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Programme de rétablissement multi-espèces visant les plantes en péril des mares printanières et autres milieux humides saisonniers associés aux chênaies de Garry au Canada (Proposé)


3. Information sur les espèces

3.1 Lotus pinnatus

Nom commun : Lotier à feuilles pennées

Nom scientifique : Lotus pinnatus Hook

Statut actuel et dernier examen ou dernière modification : Espèce en voie de disparition, mai 2004

Justification de la désignation : Quelques petites populations fragmentées géographiquement limitées et se trouvant dans des prés humides d'occurrence limitée à une grande distance de l'aire de répartition principale de l'espèce dans le nord-ouest des États-Unis. Les populations sont menacées par la perte de leur habitat, qui se poursuit, et par l'empiètement des espèces envahissantes ainsi que par les activités des véhicules tous terrains récréatifs, auxquels s'ajoute la possibilité de pertes importantes provoquées par le développement commercial prévu dans l'habitat où se trouve la seule population restante de bonnes dimensions.

Présence au Canada : Colombie-Britannique

Historique du statut : Espèce désignée « en voie de disparition » en mai 2004. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

3.1.1 Description de l'espèce

Le lotier à feuilles pennées (Lotus pinnatus) est une herbacée de la famille des Fabacées (Légumineuses), vivace mais ne vivant pas de nombreuses années. La plante produit de nombreuses tiges, dressées à étalées, longues de 15 à 60 cm. Les feuilles sont composées-pennées et longues de 4 à 8 cm. Les folioles, au nombre de 5 à 9, sont elliptiques, oblongues ou ovées et mesurent 1 à 2 cm de longueur. L'inflorescence est une ombelle réunissant 3 à 12 fleurs, à fécondation croisée. La corolle mesure 10 à 15 mm de longueur; l'étendard et la carène sont jaunes, tandis que les ailes sont blanches. Le calice est tubuleux et lobé, avec les deux lobes supérieurs soudés sur la plus grande partie de leur longueur. La gousse, de forme linéaire, mesure 3 à 6 cm de longueur et 1,5 à 2 mm de largeur et renferme 5 à 20 graines cylindriques, foncées et luisantes (Douglas et al., 1999a). Les graines germent à la fin de l'hiver ou au début du printemps, et la floraison se produit généralement entre mai et la fin juin (Donovan, 2004).

On connaît peu de choses sur l'écologie et le cycle vital du Lotus pinnatus. On ignore notamment le taux de recrutement, le taux de survie pour les différentes classes d'âge, la longévité des individus, la durée d'une génération et la longévité des graines dans le sol.

Au Canada, le L. pinnatus n'a pas une grande importance économique. Il y a déjà eu à l'île de Vancouver au moins un fournisseur de graines d'espèces indigènes qui offrait des graines de L. pinnatus récoltées sur des plantes sauvages. On peut commander de fournisseurs américains, par catalogue en ligne, des graines de L. pinnatus, probablement destinées à un usage horticole (Donovan, 2004).

3.1.2 Répartition et statut

Le L. pinnatus n'est présent que dans l'ouest de l'Amérique du Nord, où il se rencontre à l'île de Vancouver, en Colombie-Britannique, et depuis le nord-ouest du Washington, la gorge du fleuve Columbia et l'ouest de l'Orégon jusqu'au centre de la Californie. L'espèce est également présente plus à l'est, de façon sporadique, jusqu'en Idaho. Au Canada, l'espèce est confinée à la région de Nanaimo, dans le sud-est de l'île de Vancouver, et à l'île Gabriola, voisine (figure 1).

À l'échelle mondiale, on a attribué au L. pinnatus la cote G4G5. Aux États-Unis, on lui a attribué la cote SNR (non classé) en Californie, au Washington, en Orégon et en Idaho (NatureServe, 2005). Dans le rapport de situation du COSEPAC (Donovan, 2004), la zone d'occurrence canadienne actuelle du L. pinnatus est estimée à environ 100 km², et la zone d'occupation, à environ 0,06 ha, ce qui représente probablement nettement moins de 1 % de l'aire de répartition mondiale de l'espèce.

