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Rapport annuel du COSEPAC - 2005

Annexe I

Rapport sur l’Atelier sur les poissons marins et recommandations au COSEPAC

Halifax (Nouvelle-Écosse) du 2 au 4 mars 2005

Résumé

But : Le mandat du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) est d’évaluer la situation d’espèces considérées menacées de disparition au Canada. L’atelier a abordé les préoccupations concernant la manière dont le COSEPAC évalue la probabilité de disparition des poissons marins. Les participants à l’atelier ont fourni leurs observations et recommandations d’experts à des fins d’examen par le COSEPAC.

Théorie

La définition de « disparition » du COSEPAC semble appropriée. Certains participants, par contre, se sont demandés si le terme « disparition » devrait être utilisé pour faire référence à la disparition du dernier individu d’une espèce ou au moment où leur nombre est si faible que l’espèce n’a plus de rôle écologique dans son environnement.

Il existe de nombreux exemples de disparition locale de poissons marins, mais peu d’exemples de disparition à l’échelle de l’espèce. Les poissons marins sont aussi vulnérables à la disparition que d’autres taxons dont les niveaux de population sont semblables et dont les traits relatifs au cycle biologique sont similaires. La perte de populations constitue la première étape vers la disparition mondiale. Même s’il reste des millions d’individus à la suite d’un déclin important, il se peut que l’espèce soit toujours en péril. Le nombre d’individus restant après un déclin important de la population peut ne pas être aussi important que d’autres facteurs relatifs au cycle biologique touchant la viabilité de la population restante.

Un consensus a été atteint selon lequel les principales modifications des écosystèmes ont eu lieu à la suite d’une importante diminution des stocks. Des exemples ont été fournis.

Données

Il est important d’incorporer toute l’information disponible dans les rapports de situation et les évaluations et de reconnaître les points forts et les points faibles de chaque type d’information. Pour les poissons marins, des données telles que les captures par unité d’effort des tendances relatives à l’abondance, la structure d’âge, l’âge de maturité, les rapports de sexes et les estimations de la biomasse reconstruites à partir de ces paramètres sont utiles. D’autres exemples ont été fournis lors de l’atelier. Une attention spéciale devrait être accordée aux espèces dont les exigences en matière d’habitat sont particulières.

Une approche de collaboration est nécessaire lors de la préparation et de la revue des rapports de situation sur les espèces; à ce sujet, la participation du COSEPAC et des compétences participantes peut être améliorée.

  • Continuer à faire en sorte que les données des compétences (inventaires et analyses) soient obtenues et incorporées aux rapports de situation avant l’évaluation du COSEPAC et l’inscription en vertu de la LEP.
  • Un consensus a été atteint selon lequel, plus tôt dans le processus, les compétences doivent porter une attention aux listes d’espèces candidates de façon à ce que l’information clé soit recueillie pour appuyer les évaluations des espèces et réduire l’incertitude.

La communauté scientifique doit être consultée le plus largement possible (p. ex. y compris les scientifiques de l’évaluation des pêches de l’extérieur du ministère des Pêches et des Océans).

Les connaissances des collectivités sont une source éventuellement importante d’information. Le COSEPAC doit se pencher sur les moyens d’accéder à des connaissances fiables provenant des collectivités tout au long de son processus.

Processus d’évaluation

Le processus adopté par le COSEPAC pour évaluer une espèce au moyen de critères quantitatifs (y compris un critère de déclin), puis en tenant compte d’autre information disponible (telle que l’âge, la taille à maturité, la vulnérabilité à la pêche, l’effet d’Allee et la dépendance à la densité inverse) est approprié. Lors de l’atelier, des suggestions précises visant l’amélioration des lignes directrices du COSEPAC à cet effet  ont été fournies.

