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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur les couleuvres agiles à ventre jaune de l’Est et de l’Ouest au Canada - Mise à jour

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Les couleuvres agiles occupent généralement une variété d’habitats ouverts. En Saskatchewan, on a signalé la présence du C. c. flaviventris dans les prés, les buissons d’armoise et les prairies mixtes. Au Kansas, on a signalé sa présence dans des prairies naturelles ou régénérées, des pâturages, des champs abandonnés ou des forêts ouvertes (Fitch, 1963 : p. 375-377).

Le C. c. mormon préfère également les habitats ouverts, mais on le trouve à l’occasion dans des régions boisées à couvert clair (Sarell et al., 1996 et 1997; Sarell et Alcock, 2000). Selon Gregory et Campbell (1984 : p. 74), l’habitat du C. c. mormon se caractérise par des espaces ouverts et peu arborés. Les couleuvres agiles, malgré une tolérance apparente à la chaleur, ont besoin d’habitats quelque peu humides. On trouve généralement le C. c. mormon à basse ou à moyenne altitude, jusqu’à 900 m en Colombie-Britannique (Sarell et al., 1997). Brown et al. (1995) en ont récolté à des altitudes allant jusqu’à 1 080 m dans l’État de Washington. En Colombie-Britannique, on a trouvé l’espèce dans quatre zones biogéoclimatiques, soit celles de la prairie à graminées cespiteuses (Orchard, 1984; Cannings et al., 1999), intérieure à douglas (Cannings et al., 1999), à pin ponderosa (Orchard, 1984; Cannings et al., 1999) et intérieure sèche à thuya et pruche de l’Ouest (Sarell et Alcocok, 2000; Sarell, 2003). On la rencontre toutefois le plus souvent dans les zones biogéoclimatiques à pin ponderosa et à graminées cespiteuses (Orchard, 1984). À Osoyoos, le C. c. mormon a été signalé dans le fond de vallées humides, les terrasses de sable le long des versants des vallées, et sur les pentes rocheuses des parois des vallées (Shewchuk et Waye, 1995). Les couleuvres agiles sont des prédateurs visuels qui chassent durant le jour et qu’on trouve souvent sur les terrasses de sable et les réserves riveraines où les conditions thermiques sont optimales et les proies, abondantes (Shewchuk et Waye, 1995).


Habitat de ponte

Il existe peu de données concernant les habitats de ponte du C. c. flaviventris. K. Kissner (comm. pers.) a récolté un certain nombre de C. c. flaviventris juvéniles dans une souche se trouvant à l’entrée principale d’un grand gîte d’hivernage de crotales. Fitch (1963 : p. 417) signale que l’espèce peut pondre ses œufs dans des terriers de rongeurs.

Brodie et al. (1969) ont décrit des sites de nidification collectifs du C. c. mormon en Oregon. On a observé des C. c. mormon partageant des sites de nidification avec des couleuvres à nez mince (Shewchuk, 1996). Pas moins de 56 nouveau-nés de C. c. mormon ont été trouvés dans un site de nidification collectif en compagnie de 14 nouveau-nés de couleuvres à nez mince. Le site en question était un terrier de rongeurs situé sur une colline sablonneuse dont la couverture végétale était clairsemée et exposée au sud et à la chaleur (Shewchuk et Waye, 1995; Shewchuk, 1996). Les œufs étaient déposés à 15 cm sous terre dans le terrier de rongeurs abandonné, et l’entrée du terrier était restée ouverte. Des femelles de C. c. mormon ont également été observées creusant des tanières dans des bancs de sable (Sarell, 2003). Les talus d’éboulis stables exposés au sud peuvent également être utilisés pour la nidification (Cannings et al., 1999; Brodie et al., 1969). Le taux de croissance des jeunes dépend de la température d’incubation (Shewchuk, 1996), ce qui expliquerait pourquoi les femelles préfèrent utiliser les pentes chaudes pour pondre leurs œufs (Sarell, 2003). Le C. c. mormon manifeste une fidélité au site, pondant ses œufs dans les mêmes nids souterrains pendant plusieurs années (Sarell, 2003).


Hibernation

Une recherche sur les crotales a démontré l’importance des gîtes d’hivernage adéquats pour permettre aux serpents de survivre à l’hiver (Gannon, 1978; Macartney et Weichel, 1989). Il est possible d’extrapoler cette conclusion à d’autres espèces qui utilisent des tanières; de plus, elle explique les besoins de la couleuvre agile en matière d’habitat. Les couleuvres agiles passent chaque année les mois d’hiver en hibernation dans le même gîte d’hivernage. Par contre, Fitch (1963 : p. 386) a constaté que certains individus de la sous-espèce C. c. flaviventris se déplacent à l’occasion d’une tanière à une autre sans raison apparente. Le gîte d’hivernage doit être assez profond pour protéger contre le gel en hiver. La température constitue un élément essentiel de l’habitat de la couleuvre agile, surtout au Canada où l’espèce atteint sa limite septentrionale.