3.1.3 Habitat

Dans le sud du Washington et en Orégon, le L. pinnatus pousse depuis le niveau de la mer jusqu'à des altitudes élevées, dans les montagnes, où il se rencontre principalement le long de cours d'eau lents qui s'assèchent vers le milieu de l'été (tableau 9; Peck, 1961; Hitchcock et Cronquist, 1973; Jolley, 1988). L'espèce est également bien établie dans les prairies humides des vallées de la Willamette et de l'Umpqua et dans le sud du bassin du Puget Sound. En Californie, elle pousse dans des prés mouilleux, des tourbières, des fossés et des lits de cours d'eau (Isely, 1993). À l'échelle des États-Unis, le L. pinnatus est classé comme espèce facultative des milieux humides, poussant donc le plus souvent (probabilité de 67 % à 99 %) dans des milieux humides mais parfois dans d'autres types de milieux (USDA-NRCS, 2004).

Au Canada, le L. pinnatus pousse sur des terrains suintants, dans des prés mouilleux, au bord de ruisseaux et dans d'autres types de milieux très humides au printemps mais s'asséchant au cours de l'été (tableau 9; Douglas et al., 1999b; Donovan, 2004). On le rencontre parfois à la marge de fourrés d'arbustes, où il côtoie le rosier de Nootka (Rosa nutkana), l'holodisque discolore (Holodiscus discolor) et le physocarpe à boules (Physocarpus capitatus). L'espèce a également été observée sur des sols minéraux dans des ornières, sur des sols organiques au bord d'un parterre de coupe et dans des zones dégagées au sein d'une forêt de douglas et d'arbousier. Les espèces le plus souvent associées au L. pinnatus sont le mimule tacheté (Mimulus guttatus), le plectritis rosé (Plectritis congesta), le tritéléia fausse-jacinthe (Triteleia hyacinthina), la montie à petites feuilles (Montia parvifolia), la plagiobothryde de Scouler (Plagiobothrys scouleri) et la véronique beccabunga (Veronica beccabunga ssp. americana).

Le sol des plaines Harewood, où se trouve la plus importante population canadienne de L. pinnatus, est de type brunisol dystrique lithique, généralement mince (<15 cm d'épaisseur) et recouvrant un substratum de grès ou de conglomérat légèrement incliné, appartenant à la formation de Nanaimo (Jungen et al., 1985). Cependant, on ne connaît pas précisément les caractères des micromilieux où pousse l'espèce, notamment en ce qui a trait à la texture, l'épaisseur, la teneur en eau, la teneur en éléments nutritifs et le pH du sol, aux bactéries qu'il renferme (Rhizobium, etc.), à la période et la durée d'inondation et aux régimes de perturbation (tableau 9).

3.1.4 Taille et tendances des populations

Le rapport de situation du COSEPAC mentionne sept populations actuelles et de nombreuses sous-populations de L. pinnatus au Canada. En 2003, on comptait entre 10 et environ 1 500 tiges florifères de l'espèce, pour un effectif total de 1 500 à 2 000 individus. Cependant, comme la plante pousse en touffes étalées, il est difficile de distinguer les individus, et il faut considérer cet effectif comme une estimation approximative. Le nombre réel d'individus génétiquement distincts (genets) est probablement très inférieur à cette estimation (Donovan, 2004).

Les recherches menées récemment pour retrouver deux stations historiques du L. pinnatus dans la région de Nanaimo ont été vaines, et ces stations sont présumées disparues. On pense que la population poussant à proximité du chemin Extension, près de Nanaimo, a été au moins en partie détruite récemment par la circulation de véhicules tout-terrain et la construction de maisons (A. Ceska, comm. pers., 2004). À part ces cas de disparition enregistrés ou probables, il existe peu d'information sur les tendances démographiques à long terme des populations canadiennes de l'espèce.

Figure 1. Répartition du Lotus pinnatus en Amérique du Nord (à gauche) et en Colombie-Britannique (à droite).
Les cercles pleins indiquent les stations actuelles, tandis que les cercles vides représentent les stations historiques.
Figure 1. Répartition du Lotus pinnatus en Amérique du Nord (à gauche) et en Colombie­Britannique (à droite). Les cercles pleins indiquent les stations actuelles, tandis que les cercles vides représentent les stations historiques.

3.2 Psilocarphus elatior (population du Pacifique)

Nom commun : Psilocarphe élevé

Nom scientifique : Psilocarphus elatior

Statut actuel et dernier examen ou dernière modification : Espèce en voie de disparition (population du Pacifique), mai 2001

Justification de la désignation : Petite espèce annuelle présente dans les principales régions urbaines au sein d'habitats des chênes de Garry, comportant quelques petites populations dispersées sujettes à des nombres variants et en péril en raison de la détérioration et de la perte d'habitats.