Le COSEPAC devrait tenir compte du travail effectué par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la CITES et le National Marine Fisheries Service (NMFS) sur les critères d’évaluation dans le cadre de son travail continu afin d’améliorer son processus d’évaluation. Plus particulièrement, le COSEPAC pourrait tenir compte des facteurs modificatifs proposés par ces groupes, comme le rôle de la portée du déclin par rapport au taux de déclin et le rôle de la taille absolue de la population relativement au déclin de la population. On a identifié une différence d’opinion à savoir si la portée du déclin (déclin par rapport aux données historiques normales de base) devrait constituer un facteur modificatif du critère de déclin actuel (critère A), remplacer ce critère ou être un critère supplémentaire.

Une meilleure communication par le COSEPAC

La signification du terme « risque de disparition » doit être clarifiée. Le risque fait référence à la probabilité de disparition. Le COSEPAC doit mieux communiquer ce qu’il entend par « imminent » et « disparition » pour faire en sorte que tous ses membres et le public comprennent la signification de chaque évaluation.

Il est important de transmettre une meilleure information sur la manière dont le COSEPAC fonctionne et effectue ses évaluations et sur le résultat des délibérations.

Toutes les sources d’information prises en considération  et toutes les sources d’incertitude de l’évaluation doivent être clairement présentées dans le rapport de situation. Il serait très utile que le COSEPAC explique pourquoi certaines critiques ou informations obtenues lors du processus de revue n’ont pas été acceptées comme essentielles au rapport de situation et/ou à l’évaluation.

La gestion des pêches par rapport à la conservation

Il faut clarifier la relation entre les points de référence utilisés dans la gestion des pêches et les critères employés par le COSEPAC.

1. Introduction

1.1. À propos du COSEPAC

Le mandat du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) est d’évaluer la situation d’espèces considérées menacées de disparition au Canada. Le processus d’évaluation du COSEPAC commence par la sélection et la priorisation des espèces ayant besoin d’évaluation, ce qui mène à la liste des espèces candidates en ordre de priorité; vient ensuite la compilation des connaissances disponibles dans le rapport de situation du COSEPAC, puis l’évaluation du risque de disparition du pays ou de la planète de l’espèce et la désignation du statut par le COSEPAC.

Le COSEPAC classe chaque espèce dans l’une des six catégories de statut : disparue, disparue du pays, en voie de disparition, menacée, préoccupante ou non en péril. Le COSEPAC a recours à des critères quantitatifs comme outil pour évaluer la probabilité de disparition d’une espèce. Après avoir appliqué ces critères, le COSEPAC tient également compte de l’effet d’une immigration de source externe (immigration d’individus d’autres populations), de caractéristiques importantes du cycle biologique non considérées  par les critères quantitatifs (comme l’âge de maturité, la dispersion, la longévité), des menaces et de la conformité à ses définitions des catégories de statut. Le processus d’évaluation utilisé au moment de l’atelier se trouve à l’adresse suivante : http://www.cosepac.gc.ca/pdf/assess_proc_f.pdf

Le COSEPAC a été nommé à titre de comité consultatif en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP). Dans son rôle, il fournit les résultats de ses évaluations au gouvernement qui les examine à des fins d’inscription légale. L’inscription légale d’une espèce disparue du pays, en voie de disparition ou menacée entraîne des interdictions automatiques de tuer une espèce ou de lui nuire et la préparation de plans de rétablissement et d’action ou de gestion. Bien que la décision du gouvernement relative à l’inscription légale d’une espèce tienne également compte des répercussions économiques et sociales éventuelles, les évaluations du COSEPAC, fondées uniquement sur les connaissances disponibles, ont un poids considérable.

1.2. Objectif et format de l’Atelier

Des préoccupations ont été soulevées selon lesquelles les méthodes utilisées par le COSEPAC pour classer les espèces en fonction de la probabilité de disparition ne sont pas efficaces quant aux espèces marines. Plus particulièrement, il semble y avoir un désaccord sur la pertinence des critères quantitatifs pour l’évaluation de la probabilité de disparition des poissons marins (ou d’autres espèces présentant des traits semblables en ce qui a trait  à leur cycle biologique).

