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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la paruline du Canada au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Les causes du déclin de la Paruline du Canada sont inconnues. En effet, les changements survenus dans l’habitat de la Paruline du Canada dans les aires d’hivernage et de reproduction n’ont pas été directement associés aux changements démographiques observés au fil des années. On pense cependant que la perte et la dégradation de l’habitat dans les aires d’hivernage auraient joué un rôle majeur dans le déclin de l’espèce (Lambert et Faccio, 2005). La section ci-dessous traite des facteurs qui menacent l’espèce dans les aires d’hivernage et des menaces potentielles qui pèsent contre celle-ci dans l’aire de reproduction au Canada.

Perte et dégradation de l’habitat

Aire d’hivernage

La Paruline du Canada hiverne dans des régions où la pression anthropique est grande et où la déforestation est intensive (Terborgh, 1989; Robinson, 1997; Conway, 1999). Les forêts du nord des Andes (principalement en Colombie), soit les principaux secteurs d’hivernage de la Paruline du Canada, sont parmi les plus menacées dans le monde (Davis et al., 1997). En effet, au début des années 1990, 1,5 à 2,2 millions d’acres de forêt ont été coupés chaque année en Colombie seulement (World Press Review, 1993). Environ 90 p. 100 de toutes les forêts primaires du nord des Andes, dont 95 p. 100 des forêts montagneuses humides, ont disparu (Henderson et al., 1991) en raison de l’agriculture, de la coupe de bois de chauffage, des cultures de drogues illégales et des épandages non sélectifs d’herbicides réalisés dans le but d’enrayer ces cultures (Davis et al., 1997). Dans le nord des Andes, la perte d’habitat est associée à l’expansion du réseau de pipelines et à la construction de routes (Davis et al., 1997; voir la section Tendances en matière d’habitat).

Aire de reproduction

Bien que la Paruline du Canada montre une certaine capacité d’adaptation aux perturbations anthropiques, la destruction du sous-étage et du couvert forestier a une incidence négative sur l'espèce (Conway, 1999).

On pense que le drainage des forêts marécageuses pour l’agriculture et le développement urbain qui a eu lieu principalement entre 1950 et 1980 dans la portion nord-est de l’aire de répartition de l’espèce (Tiner, 1984; Miller, 1999) aurait contribué au déclin des populations de Parulines du Canada dans l’est de l’Amérique du Nord (Conway, 1999). La maturation continue des forêts sur des terres agricoles autrefois défrichées pourrait également avoir contribué à la perte d’habitat dans les portions nord-est de l’aire de répartition de l’espèce (Conway, 1999).

Des pertes d’habitat ont également eu lieu dans d’autres parties de l’aire de reproduction. Dans l’ouest du Canada, la forêt mixte boréale a été défrichée pour laisser place à l’agriculture (sous-comité sénatorial de la forêt boréale, 1999; Hobson et al., 2002). Dans le nord-ouest du Canada, la forêt a également été défrichée pour permettre le développement des industries pétrolières et gazières (construction de routes et de pipelines, sites de forage) (Cooper et al., 1997; sous-comité sénatorial de la forêt boréale, 1999; Hobson et al., 2002; South Peace Bird Atlas Society, 2006; voir la section Tendances en matière d’habitat).

L’exploitation forestière et diverses pratiques sylvicoles ayant eu une incidence négative sur l’étage arbustif des forêts aménagées ont peut-être également contribué à la perte d’habitat convenant à l’espèce (Askins et Philbrick, 1987; Cooper et al., 1997; Norton et Hannon, 1997; Schieck et al., 2000; Tittler et al., 2001). L’incidence de ces facteurs peut cependant varier, puisque les oiseaux nicheront dans des zones de coupes à blanc en régénération depuis 10 à 20 ans.

Le broutage par les ongulés forestiers, comme les cerfs de Virginie, qui réduit l'étage arbustif, peut diminuer la qualité de l'habitat de la Paruline du Canada dans certaines zones localisées (Conway, 1999). Une étude menée au Massachusetts a observé que l’abondance de la Paruline du Canada avait chuté au même rythme qu’avait augmenté l’abondance du cerf (DeGraaf et al., 1991). De la même manière, une étude menée sur la Paruline du Kentucky, dont l’écologie est similaire à celle de la Paruline du Canada, a permis d’observer que les parulines avaient quitté des sites où les cerfs étaient présents en très grande densité pour s’établir dans d’autres sites moins densément peuplés par l’ongulé (McShea et al., 1995). Les populations de cerfs sont à la hausse dans toute l’aire de répartition de l’espèce (Russell et al., 2001), ce qui augmente la probabilité que l’habitat de la Paruline du Canada en soit perturbé.

Fragmentation de l’habitat

Les données sur les répercussions de la fragmentation de l’habitat sur la Paruline du Canada varient. Certaines études laissent entendre que l’espèce serait vulnérable à la fragmentation de son habitat (Askins et Philbrick, 1987; Robbins et al., 1989; Litwin et Smith, 1992; Hobson et Bayne, 2000c).

D’autres études suggèrent quant à elles que l'espèce tolérerait la fragmentation attribuable aux coupes (Schmiegelow et al., 1997; Schmiegelow et Monkkonen, 2002), probablement en raison de l’importante régénération qui se produit autour des fragments.

Dans le centre-nord de la Saskatchewan, la Paruline du Canada est plus abondante dans les paysages dominés par les forêts contiguës que dans les paysages intérieurs dominés par les terres agricoles (70 p. 100) et les fragments forestiers (25 p. 100; Hobson et Bayne, 2000c). Cependant, dans la forêt boréale aménagée du nord de l’Alberta, la fragmentation est moins grave que la perte d’habitat, vu la régénération importante qui se produit autour des fragments temporairement isolés par les coupes (Schmiegelow et al., 1997; Schmiegelow et Monkkonen, 2002).

Construction de routes

La présence de la Paruline du Canada pendant la période de reproduction est affectée par la proximité et la longueur des routes pavées dans les paysages forestiers (Miller, 1999; R. Zimmerling, données non publiées). La construction de routes menace peut-être davantage les Parulines du Canada qui nichent dans la forêt boréale mixte du nord de l’Alberta, puisque le réseau routier devrait s’y densifier jusqu’en 2030 en raison du développement industriel (Schneider et al., 2003).

Déclin dans les cycles de flambées d’insectes

Bien que la Paruline du Canada ne soit généralement pas reconnue comme une spécialiste de la tordeuse des bourgeons de l’épinette (Conway, 1999), il a néanmoins été observé que ses densités augmentaient lors des flambées (Crawford et Jennings, 1989). Une récente étude théorique a également suggéré que le déclin des populations de Parulines du Canada au cours des 30 à 40 dernières années était peut-être attribuable à la diminution des flambées de la tordeuse des bourgeons de l’épinette pendant cette même période (D. Sleep, données non publiées).