Présence au Canada : Colombie-Britannique

Historique du statut : Espèce désignée « en voie de disparition » en mai 2001. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

3.2.1 Description de l'espèce

Le psilocarphe élevé (Psilocarphus elatior) est une petite herbacée annuelle de la famille des Astéracées (Composées). Les tiges sont dressées, longues de 1 à 15 cm et laineuses. Les feuilles sont opposées, linéaires à oblongues et pubescentes. Les fleurs sont réunies en capitules sphériques pouvant atteindre 6 mm de diamètre. Les capitules sont solitaires ou groupés à l'aisselle ou à l'extrémité des rameaux. Le fruit est un akène brun, cylindrique, long de 1,0 à 1,7 mm, sans aigrette. Les plantules apparaissent tôt au printemps, et la floraison survient au début ou au milieu de l'été. La plante se flétrit lentement et demeure visible normalement jusqu'à la fin de l'été.

À l'île de Vancouver, on rencontre une autre espèce de Psilocarphus, le psilocarphe grêle (P. tenellus var. tenellus), dans les milieux humides printaniers. Le P. elatior se distingue du P. tenellus var. tenellus par son port vertical, ses capitules plus gros et les bractées plus grandes de leur réceptacle (Douglas et al., 2001a).

Il existe peu d'information sur la biologie du P. elatior. La structure de la fleur ainsi que l'absence de caractères susceptibles d'attirer les insectes ou d'autres animaux donnent à croire que l'espèce est autogame. Toutefois, il est possible que la pollinisation ne soit pas indispensable à la production de graines et qu'il y ait également multiplication asexuée (Douglas et al., 2001a). On ne connaît pas la longévité des graines, mais comme l'espèce accomplit son cycle vital en une saison et qu'on la rencontre dans différents types de milieux, on peut supposer l'existence d'un réservoir de graines. Cox et Austin (1990) ont observé un rétablissement satisfaisant, après un brûlage, d'une espèce parente qu'on rencontre à l'intérieur des terres, le P. brevissimus. Cependant, le comportement du P. elatior après le passage du feu n'a pas été étudié. Au Canada, le P. elatior n'a aucune valeur socioéconomique connue.

3.2.2 Répartition et statut

Au Canada, le P. elatior est mentionné pour le sud-ouest de la Colombie-Britannique, le sud-est de l'Alberta et le sud-ouest de la Saskatchewan.6 Aux États-Unis, l'espèce se rencontre depuis l'ouest du Washington (bassin du Puget Sound) jusqu'au nord de la Californie ainsi que dans les montagnes de l'Idaho, du nord-est de l'Orégon et du sud-est du Washington. Au Canada, la population du Pacifique est confinée au sud-est de l'île de Vancouver7 (tableau 2; figure 2). À l'échelle mondiale, on a attribué au P. elatior la cote G4. Aux États-Unis, on lui a attribué la cote S3 en Californie et la cote SNR (non classé) au Washington, en Orégon et en Idaho. Au Canada, l'espèce est classée S2 en Alberta et S1S2 en Saskatchewan (NatureServe, 2005), et le COSEPAC a classé la population des Prairies dans la catégorie « espèce préoccupante ». La zone d'occurrence canadienne de la population du Pacifique est d'environ 300 km², et la zone d'occupation, d'environ 1 500 , ce qui représente nettement moins de 1 % de l'aire de répartition de l'ensemble de la population du Pacifique.

3.2.3 Habitat

À l'échelle des États-Unis, le P. elatior est classé comme espèce facultative des milieux humides, poussant donc le plus souvent (probabilité de 67 % à 99 %) dans des milieux humides mais parfois dans d'autres types de milieux (USDA-NRCS, 2004).

À l'île de Vancouver et dans le nord-ouest des États-Unis, le P. elatior pousse à faible altitude, sur le fond de mares printanières et dans d'autres types de milieux inondés au printemps, dégagés et parfois perturbés (tableau 9; Peck, 1961; Hitchcock et Cronquist, 1973; Jolley, 1998; Morefield, 1993; Douglas et al., 2001a; CDC HERB Database, 2004). Cependant, on ne connaît pas précisément les exigences et les tolérances de l'espèce en matière de microhabitat, notamment en ce qui a trait à la texture, l'épaisseur, la teneur en eau, la teneur en éléments nutritifs et le pH du sol, à la période et la durée d'inondation et aux régimes de perturbation (tableau 9).