Le ministre de l’Environnement du Canada a demandé au COSEPAC de tenir un atelier pour aborder les préoccupations liées au processus que le COSEPAC utilise pour évaluer la probabilité de disparition des espèces marines. Cet atelier  a eu lieu à Halifax (Nouvelle-Écosse), au Canada, du 2 au 4 mars 2005. Divers experts internationaux des espèces marines y ont participé ainsi que des représentants du COSEPAC, du ministère des Pêches et des Océans (MPO), du gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador, des représentants de l’industrie, des organismes non gouvernementaux, de l’UICN et d’autres experts internationaux (voir l’annexe 1).

L’Atelier a commencé avec une série de présentations sur des sujets variés particulièrement pertinents pour ceux qui évaluent la probabilité de disparition d’une espèce marine. Les participants ont ensuite formé quatre groupes de discussion, chacun étant chargé de répondre à un ensemble de questions. Les discussions au sein des groupes et les séances plénières ont permis aux groupes de peaufiner leurs recommandations et leurs commentaires à l’intention du COSEPAC.

Le présent rapport expose en détail les sujets de discussion et les résultats de l’Atelier ainsi que des recommandations précises des participants afin : a) d’aider le COSEPAC à mener à bien son processus d’évaluation et à améliorer les données utilisées pour évaluer les espèces de poissons marins; b) d’améliorer les moyens par lesquels le COSEPAC communique ses objectifs et ses résultats; c) de déterminer  des sujets pour fins d’examen par le COSEPAC 

2. Présentations 

Lors de la première journée de l’Atelier, 11 présentations ont informé les participants sur les diverses perspectives liées à l’évaluation des espèces marines, ont résumé l’historique et le contexte de l’utilisation des critères quantitatifs en matière d’évaluation des espèces (par le COSEPAC et d’autres organismes comme l’UICN et la CITES) et ont examiné quelque peu la diversité des espèces marines relativement à la probabilité de disparition. Cela a permis aux participants d’établir une terminologie commune et une base pour les discussions subséquentes devant avoir lieu dans les groupes de discussion et lors des séances plénières.

Un résumé de chaque présentation est fourni à l’annexe 2.

3. Sujet de discussion et recommandations

L’intention de l’atelier n’était pas d’atteindre un consensus sur tous les sujets discutés, mais plutôt de faire en sorte que chaque groupe de travail soit chargé de déterminer les zones d’incertitude, de noter le consensus ou les désaccords et, dans la mesure du possible, de transmettre des recommandations au COSEPAC à des fins d’examen.

3.1 Quelles données sont utiles pour évaluer la probabilité de disparition des poissons marins?

Problème : Bien que de nombreux et  différents  types de données soient disponibles pour évaluer la probabilité de disparition des poissons marins, ils ne peuvent pas tous être utiles au même titre.

Questions : Quelles données sont disponibles pour évaluer la probabilité de disparition d’un poisson marin (p. ex. relevés scientifiques, statistiques concernant les prises, données morphométriques et rapport d’âge)? Quelle est la série chronologique minimum nécessaire pour estimer la probabilité de disparition? Quelles sont les sources importantes d’incertitude? Quels sont les points forts, les points faibles et les valeurs relatives des différentes sources d’information?

Données à utiliser pour évaluer la probabilité de disparition des poissons marins :

Il est important d’inclure toute l’information disponible (y compris les évaluations du MPO, de l’industrie ou des stocks).

Reconnaître les points forts et les points faibles des différents types d’information (les données ne fournissent pas toutes des mesures appropriées de la répartition et de l’abondance) :

  • Il faut tenir compte des données tant associées aux pêches  que non associés aux  pêches. Les données tributaires des pêches représentent généralement des indicateurs non linéaires du déclin de l’espèce ciblée, mais peuvent, dans certains cas, fournir des mesures utiles de l’abondance d’une espèce non ciblée. Les données non tributaires des pêches (relevés scientifiques) constituent, de manière générale, les mesures les plus utiles de l’abondance et de la répartition, bien que leurs limites et biais éventuels (p. ex. couverture, possibilité d’être capturé) doivent être reconnus;
  • Le contexte est nécessaire pour interpréter les données associées aux pêches  (quelles variables peuvent orienter les tendances, changements de l’abondance du poisson, changements d’engins, effort, prix du marché, etc.). Toutes les données disponibles (tant associées aux pêches que non associées aux pêches) doivent être présentées dans les rapports de situation du COSEPAC accompagnés d’une discussion (au besoin) de leur mérite relatif.

