radio navale Aldergrove est complètement isolée des deux autres populations encore présentes en Colombie-Britannique. De plus, il n’y a autour de son habitat aucun autre habitat de taille convenable. On a trouvé des masses d’œufs à un endroit situé à environ un kilomètre de l’habitat de reproduction principal de la station radio, mais l’habitat à cet endroit a une superficie de moins de 0,5 hectares. Par ailleurs, les marécages Maria et Mountain sont également isolés l’un de l’autre, et l’habitat propice entre ces deux sites est très fragmenté, de sorte qu’il est peu probable qu’il y ait échanges entre les deux populations.

Changement climatique

Les effets potentiellement dévastateurs du changement climatique sur l’ensemble ou sur une partie de la production de grenouilles maculées de l’Oregon dans l’année en cours ne doivent pas être négligés. Comme les masses d’œufs sont pondues en groupes chez cette espèce, le risque que les embryons se dessèchent si les niveaux d’eau fluctuent rapidement est particulièrement élevé.

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Importance de l'espèce

Le R. pretiosa n’a pas été signalé dans les autres provinces canadiennes. Il se trouve en Colombie-Britannique à la limite septentrionale de son aire de répartition, et celle‑ci ne s’étend pas continûment dans l’État de Washington et l’Oregon, ayant été fragmentée par suite de la disparition de populations. L’espèce est considérée comme en voie de disparition dans l’État de Washington et en Oregon. Le public s’est, à ce jour, peu intéressé au R. pretiosa, probablement parce qu’il s’agit d’une espèce mal connue qui n’a été que tout récemment distinguée de la grenouille maculée de Columbia (Rana luteiventris) (Green et al., 1997). Le Rana pretiosa n’a pas d’importance économique, n’est ni chassé, ni élevé en captivité, ni exploité commercialement, et ne fait l’objet d’aucun préjugé ou opinion défavorables de la part du public.

On peut confondre le R. pretiosa avec le R. aurora et, dans une moindre mesure, avec le R. luteiventris. Aucune de ces espèces n’est délibérément exploitée ou détruite par l’homme, mais on ne connaît que très incomplètement les populations existantes et un manque d’attention pour les populations et les habitats de la grenouille maculée de l’Oregon pourrait entraîner une gestion déficiente de l’espèce en Colombie-Britannique.

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Évaluation et statut proposé

Le déclin des populations du R. pretiosa en Colombie-Britannique est probablement dû à la perte d’habitats dans l’ensemble de son aire de répartition historique dans les basses terres du Fraser. La première mention du R. pretiosa dans la province est apparue dans la littérature en 1945, au moins 45 ans après que l’un des plus vastes milieux humides de la vallée du Fraser, celui du lac Sumas, a été drainé à des fins agricoles. Le R. pretiosa est grandement en péril dans la province puisqu’on ne l’a signalé qu’à trois sites. Les populations réduites à chacun des sites, la taille insuffisante des habitats et le fait que les grenouilles maculées de l’Oregon se rassemblent en un même lieu pour la reproduction font que le risque de disparition de l’espèce est particulièrement élevé. Le British Columbia Conservation

Data Centre a placé le R. pretiosa sur la liste rouge, considérant qu’il s’agit d’une espèce en voie de disparition ou menacée à laquelle on doit porter une grande attention. Le Washington Department of Fish and Wildlife a désigné le R. pretiosa « en voie de disparition » (McAllister et Leonard, 1997), et le Oregon Department of Fish and Wildlife considère actuellement que la situation de l’espèce est critique (sensitive critical) en Oregon (M. Hayes, comm. pers.). Enfin, le Fish and Wildlife Service des États-Unis est en train d’examiner s’il y a lieu de placer le R. pretiosa sur la liste fédérale des espèces en péril.  

Le Rana pretiosa devrait être considéré comme en voie de disparition au Canada.

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Remerciements

Je tiens à remercier David M. Green pour sa contribution au présent rapport. J’ai aussi grandement apprécié les conseils de Patrick Gregory, Jeff Banin et Ronald Brooks, qui ont révisé une version antérieure du rapport. On doit à Denis Knopp la redécouverte du R. pretiosa en Colombie-Britannique. Enfin, j’exprime ma gratitude à Kelly McAllister et Marc Hayes pour m’avoir fait profiter de leurs vastes connaissances de cet amphibien et informé de la situation de l’espèce dans l’État de Washington et en Oregon, respectivement.

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Ouvrages cités

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L’auteur

Russ Haycock est biologiste professionnel inscrit et consultant en environnement. Il est co‑président de l’équipe de rétablissement de la grenouille maculée de l’Oregon en Colombie‑Britannique.

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