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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la baleine à bec commune (population du plateau néo-écossais) au Canada -Mise à jour

Répartition et identité de la population

La baleine à bec commune est constamment présente, toute l’année, dans une « aire principale » de 20 km sur 8 km, à l’entrée du Goulet, canyon sous‑marin situé en bordure du plateau néo‑écossais (Faucher et Whitehead, 1991; Reeves, Mitchell et Whitehead, 1993; figure 1). On l’observe aussi plus rarement au large du bord du plateau néo‑écossais, à l’est et à l’ouest du Goulet (figure 1), et on la signale très occasionnellement en bordure du plateau américain (Reeves, Mitchell et Whitehead, 1993). Au cours des essais de détonation des Frégates canadiennes de patrouille réalisés en novembre 1994, on a observé deux fois et entendu une fois des baleines à bec communes près du site de détonation (42° 05¢ N, 61° 20¢ W), à 110 km du rebord de la plate‑forme continentale et à 200 km du Goulet (Parsons, 1995; figure 1).

Figure 1. Le plateau néo‑écossais, indiquant le Goulet et les découvertes pétrolières et gazières de Wade et coll

Figure 1. Le plateau néo‑écossais, indiquant le Goulet et les découvertes pétrolières et gazières de Wade et coll. (1989) (cercles, les champs Cohasset/Panuke et Primrose sont pleins), la route de navigation majeure (ligne pointillée), l’aire principale de la population de baleines à bec communes (zone ombragée), et des observations et des prises supplémentaires de l’espèce (n) de  Reeves, Mitchell et Whitehead (1993), la Sea Education Association et nos propres observations. Le site des essais de détonation des Frégates canadiennes de patrouille où la baleine à bec commune à été observée est indiqué dans le carton intérieur par un « + ».

Le Goulet est la zone la plus méridionale de l’Ouest de l’Atlantique Nord
où on observe la baleine à bec commune plus souvent que seulement très occasionnellement. La région la plus proche où l’espèce est observée régulièrement se trouve au large du Nord du Labrador, à 1 400 km plus au nord.

L’analyse des identifications photographiques individuelles des baleines indique que l’effectif présent dans le Goulet à tout moment représente environ 57 p. 100 d’une population de quelque 213 animaux (tableau 1; voir plus bas). L’aire de répartition de cette population est inconnue, mais, d’après les observations, nous soupçonnons qu’elle se limite pour l’essentiel aux eaux du talus continental au Sud de la Nouvelle‑Écosse. Si les animaux du Goulet se mêlaient à la population vivant au large du Nord du Labrador et en faisaient partie intégrante, alors cette population totale ne serait que d’environ 213 individus, ce qui est peu plausible compte tenu du nombre et de l’étendue géographique des observations réalisées récemment dans les eaux nordiques (Reeves, Mitchell et Whitehead, 1993).

L’analyse de la population (tableau 1) n’écarte pas la possibilité de migrations occasionnelles entre les aires du Nord du Labrador et du détroit de Davis et le Goulet. On estime l’effet global de la mortalité, de l’émigration et de l’altération des marques à environ 12 p. 100 par an, avec un large intervalle de confiance (tableau 1). Nous n’avons pas de moyen objectif de répartir les 12 p. 100 entre ces trois causes possibles. Une bonne part de ce pourcentage pourrait résulter de l’altération des marques. Nous ne disposons d’aucune autre estimation de la mortalité chez la baleine à bec commune; on évalue toutefois la mortalité à 6 p. 100 par an chez le cachalot (Physeter macrocephalus), l’espèce sur laquelle des données sont disponibles qui est la plus semblable à la baleine à bec commune sur le plan écologique (Rice, 1989). La seule conclusion que nous puissions donc tirer de l’analyse de la population est que les taux d’émigration et d’immigration dans la population du Goulet sont probablement inférieurs à 10 p. 100 par an et pourraient être négligeables.