On a mentionné la présence du C. c. flaviventris en Saskatchewan à l’occasion de recherches de tanières de crotales des Prairies, Crotalus viridis viridis, (Maher et Beck, 1964). Macartney (cité dans Campbell et Perrin, 1991) a décrit les tanières partagées par des serpents dans la vallée de la rivière Frenchman comme une série de trous profonds pratiqués dans un sol meuble se trouvant sur les versants de collines faisant généralement face au sud. Des trous creusés par des mammifères peuvent également être utilisés (Macartney, observations inédites, tel que cité dans Campbell et Perrin, 1991). Minton (1972 : p. 267) et Owens (1949) font état de l’utilisation de réservoirs abandonnés comme tanière. Fitch (1963 : p. 377 et 380) a observé qu’au Kansas, les C. c. flaviventris hibernent à l’intérieur ou près de saillies rocheuses, toujours profondément enfouis dans des strates de calcaire près du sommet de collines. Kissner et al. (1996) ont observé le C. c. flaviventris dans des tanières collectives en compagnie de crotales des Prairies, de couleuvres à nez mince des Prairies, de couleuvres des plaines et possiblement de couleuvres à nez retroussé (Heterodon nasicus). On trouve plus fréquemment les tanières collectives en haute altitude, probablement à cause du peu de disponibilité de sites de tanières adéquats (Gregory, 1982).

En Colombie-Britannique, les gîtes d’hivernage du C. c. mormon sont généralement situés dans les affleurements rocheux, les talus d’éboulis et les piles de roches situées sur les pentes escarpées exposées au sud (Shewchuck et Waye, 1995). Le C. c. mormon partage souvent sa tanière avec le crotale de l’Ouest, Crotalus oreganus, la couleuvre à nez mince du Grand Bassin, Pituophis catenifer deserticola, la couleuvre nocturne, Hypsiglena torquata, et la couleuvre rayée, Thamnophis sirtalis (Hobbs et Sarell, 2001; Sarell, 1993; Shewchuk, 1996; Gregory et Campbell, 1984). Les couleuvres de l’Ouest (Thamnophis elegans) hibernent également en compagnie de ce groupe de serpents, mais on ne les a jamais observées avec des couleuvres rayées (Hobbs et Sarell, 2002). Dans la plupart des tanières de crotales, de une à cinq couleuvres agiles partageaient le même site. Le petit nombre de couleuvres agiles observées dans les tanières serait probablement une caractéristique de cette espèce qui ne traîne pas à l’extérieur des tanières à l’instar d’autres espèces (Sarell, 1993). Le crotale de l’Ouest est un bon indicateur des tanières de couleuvres agiles, mais l’aire de répartition du C. c. flaviventris s’étend jusqu’à la région de Cariboo, où on ne trouve pas de crotales. À Trail (Colombie-Britannique), le C. c. mormon semble utiliser comme gîte d’hivernage les pentes chaudes situées entre les sols en terrasses qui se prolongent jusqu’à la rive du Columbia, et pourrait avoir utilisé les terriers de petits mammifères (Sarell et Alcock, 2000).

Hobbs et Sarell (2002) ont décrit quatre importantes caractéristiques qui rendent une tanière convenable, soit la fracturation, l’humidité, la couverture et l’effet thermique. La fracturation, qui s’observe plus généralement dans des rochers de basalte et de gneiss, est importante pour assurer que la température reste au-dessus du point de congélation et donner accès à la chaleur géothermique afin de maintenir une température de 4 à 9 °C (Macartney, 1996, tel que cité dans Hobbs et Sarell, 2002). À la lumière des travaux de Macartney (1995), on constate que les couleuvres agiles sont plus enclines au dessèchement qu’à la famine. Une humidité suffisante serait donc l’une des composantes importantes du gîte d’hivernage. La couverture que constituent les blocs rocheux, les buissons et les gros talus situés à l’extérieur des tanières serait un élément important pour la thermorégulation des serpents qui sortent de leur gîte, et servirait de couloir de circulation et d’aire d’alimentation. Finalement, l’effet thermique, c’est-à-dire la capacité des tanières d’absorber et de retenir la chaleur, dépend de l’aspect, de la pente, de la masse, de la position et de l’albédo de la surface (Hobbs et Sarell, 2002). Chacun de ces éléments est utile pour évaluer la qualité des sites de tanières. Cependant, il y aurait également entre ces éléments des compromis qui font en sorte que les serpents utilisent des tanières apparemment inappropriées.


