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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le chat-fou liséré (Noturus insignis) au Canada - Mise à jour

Répartition

Répartition nord-américaine

La répartition nord-américaine du chat-fou liséré a été décrite dans le rapport du COSEPAC de 1990 (Goodchild, 1990). Aux États-Unis, l’aire de répartition du chat-fou liséré va de la région des lacs Finger aux contreforts des Appalaches et couvre la plupart des cours d’eau côtiers de l’État de New York à la Géorgie (figure 2). On a également trouvé des spécimens au New Hampshire et au Michigan (Lee et al., 1980). En Pennsylvanie, le chat-fou liséré est l’espèce de chat-fou la plus couramment capturée dans les bassins de la Susquehanna, du Potomac et de la Delaware (Gutowski et Raesly, 1993). 

Figure 2. Répartition nord-américaine du chat-fou liséré (Noturus insignis). La zone en pointillé indique la répartition connue du chat-fou liséré en Amérique du Nord.

 Répartition nord-américaine du chat-fou liséré (Noturus insignis)

Répartition canadienne

Au Canada, les populations de chats-fous lisérés se trouvent à la limite septentrionale de l’aire naturelle de l’espèce. La répartition de ce poisson est disjointe au Canada, où elle se limite à quelques lacs et cours d’eau de l’Ontario et du Québec (figure 3). Les premiers spécimens mentionnés au Canada ont été capturés au Québec, dans un exutoire du lac à la Loutre rejoignant le lac Lapêche, dans le parc de la Gatineau, à 45 km au nord-ouest d’Ottawa. Quatre spécimens ont été pris en août 1971, et 25 autres en novembre de la même année (Rubec et Coad, 1974). Ces spécimens sont catalogués au Musée canadien de la nature (MCN), à Ottawa [NMC 73-0142, NMC 74-0004]. Au Québec toujours, le 1er septembre 1982, deux chats-fous lisérés ont été capturés dans la rivière Lapêche, à Saint-Louis-de-Masham (comté de Gatineau) [NMC 82-0572], et un autre spécimen le 19 juillet 1983 [NMC 83-0S35].

Figure 3. Répartition canadienne du chat-fou liséré (Noturus insignis). Les cercles vides représentent les lieux de capture au Canada.

 Répartition canadienne du chat-fou liséré (Noturus insignis)

Depuis le premier rapport de situation, plusieurs spécimens de chats-fous lisérés ont été capturés à d’autres endroits au Québec. Chabot et Caron (1996) signalent la prise de deux chats-fous lisérés sur la rive québécoise de la rivière des Outaouais, entre Hull et Lochaber (comté de Hull), et un spécimen a été capturé entre Lochaber et Montebello (comté de Papineau) en 1996. Dans la rivière Gatineau, à 12 km en amont du confluent avec la rivière des Outaouais (comté de Hull), deux chats-fous lisérés ont été capturés en mai 1999, et un en juin de la même année, dans le cadre d’un projet réalisé conjointement par l’Université d’Ottawa et la Société de la faune et des parcs du Québec (SFPQ) (Richard Pariseau, SFPQ, comm. pers.). Au cours de 2000 ou 2001, un nombre inconnu de chats-fous lisérés ont été récoltés dans la région du lac Cole, à Buckingham, au Québec (Michel Lepage, SFPQ, comm. pers.).

Le premier spécimen trouvé en Ontario a été recueilli en mai 1976 par le ministère des Richesses naturelles de l’Ontario (MRNO), dans la rivière Fall (comté de Lanark), à 85 km au sud-ouest d’Ottawa. Quatorze autres spécimens ont été capturés un mois plus tard au même endroit. Ces spécimens sont catalogués au Musée royal de l’Ontario (ROM) à Toronto [ROM 32581].