La station du mont Christmas est située près du sommet, dans une mare printanière isolée au sein d'une zone d'affleurements rocheux. Les espèces associées au P. elatior sont la danthonie de Californie (Danthonia californica), la plagiobothryde de Scouler (Plagiobothrys scouleri), l'hétérocodon rariflore (Heterocodon rariflorum) et le carex fertile (Carex feta) (BC HERB Database, 2004). L'agrostide fine (Agrostis capillaris)*, très envahissante, est bien établie dans cette localité et pourrait menacer la survie du P. elatior.

Au marais Somenos, la station du P. elatior forme une bande de 5 m de largeur parallèle au ruisseau, dans un secteur dégagé à sol limoneux partiellement dénudé apparemment maintenu par les inondations hivernales (Roemer, 2004). Le secteur est dominé par des carex, mais la navarrétie à aiguilles (Navarretia intertexta), qui figure sur la liste rouge de la province, et le grand bident (Bidens amplissima), figurant sur la liste bleue (et désigné « espèce préoccupante » par le COSEPAC) sont également présents (Roemer et Fairbarns, 2003).

La population du parc Uplands est séparée entre deux secteurs à caractères différents : la chênaie de Garry résiduelle, au centre du parc, et la falaise rocheuse de la pointe Cattle, à la marge du parc. Le groupe situé dans la chênaie de Garry est réparti en plusieurs sous-populations poussant à l'emplacement de petites mares printanières, sur des sols organiques foncés ou des sols minéraux dénudés, souvent en association avec le gnaphale palustre (Gnaphalium palustre). Certains individus poussent dans des ornières de véhicules et dans des dépressions de la grande baissière qui se trouve dans le pré central. Dans cette partie du parc, le sol est en majeure partie dérivé de matériaux marins à texture moyenne à fine, mal drainés, recouvrant un horizon d'argile marine (sol de type Tolmie) (Day et al., 1959; Collier et al., 2004). À la pointe Cattle, le P. elatior pousse dans des dépressions peu profondes de 5 à 10 m de diamètre, sur un sable loameux compact et dur recouvrant une couche imperméable de till formé de loam graveleux (sol de type Langford; Day et al., 1959), où il est associé à la spergulaire rouge (Spergularia rubra) et à la castilléjie ambiguë (Castilleja ambigua). Ces dépressions sont fortement envahies par des graminées exotiques, notamment la crételle hérissée* (Cynosurus echinatus), l'ivraie vivace* (Lolium perenne) et le pâturin annuel* (Poa annua). Les autres espèces associées au P. elatior dans l'une ou l'autre partie du parc sont le jonc de Kellogg (Juncus kelloggii), le jonc des crapauds (J. bufonius), la camassie camash (Camassia quamash), plusieurs espèces de vulpin (Alopecurus spp.), l'agrostide stolonifère* (Agrostis stolonifera) ainsi que deux espèces inscrites sur la liste rouge de la province (et la liste des espèces candidates du COSEPAC), soit la callitriche marginée (Callitriche marginata) et l'érythrée de Muhlenberg (Centaurium muehlenbergii) (Douglas et al., 2001a; BC Conservation Data Centre, 2003).

3.2.4 Taille et tendances des populations

Le rapport de situation du COSEPAC décrit quatre populations et de nombreuses sous-populations (au parc Uplands) de l'espèce. Deux des populations (celles du parc Uplands et de la pointe Cattle) sont séparées par moins de 1 km et, aux fins du présent programme de rétablissement, sont considérées comme formant une seule population (tableau 2). L'effectif dénombré dans les différentes localités varie entre 400 et plus de 2 000 000 individus (CDC HERB Database, 2004; Roemer et Fairbarns, 2003; Roemer, 2004). Comme pour la plupart des espèces annuelles, la densité de chacune des populations du P. elatior fluctue probablement de façon notable d'une année à l'autre, en fonction des conditions du milieu, des précipitations, de la dynamique du réservoir de graines et des facteurs dépendants de la densité. D'après les données récentes les plus fiables, l'effectif canadien du P. elatior (sans compter les graines en dormance) est estimé à plus de 1 000 000 individus. Cependant, l'espèce n'atteint peut-être déjà plus cet effectif, compte tenu des dommages causés récemment à la station du marais Somenos (Section 2.6.1).

