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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Ptychobranche réniforme (Ptychobranchus fasciolaris) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

L’introduction et la propagation dans les Grands Lacs d’une espèce exotique, la moule zébrée (Dreissena polymorpha), ont détruit les populations indigènes de mulettes dans les zones infestées (Schloesser et al., 1996). En se fixant sur la coquille des Unionidés, les moules zébrées entravent leurs activités, telles que l’alimentation, la respiration, l’excrétion et la locomotion, avec le résultat que l’individu finit par mourir de faim (Haag et al., 1993; Baker et Hornbach, 1997). Environ
60 p. 100 des sites où le P. fasciolaris était présent dans le passé en Ontario se trouvent dans des eaux des Grands Lacs qui sont désormais largement colonisées par la moule zébrée. On n’a trouvé qu’un petit nombre de ptychobranches réniformes vivants à plusieurs sites « refuges » situés à proximité du rivage des lacs Érié et Sainte-Claire et qui abritent encore des populations importantes d’autres Unionidés indigènes (voir Zanatta et al., 2002). Cependant, il est peu probable que la moule zébrée menace les deux populations survivantes de P. fasciolaris en Ontario puisque les rivières Sydenham et Ausable ne sont pas navigables et qu’elles comportent peu de bassins susceptibles de soutenir une colonie permanente, bien que les réservoirs de Coldstream et de Strathroy dans le cours supérieur de la rivière Sydenham Est suscitent quelques inquiétudes. Toutefois, les deux populations de P. fasciolaris sont menacées par divers facteurs liés aux pratiques d’utilisation des terres dans ces bassins hydrographiques.

La destruction et la dégradation de l’habitat en raison des barrages, du dragage, de la canalisation, de l’envasement et de la pollution expliquent en grande partie le déclin des populations de mulettes en Amérique du Nord depuis un siècle (Williams et al., 1993). Selon Strayer et Fetterman (1999), les principales menaces actuelles sont les fortes charges de sédiments, d’éléments nutritifs et de produits chimiques toxiques provenant de sources diffuses, principalement l’agriculture. En effet, l’agriculture constitue la principale utilisation des terres dans le bassin de la rivière Ausable : plus de 50 p. 100 de la région est utilisée pour des cultures en rangs (maïs et haricots) et seulement 13 p. 100 des terres sont encore boisées (ABCA, 1995). L’élevage du bétail se pratique également de manière intensive, en particulier le long des tronçons supérieurs. La qualité de l’eau est généralement médiocre en raison du ruissellement provenant des terres agricoles, des fuites des fosses septiques et de la pollution par les engrais. Environ 60 p. 100 des sols sont drainés artificiellement et les charges de sédiments sont élevées.

Les terres du bassin hydrographique de la rivière Sydenham ont été considérablement modifiées depuis deux siècles, passant de 70 p. 100 de forêts et 30 p. 100 de marécages avant l’arrivée des Européens à 85 p. 100 de terres agricoles aujourd’hui; plus de 60 p. 100 du bassin versant est drainé par tuyaux enterrés (Staton et al., 2002). Seulement 17 p. 100 de la couverture forestière originale subsiste, et, sur de longues sections des cours d’eau, le rivage ne comporte plus aucune végétation ou très peu. Les charges de sédiments provenant du ruissellement et du drainage souterrain sont élevées. Les sédiments provenant du drainage souterrain ont tendance à être fins (Grass et al., 1979). Or, on sait que les sédiments fins nuisent aux mulettes de différentes façons : par exemple, ils obstruent les branchies, réduisant ainsi le taux d’oxygénation, l’efficacité de l’alimentation et la croissance; ils peuvent affecter leur source d’alimentation en réduisant la quantité de lumière disponible pour la photosynthèse; ils peuvent aussi affecter les mulettes indirectement par l’impact qu’ils ont sur leurs poissons hôtes (pour un examen de cette question, voir Brim-Box et Mossa, 1999). Les charges d’éléments nutritifs sont également élevées dans la rivière Sydenham et les concentrations totales de phosphore ont depuis 30 ans considérablement dépassé le plafond fixé dans les lignes directrices provinciales en matière de qualité de l’eau; les concentrations de chlorures y augmentent lentement du fait de l’utilisation accrue des sels de voirie (Staton et al., 2002). Comme nous l’avons indiqué précédemment, les besoins du P. fasciolaris en matière d’habitat sont très spécifiques : il préfère les eaux claires à débit rapide et les fonds de gravier et de sable fermement compactés dans des rivières et des cours d’eau de taille petite ou moyenne. Le ptychobranche réniforme est donc probablement très sensible aux types de perturbations du milieu qui se produisent dans les rivières Ausable et Sydenham. Le ptychobranche réniforme fait partie des 43 espèces disparues de la branche principale de la rivière Wabash (Illinois) bien qu’on le trouve toujours dans deux affluents importants, lesquels ont perdu près de 30 p. 100 de leurs mulettes (Cummings et Mayer, 1997). Dans ces rivières, les menaces auxquelles font face les populations de mulettes sont l’envasement, la pollution chimique, l’endiguement et les perturbations du lit des cours d’eau (les carrières de gravier, la construction, le dragage, la canalisation, etc.).

