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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Ptychobranche réniforme (Ptychobranchus fasciolaris) au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Le Ptychobranchus fasciolaris se trouve surtout dans des rivières petites (de 6 à 16 m de largeur) ou moyennes (de 15 à 20 m de largeur), et rarement dans de grandes rivières (plus de 30 m de largeur); il est également présent dans les lacs Erié, Sainte-Claire et Chautauqua, où sa taille est beaucoup plus petite (van der Schalie, 1938; Gordon et Layzer, 1989; Strayer et Jirka, 1997). Il a également été trouvé dans des portions peu profondes (< 1 m) de réservoirs de retenue où subsiste une certaine circulation d’eau (Gordon et Layzer, 1989; Parmalee et Bogan, 1998). Il est généralement absent des ruisseaux d’amont de moins de 3 m de largeur (Ortmann, 1919; van der Schalie, 1938). Le ptychobranche réniforme, dont les besoins écologiques sont très particuliers, préfère les radiers au courant modéré ou rapide et dont le fond est couvert de sable et de gravier grossier bien compactés (Ortmann, 1919; Gordon et Layzer, 1989); il ne supporte pas les eaux dormantes (van der Schalie, 1938). On le trouve souvent à proximité de lits de carmantine d’Amérique (Justicia americana), plante aquatique émergente (Ortmann, 1919; Gordon et Layzer, 1989). En général, on le trouve bien enfoui dans des substrats stables, dans des eaux d’une profondeur inférieure à 1 m. Dans le lac Érié, il est (ou était) présent en eaux peu profondes, sur des hauts‑fonds sableux ou légèrement graveleux exposés à l’action des vagues (Ortmann, 1919; Gordon et Layzer, 1989)

Le ptychobranche réniforme vit dans la plupart des grands réseaux hydrographiques du Sud-Est du Michigan, et il est particulièrement abondant dans la rivière Clinton, notamment dans les tronçons supérieurs en amont de Pontiac. L’habitat du cours supérieur de la rivière Clinton semble donc idéal pour l’espèce. Ce tronçon a été décrit par Strayer (1980) comme un petit cours d’eau (< 10 m de largeur) limpide dont le cours, qui traverse une plaine alluviale pro‑glaciaire, est interrompu par des lacs et des zones marécageuses. La rivière Clinton et les autres rivières de cette région se caractérisent par des fonds de sable et de gravier, des débits constants, des pentes très faibles et des eaux claires, leur limpidité étant attribuable aux forts taux d’infiltration présentés par les sols (Strayer, 1983). Chose intéressante, la rivière Sydenham, en Ontario, dans laquelle le P. fasciolaris est toujours présent, se caractérise elle aussi par une faible pente. Selon van der Schalie (1938), le P. fasciolaris cohabite souvent avec le Villosa iris, l’Elliptio dilatata et le Lampsilis fasciola. Nous avons observé une association entre le P. fasciolaris et l’E. dilatata dans la rivière Ausable, où les plus forts effectifs de ces deux espèces ont été trouvés aux mêmes deux sites, alors que l’E. dilatata est extrêmement rare dans la rivière Sydenham (Metcalfe-Smith et al., 1999). L’association entre le P. fasciolaris et le L. fasciola est digne de mention, car cette dernière espèce a été désignée en voie de disparition par le COSEPAC en 1999 (Metcalfe-Smith et al., 2000c). Nous n’avons jamais vu d’exemple de cette association, probablement parce que les deux espèces sont aujourd’hui très rares en Ontario.

Les préférences en matière d’habitat des ptychobranches réniformes juvéniles seraient différentes de celles des adultes, mais, à ce jour, rares sont les études sur ce sujet (Gordon et Layzer, 1989). Au stade juvénile, les ptychobranches sont certainement plus vulnérables, car ils sont condamnés à se développer dans les habitats où leur hôte les a relâchés; en habitat non favorable, ils peuvent mourir rapidement. Le stade larvaire (glochidium) est le stade le plus vulnérable et le plus spécialisé, le glochidium devant réussir à se fixer à un hôte approprié pour achever sa métamorphose vers le stade juvénile. Comme les populations de P. fasciolaris des rivières Sydenham et Ausable montrent des signes de recrutement (voir la section Taille et tendances des populations), il semble que la qualité des habitats dans au moins quelques-uns des tronçons de ces rivières soit acceptable. Par contre, on ignore si l’étendue des habitats favorables suffira à maintenir des populations viables dans l’avenir.