Les types de données précises  les plus utiles pour l’évaluation des changements temporels concernant l’abondance, la répartition et la situation de la population comprennent : les captures par unité d’effort des tendances relatives à l’abondance, la structure d’âge, l’âge de maturité, les rapports de sexes et les estimations de la biomasse provenant de ces paramètres. Par contre, dans la plupart des cas, on sait bien que les captures par unité d’effort des pêches dirigées constituent des données non linéaires liées à la véritable abondance de l’espèce cible. Cette non-linéarité se manifeste d’une telle façon qu;il y a sous-estimation de l’importance du déclin de l’abondance réelle.

Les connaissances des collectivités sont une source éventuellement importante d’information. Le COSEPAC doit améliorer ses communications avec l’industrie de la pêche au début du processus d’évaluation et rechercher de l’information utile que l’industrie peut fournir.

La communauté scientifique devrait être consultée le plus largement possible, y compris les scientifiques de l’évaluation des pêches à l’extérieur du MPO.

L’évaluation de la probabilité de disparition doit accorder une attention particulière aux espèces présentant des exigences particulières en matière d’habitat, surtout :

  • les espèces anadromes;
  • les espèces dont le cycle biologique est dépendant d’un estuaire;
  • les espèces dont les habitats marins peuvent être vulnérables à la perturbation physique, particulièrement les habitats indispensables lors des stades biologiques essentiels.

Enregistrement des sources de données et des incertitudes

Toutes les sources d’information prises en compte doivent être clairement présentées dans le rapport de situation. Il serait très utile que le COSEPAC explique pourquoi certaines critiques et/ou certains renseignements obtenus lors du processus de revue n’ont pas été retenus comme essentielles au rapport de situation et/ou à l’évaluation.

Identifier toutes les sources d’incertitude (p. ex. les différences de couverture des relevés et l’aire de répartition de l’espèce, le type d’habitat, le moment du relevé).

3.2 Devrions-nous appliquer le critère de déclin aux poissons marins dont les populations s’élèvent toujours à des millions? 

Problème : Des cinq critères quantitatifs utilisés par le COSEPAC, le critère de déclin (http://www.cosepac.gc.ca/pdf/assess_proc_f.pdf, tableau 2, critère A) est le plus communément appliqué aux poissons marins. Ce critère a été critiqué; on le juge inapproprié pour les poissons marins exploités de manière commerciale, car le seuil mentionné dans les lignes directrices du COSEPAC se solde, selon certains, par une inscription dans une catégorie de statut particulière lorsque la probabilité de disparition n’est pas suffisante pour justifier la préoccupation. Un autre problème litigieux concerne le moyen approprié d’estimer le déclin et la période au cours de laquelle ce déclin est quantifié.

Questions : Qu’est-ce qui justifie l’utilisation d’un déclin de population de 50 ou de 70 p. 100 comme point de référence? Comment la répartition et la dispersion des poissons restants devraient-elles être examinées dans les évaluations? Quels points de référence devraient être utilisés lors de l’estimation du déclin, p. ex. déclin relatif à quel niveau antérieur d’abondance? Au cours de quelle période le déclin devrait-il être quantifié?

Processus d’évaluation

Dans le cadre du travail continu du COSEPAC visant à améliorer son processus d’évaluation, le travail effectué par la FAO, la CITES et le NMFS sur les critères d’évaluation devrait être examiné davantage (p. ex. la FAO 2001; Mace et al., 2002).

Un critère de déclin joue un rôle légitime dans l’évaluation de la probabilité de disparition. Dans le processus du COSEPAC, il fonctionne à titre de point de départ de la discussion concernant la situation de l’espèce; cette discussion tient compte  de toute autre information disponible. Il s’agit d’une utilisation appropriée de tous les critères, y compris le critère de déclin.

