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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la paruline du Canada au Canada

Habitat

Exigences en matière d’habitat

Aire de reproduction

L’espèce occupe divers types de forêts, mais est plus courante dans les forêts humides mixtes de feuillus et de conifères dont l’étage arbustif est bien développé (Conway, 1999). Elle est souvent observée dans les marais où poussent des arbustes, dans les peuplements d’érables rouges (Acer rubrum L.), dans les peuplements de cèdres, dans les marécages de conifères dominés par l’épinette noire (Picea mariana) et le mélèze, et dans les forêts bordant des lacs et des rivières (Peck et James, 1987; Brauning, 1992; Semenchuk, 1992; Foss, 1994; Larue et al., 1995; Cooper et al., 1997; Wildlife Resource Consulting Service MB Inc. et Silvitech Consulting, 1997; Conway, 1999; Drapeau et al., 2000; Manitoba Avian Research Committee, 2003; Lambert et Faccio, 2005; Chase, 2005). Elle est également associée aux pentes abruptes couvertes d’arbustes et aux ravins situés à proximité de ces habitats (Cooper et al., 1997; Lambert et Faccio, 2005; South Peace Bird Atlas Society, 2006).

Dans certaines portions de l’aire de répartition, l’espèce niche également dans les forêts matures (> 90 ans) de hautes terres où des ouvertures dans le couvert végétal favorisent la formation d’un dense étage arbustif (Schieck, et al., 1995; Enns et Siddle, 1996; Cooper et al., 1997; Hobson et Bayne, 2000a; Hobson et al., 2000; Schieck et Hobson, 2000; Schieck et al., 2000; Cumming et Machtans, 2001; Machtans et Latour, 2003; Hannon et al., 2004; Lambert et Faccio, 2005; E. Bayne, comm. pers., 2007; South Peace Bird Atlas Society, 2006).

Dans toute son aire de reproduction, la Paruline du Canada peut également être abondante par endroits dans les forêts en régénération, c’est-à-dire dans une période de 6 à 30 ans suivant une perturbation naturelle (feux de forêt) ou anthropique (coupe) (Titterington et al., 1979; Wildlife Resource Consulting Service MB Inc. et Silvitech Consulting, 1995 ; Christian et al., 1996 ; Hobson et Schieck, 1999 ; Drapeau et al., 2000; Schieck et Hobson, 2000; Hobson et Bayne, 2000b; R. Berger, comm. pers., 2006).

Migration printanière et automnale

Pendant la migration, la Paruline du Canada est associée aux habitats à l’étage arbustif bien développé, comme l’orée des forêts, les zones riveraines et les forêts secondaires (Conway, 1999). En Amérique centrale, l’espèce utilise l’étage arbustif et les étages supérieurs des forêts humides et semi-humides, et l’orée des forêts entre le niveau de la mer et 2 500 m d’altitude (Binford, 1989; Howell et Webb, 1995). Au Honduras et au Panama, l’espèce occupe les forêts ouvertes, les forêts secondaires, les habitats de végétation arbustive et les mangroves (Monroe, 1968).

Aire de répartition hivernale

En Amérique du Sud, la Paruline du Canada occupe les forêts tropicales et montagneuses humides matures situées entre 1 000 et 2 100 m d’altitude, mais également les forêts secondaires et l’orée des forêts (Ridgely et Tudor, 1989; Curson et al., 1994). En Colombie, la Paruline du Canada est surtout présente dans les montagnes et dans les contreforts situés entre 1 000 et 2 500 m d’altitude (Hilty, 1980). Au Pérou et en Équateur, l’espèce utilise les forêts tropicales humides du versant est des Andes et les basses terres adjacentes (Paynter, 1995). L’espèce utilise également des habitats plus ouverts, comme les plantations de café, les bordures des terres agricoles et des secteurs semi-dégagés (DeGraaf et Rappole, 1995).

Tendances en matière d’habitat

Aire de reproduction

La majorité des terres humides boisées de la portion est de l’aire de répartition de l’espèce ont été drainées (Tiner, 1984; Conway, 1999) ou transformées en terres agricoles ou en zones urbaines (Cadman et al., 1987; Gauthier et Aubry, 1996). Les forêts en régénération à la suite des coupes effectuées entre le début et la moitié du XXe siècle ont probablement fourni des habitats à la Paruline du Canada. Cependant, ces forêts ayant depuis poussé, elles contiennent probablement des habitats qui conviennent moins à la Paruline du Canada (Conway, 1999).

Dans la portion ouest de l’aire de répartition, la forêt boréale mixte a été transformée en terres agricoles, ce qui a peut-être réduit la quantité d’habitat convenant à la Paruline du Canada (Hobson et al., 2002). Entre 1966 et 1994, le taux annuel de déforestation dans la zone de transition de forêt boréale du centre de la Saskatchewan a été de 0,89 p. 100, ce qui est trois fois plus élevé que la moyenne mondiale (Hobson et al., 2002). En outre, on estime que 7,3 millions d’hectares de forêt boréale ont déjà été transformés en zones urbaines et en terres agricoles au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta (sous-comité sénatorial de la forêt boréale, 1999).

