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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le chabot du versant est (populations des rivières St. Mary et Milk) (Cottus sp.) au Canada

Facteurs limitatifs

Bien que le chabot du versant est soit jugé abondant en certains endroits, son aire de répartition est extrêmement restreinte, puisqu’elle se limite à la rivière St. Mary, au cours moyen et supérieur de la rivière Milk et à la rivière Milk Nord. Une comparaison des habitats occupés par le chabot dans ces bassins à ceux d'autres zones du bassin de la rivière Oldman (Paetz, 1993) fait ressortir qu'il y aurait d'autres habitats favorables à cette espèce ailleurs (p. ex. rivière Upper Belly, rivière Waterton, en amont du réservoir Waterton, et cours principal de la rivière Oldman, en amont de Fort McLeod). Cela dit, le réservoir St. Mary, le barrage et le réservoir Waterton ainsi que les conditions défavorables en aval des réservoirs (p. ex. faibles débits d'eau, températures élevées de l'eau en été et substrat vaseux) empêchent l'expansion vers ces habitats (Paetz, 1993; Roberts, comm. pers.).

Lorsque le débit est adéquat, les habitats de fraye, d’élevage, d'alimentation et d'hivernage ne semblent pas limités dans la rivière St. Mary, en amont du réservoir, ni dans la rivière Milk, à l'exception de la section d’aval (R.L. & L., 2002). L'assèchement éventuel des cours d'eau provoqué par les dérivations de retenue et les prélèvements d'eau, combiné aux fréquentes périodes de sécheresse qui ont lieu dans la province, est la principale menace pesant sur les populations de chabots du versant est en Alberta (Paetz, 1993). Dans la rivière Milk, les prélèvements d'eau pratiqués au Montana dans la section d’amont, combinés au faible débit naturel, sont de toute évidence responsables du manque d'habitats favorables (c.-à-d. faible niveau de l'eau) et de la disparition des chabots à cet endroit. Lorsque le débit est faible, la disponibilité des habitats est réduite et la température de l'eau augmente durant les mois d'été. De fait, Willock (1969) affirmait que la température était le facteur qui avait le plus d'influence sur la répartition des chabots dans la rivière Milk. Selon Willock, la température est une des raisons qui pourraient expliquer pourquoi le chabot n'est présent que dans les sections supérieures des bras du nord et du sud, où les températures sont plus basses en raison d'une plus grande pluviosité et de la plus haute altitude.

Pendant l'été, des conditions de sécheresse extrême peuvent survenir dans le sud de l'Alberta. De plus, les débits naturellement faibles pendant cette saison pourraient être accentués par le fonctionnement saisonnier du canal St. Mary et les prélèvements d'eau pratiqués pour l'irrigation (Pollard, 2003). En août, en octobre et en décembre 2001, les débits mesurés s’élevaient à 50 %, à 7 % et à 6 % des débits historiques. En octobre et en décembre 2002, ces ratios étaient de 11 % et de 20 %. De tels débits peuvent réduire considérablement l'habitat d'hivernage et, de fait, à la fin de l'automne et à l'hiver 2001-2002, la rivière Milk s'est asséchée complètement, à l'exception de certaines fosses isolées (R.L. & L., 2002). Les épisodes de sécheresse extrême ne sont pas rares dans le sud de l'Alberta (Pollard, 2003) et pourraient se multiplier si le réchauffement prévu de la planète provoque des changements dans les écosystèmes aquatiques (Poff et al., 2002). Ces changements pourraient empêcher les populations de prendre de l'expansion. De plus, les températures plus élevées qui accompagnent les sécheresses de l'été pourraient avoir de graves conséquences. Toutes les espèces de poissons, y compris les chabots, sont par ailleurs exposées aux risques que représente la fermeture du canal St. Mary pendant de longues périodes pour l'entretien.

En plus des conséquences possibles sur l'habitat du chabot en aval d'un réservoir, les perturbations de l'habitat associées à l’aménagement d’un réservoir dans une rivière, comme le réservoir St. Mary ou le réservoir proposé sur la rivière Milk, peuvent être importantes. Aucun chabot n'a été capturé dans le réservoir St. Mary, quoique l'échantillonnage ait été extrêmement limité (Clayton, comm. pers.). La zone littorale du réservoir est très étroite, et le niveau de l'eau fluctue beaucoup au cours de l'année (Paetz, 1993; Clayton, comm. pers.). Parmi les autres perturbations de l'habitat, il faut noter la hausse des températures dans les zones littorales peu profondes, l'envasement croissant et la perte d'habitats de radier, toutes conditions qui sont défavorables aux chabots (Peden, comm. pers.). Finalement, on ne trouverait plus dans les cours d'eau les communautés d’insectes de milieu lotique, dont dépendent les chabots, mais plutôt des insectes adaptés au milieu lacustre (Clayton, comm. pers.).