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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le mormon (Apodemia mormo) au Canada

Généralités

Au Canada, le mormon produit une génération par année. Les adultes se rencontrent normalement du début août au milieu septembre (Guppy et Shepard, 2001). Le mormon vole rapidement et en ligne droite, mais seulement sur de courtes distances, généralement d’une plante hôte ou nectarifère à une autre. Lorsqu’il est posé, il tient ses ailes dans une variété de positions, tantôt étalées, tantôt fermées, le plus souvent à demi ouvertes. Lorsque les sources de nectar se font rares, plusieurs individus peuvent se retrouver sur une même plante (St. John, obs. pers.).

Reproduction

Les mâles se perchent sur les arbustes et les plantes nectarifères à flanc de colline pour attendre les femelles (Arnold et Powell, 1983; Scott, 1986). En Colombie-Britannique, des accouplements ont été observés dans les trois jours qui ont suivi l’émergence des adultes (St. John, obs. pers.). En Californie, des mâles d’une sous-espèce en voie de disparition étudiée par R.A. Arnold et J.A. Powell (1983), l’A. m. langei, ont émergé quelques jours avant les femelles. Ces dernières ont déposé leurs œufs individuellement ou par groupes de 2 à 4 sur les feuilles, les tiges ou les inflorescences de la plante hôte (Arnold et Powell, 1983).

Certains facteurs liés à la reproduction, comme la durée de la période de ponte et la fécondité moyenne, peuvent influer sur le potentiel de colonisation et la taille effective des colonies, mais leur impact demeurent à évaluer. La présence de 2,60 spermatophores par femelle chez l’A. m. langei (Arnold et Powell, 1983) laisse croire que les accouplements multiples sont courants chez les femelles de cette espèce.

Survie et physiologie

En Californie, la durée de vie des adultes de l’A. m. langei s’établissait en moyenne à environ neuf jours chez les mâles et à 11 jours chez les femelles (Arnold et Powell, 1983). En supposant que ces estimations s’appliquent aux populations canadiennes, l’émergence s’échelonnerait sur une période de 3 à 5 semaines. On ne sait rien des taux de survie des autres stades de développement, et ce, pour tous les taxons de cette espèce. Le mormon hiberne au premier stade larvaire, dans des tiges renflées d’E. inflatum ou des inflorescences séchées d’E. fasciculatum, ou dans la litière, à proximité de la plante hôte (Scott, 1986). En hiver, Ballmer et Pratt (1988) ont trouvé sur des plantes hôtes des chenilles de mormon ayant achevé une partie de leur développement et observé des chenilles d’un autre riodinidé, le Calephelis nemesis, qui s’alimentaient en après-midi dès que la température dépassait les 12,8  ºC.

Dans la portion méridionale de l’aire du mormon, les chenilles du dernier stade se nourrissent la nuit (Arnold et Powell, 1983) et se reposent le jour, dans des abris de feuilles mortes liées les unes aux autres par des fils de soie (Ballmer et Pratt, 1988).

Chez les populations canadiennes, on ignore si les œufs éclosent en automne ou au printemps et si les chenilles du dernier stade sont également nocturnes.

Déplacements et dispersion

Le potentiel de dispersion du mormon a été étudié de façon quantitative une seule fois, par Arnold et Powell (1983), en Californie, chez une sous‑espèce en voie de disparition, l’A. m. langei. En moyenne, les mâles se dispersaient sur une distance de 9 m et les femelles, sur une distance de 11 m, pour une distance maximale d’environ 600 m. Les femelles parcouraient de plus grandes distances par unité de temps que les mâles (vagilité moyenne, femelle : Vf = 22,2-47,7 m/jour; mâle : Vm = 10,4-27,5 m/jour), tandis que les mâles formaient des groupes plus concentrés que les femelles.

Des observations non systématiques sur le terrain tant en Colombie-Britannique qu’en Saskatchewan laissent croire que les adultes des populations canadiennes se dispersent également très peu (St. John et Hooper, obs. pers.). On ignore tout du potentiel de dispersion des chenilles, mais il est peu probable qu’elles se déplacent d’une plante hôte à l’autre.

Alimentation et interactions interspécifiques

En Saskatchewan comme en Colombie-Britannique, la saison de floraison des ériogones hôtes correspond de près à la période de vol du mormon, alors que celle des autres espèces communes d’ériogones s’amorce beaucoup plus tôt.

Dans les milieux plats à sol argileux de la Saskatchewan, la floraison de l’E. pauciflorum débute en juin. En août et au début septembre, les plants croissant en terrain plat se dessèchent, alors que ceux établis sur les versants de collines arides entrent en fleur et sont visités par le mormon. Au cours des trois premières semaines d’observation, l’ériogone pauciflore est demeuré la seule source de nectar des adultes. Ce n’est qu’une fois la période de floraison de l’ériogone terminée que des adultes ont été observés en train de se nourrir sur la bigelovie puante (Hooper, comm. pers.).

Dans les deux provinces, les adultes en quête de nectar se nourrissent à la fois sur la bigelovie et la plante hôte. En Colombie-Britannique, la période de floraison de la bigelovie semble varier d’un plant à l’autre, débutant dès la fin juin chez certains, mais se prolongeant jusqu’à la mi-octobre chez nombre d’autres. La présence de plants de bigelovie à floraison hâtive et tardive et d’ériogone semble nécessaire pour que l’approvisionnement en nectar soit suffisant pendant la période de vol. Comme les ériogones, la bigelovie semble avoir besoin d’un régime de perturbation modéré pour se maintenir dans un endroit donné. Dans de nombreux sites de l’intérieur-sud de la Colombie-Britannique, les deux plantes sont abondantes le long des routes, mais généralement absentes sur les versants de colline adjacents moins perturbés (St. John, obs. pers.).

En Colombie-Britannique, la plante hôte du mormon, l’Eriogonum niveum, connaît à la fin de l’été une poussée de croissance végétative entraînant la formation d’un bouquet basal de jeunes feuilles qui passent l’hiver avant d’avoir achevé leur croissance. L’autre espèce commune d’ériogone, l’E. heracleoides Nutt., souvent rencontrée dans des habitats similaires, ne subit pas une telle poussée de croissance automnale (St. John, obs. pers.) et ne semble pas utilisée par les mormons (Guppy et Shepard, 2001). Sa présence a été observée dans une seule colonie.

Comportement et adaptabilité

À l’état larvaire, le mormon entretient une relation étroite avec sa plante hôte. Les adultes utilisent également la plante hôte et la bigelovie comme sources de nectar et perchoirs. La base des plantes hôtes sert aussi d’abri aux chenilles pendant les périodes d’inactivité et l’hibernation (Arnold et Powell, 1983). Compte tenu de la concentration de ses ressources et de son comportement sédentaire, le mormon est probablement très sensible aux changements qui peuvent influer sur la répartition et la densité des parcelles d’habitat favorable dans son environnement. Toutes les espèces de papillons en voie de disparition étudiées en Californie par Arnold et Powell (1983) affichent ce type de dépendance à l’égard d’une ou de deux espèces végétales et se dispersent très peu en vol. Ces caractéristiques contrastent fortement avec l’absence d’association à des microhabitats précis et la vagilité nettement supérieure observées chez les espèces de papillons plus répandues (Scott, 1975; Sharp et al., 1974).