Tendances

Les populations canadiennes de couleuvres agiles sont à la limite septentrionale de leur aire de répartition, qui pourrait être limitée par des caractéristiques physiques (obstacles à la dispersion, manque de sites d’hibernation adéquats, etc.), le manque d’habitats adéquats, et les activités humaines ou la persécution. Par exemple, les prairies indigènes de la Saskatchewan ont été fortement perturbées depuis l’arrivée des colons et l’introduction de l’agriculture mécanisée. La partie sud de la province a souffert de surpâturage, mais il est difficile de déterminer si ce phénomène a eu ou aura une incidence sur les populations du C. c. flaviventris. La vallée de la rivière Frenchman abrite une population clairsemée; la mortalité routière y est donc probablement une cause négligeable de mortalité. Le seul incident signalé où un C. c. flaviventris a été délibérément tué par des humains dans une tanière en Saskatchewan demeure un cas isolé, et il n’existe aucune preuve de perturbation causée par l’homme dans aucun des autres sites où des couleuvres agiles ont été observées lors des études de Macartney effectuées en 1987 et en 1990 (données inédites, tel que cité dans Campbell et Perrin, 1991). Par ailleurs, il est peu probable qu’on détecte ceux qui tuent des serpents ou dérangent leur gîte d’hivernage en raison du manque de moyens ou d’études de détection. Le C. c. flaviventris n’a probablement jamais été fréquent en Saskatchewan et en Alberta. Toutefois, la perte de l’habitat dans la région a sans doute entraîné, à tout le moins, des déclins locaux de la population. Le faible nombre de mentions de C. c. flavirentris peut également être le reflet de l’absence de surveillance et d’études adéquates.

En Colombie-Britannique, la forte modification de l’habitat dans la région très peuplée de la vallée de l’Okanagan a eu pour conséquence la perte d’habitats propices pour la couleuvre agile, plus particulièrement sur le versant ouest de la vallée de l’Okanagan. L’aménagement de vergers, rendu possible grâce à l’irrigation, au fond et près du fond de la vallée et s’élevant jusqu’aux versants adjacents, a indéniablement entraîné le déclin des populations locales du C. c. mormon au fond de la vallée. Pour des raisons évidentes, les lotissements sont aménagés sur les mêmes versants ensoleillés orientés au sud que les serpents utilisent comme gîtes d’hivernage. Cette perte d’habitats de prairie de basse altitude constitue la principale menace pour l’habitat des C. c. mormon (Shewchuk et Waye, 1995).

La perte de la prairie indigène dans les régions où vivent des couleuvres agiles à ventre jaune varie énormément et est en général plus prononcée au fond de la vallée et moindre à plus haute altitude, où les serpents sont moins nombreux en raison des contraintes thermiques (Grasslands Conservation Council of British Columbia, 2004). Dans la région de l’Okanagan et de la Similkameen, le pourcentage de perte de la prairie indigène varie de 11 à 45 p. 100, le plus fort pourcentage étant enregistré au nord du bassin de l’Okanagan. Environ 10 p. 100 des prairies restantes sont protégées dans les parcs provinciaux (Grasslands Conservation Council of British Columbia, 2004). Dans la région de Thompson, de 10 à 20 p. 100 des prairies ont disparu; 7 p. 100 sont protégées. Comme les couleuvres agiles ont vraisemblablement disparu des zones urbaines et fortement cultivées, on peut donc estimer leur déclin entre 10 et 45 p. 100 en se fondant sur les données sur les prairies. La plupart des prairies qui restent servent au pâturage ou sont récoltées. Il est difficile d’évaluer l’incidence du pâturage sur les couleuvres agiles. Dans les régions de l’Okanagan et de la Similkameen et de Thompson, la couleuvre agile à ventre jaune de l’Ouest, le crotale de l’Ouest et la couleuvre à nez mince du Grand Bassin sont inscrits à la liste bleue (Grasslands Conservation Council of British Columbia, 2004).


Protection et propriété des terrains

Deux des sites d’hibernation du C. c. flaviventris de la vallée de la rivière Frenchman (Saskatchewan) se trouvent dans les limites du Parc national des Prairies alors que les autres sites sont situés sur des terres fédérales louées pour le pâturage. La protection des serpents et des tanières est assurée dans le parc. À l’extérieur du parc, la Wildlife Act protège les serpents mais non les sites de tanières contre les dommages ou les effets de l’aménagement (Macartney, comm. pers., tel que cité dans Campbell et Perrin, 1991). La couleuvre agile à ventre jaune de l’Est doit être classée comme espèce vulnérable dans le Wild Species at Risk Regulations de la Saskatchewan (Jeannette Pepper, comm. pers.).

Plusieurs des zones propices à l’habitat du C. c. mormon se trouvent dans des zones protégées. Il s’agit notamment du parc provincial Okanagan Mountain, de la réserve écologique Throne, de l’aire protégée de White Lake, du parc provincial Kobau, de l’aire protégée de Churn Creek ainsi que d’autres sites gérés par le Nature Trust of British Columbia (Sarell, 2003). Certains habitats sont protégés dans les réserves écologiques en vertu de la Wildlife Act (1982) (Shewchuk et Waye, 1995). Toutefois ces zones sont peu étendues et ne sont pas reliées entre elles. En outre, peu d’entre elles contiennent les habitats tant d’été que d’hiver nécessaires à la survie des populations (Cannings et al., 1999). La majeure partie des habitats propices est située dans des zones susceptibles d’être développées (fond des vallées) et n’est pas protégée.