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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le mormon (Apodemia mormo) au Canada

Les facteurs limitatifs pour les populations canadiennes d'Apodemia mormo sont inconnus. Cependant, comme les deux populations canadiennes se trouvent à la limite nord de l’aire de l’espèce, l’influence des facteurs climatiques ne peut être exclue. En Colombie-Britannique, la population existante est maintenant confinée à une seule vallée et, de ce fait, pourrait être particulièrement vulnérable à des phénomènes climatiques locaux extrêmes empêchant la floraison de ses plantes nectarifères, de même qu’à des pullulations locales d’agents pathogènes, de prédateurs et de parasitoïdes. En 1998, par exemple, les effectifs d’une espèce de punaise embusquée, le Phymata fasciata, ont atteint des proportions épidémiques dans le Sud des vallées de l'Okanagan et de la Similkameen. Dans la plus grande colonie de mormons, huit punaises, dont une attaquant un mormon, ont été dénombrées sur un plant de bigelovie qui constituait une source de nectar vitale pour le papillon au cours des années précédentes. Aucun autre mormon n’a été vu par la suite, même si seulement la moitié de la saison de vol normale s’était écoulée au moment de l’observation (28 août). En 1995, Pyle (comm. pers.) a trouvé une seule colonie de mormons le long de la Similkameen, à l’ouest d'Oroville (Washington). Cette colonie, à son avis, faisait partie de la même population isolée dont l’aire s’étend jusqu’au Canada, et elle se trouve à 20 km du site connu le plus proche en Colombie-Britannique. Si la portion américaine de cette population est confinée à la rivière Similkameen, son étendue pourrait être inférieure à celle de la population établie en Colombie-Britannique. Bien que la croissance de la population humaine dans cette région de l’État de Washington soit moins rapide que dans le Sud de la Colombie-Britannique, les facteurs climatiques et biotiques propres à l’ensemble du cours inférieur de la Similkameen représentent une menace pour les deux populations.

Tant en Colombie-Britannique qu’en Saskatchewan, la répartition des plantes hôtes limite les zones d’habitat potentiel du mormon, mais les deux espèces d’ériogones se rencontrent dans de nombreuses régions où le papillon est actuellement absent. En Saskatchewan, l’ériogone pauciflore est actuellement classé S2S3 (Pepper, comm. pers), mais il pourrait être plus commun qu’on le croyait jusqu’à maintenant (Hooper, comm. pers.). L’ériogone des neiges n’a pas de cote de conservation en Colombie-Britannique, mais il semble confiné aux habitats secs et de faible altitude des vallées de l'Okanagan et de la Similkameen. En Colombie‑Britannique, l’altération anthropique du paysage représente une grave menace pour le mormon. Le papillon est par contre très dépendant de l’activité humaine, puisque celle-ci produit les habitats perturbés qui favorisent la croissance de peuplements denses de sa plante hôte. Les activités de construction et d’entretien le long des étroites voies de communication et de services représentent une menace pour les populations du mormon et pourraient même causer leur élimination. En revanche, ces mêmes activités, si elles étaient accompagnées de pratiques de construction adaptées aux conditions locales et de mesures d’atténuation appropriées, pourraient favoriser la création de nouveaux habitats propices et même contribuer à l’augmentation des populations. Ainsi, le tracé initial d’un récent projet de gazoduc a été modifié par suite des pressions exercées par la municipalité de Keremeos, qui s’opposait à ce que la gazoduc traverse trois colonies de mormons. Si la nouvelle proposition actuellement à l’étude est approuvée, le gazoduc traversera une autre colonie établie dans la gravière du ruisseau Blind.

En raison de l’intense compétition qui les oppose à l’ériogone des neiges, certaines mauvaises herbes d’origine eurasienne peuvent compromettre la qualité de l’habitat du mormon en de nombreux endroits. La centaurée diffuse (Centaurea diffusa), la linaire de Dalmatie (Linaria dalmatica) et le brome des toits (Bromus tectorum) se rencontrent souvent en compagnie de l’ériogone des neiges et peuvent réduire la taille et la densité des plants de cette dernière espèce (St. John, obs. pers.).

Les projets d’exploitation sur les terres privées et certaines pratiques agricoles comme l’utilisation de pesticides et le pâturage peuvent avoir des effets néfastes pour les populations de mormons. C’est le cas, notamment, lorsque des résidents se débarrassent de leurs branches coupées et de divers résidus de jardinage en les jetant sur un flanc de colline habité par le mormon et sa plante hôte. La municipalité de Keremeos a également effectué des plantations et irrigué une partie d’un versant de colline abritant une colonie, rendant ainsi l’habitat moins propice pour la plante hôte et, de ce fait, pour le papillon. La municipalité a mis fin au projet après avoir été informée de la présence du papillon à cet endroit.