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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la baleine à bec commune (population du plateau néo-écossais) au Canada -Mise à jour

Menaces

De 1962 à 1967, 87 baleines à bec communes ont été abattues par des baleiniers canadiens, principalement à proximité du Goulet (Reeves et al., 1993). Les menaces les plus évidentes pesant sur la population de baleines à bec communes du plateau néo‑écossais semblent actuellement l’emmêlement dans des engins de pêche et les perturbations liées à l’exploration et à l’exploitation gazières et pétrolières qui sont importantes et en augmentation dans les eaux de la partie orientale du plateau néo‑écossais, au large de la côte.

Emmêlement dans les engins de pêche

Le 21 août 1999, on a observé dans le Goulet une baleine à bec commune juvénile qui s’était emmêlée de façon presque certainement fatale dans une palangre (Gowans et al., 2000). La palangre enserrait sa queue, l’empêchant de nager, de même que son bec, l’empêchant de s’alimenter. En 2001, le Programme des observateurs en mer a signalé un autre juvénile emmêlé en bordure du secteur Sud des Grands Bancs (M. Schowell, comm. pers.). Cet individu a été libéré de ses liens et a probablement survécu, au moins à court terme. Plusieurs animaux de la population du plateau néo‑écossais ont des marques qu’ils semblent s’être fait en se libérant d’engins de pêche (Whitehead et al., 1997a). La pêche palangrière à l’espadon (Xiphius gladius) et au thon dans le Goulet et dans d’autres eaux du plateau se poursuit, mais elle a lieu principalement après la fin des travaux de terrain estivaux sur les baleines à bec communes. Si cette pêche cause une mortalité considérable chez les baleines à bec communes, celle‑ci ne serait donc probablement pas remarquée par les spécialistes des Cétacés.

Prospection d’hydrocarbures

L’exploration pétrolière et gazière se répand de plus en plus sur la partie est du bord extérieur du plateau néo‑écossais ainsi que, tout récemment et de façon plutôt inattendue, dans les eaux plus profondes au large de ce plateau (figure 3). Les zones amodiées comprennent une grande partie des eaux longeant l’isobathe de 1 000 m, que l’on croit être l’habitat préféré de la baleine à bec commune (Hooker, 2002b; Reeves et al., 1993). Des relevés sismiques, élément le plus notable de la prospection d’hydrocarbures, sont souvent effectués dans une grande partie de cette zone, y compris dans les eaux plus profondes. Des ondes sismiques ont été entendues à 18 p. 100 de 292 stations d’écoute hydrophonique de 2 minutes le long de l’isobathe de 1 000 m du plateau néo‑écossais en 2001 (T. Wimmer, inédit). L’activité sismique du plateau néo‑écossais est perceptible de façon notable dans le bruit de fond acoustique au large des Bahamas et le long de la dorsale médio‑atlantique (Clarke, 2002; NMFS et USN, 2001), à des milliers de kilomètres de distance. Les ondes sismiques sont devenues un élément important de l’environnement du plateau néo‑écossais. Le Goulet n’est pas prospecté pour le moment parce que l’Office Canada‑Nouvelle‑Écosse des hydrocarbures extracôtiers (qui régit la prospection et l’exploitation d’hydrocarbures sur le plateau néo‑écossais) respecte le « site d’intérêt » de la zone marine protégée pilote du Goulet de l’île de Sable du MPO, mais le Goulet ne bénéficie d’aucune protection légale. Les canyons Shortland et Haldimand, qui sont très proches des zones amodiées (figure 3), ne bénéficient actuellement d’aucune protection.

Figure 3.  Baux d’exploration pétrolière ou gazière sur le plateau néo‑écossais

Figure 3.  Baux d’exploration pétrolière ou gazière sur le plateau néo‑écossais (carte tirée du site Web de l’Office Canada–Nouvelle‑Écosse des hydrocarbures extracôtiers : www.cnsopb.ns.ca/Maps/map2001.html).

On ne comprend pas clairement les effets du bruit causé par l’exploration pétrolière et gazière (particulièrement le bruit sismique) sur la baleine à bec commune (LGL et Malme, 1998, p. 151). Des études sur d’autres espèces ont mené à des résultats variables, mais parfois troublants. Par exemple, on a constaté des baisses de densité démographique et des changements dans les fréquences des souffles et les déplacements chez la baleine grise du Pacifique Ouest (Eschrichtius robustus) au large de l’île Sakhaline, en Russie, en présence de navires sismiques en opération à des distances de 30 à 35 km ou moins (Wursig et al., 1999). On a aussi constaté que la baleine boréale (Balaena mysticetus) évite les navires sismiques à des distances semblables (Richardson et al., 1995, p. 298). Au large de l’Écosse, on a observé des changements dans la répartition et le comportement de plusieurs espèces de Cétacés en présence d’activité sismique (Stone, 1997, 1998, 2000 et 2001). On a aussi remarqué que le cachalot (Physeter macrocephalus) change de comportement en réaction à une activité sismique à une distance de plusieurs centaines de kilomètres (Bowles et al., 1994) et quitte certaines zones dès que l’activité sismique y débute (Mate et al., 1993), bien que certaines autres études, dont une réalisée dans la partie nord du Goulet (McCall Howard, 1999) ne rapportent aucun changement évident dans le comportement ou la répartition des cachalots en réponse à une activité sismique. Ces disparités proviennent peut‑être du caractère situationnel des réactions : les animaux réagiraient fortement dans certains états (par ex. en situation de migration) mais non dans d’autres (p. ex. lorsqu’ils se reproduisent ou s’alimentent). À certains égards (si on pense, par exemple, aux troubles physiologiques possibles), l’absence de réponse à une menace peut être plus dangereuse qu’une réponse claire (comme le déplacement pour s’éloigner de la zone touchée). Il est important de noter que tous ces résultats proviennent d’études des réponses à court terme qui peuvent ou peuvent ne pas avoir d’effets à l’échelle de la population et que des effets sur une population dus à un agent stressant peuvent apparaître même en l’absence d’une réponse évidente à court terme (voir par exemple Harrington et Veitch, 1992).