On pense également que les forêts de l’ouest du Canada sont en déclin parce qu’elles sont régulièrement transformées par les coupes, les routes, les forages pétroliers et gaziers, et d’autres infrastructures industrielles (sous-comité sénatorial de la forêt boréale, 1999; Schneider et al., 2003). Selon le sous-comité sénatorial de la forêt boréale (1999), 70 p. 100 des peuplements de plus de 90 ans du nord-ouest canadien ont déjà été coupés ou transformés en plantations par l’industrie forestière. Des modèles élaborés dans le but de prédire les conséquences cumulatives du développement industriel (notamment des activités forestières, pétrolières et gazières) projeté dans le nord-est de l’Alberta montrent que, au rythme actuel, les peuplements anciens de bois mou auront disparu d’ici 20 ans alors que ceux de bois de feuillus auront disparu d’ici 65 ans (Schneider et al., 2003). On prévoit que les peuplements anciens déclineraient même si les pratiques les plus judicieuses étaient mises en application (Schneider et al., 2003).

Même si la perte de forêts matures peut être compensée par la régénération, les pratiques sylvicoles réduisant l’étage arbustif pourraient avoir une incidence négative sur la qualité de l’habitat de la Paruline du Canada dans ces secteurs (Gauthier et Aubry, 1996). D’autres études devront être réalisées afin d’évaluer l’incidence des pratiques sylvicoles sur le nombre de forêts aménagées convenant à la Paruline du Canada et sur leur qualité.

Aire de répartition hivernale

Selon Davis et al. (1997), les forêts du nord des Andes (c.-à-d. surtout en Colombie) situées entre 500 et 2 000 m d’altitude, soit les principales aires d’hivernage de la Paruline du Canada (Conway, 1999), sont parmi les plus menacées dans le monde. Environ 90 p. 100 de toutes les forêts primaires du nord des Andes, dont 95 p. 100 des forêts montagneuses humides, ont été coupées depuis les années 1970 (Henderson et al., 1991). En Colombie seulement, on estime que les forêts disparaissaient à un rythme de 1,5 à 2,2 millions d’acres par année au début des années 1990 (World Press Review, 1993) et qu’il ne resterait plus que 5 p. 100 de la forêt primaire sur le versant ouest des Andes (Dodson et Gentry, 1991).Bien qu’il n’y ait aucune donnée actuelle, il est fort probable que la forêt primaire ait poursuivi son déclin depuis les années 1990. La situation semble être la même pour les forêts montagneuses humides de l’Équateur et du nord du Pérou, quoique l’habitat semble y avoir décliné à un rythme beaucoup plus lent (Terborgh, 1989; Dillon, 1994).

Protection et propriété

Au Canada, l’habitat de reproduction de la Paruline du Canada se trouve généralement sur des terres publiques où le degré de protection de l’habitat est inconnu. Cela dit, l’espèce est également présente dans 21 parcs nationaux canadiens (P. Achuff, comm. pers., 2006) et dans plusieurs autres sites protégés par les compétences provinciales. La superficie totale de ces sites protégés équivaut à moins de 10 p. 100 de la superficie nationale (sous-comité sénatorial de la forêt boréale, 1999) et ne représente probablement qu’une petite proportion de l’aire de reproduction de l’espèce. Voici quelques importants sites protégés dans les zones boréales où se reproduit la Paruline du Canada : parc national Wood Buffalo (35 437 km²), en Alberta, parc national de Prince Albert (3 874 km²) et parc provincial du Lac La Ronge (3 362 km²), en Saskatchewan, parc national Wapusk (11 475 km²) et parc national du Mont-Riding (2 973 km²), au Manitoba, parc provincial Wabakimi (8 711 km²), parc provincial Woodland Caribou (4 795 km²) et parc national des Îles-de-la-Baie-Georgienne (13 km²), en Ontario, parc national de la Mauricie (540 km²), au Québec, et parc national de l’Île-du-Prince-Édouard (22 km²).

La vaste majorité des forêts de la Couronne ont été allouées à l’industrie forestière pour la production de bois d’œuvre et de pâte à papier. La majorité des provinces ont adopté des pratiques de gestion forestière qui pourront contribuer à réduire l’incidence des activités forestières sur l’habitat de la Paruline du Canada (p. ex. programmes de protection des boisés riverains; « Biodiversity Field Guide of the Forest Practices Code of British Columbia Act »; Cooper et al., 1997). De plus, un certain nombre de systèmes de certification ont été adoptés par diverses sociétés forestières et mis en œuvre sur plus de 15 millions d’hectares dans plusieurs secteurs de forêt boréale au Canada (Forest Stewardship Council, 2006).