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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le chabot du versant est (populations des rivières St. Mary et Milk) (Cottus sp.) au Canada

Rapport de situation du COSEPAC
sur le
chabot du versant est
Cottus sp.
au Canada
(Populations des rivières St. Mary et Milk)
2005

Information sur l'espèce


Name and Classification

Classe :
Actinoptérygiens
Ordre :
Scorpaeniformes
Famille :
Cottidae
Genre :
Cottus
Espèce :
Cottus sp.
Nom scientifique :
Cottus sp.
Noms communs
Français : Chabot du versant est
Anglais : « Eastslope » Sculpin (nom provisoire)


Description

La morphologie particulière des chabots reflète la nature benthique des espèces de cette famille. Ces poissons ont une grosse tête et un corps épais
(figure 1) qui s'effile vers la queue et sont dépourvus de vessie gazeuse (Peden, 2000, 2001). Les nageoires (dorsale et pelvienne) portent des épines protectrices (Scott et Crossman, 1974). La longueur maximale à la fourche (LF –longueur latérale en ligne droite entre le bout du museau et la fourche de la queue) enregistrée pour le chabot de la rivière Milk est de 114 mm (R.L. & L., 2002).


Figure 1 : Dessin d'un Cottus bairdii

Figure 1. Dessin d'un Cottus bairdii.

D’après Bailey et Dimick, 1949, tiré de Peden, 2000, avec la permission de l’auteur.

Le « chabot tacheté » (C. bairdii) et le chabot à tête courte (C. confusus) sont morphologiquement distincts des autres chabots du Canada selon plusieurs caractéristiques (voir résumé dans Peden, 2001), qui sont notamment : (1) le corps n’est pas entièrement couvert de piquants (présents seulement derrière la nageoire pectorale, (2) les rayons de la nageoire pelvienne sont très développés, (3) présence de dents vomériennes et palatines, (4) de 11 à 15 rayons à la nageoire anale et de 13 à 16 rayons à la nageoire pectorale et (5) une épine préoperculaire supérieure faiblement recourbée. Néanmoins, les deux espèces sont visuellement très difficiles à distinguer, et il faut, dans l’ouest du Canada, avoir recours à plusieurs caractéristiques morphologiques pour les différencier. Les gros chabots à tête courte n'ont pas de papilles sur le dessus de la tête. De manière générale, le chabot à tête courte a moins de rayons à sa nageoire pectorale (13 contre 15), moins d'épines préoperculaires (2 contre 3) et moins de pores latéraux (en moyenne de 23 à 25 contre de 27 à 29) que le « chabot tacheté ». Un chabot à tête courte vivant est visiblement plus effilé, souvent uniformément plus foncé, semble plus lisse et a la tête plus courte (Peden, 2001). De plus, la ligne latérale du chabot à tête courte ne se prolonge pas dans la base de la nageoire caudale (c.-à-d. elle n'atteint généralement pas les rayons de cette nageoire). Comparativement, le « chabot tacheté » est plus large au niveau des ouïes, sa pigmentation est tachetée et les papilles sur le dessus de la tête sont plus visibles chez les plus gros individus (Peden, 2001).

Ces caractéristiques morphologiques du « chabot tacheté » de l’Ouest présentent également d'importantes variations d’un lieu à l'autre, ce qui rend la classification de populations spécifiques de ce chabot plus difficile. Deux formes de « chabot tacheté » ont été décrites dans l’ouest du Canada, soit le chabot tacheté de Columbia, Cottus bairdiihubbsi(depuis peu reconnu comme « Columbia sculpin » ou chabot du Columbia, C. hubbsi Bailey et Dimick, 1949 [Nelson et al., 2004]), qui est endémique dans le bassin du Columbia, et une forme des montagnes Rocheuses plus apparentée au chabot des rivières St. Mary et Milk, provisoirement nommée C. bairdii punctulatus Gill (Troffe, 1999; Peden, 2000). Une récente étude morphologique des « chabots tachetés » de l’ouest du Canada décrivait les populations de la rivière Flathead, en Colombie-Britannique, et de la rivière St. Mary comme étant la forme des montagnes Rocheuses (Troffe, 1999). La forme des montagnes Rocheuses se distingue du chabot du Columbia selon plusieurs caractéristiques morphologiques (Troffe, 1999; Peden, 2000). Les spécimens du Columbia ont une ligne latérale complète, avec en moyenne 29±3 pores, et des piquants derrière la nageoire pectorale. En revanche, ceux des rivières Flathead et St. Mary ont une ligne latérale incomplète, avec en moyenne 22 ± 3 pores, et ils n’ont pas de piquants derrière la nageoire pectorale (Troffe, 1999; Peden, 2000).