Facteurs modificatifs

Le COSEPAC devrait entreprendre un examen attentif des facteurs modificatifs possibles qui seraient utilisés pour interpréter les critères de déclin.

Plusieurs facteurs modificatifs peuvent être pris en considération lors de l’interprétation du critère de déclin (ou d’autres critères comme les nombres absolus, la diversité génétique, la vulnérabilité à la maladie). La pertinence des facteurs modificatifs sera évaluée au cas par cas au même titre que la disponibilité de l‘information.

La taille absolue de la population constitue un facteur à prendre en considération en interprétant le degré auquel un déclin donné fournit une mesure fiable de la probabilité de disparition. Certains participants ont estimé, de façon générale, que les valeurs essentielles appropriées pour la taille absolue de la population restante (critère C) devraient être beaucoup plus importantes pour de nombreuses espèces de poissons marins que pour de nombreux autres taxons (p. ex. la FAO 2001).

L’interprétation de la taille absolue de la population devrait tenir compte d’autres facteurs modificatifs parce que la taille de la population seule n’est pas suffisante pour évaluer la probabilité de disparition. La relation entre la taille absolue de la population et la taille réelle de la population doit être clarifiée dans les évaluations, dans les cas où il est impossible qu’elles soient semblables.

Lorsqu’on interprète la taille absolue de la population par rapport au déclin d’une population, le degré auquel le déclin continue doit être d’une grande importance. Moins la preuve, selon laquelle le taux de déclin diminue à mesure que l’abondance connaît un déclin, est solide, moins il faut accorder d’importance au nombre d’individus restants. De plus, lorsque la pente du déclin est accentuée dans l’ensemble, il faut accorder moins de poids à la taille de la population restante.

L’étendue du déclin par rapport au taux de déclin

L’étendue du déclin : L’importance de la réduction devrait être calculée à partir des données de base (historiques) moyennes non exploitées et non à partir d’un maximum récent à court terme. Il faut utiliser le plus possible une série chronologique, ce qui peut signifier l’utilisation de multiples sources d’information pour établir des données de base.

Taux de déclin : Déclin connu au cours des dernières années ou générations (utilisé dans les critères quantitatifs du COSEPAC, http://www.cosepac.gc.ca/pdf/assess_proc_f.pdf, tableau 2).

Il existe une différence d’opinion à savoir si l’étendue du déclin par rapport aux données historiques de base doit constituer un facteur modificatif du critère de déclin actuel

(critère A), remplacer ce critère ou constituer un critère supplémentaire. On s’est mis d’accord que l’historique de la population, et particulièrement son historique en matière d’exploitation, sera important pour interpréterà quel niveau l’étendue  ou le taux du déclin peut nous informer sur la probabilité de disparition.

Étant donné la diversité des interprétations de « déclin » (p. ex. l’étendue du déclin par rapport au taux de déclin), on devra préciser dans chaque rapport de situation quel paramètre est utilisé.

L’interface de la gestion et de la conservation

Il faut préciser la relation entre les points de référence utilisés dans la gestion des pêches et les critères employés par le COSEPAC et, dans la mesure du possible, les harmoniser. De nombreux participants ont fait valoir qu’il est important de faire en sorte que les zones des espèces menacées et en voie de disparition ne chevauchent pas la zone des points de référence utilisés dans la gestion des pêches. D’autres ont fait valoir que, au moins dans certains cas, il n’est pas nécessaire de se préoccuper de cela, car l’exploitation commerciale aurait déjà pris fin avant que le déclin de la population ne déclenche une évaluation par le COSEPAC (Dulvy et al., sous presse). La question  à savoir à quel point les limites devraient être proches entre les points de référence utilisés dans la gestion des pêches et les critères utilisés par le COSEPAC  essentielle et comporte une composante tant scientifique que politique. Le groupe de participants n’a pas atteint de consensus,à ce sujet et n’a pu s’entendre également  à savoir  s’il existe une base scientifique  pour cette position.