Outre ces trois populations confirmées, il existe des mentions pour sept autres localités de l'île de Vancouver (tableau 2). Six de ces stations sont présumées disparues; la septième n'a pas été revue récemment, et on pense qu'elle est aussi disparue. À part ces cas de disparition, il n'existe aucune information sûre sur les tendances démographiques à long terme des populations canadiennes du P. elatior.

Figure 2. Répartition du Psilocarphus elatior (population du Pacifique) en Amérique du Nord (à gauche) et en Colombie-Britannique (à droite).
Les cercles pleins indiquent les stations actuelles, tandis que les cercles vides représentent les stations historiques.
Figure 2. Répartition du Psilocarphus elatior (population du Pacifique) en Amérique du Nord (à gauche) et en Colombie-Britannique (à droite).  Les cercles pleins indiquent les stations actuelles, tandis que les cercles vides représentent les stations historiques.

3.3 Juncus kelloggii

Nom commun : Jonc de Kellogg

Nom scientifique : Juncus kelloggii Engelm.

Statut (actuel) et dernier examen ou dernière modification : En voie de disparition, mai 2003 (nouvelle)

Justification de la désignation : Il s'agit d'une toute petite espèce annuelle discrète, dont le nombre ne dépasse probablement pas 600 plantes. Elle se trouve dans un seul microhabitat humide saisonnier, qui est assujetti aux incidences des activités anthropiques de récréation et d'exploitation au sein d'un parc urbain situé dans un habitat rare à l'échelle nationale de chênes de Garry.

Présence au Canada : Colombie-Britannique

Historique du statut : Espèce désignée « en voie de disparition » en mai 2003. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

3.3.1 Description de l'espèce

Le jonc de Kellogg (Juncus kelloggii) est une petite annuelle de la famille des Joncacées, à tiges dressées, hautes de 0,4 à 4 cm. Ses feuilles, sétacées, naissent à la base de la plante. Les fleurs, isolées ou parfois en groupes de deux, apparaissent à l'extrémité des tiges. Le fruit est une capsule obtuse qui est presque aussi longue que les tépales et renferme des graines d'environ 0,4 mm de longueur. Le J. kelloggii est généralement visible d'avril à juillet, mais en raison de sa petite taille il peut facilement passer inaperçu.

Sur le terrain, on confond parfois le J. kelloggii avec le J. bufonius (jonc des crapauds), autre petit jonc annuel. Chez ce dernier, une des bractées involucrales forme un prolongement de la tige, tandis que chez le J. kelloggii les bractées involucrales sont toutes squamiformes (Douglas et al., 2001b; Costanzo, 2003).

On connaît peu de choses sur l'écologie du J. kelloggii et la dynamique de ses populations. On pense que l'espèce est autogame. Les capsules renferment chacune une cinquantaine de graines (Ertter, 1986). Dans des essais en serre, les graines n'ont pas toutes germé la même année, ce qui donne à penser qu'il existe un réservoir de graines enfouies (Ertter, 1986). L'unique population canadienne connue, située au parc Uplands, fluctue énormément d'une année à l'autre, probablement selon les précipitations saisonnières (Costanzo, 2003).

Au Canada, le J. kelloggii n'a aucune valeur socioéconomique connue.

3.3.2 Répartition et statut

En Amérique du Nord, le J. kelloggii se rencontre depuis l'extrême sud du Washington, l'ouest de l'Orégon et le Nevada jusqu'en Californie, à l'ouest de la Sierra Nevada. L'unique population canadienne de l'espèce, située dans le sud de l'île de Vancouver (tableau 2), se trouve à 330 km de la population américaine la plus proche, située au Washington (figure 3).

À l'échelle mondiale, on a attribué au J. kelloggii la cote G3?. Aux États-Unis, on lui a attribué la cote SNR (non classé) en Californie et au Nevada, la cote SU (données insuffisantes) en Orégon et la cote S1 au Washington (NatureServe, 2005). Dans le rapport de situation du COSEPAC (Costanzo, 2003), la zone d'occurrence et la zone d'occupation canadiennes actuelles du J. kelloggii sont estimées à environ 25 , ce qui représente sûrement beaucoup moins de 1 % de l'aire de répartition mondiale de l'espèce.