Depuis le premier rapport de situation (Goodchild, 1990), plusieurs chats-fous lisérés ont été capturés à de nouveaux endroits en Ontario. Dans le ruisseau Bolton, hameau de Fallbrook (comté de Lanark), le 8 septembre 1990, un spécimen a été recueilli par le MRNO [ROM 66063]. Le 4 septembre 1997, un chat-fou liséré a été capturé par le MRNO dans la rivière Mississippi, hameau de Playfairville (comté de Lanark) [ROM 70991]. En septembre 2000, le MRNO a recueilli un autre spécimen dans la rivière Mississippi, à 22 km en aval de Playfairville, à Innisville (comté de Lanark) (Shaun Thompson, MRNO, comm. pers.). La rivière Fall, le ruisseau Bolton et la rivière Mississippi sont reliés, et les stations d’échantillonnage de cette région sont relativement proches les unes des autres (moins de 30 km).

Toujours en Ontario, un premier chat-fou liséré a été capturé par le MRNO le 17 octobre 1988 dans le lac Joseph (district de Muskoka), en octobre suivant, un autre spécimen a été capturé au même endroit [ROM 55839; 58161]. Un chat-fou liséré a été récolté par le MRNO en 1993 dans le lac Muskoka [ROM 68167], et un autre en 1996 dans le lac Rosseau (Alan Dextrase, MRNO, comm. pers.).

Étant donné la répartition disjointe du chat-fou liséré, les spécialistes se demandent encore s’il s’agit d’un poisson indigène ou d’une espèce introduite. Dans le premier rapport de situation, Goodchild (1990) a examiné les deux hypothèses, et l’auteur et le Comité ont établi par consensus, lors de la réunion d’évaluation de 1989, que c’est bien une espèce indigène, les Noturus insignis ayant pu immigrer par les lacs post-glaciaires interreliés il y a 8 000 à 10 000 ans. On connaît la présence du chat-fou liséré dans plusieurs lacs et cours d’eau éparpillés des comtés de Muskoka, Lanark, Hull et Papineau. Il existe des populations pareillement disjointes aux États-Unis, dans les États de New York et du New Hampshire. McAllister (1987) signale que le lieu de capture du parc de la Gatineau, au Québec, ne se trouve qu’à 130 km des localités de l’ouest de l’État de New York où on observe le chat-fou liséré. La proximité de ces mentions rend plausible le fait que la présence du chat-fou liséré est naturelle et n’est pas due à des introductions.

Selon l’autre hypothèse, la répartition du chat-fou liséré se serait élargie au Canada parce que ce poisson est utilisé comme appât. C’est un fait que le chat-fou liséré sert couramment d’appât aux États-Unis et qu’il survit bien au transport (Coad, 1986). Les donnés montrent qu’il existe des populations introduites de chats-fous lisérés dans le lac Clark (comté de Gogebic), au Michigan [UMMZ 186551], et dans la rivière Merrimack, au New Hampshire (Goodchild, 1990).

Depuis le premier rapport de situation, plusieurs publications ont examiné le statut du chat-fou liséré au Canada. Crossman (1991) indique que le chat-fou liséré est une espèce exotique introduite comme poisson appât. Mandrak et Crossman (1992) citent le chat-fou liséré comme espèce introduite dans leur liste des poissons d’eau douce de l’Ontario. Selon Litvak et Mandrak (1993), le chat-fou liséré est l’une des quatre espèces exotiques introduites en Ontario pour servir d’appât. Bernatchez et Giroux (2000) ne tranchent pas quant au statut de cette espèce.

Malgré les restrictions imposées à l’utilisation des chats-fous comme appâts, les nouveaux points de capture sont des endroits courus de pêche sportive, de sorte qu’il est difficile de déterminer si l’espèce est indigène ou introduite. Des études génétiques permettraient de faire la part entre des introductions récentes (absence de dérive génétique) et des populations issues de colonisations (présence de dérive génétique). Faute d’études de ce genre, et si l’on s’appuie sur le principe de précaution, on peut encore supposer que le chat-fou liséré est une espèce indigène.