Taxinomie

La taxinomie des chabots de l’ouest du Canada est complexe et non résolue. À la fin des années 1960, ce poisson a d'abord été reconnu comme étant le « chabot tacheté », C. bairdii Girard (résumé dans Nelson et Paetz, 1992), mais, à la lumière d’études morphologiques (Roberts, 1988), on l’a par la suite identifié comme le chabot à tête courte, C. confusus. Peden et al. (1989) ont décrit deux formes de C. confusus de la Colombie-Britannique : une du bassin de la rivière Flathead et une autre du fleuve Columbia et de la rivière Kettle. La forme du bassin de la rivière Flathead est similaire à celle des rivières St. Mary et Milk, et l’autre forme, qui ressemble aux individus décrits comme étant des chabots à tête courte par Bailey et Bond (1963), est maintenant reconnue comme étant une nouvelle espèce, Cottus hubbsi (Nelson et al., 2004). Certains chercheurs (Troffe, 1999; Peden, 2000; D. McPhail, professeur émérite, Department of Zoology, University of British Columbia, Vancouver, comm. pers., 2003) jugent que ce poisson est un taxon non reconnu du complexe Cottus bairdii et qu'il ne doit pas être confondu avec le chabot à tête courte (C. confusus) trouvé ailleurs.

Selon de récentes données morphologiques et génétiques, le chabot des rivières St. Mary et Milk pourrait être la même espèce que celle de la rivière Flathead, en Colombie-Britannique (figures 2, 3) de même que celle du haut bassin du Missouri (Troffe, 1999; Peden, 2000; McPhail, comm. pers.). Plus récemment, Neely (D.A. Neely, associé de recherche postdoctoral, département de biologie, Saint Louis University, St. Louis, Missouri; comm. pers., 2003), pensait qu'il pourrait s'agir d'une nouvelle espèce intimement apparentée au chabot des montagnes Rocheuses, C. bairdii punctulatus, signalé par Bajkov (1927) et Schultz (1941) en se fondant sur des individus capturés sur les deux versants des montagnes Rocheuses et dans le parc national Glacier, au Montana. Troffe (1999), Peden (2000) et McPhail (comm. pers.) suggèrent que les chabots des rivières St. Mary et Milk de même que ceux de la rivière Flathead soient provisoirement identifiés comme C. bairdii punctulatus.

En termes de caractérisation génétique, un important fossé géographique (les grandes plaines) et moléculaire semble séparer les groupes de « chabots tachetés », C. bairdii, de l’Est et de l’Ouest. De plus, les groupes de l’Est semblent être monophylétiques (c’est-à-dire qu’ils ont évolué à partir d'un même groupe) (Neely, comm. pers.). Cela dit, la relation génétique entre les populations de C. bairdii de l’Ouest et de C. confusus est en voie d'éclaircissement. Peden (2000) a utilisé la variation des allozymes pour démontrer que la population de chabots de la rivière Flathead était un taxon canadien non reconnu, nommé provisoirement C. bairdii punctulatus, distinct de la population du bassin du Columbia, nommée provisoirement C. b. hubbsi (Bailey et Dimick, 1949; McAllister et Lindsey, 1961; McPhail, 2001), ce qui concorde avec les résultats morphologiques publiés par Troffe (1999). Plus récemment, des analyses génétiques moléculaires de plus haute résolution (fondées sur la variation du cytochrome b et des gènes de la région témoin de l’ADN mitochondrial) ont démontré que la population de chabots de la rivière Flathead semblait génétiquement similaire aux populations de la rivière St. Mary, en Alberta, et du haut Missouri, au Montana (McPhail, comm. pers.). De plus, ces résultats montrent que le chabot du Columbia est très distinct des chabots des bassins des rivières Flathead et St. Mary (McPhail, comm. pers.). Encore une fois, ces travaux corroborent les études morphologiques de Troffe (1999). Subséquemment, la forme du bassin du Columbia a officiellement été reconnue comme une espèce valide (voir Nelson et al., 2004), Cottus hubbsi (Bailey et Dimick, 1949), en se fondant sur les travaux de Markle et Hill (2000) corroborés par les travaux en cours de D.A. Neely (comm. pers.).


