Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l'hespérie du Sonora (Polites sonora) au Canada

Taille et tendances des populations

Activités de recherche 

Dans Guppy et Shepard (2001), seulement trois points de répartition (dont deux qui se chevauchent) sont montrés pour représenter la totalité de l’aire de répartition canadienne du P. sonora. Layberry et al. (1998) montrent quatre points de répartition dont un, celui de Merritt, qui est non confirmé et considéré comme une erreur par Guppy et Kondla. Guppy et Shepard (2001) ont omis l’enregistrement des spécimens de « Hope Mountains » sur leur carte de répartition en raison d’un manque de précision dans la localisation, tandis que Layberry et al. (1998) ont apparemment cartographié ces spécimens comme provenant de « Hope ». Par conséquent, il existe quatre emplacements confirmés qui n’ont pas été vérifiés récemment, dont deux sur le mont Crater. En 2003, Kondla a découvert deux nouveaux emplacements lors de recherches ciblées (les données détaillées, ainsi que les activités de recherche ne sont pas disponibles). Le total des emplacements s’élève donc à six.

Les quelques enregistrements canadiens proviennent d’une région du sud de la Colombie-Britannique qui est fréquemment visitée, depuis plus de 100 ans, pour la récolte d’insectes à des fins récréatives ou scientifiques. Il existe plusieurs milliers de spécimens ou d’enregistrements de spécimens de papillons pour cette région, ce qui contraste de façon catégorique avec le peu d’enregistrements de P. sonora. Il est donc raisonnable de conclure, en s’appuyant uniquement sur l’information historique, que l’hespérie du Sonora n’est pas une espèce commune ayant été ignorée par un grand nombre d’observateurs durant un grand nombre d’années. C’est tout le contraire du Plebejus anna (ou Lycaeides anna [W.H. Edwards, 1861], selon la préférence taxinomique), espèce commune retrouvée dans la même région que l’hespérie du Sonora et qui occupe les prés mésiques naturels et les zones déboisées. De plus, sa période de vol chevauche celle de l’hespérie du Sonora. Guppy et Shepard (2001) relèvent de 15 à 20 enregistrements de Plebejus anna à l’intérieur de la répartition connue de l’hespérie du Sonora. Ces enregistrements sont la preuve que des observateurs étaient présents dans les bons habitats et à la bonne période de l’année pour apercevoir l’hespérie du Sonora si elle avait été présente.

En 2003, durant la période de vol du P. sonora, Kondla a mené des recherches de présence/absence (aucune information sur les dates ou les emplacements n’est fournie) réparties sur 11 jours à l’intérieur de l’aire de répartition plausible de l’espèce. Les fouilles ont été effectuées dans 10 zones comprenant plus de 40 sites aux conditions propices à l’activité de vol du papillon. Deux zones supplémentaires, comprenant de nombreux sites, ont été échantillonnées dans des conditions limites pour le vol du papillon; il a donc été impossible de déterminer de manière concluante si l’espèce était présente ou absente dans ces deux zones. La méthode de recherche employée consistait à marcher à travers un habitat potentiellement occupé, à s’arrêter de façon périodique, à perturber la végétation herbacée et arbustive, puis à observer. Les fleurs et les mares ont aussi été examinées. Les recherches ont été effectuées dans des habitats non forestiers qui étaient humides, mésiques et secs. Les sites ont été choisis en fonction de leur accessibilité et de la présence d’une structure végétative propice. Un des sites consistait en un transect de 6 km de longueur qui traversait un habitat naturel contenant une grande quantité de parcelles d’habitats en apparence propices.

Cette recherche ciblée a confirmé la présence d’hespéries du Sonora dans deux secteurs totalisant quatre sites. Cette faible fréquence d’observation à l’intérieur d’un habitat potentiellement propice concorde avec la rareté des enregistrements et appuie l’hypothèse selon laquelle l’hespérie du Sonora est une espèce hautement localisée à l’intérieur d’une aire de répartition canadienne extrêmement confinée.

Abondance

Au Canada ou ailleurs, il n’existe pas de données empiriques sur la taille des populations de cette espèce. En 2003, au moins 15 hespéries du Sonora adultes ont été observées au site du ruisseau Wolfe, et au moins 15 adultes ont été observés dans les sites du ruisseau Placer. Toutes les collections antérieures sont composées de un ou de quelques individus seulement; aucune grande population n’est connue. Kondla et Guppy n’ont pas effectué de relevés quantitatifs, mais en s’appuyant sur leur expérience et leur connaissance des papillons en général, ils croient que la taille probable de la population canadienne serait de l’ordre de 3 000 à 5 000 individus. Il s’agit de leur meilleure approximation, mais elle ne s’appuie pas sur des données quantitatives.

Fluctuations et tendances

Au Canada, on ne dispose pas d’information suffisante pour dégager les fluctuations ou les tendances démographiques empiriques du P. sonora ou même de les estimer.

Effet d’une immigration de source externe

Au Canada, il existe six emplacements connus où l’hespérie du Sonora a été observée. Chacun de ces emplacements pourrait représenter une population plus ou moins isolée des autres populations canadiennes par des zones d’habitats non propices. Deux de ces populations sont assez près l’une de l’autre. Les autres sont séparées de la population la plus proche par des distances variant de 10 à 65 km. En raison de la nature fragmentée de la répartition de l’espèce, les échanges d’individus entre la plupart des groupes des populations canadiennes sont probablement faibles ou seulement limités.

Il n’existe que quelques emplacements connus occupés par l’hespérie du Sonora dans le nord de la chaîne des Cascades dans l’État de Washington (Hinchliff, 1996), et il y a une discontinuité apparente de 50 km entre ces populations et l’emplacement canadien le plus proche. Cette discontinuité apparente peut s’expliquer par l’existence possible d’un habitat propice, inaccessible et non inventorié, dans cet espace de 50 km. Malgré l’insuffisance des relevés qui permettraient de déterminer si la discontinuité apparente est un artéfact d’échantillonnage, il y a preuve indirecte que cette discontinuité est réelle. En effet, un examen des cartes topographiques et des images par satellite de la United States Geological Survey (USGS) indique que la zone de discontinuité apparente est, sous la zone subalpine (altitude moyenne d’environ 1 900 m), entièrement forestière. Ainsi, le manque apparent d’habitats propices à l’espèce dans cette zone de 50 km indique une faible probabilité de retrouver le papillon dans d’autres sites, situés plus au nord, dans l’État de Washington. Dans la répartition américaine connue des hespéries du Sonora (figure 3), au sud des quelques emplacements connus du nord de la chaîne des Cascades dans l’État de Washington, il y a une autre discontinuité apparente d’environ 130 km. Par conséquent, dans l’éventualité où l’espèce disparaîtrait du Canada, le rétablissement naturel des hespéries du Sonora à partir des emplacements connus de l’État de Washington serait improbable.