 

Tendances

L’invasion des Grands Lacs par la moule zébrée, qui a commencé à la fin des années 1980, a eu pour conséquence la quasi-disparition des communautés de mulettes indigènes du lac Erié, du lac Sainte‑Claire et de leurs voies interlacustres vers le milieu des années 1990. Seules quelques communautés isolées d’Unionidés, pour la plupart moins diversifiées au plan des espèces, subsistent dans quelques zones voisines des rivages (Zanatta et al., 2002). Le Ptychobranchus fasciolaris a toujours été rare dans ces eaux et seulement un petit nombre d’individus vivants ont été capturés ces dernières années. L’espèce semble avoir disparu des rivières Thames et Grand. Elle occupe toujours son aire historique dans la rivière Sydenham Est, mais certains signes indiquent qu’elle serait en déclin dans les tronçons supérieurs. Le P. fasciolaris est également présent dans la rivière Ausable. L’insuffisance des données sur les mulettes pour cette rivière empêche cependant toute analyse de la tendance des effectifs. Dans l’ensemble, nous estimons que le P. fasciolaris a perdu jusqu’à 70 p. 100 de son aire historique au Canada. La perte d’habitats dans les Grands Lacs devrait être considérée comme irréversible, puisqu’on n’arrive pas à éliminer la moule zébrée. En revanche, la perte d’habitat dans la rivière Grand semble réversible. En effet, la population de mulettes de la rivière Grand s’est largement rétablie de la pollution grave subie au cours des années 1960; 16 espèces ont recolonisé le cours inférieur durant les 25 dernières années grâce à la nette amélioration dans le traitement des eaux d’égout et des rejets industriels dans cette période (Metcalfe‑Smith et al., 2000b). On ignore toutefois s’il y a actuellement assez d’habitats pour assurer la survie à long terme du ptychobranche réniforme au Canada. La protection actuelle des habitats de cette espèce doit être considérée comme incertaine, car l’essentiel de l’aire qu’elle occupe est situé sur des propriétés privées. Les sections « Répartition » et « Facteurs limitatifs et menaces » contiennent d’autres détails sur l’évolution de la répartition du ptychobranche réniforme au Canada, ainsi que sur les causes probables de cette évolution.

Aux États‑Unis, la répartition et l’abondance actuelles du ptychobranche réniforme sont assez semblables à ce qu’indiquent les données historiques (voir Taille et tendances des populations). On observe cependant un déclin alarmant de nombreuses espèces de mulettes en Amérique du Nord, surtout attribuable à la destruction et à la dégradation des habitats découlant des activités humaines (Williams et al., 1993).

 

Protection et propriété des terrains

La plupart des terres longeant le tronçon de la rivière Sydenham Est dans lequel le P. fasciolaris est actuellement présent sont des propriétés privées utilisées à des fins agricoles. Seules deux petites propriétés, la Shetland Conservation Area (7 ha) et la Mosa Township Forest (20 ha), sont des propriétés publiques bénéficiant d’une certaine protection. Il convient cependant de remarquer qu’une stratégie de rétablissement a été conçue pour l’écosystème aquatique de la rivière Sydenham et qu’un certain nombre de propriétaires fonciers participent à des projets de restauration des rives et améliorent leurs pratiques d’utilisation des terres, ce qui profitera au P. fasciolaris et à d’autres espèces aquatiques vulnérables habitant la rivière Sydenham (Sydenham River Recovery Team, 2002).

L’agriculture constitue également la principale utilisation des terres dans le bassin de la rivière Ausable. Il y a cependant beaucoup plus de terres publiques dans ce bassin que dans celui de la Sydenham. L’office de protection de la nature d’Ausable-Bayfield détient des propriétés totalisant 1 830 ha dans l’ensemble du bassin, et il y existe deux zones d’intérêt naturel et scientifique (ZINS) : la gorge Ausable et le marécage Hay, qui représentent près de 3 500 hectares (ABCA, 1995).