3.3 Qu’est-ce qui prouve une disparition à grande échelle ou locale de poissons marins?

Problème : Il existe peu de disparitions enregistrées d’espèces entières.

Questions : Qu’entendons-nous vraiment par « disparition »? À quel moment un problème de « gestion » devient-il une préoccupation de « conservation » en raison du fait que le rétablissement devient improbable? Quels facteurs influent sur les taux de rétablissement? Qu’est-ce qui prouve les modifications importantes de l’écosystème à la suite d’un important épuisement des stocks? Les caractéristiques relatives au cycle biologique des poissons marins les rendent-ils moins susceptibles de disparaître que d’autres taxons selon une taille donnée de population?

La définition du COSEPAC du terme « disparition » semble appropriée (espèce sauvage qui n’existe plus). Certains participants, par contre, se sont demandés si « disparition » devrait être utilisé pour faire référence à la disparition du dernier individu d’une espèce ou au moment où leur nombre est si faible que l’espèce ne joue plus de rôle écologique dans son environnement. La probabilité « imminente » de disparition peut être fondée sur le critère E du COSEPAC (p. ex. 20 p. 100 de probabilité de disparition sur 20 ans ou 5 générations, selon la plus longue éventualité; http://www.cosepac.gc.ca/pdf/assess_proc_f.pdf)

Il existe de nombreux exemples de disparition locale de poissons marins, mais peu d’exemples de disparition à l’échelle de l’espèce (Dulvy et al.,2003). Il est important de noter , par contre, qu’étant donné que de nombreuses espèces de poissons marins sont largement réparties, les disparitions « locales » peuvent survenir à grande échelle.

La capacité de prévoir les futures trajectoires des populations diminue souvent à mesure que la taille de la population connaît un déclin; l’incertitude augmente donc. Une approche de précaution doit être utilisée dans de tels cas.

Les zones où le risque est inacceptable pour les pêches (hors des limites d’abondance biologiques des stocks) se chevauchent avec une probabilité accrue de disparition et une faible probabilité de rétablissement; le recrutement peut être affaibli.

La probabilité de rétablissement est difficile à prédire; par contre, nous pouvons déterminer les conditions qui doivent être rencontrées pour qu’un rétablissement ait lieu.

Un consensus a été atteint selon lequel les principales modifications des écosystèmes ont eu lieu à la suite d’une importante diminution des stocks. Les exemples ayant fait l’objet d’une discussion comprennent l’augmentation drastique de l’abondance de crevettes à la suite de l’effondrement de la morue franche dans la majeure partie de l’Atlantique Nord (Worm et Myers, 2003) et de l’augmentation des poissons pélagiques concomitante au déclin de l’abondance de poissons de fond (Hutchings et Baum, 2005).

Communication des processus et des résultats

Le COSEPAC doit mieux communiquer ce qu’il entend par « imminent » et « disparition » pour faire en sorte que tous ses membres et le public comprennent ce que signifie chaque évaluation. Les deux termes sont déjà définis par le COSEPAC.

Le COSEPAC devrait s’efforcer de mieux communiquer son processus et ses évaluations :

  • Le processus que le COSEPAC utilise pour en arriver à une évaluation de la situation (c.-à-d., recours aux lignes directrices quantitatives suivies par la prise de décisions selon l’opinion d’experts; http://www.cosepac.gc.ca/pdf/assess_proc_f.pdf) semble approprié;
  • Fournir une raison plus complète et détaillée de la désignation de l’espèce, capturant l’essentiel de la discussion lors de la réunion d’évaluation et la façon dont les différentes sources d’information ont contribué aux conclusions. La raison de la désignation doit également mettre l’accent sur l’importance de l’espèce pour la biodiversité;
  • La section FAQ sur le site Web du COSEPAC  devrait fournir une meilleure explication du processus d’évaluation du COSEPAC; et
  • Expliquer toute relation entre les unités désignables et les unités de gestion pour que les gens comprennent mieux l’évaluation.