Tableau 1. Estimations des paramètres démographiques pour les baleines à bec communes du Goulet identifiables individuellement par leurs marques distinctives durables à partir de photos fiables, au moyen des méthodes de vraisemblance de Sandland et Kirkwood (1981) et de Whitehead (1990). Des intervalles de confiance à 95 p. 100 approximatifs ont été estimés à partir des gammes de valeurs des paramètres avec des fonctions de support minimales inférieures à 2,0 (Edwards, 1972). À partir des effectifs des animaux identifiables portant des marques claires, on a extrapolé des effectifs totaux (en caractères gras) suivant la proportion d’animaux portant des marques claires et identifiables, soit 29 p. 100. (Estimations à partir de photographies)
 du côté gauchedu côté droit
Nombre d’individus identifiés6674
Estimations utilisant l’année comme unité  
Population totale60 (209)65 (226)
(IC à 95 p. 100)50-79 (174-275)51-94 (178-328)
Taux de mortalité + d’émigration (pour la population totale) + d’altération des marques10 p. 100/an15 p. 100/an
(IC à 95 p. 100)0-21 p. 100/an2-26 p. 100/an
Estimations utilisant le mois comme unité  
Population totale61 (213)61 (213)
Population totale dans le Goulet32 (111)37 (129)
Taux d’émigration depuis le Goulet52 p. 100/mois38 p. 100/mois
Taux d’immigration au Goulet54 p. 100/mois59 p. 100/mois
Taux de mortalité + d’émigration (pour la population totale) + d’altération des marques10 p. 100/an16 p. 100/an

L’examen de la distribution des longueurs indique lui aussi que les baleines à bec communes du Goulet sont fortement distinctes de celles du Labrador (figure 2). Les mesures photogrammétriques des animaux du Goulet indiquent que ceux‑ci sont d’environ 0,7 m plus courts que les individus chassés au large du Nord du Labrador. On constate cette différence de longueur chez les deux sexes : les mâles du Labrador mesurent en moyenne 0,55 m de plus que ceux du Goulet et les femelles, 0,94 m de plus. On pourrait attribuer une partie de cette différence au fait que les baleiniers pourraient prendre des individus de taille supérieure ainsi qu’à nos méthodes photogrammétriques. Cela ne peut cependant pas expliquer la totalité de l’écart : environ 10 p. 100 des spécimens du Labrador mesuraient plus de 8,5 m de long, taille pratiquement jamais observée dans le Goulet (figure 2). On pourrait penser que seulement de jeunes animaux fréquentent le Goulet, mais nous y observons des mâles nettement matures et des femelles avec leurs petits. Par ailleurs, on a trouvé un mâle avec des dents présentant cinq couches d’accroissement échoué dans la baie de Fundy, appartenant donc probablement à la population du Goulet, dont la longueur de 6,15 m le plaçait sous la courbe de croissance des animaux pris au Labrador (Mitchell et Kozick, 1975), ce qui indique là aussi que les animaux du Goulet sont plus petits que ceux du Labrador.

Figure 2. La distribution des longueurs pour les baleines à bec communes prises au large du Labrador (n=127) ( Christensen, 1975), et mesurées photographiquement dans le Goulet au moyen de la méthode de Gordon (1990) ( n=451—certaines baleines ont été mesurées plusieurs fois)

Figure 2. La distribution des longueurs pour les baleines à bec communes prises au large du Labrador (n=127) ( Christensen, 1975), et mesurées photographiquement dans le Goulet au moyen de la méthode de Gordon (1990) ( n=451--certaines baleines ont été mesurées plusieurs fois).

Nos observations indiquent également que les baleines à bec communes du Goulet ont peut‑être un calendrier de reproduction différent de celui des baleines du Labrador, qui s’accouplent et mettent bas en avril (Benjaminsen, 1972).

Dans le Goulet, nous avons cinq mesures très fiables (pour probablement deux baleineaux) de 3,0 m à 3,3 m en août, et aucune mesure entre 3,3 m et 4,0 m. Selon Mead (1989), la taille moyenne à la naissance dans les populations étudiées dans les eaux nordiques serait de 3,5 m. Ainsi, même compte tenu de la taille apparemment plus faible des animaux du Goulet, les baleineaux de 3,0 à 3,3 m observés dans le Goulet en août étaient probablement nés depuis peu.

La période de gestation des baleines à bec communes étant d’environ 12 mois, l’accouplement et la mise bas se produisent au même moment de l’année (Benjaminsen et Christensen, 1979). Dans le Goulet, la proportion de groupes mixtes de mâles et de femelles s’élève de juin à août (proportion des groupes comprenant des mâles et des femelles adultes : 10 p. 100 en juin; 17 p. 100 en juillet; 28 p. 100 en août), ce qui laisse penser que l’accouplement et la parturition se produiraient en août.