Cependant, les bruits intenses (la prospection sismique produit des bruits très intenses d’environ 262 dB par rapport à 1 µPa à 1 m; LGL et Malme, 1998, p. 21) peuvent être fatals aux autres espèces de baleines à bec (voir p. ex. Balcomb et Claridge, 2001; NMFS et USN, 2001). Les Ziphiidés peuvent être particulièrement vulnérables à la pollution par le bruit et celui‑ci peut avoir affecter la biologie des populations de Cétacés de diverses façons, notamment en causant des dommages aux organes, le déplacement des populations hors d’habitats importants et des changements de comportement ainsi qu’en masquant des sons importants (Richardson et al., 1995). Des études théoriques laissent penser que les baleines à bec seraient particulièrement susceptibles de subir certains troubles physiologiques non liés à l’appareil auditif causés par le bruit sous‑marin en raison de leurs plongées profondes (Houser et al., 2001).

Selon Lawson et al., (2000, p. 64), la création d’une zone tampon de 10 km autour du « site d’intérêt » de la zone marine protégée du Goulet de l’île de Sable serait une mesure largement suffisante pour les baleines à bec communes et les cachalots. Toutefois, étant donné le manque d’informations quantitatives sur les caractéristiques auditives de la baleine à bec commune (Lawson et al., 2000, p. 42), la façon dont elles réagissent aux sons ou la manière dont les sons les affectent (Lawson et al., 2000, p. 42), cette affirmation nous semble scientifiquement indéfendable dans le cas de cette espèce.

Actuellement, comme l’indique la figure 2, on exploite commercialement les hydrocarbures à partir d’un réseau de puits dans les eaux peu profondes entourant l’île de Sable (gaz naturel, Sable Offshore Energy), ainsi que dans le champ pétrolifère Cohasset‑Panuke à l’Ouest de l’île de Sable (pétrole). La plate‑forme de production la plus proche est à 40 km de l’habitat de la baleine à bec commune dans le Goulet, alors que d’autres plates‑formes se trouvent à 15 km de l’isobathe de 1 000 m à l’Ouest du Goulet (figure 2). Tout comme la prospection, la production d’hydrocarbures est bruyante, des sons étant émis par le forage, par les plates‑formes elles‑mêmes, par les navires de ravitaillement et par le battage des pieux pendant la construction. Les effets de ces bruits sur la baleine à bec commune demeurent inconnus.

Le forage a d’autres impacts, dont la pollution par des toxiques, particulièrement si on utilise des boues de forage à base d’huile. Des résultats récents indiquent qu’il y a transport actif de sédiments du banc de l’Île de Sable vers les eaux plus profondes du Goulet par la voie de canyons (Fader et Strang, sous presse). Cela pourrait introduire des résidus toxiques provenant de l’exploitation de Sable Offshore Energy dans les eaux profondes du Goulet dont semble dépendre la baleine à bec commune (Hooker et al., 2001 et 2002a).

L’Office Canada‑Nouvelle‑Écosse des hydrocarbures extracôtiers a publié en août 2002 un document intitulé Strategic Environmental Assessment of Potential Exploration Rights Issuance for Eastern Sable Island Bank, Western Banquereau Bank, the Gully Trough and the Eastern Scotian Slope [Évaluation environnementale stratégique de l’émission possible de droits d’exploration pour la partie orientale du banc de l’Île de Sable, la partie ouest du banc Banquereau, la fosse du Goulet de l’île de Sable et la partie orientale du talus néo‑écossais]. Ce rapport conclut qu’on peut envisager l’émission de permis pour les eaux entourant le Goulet ainsi que dans les canyons Shortland et Haldimand. L’exploration et l’exploitation pétrolières et gazières connaîtront donc peut‑être une expansion rapide dans l’habitat principal des baleines.

Contaminants

Des analyses préliminaires de la graisse de baleines à bec communes prélevée dans le Goulet en 1996‑1997, soit avant les grands développements industriels dans la région, indiquaient des concentrations de BPC et de DDT semblables à celles mesurées chez d’autres grands Cétacés à dents (Odontocètes) de l’Atlantique Nord, et l’expression du cytochrome P4501A était très faible, ce qui témoigne d’une exposition récente aux hydrocarbures de pétrole peu importante (Whitehead et al., 1998). Les concentrations de polluants dans les échantillons recueillis depuis l’industrialisation de la zone n’ont pas encore été analysées.