Le COSEPAC doit expliquer pourquoi certaines critiques et renseignements obtenus au cours du processus de revue  n’ont pas été acceptés comme essentiels au rapport de situation et/ou à l’évaluation. Une réponse écrite au sujet des principales questions soulevées par les compétences pourrait être offerte. Les divergences importantes de l’interprétation scientifique devraient être abordées dans le rapport.

Améliorer le processus d’examen pour accroître la qualité des rapports et des évaluations

Le COSEPAC doit continuer à faire en sorte que toutes les données disponibles soient incorporées aux rapports :

  • Une approche de collaboration est nécessaire lors de la préparation et de l’examen des rapports de situation sur les espèces; le COSEPAC et les compétences participantes peuvent s’améliorer dans des domaines clés.
    • Continuer à faire en sorte que les données des compétences (inventaires et analyses) soient obtenues et incorporées aux rapports de situation avant l’évaluation du COSEPAC et l’inscription en vertu de la LEP;
    • Un consensus a été atteint selon lequel, plus tôt dans le processus, les compétences doivent porter une attention aux listes d’espèces candidates de façon à ce que l’information clé soit recueillie pour appuyer les évaluations et réduire l’incertitude.
  • Des rapports intermédiaires devraient être fournis six mois avant la réunion à une vaste gamme d’experts pour faire en sorte qu’aucune donnée ou interprétation pertinente ne soit négligée.
  • Le COSEPAC doit trouver des façons d’accéder aux connaissances des collectivités fiables tout au long de son processus (p. ex. utiliser une méthodologie acceptée des sciences sociales, des programmes des atlas ayant été établis pour les oiseaux, la Fisherman Research Society de la Nouvelle-Écosse, les études sociologiques se penchant sur différents régimes de pêche au fil du temps).
  • L’engagement de la collectivité et d’autres intervenants augmentera la confiance que les intervenants ont envers le processus d’évaluation des espèces du COSEPAC.

Les caractéristiques relatives au cycle biologique des poissons marins ne les rendent pas moins susceptibles de disparaître que d’autres taxons.

La probabilité de disparition des poissons marins varie beaucoup : on prévoit que les espèces à faible productivité comme les requins et les raies seront plus enclines à disparaître que les espèces dont la productivité est élevée comme le hareng (Hutchings 2001a, b; Dulvy et al., 2003). Il existe certaines preuves archéologiques selon lesquelles les poissons marins ne sont pas disparus aussi souvent que d’autres espèces (McKinney, 1997). Par contre, il ne faut pas faire preuve de complaisance par rapport à la disparition des poissons marins.

Les caractéristiques relatives au cycle biologique et d’autres caractéristiques écologiques importantes dont il faut tenir compte pour les poissons marins comprennent : l’habitat, le cycle biologique (notamment la très faible fécondité de certaines espèces), la dérive génétique, la vulnérabilité aux prises accessoires, les emplacements de fraie concentrés et prévisibles, l’effet d’Allee, la variabilité environnementale et l’interaction entre des espèces multiples (p. ex. Reynolds et al. , 2002; Dulvy et al., 2003; Hutchings et Reynolds, 2004; voir aussi la section 3.4).

3.4 Quelles caractéristiques relatives au cycle biologique et d’autres caractéristiques écologiques des poissons marins touchent leur probabilité de disparition?

Questions : Fécondité? Âge de la première reproduction? Utilisation de certains habitats? Vulnérabilité à différentes pêches? Niveau trophique? Comment ces variables doivent-elles être comprises dans une évaluation de la probabilité de disparition?

Les poissons marins sont aussi vulnérables à la disparition que d’autres taxons dont les niveaux de population sont semblables et présentant des traits relatifs au cycle biologique similaires. Un consensus a été atteint selon lequel, même si les poissons marins possèdent des caractéristiques relatives au cycle biologique très diversifiées, ils ne sont pas différents d’autres taxons en matière de diversité. De plus, rien ne permet de croire que les espèces de poissons marins sont plus ou moins résistantes que d’autres taxons dans leur réaction aux processus menaçants, y compris l’exploitation, la perte de l’habitat, les changements environnementaux et la pollution. Rien ne prouve que les espèces très fécondes sont plus résistantes que celles moins fécondes. Les traits relatifs au cycle biologique comme la taille du corps et l’âge de maturité peuvent être utilisés pour prévoir la vulnérabilité des poissons à des processus menaçants précis de la même manière que l’on prédit la vulnérabilité des espèces terrestres (Reynolds, 2003).