Figure 2 : Répartition des « chabots tachetés » (Cottus bairdii) en Amérique du Nord

Figure 2. Répartition des « chabots tachetés » (Cottus bairdii) en Amérique du Nord

Selon Lee, 1980; Peden, 2000. Il faut noter le caractère discontinu de cette répartition : la sous-espèce de l’Est, C. b. bairdii, et les taxons de l’Ouest, le C. b. punctulatus, du bassin du Missouri, et le chabot du Columbia, Cottus hubbsi, lesquels sont séparés par la ligne de partage des eaux (qui suit à peu près la frontière entre le Montana et l'Idaho). Il apparaît aujourd'hui qu'il n'y a pas de C. bairdii dans l’ouest de l'Amérique du Nord, et que la forme du Missouri est également une espèce distincte, nommée provisoirement chabot du versant est, Cottus sp.

 


Figure 3 : Répartition des « chabots tachetés » dans l’ouest du Canada

Figure 3. Répartition des « chabots tachetés » dans l’ouest du Canada.

Les points représentent les sites de capture du C. b. punctulatus (nommé provisoirement chabot du versant est, Cottus sp.). La zone ombrée représente la population de la rivière Flathead et les triangles les sites de capture du C. hubbsi.

Selon une étude génétique parallèle portant sur les espèces de Cottus de l’ouest des États-Unis, l’ancien complexe C. bairdii compterait au moins cinq taxons (Neely, 2002; Neely, travaux en cours inédits; J. Nelson, professeur émérite, Department of Biological Sciences, University of Alberta, comm. pers., 2005). Tel que mentionné précédemment, le chabot du Columbia (Cottus hubbsi) a déjà été reconnu (Nelson et al., 2004) comme étant une nouvelle espèce. Selon Neely (2002; Neely, comm. pers., 2005), la population du haut Missouri, et donc très probablement les populations des rivières St. Mary, Milk et Flathead, qui ont été provisoirement décrites comme Cottus bairdii punctulatus (Peden, 2000), constituent également un nouveau taxon. Il ne s’agit toutefois pas du Cottus punctulatus, lequel est confiné au fleuve Colorado, aux États-Unis (Nelson, comm. pers., 2005). Cette nouvelle espèce a été nommée provisoirement chabot du versant est, Cottus sp., jusqu'à ce qu'une description officielle soit faite (Neely, données inédites, en cours). Un nouveau nom sera nécessaire puisque aucun synonyme n’existe (Nelson, comm. pers., 2005). Il apparaît maintenant qu'il n'y a pas de « chabot tacheté » dans l’ouest du Canada et que le C. bairdii n'est présent que dans l’Est (Nelson, comm. pers., 2005).

Malheureusement, les données canadiennes et états-uniennes n'ont pas à ce jour été mises en commun, mais Neely est en voie de le faire dans le cadre de sa présente recherche. Par ailleurs, aucun des récents travaux morphologiques de Troffe (1999) ni des travaux génétiques récents n'inclut les individus des rivières Milk et Flathead. Cela dit, les recherches actuelles de Neely aborderont ces problèmes, mais aucun résultat n’est disponible pour l'instant. Par conséquent, on estime, en se fondant sur des données morphologiques antérieures (par exemple Roberts, 1988), que la population de la rivière Milk est composée de la même espèce que celle de la rivière St. Mary.


Unités désignables

Comme il a été vu précédemment, tous les chercheurs qui se penchent actuellement sur les questions de taxinomie entourant ces taxons s'entendent pour dire que les chabots des rivières St. Mary et Milk et du haut Missouri représentent un taxon non reconnu, provisoirement nommé chabot du versant est, Cottus sp. (Neely, 2002; Nelson, comm. pers., 2005). Puisque les populations des rivières St. Mary et Milk sont distinctes et isolées sur le plan biogéographique (aires écologiques nationales d'eaux douces 4, 7, COSEPAC [2004]) de celles du bassin de la rivière Flathead (aire 11), elles peuvent être considérées comme une unité désignable. La population de la rivière Flathead pourrait représenter une autre unité désignable, mais son statut ne fait pas l'objet du présent rapport.