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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l'escargot-forestier de Townsend (Allogona townsendiana) au Canada

Information sur l’espèce

Nom et classification

L’escargot-forestier de Townsend (nom anglais : Oregon Forestsnail), Allogona (Dysmedoma) townsendiana (I. Lea, 1838), décrit originellement par Isaac Lea sous le nom de Helix townsendiana, a plus tard été classé dans la famille des Polygyridés (Mollusca : Gastropoda : Pulmonata). Cette famille endémique à l’Amérique du Nord est composée d’escargots terrestres nombreux et diversifiés (Pilsbry, 1940; Emberton, 1994 et 1995). La classification supragénérique de la famille (voir plus bas) a été remaniée en profondeur par Emberton (1995), mais cette révision n’a rien changé à la validité de l’espèce. Celle-ci est considérée comme appartenant au genre Allogona depuis la publication de la monographie de Pilsbry (1936). On ne reconnaît aucune sous-espèce à l’A. townsendiana.

La classification actuelle de l’escargot-forestier de Townsend est la suivante : phylum : Mollusca; classe : Gastropoda; sous-classe : Pulmonata; ordre : Stylommatophora; sous-ordre : Sigmurethra; superfamille : Polygyroidea; famille : Polygyridae; sous-famille : Polygyrinae; tribu : Allogonini; genre : Allogona; sous-genre : Dysmedoma; espèce : townsendiana.

On estime actuellement que le genre Allogona compte quatre espèces : l’A. lombardii A. G. Smith, 1943 (Selway Forestsnail), l’A. profunda (Say, 1821) (Broad-banded Forestsnail), l’A. ptychophora (A.D. Brown, 1870) (« escargot-forestier de l’Idaho », Idaho Forestsnail) et l’A. townsendiana (Pilsbry, 1940; Turgeon et al., 1998). Les trois espèces de l’Ouest -- A. lombardii, A. ptychophora et A. townsendiana -- appartiennent au sous-genre anatomiquement distinct Dysmedoma. De plus, Pilsbry (1940) a répertorié plusieurs sous-espèces, dont au moins une, l’A. ptychophora solida (Vanatta, 1924), pourrait être une espèce à part entière (Frest et Johannes, 1995). Au Canada, le genre Allogona est représenté par deux espèces, soit l’A. townsendiana et l’A. ptychophora. Certaines coquilles recueillies en Colombie-Britannique identifiées par Smith (1943) comme appartenant à l’A. lombardii, identification mise en doute par La Rocque (1953), appartenaient probablement à l’A. ptychophora (Forsyth, 1999a).

La sous-espèce A. townsendiana brunnea Vanatta, 1924, originellement décrite sur la base d’une collecte effectuée près de Kelso, dans le comté de Cowlitz de l’État de Washington, ne serait en fait qu’une forme caractérisée par une couleur différente et est aujourd’hui considérée comme synonyme (Branson, 1977). L’Allogona townsendiana frustrationis Pilsbry, 1940, nommé d’après le cap Disappointment, qui se trouve dans le comté Pacific de l’État de Washington, serait aussi un synonyme (Forsyth, en prép.). Pilsbry (1940) avait dressé la liste des synonymes possibles de l’espèce connus de lui, et aucun autre synonyme n’est apparu depuis.

Description

Pilsbry (1940) et Kozloff (1976) ont décrit l’A. townsendiana et en ont fourni des illustrations. La coquille de l’adulte est de bonne taille (largeur de 28 à 35 mm), globulaire et brun pâle ou paille (figures 1 et figure2). Elle compte 51/4-6 tours qui portent de petites côtes axiales irrégulières de couleur pâle ressemblant à des rides, ainsi que des stries sinueuses spiralées extrêmement fines. Elle est aussi habituellement irrégulièrement sculptée de dépressions. Les fines stries spiralées sont souvent difficiles à discerner sur les coquilles érodées ayant perdu leur couche externe, ou périostracum. Celui-ci est dépourvu des fines structures trichoïdes présentes chez certains Polygyridés. Le bord de l’ouverture de la coquille est blanc, épais et fortement réfléchi vers l’extérieur. Dans la région basale, il est plus épais et forme une petite callosité bombée à sa jonction avec le bord columellaire. Il n’y a pas de dent à l’intérieur de l’ouverture.

Figure 1. Coquille d’Allogona townsendiana (spécimen du Washington, É.-U.). Photo de R. Forsyth.

Figure 1. Coquille d’Allogona townsendiana(spécimen du Washington, É.-U.)

Figure 2. Spécimen vivant d’Allogona townsendiana (Colombie-Britannique). Photo de K. Ovaska.

Figure 2. Spécimen vivant d’Allogona townsendiana (Colombie-Britannique)

Dans la documentation scientifique et parmi les spécimens de musée, l’A. townsendiana a rarement été confondu avec d’autres espèces. Il s’agit de l’un des plus gros escargots terrestres du Sud-Ouest de la Colombie-Britannique, et il est peu probable qu’il y ait méprise avec les autres espèces sympatriques. Par exemple, le Monadeniafidelis (Pacific Sideband Snail), espèce elle aussi de grande taille, s’en distingue assez nettement par sa coloration vive et ses bandes. C’est avec d’autres Polygyridés qu’il peut le plus y avoir confusion, toutes les espèces de cette famille étant caractérisées par le bord de l’ouverture de leur coquille, qui est réfléchi vers l’extérieur. L’escargot-forestier de l’Idaho (A. ptychophora) est très similaire, mais sa coquille est légèrement plus petite, rarement sculptée de dépressions, et les côtes axiales sont plus marquées. De plus, les deux espèces sont allopatriques au Canada, l’A. ptychophora se trouvant dans le Sud-Est de la Colombie-Britannique et le Sud de l’Alberta (Pilsbry, 1940; Branson, 1977; Forsyth, 1999a). Par ailleurs, l’escargot du Puget (Cryptomastix devia) et le C. germana (Pygmy Oregonian Snail) se caractérisent par la présence d’une dent dans l’ouverture de la coquille mature. Enfin, le Vespericola columbianus (Northwest Hesperian Snail) et le C. germana sont beaucoup plus petits (< 16 mm et < 7 mm, respectivement), et leur périostracum porte des soies.

Pour bon nombre de mollusques terrestres, l’anatomie des organes génitaux est souvent plus distinctive que la coquille. Cependant, l’anatomie de l’A. townsendiana n’a pas encore été comparée dans le détail avec celle des autres espèces du sous-genre Dysmedoma.