La perte de populations constitue la première étape vers la disparition totale. Il existe quelques centaines d’exemples enregistrés de disparition locale de poissons marins (bien que les divers facteurs déterminants, y compris les pêches, n’aient pas été établis dans de nombreux cas), mais très peu d’exemples de disparition d’espèces (Dulvy et al., 2003). Par contre, en règle générale, la perte de populations constitue la première étape vers la disparition totale. Bien qu’il soit difficile de mettre les pertes locales à l’échelle de la disparition totale d’espèces répandues de poissons marins, théoriquement, cela se fait de la même façon que les extrapolations semblables faites pour d’autres taxons.

Même si des millions d’individus survivent à un important déclin, la population peut toujours être gravement menacée de disparition. Le nombre d’individus qui survivent au déclin d’une population peut ne pas être aussi important que d’autres facteurs. Par exemple, la viabilité de la population restante peut être touchée par la taille des individus, la condition, l’âge et la taille à maturité, la viabilité des œufs, le taux de recrutement, la répartition spatiale et la structure de population des individus restants, ainsi que la manière dont ces variables changent au fil du temps.

L’application par le COSEPAC des lignes directrices relatives au cycle biologique fait partie intégrante du processus d’évaluation(http://www.cosepac.gc.ca/pdf/assess_proc_f.pdf, tableau 5). Par contre, les lignes directrices peuvent être approfondies :

  • Rien ne prouve qu’une fécondité élevée rend les populations de poissons particulièrement résistantes à l’incidence humaine ou susceptible de s’en remettre (Sadovy, 2001). Par conséquent, la fécondité ne doit pas servir de critère pour évaluer la vulnérabilité à la disparition ou l’éventualité du rétablissement (ajouter ceci à titre de note de bas de page au tableau 5);
  • Le niveau de menace aux habitats importants lors des différentes étapes de la vie constitue un facteur important au cours de l’évaluation; par contre, il est particulièrement peu enregistré pour presque toutes les espèces marines;
  • Le COSEPAC, dans ses évaluations, devrait continuer de tenir compte des mesures de conservation, de protection et de gestion efficaces pouvant être en place;
  • Les espèces qui se regroupent à certaines étapes de leur vie sont possiblement vulnérables aux activités humaines, p. ex. lors de la fraie, de l’hivernage ou dans les aires de croissance; le COSEPAC examine déjà de tels facteurs lorsqu’il calcule la zone d’occupation (tableaux 2 et 3), mais peut avoir besoin de souligner cela de manière explicite lorsque la zone d’occupation ne fait pas partie des critères quantitatifs s’appliquant à une espèce en particulier.

4. Bibliographie

Dulvy, N.K., S.J. Jennings, N.B. Goodwin, A. Grant et J.D. Reynolds, sous presse. « Comparison of threat and exploitation status in Northeast Atlantic marine populations »,Journal of Applied Ecology.

Dulvy, N.K., Y. Sadovy et J.D. Reynolds. 2003. « Extinction vulnerability in marine populations », Fish and Fisheries 2003, pages 25 à 64.

FAO 2001. Document d’information proposant un cadre scientifique pour évaluer la situation des espèces aquatiques faisant l’objet d’une exploitation commerciale dans le contexte de la CITES. Deuxième consultation technique sur la pertinence des critères d’inscription sur les listes de la CITES des espèces aquatiques faisant l’objet d’une exploitation commerciale, Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, Windhoek (Namibie), FI: SLC2/2001/2, du 22 au 25 octobre 2001, 19 pages.

Hutchings, J.A. 2001a. « Conservation biology of marine fishes: perceptions and caveats regarding assignment of extinction risk », Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences 58, pages 108 à 121.

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