Les principaux facteurs naturels qui influent sur la taille et la répartition des populations de mulettes sont la répartition et l’abondance de leurs poissons hôtes et la prédation. Les Unionidés ne peuvent compléter leur cycle vital sans un hôte approprié pour les glochidiums. Si les populations de poissons hôtes disparaissent, ou si leur abondance chute à des niveaux qui ne permettent plus de soutenir une population de mulettes, le recrutement ne pourra plus se poursuivre et l’espèce pourrait connaître une extinction fonctionnelle (Bogan, 1993). On ignore la nature des poissons hôtes du P. fasciolaris en Ontario. Toutefois, trois espèces de dards s’étant avérées des hôtes du P. fasciolaris en Pennsylvanie (le dard vert, le raseux-de-terre et le dard barré) sont indigènes à l’Ontario, et leur présence est attestée dans la rivière Sydenham. Il est crucial de déterminer quel est ou quels sont les hôtes du ptychobranche réniforme dans les rivières Sydenham et Ausable pour déterminer ses chances de survie dans ces écosystèmes. On a fait des progrès considérables dans la méthodologie d’identification en laboratoire des hôtes des mulettes larvaires depuis quelques années (voir par exemple Hove et al., 2000), et un laboratoire spécialisé dans le domaine est désormais établi à la University of Guelph, en Ontario (Woolnough et Mackie, 2002).

On sait que de nombreux mammifères et poissons se nourrissent de mulettes (Fuller, 1974). La prédation par le rat musqué (Ondatra zibenthicus), en particulier, peut constituer un facteur limitatif pour certaines espèces de mulettes. Tyrrell et Hornbach (1998) ainsi que d’autres ont montré que le rat musqué sélectionne à la fois la taille et l’espèce qu’il consomme. Il peut par conséquent exercer une influence considérable sur la structure par taille et la composition en espèces des communautés de mulettes. Ce rongeur pourrait éventuellement représenter une menace pour les petites populations de P. fasciolaris, car il a tendance à rechercher les individus de petite taille des espèces de grande taille comme le ptychobranche réniforme (Tyrrell et Hornbach, 1998). Le prélèvement de jeunes adultes, plus petits, a vraisemblablement un effet plus important sur la population de mulettes que celui d’individus plus grands et plus âgés, auxquels il reste moins d’années de reproduction. Les auteurs ont observé de très grosses mulettes carénées (Actinonaias ligamentina) femelles de la rivière Thames (Ontario) qui couvaient des glochidiums dans une faible portion de leurs branchies, tandis que les femelles plus petites en étaient remplies. Neves et Odum (1989) ont trouvé des coquilles de 16 espèces de mulettes, y compris le P. fasciolaris, dans les tas de déchets laissés par des rats musqués le long des rives de la rivière North Fork Holston, en Virginie. Ils ont estimé que les rats musqués avaient consommé de 8 p. 100 à 47 p. 100 des populations de dix espèces de mulettes présentes à leur site d’étude sur une période de huit ans. Les espèces préférées étaient (par ordre décroissant) : la lampsile fasciolée, L. fasciola (47 p. 100); le Fusconaia cor (37 p. 100); l’Actinonaias pectorosa (24 p. 100); le Ptychobranchus subtentum (20 p. 100); et le ptychobranche réniforme (20 p. 100). La prédation est certes un facteur naturel de régulation des populations, mais les pratiques en matière d’utilisation des terres peuvent exercer une influence considérable sur la répartition et la densité des prédateurs. À notre connaissance, il n’existe aucune étude sur la prédation par les ratons laveurs. Toutefois, nous avons observé des ratons laveurs se nourrissant de mulettes sur le terrain et, selon les agriculteurs du bassin hydrographique de la Sydenham, la récente adoption de méthodes culturales de conservation du sol a entraîné une explosion de la population de ratons laveurs. Par conséquent, il est possible que la prédation constitue une menace importante pour la population de ptychobranches réniformes dans cette rivière.