3.3.3 Habitat

Dans l'ensemble de son aire de répartition, le J. kelloggii pousse sur des sols sableux ou argileux autour de mares printanières, de dépressions humides une partie de l'année, de zones de suintement et de champs ou de prés mouilleux situés jusqu'à une altitude de 800 m (Peck, 1961; Hitchcock et Cronquist, 1973; Brooks et Clements, 2000; Douglas et al., 2001b). À l'échelle des États-Unis, le J. kelloggii est classé comme espèce facultative des milieux humides, poussant donc le plus souvent (probabilité de 67 % à 99 %) dans des milieux humides mais parfois dans d'autres types de milieux (tableau 9; USDA-NRCS, 2004).

En Colombie-Britannique, l'unique population connue du J. kelloggii pousse à une altitude de 10 m, dans une dépression au milieu d'un pré à chêne de Garry subissant des inondations saisonnières. Aucun arbre ne pousse dans cette station, probablement trop mouilleuse. Le profil pédologique de la station n'a pas été établi, mais il s'agit probablement d'un sol Tolmie ou d'un gleysol, dérivé de matériaux marins à texture moyenne à fine recouvrant un horizon d'argile marine (Day et al., 1959; H. Roemer, comm. pers., 2005). L'herbaçaie comprend plusieurs espèces indigènes et exotiques non graminoïdes, dont le psilocarphe élevé (Psilocarphus elatior), l'érythrée de Muhlenberg (Centaurium muhlenbergii), la callitriche marginée (Callitriche marginata), la camassie camash (Camassia quamash), le jonc des crapauds (Juncus bufonius), le mouron nain (Anagallis minima) et l'hétérocodon rariflore (Heterocodon rariflorum). Des graminées exotiques sont également présentes, notamment le brome mou* (Bromus hordeaceus), la crételle hérissée* (Cynosurus echinatus), la houlque laineuse* (Holcus lanatus) et le dactyle pelotonné* (Dactylis glomerata) (BC Conservation Data Centre, 2003). Cependant, on ne connaît pas précisément les caractères du microhabitat de l'espèce, notamment en ce qui a trait à la texture, l'épaisseur, la teneur en eau, la teneur en éléments nutritifs et le pH du sol, à la période et la durée d'inondation et aux régimes de perturbation (tableau 9).

3.3.4 Taille et tendances des populations

Le rapport du COSEPAC mentionne que depuis les premiers relevés du J. kelloggii au parc Uplands, au début des années 1990, l'effectif a varié, d'une année à l'autre, entre un maximum de 200 à 600 individus (en 1999) et un minimum de 3 individus (en 2001). D'après un relevé effectué en 2003, on estime que l'effectif se situe entre 1 000 et 1 500 individus (A. Ceska, comm. pers., 2004). Ce sont les seules données démographiques disponibles sur la population canadienne du J. kelloggii.

Figure 3. Répartition du Juncus kelloggii en Amérique du Nord (à gauche) et en Colombie-Britannique (à droite).
Figure 3. Répartition du Juncus kelloggii en Amérique du Nord (à gauche) et en Colombie-Britannique (à droite).

3.4 Ranunculus alismifolius var. alismifolius

Nom commun : Renoncule à feuilles d'alisme

Nom scientifique : Ranunculus alismifolius Geyer ex Benth. var. alismifolius

Statut actuel et dernier examen ou dernière modification : En voie de disparition, mai 2000 (aucune modification)

Justification de la désignation : Seulement deux populations restantes d'environ 70 individus menacés par les activités récréatives et la compétition de plantes exotiques.

Présence au Canada : Colombie-Britannique

Historique du statut : Espèce désignée « en voie de disparition » en avril 1996. Réexamen et confirmation du statut en mai 2000. Dernière évaluation fondée sur un rapport de situation existant.

3.4.1 Description de l'espèce

La renoncule à feuilles d'alisme (Ranunculus alismifolius) est une herbacée vivace de la famille des Renonculacées. Les tiges sont dressées, souvent ramifiées, généralement plutôt épaisses, lisses et creuses et atteignent jusqu'à 60 cm de hauteur. Elles lèvent à partir de plusieurs racines épaisses. À la différence des tiges de nombreuses autres renoncules, celles du R. alismifolius ne racinent pas aux nœuds. Les feuilles basales sont largement lancéolées à ovées, parfois dentées, tandis que les feuilles caulinaires sont linéaires et glabres. Les fleurs sont jaune vif, isolées et terminales. Les pétales peuvent atteindre 1 cm de longueur et sont environ 3 fois plus longs que les sépales. Le fruit est un akène lisse à bec court et droit ou courbe. Les akènes, au nombre de 10 à 60, sont réunis en masses sphériques (Hitchcock et al., 1964). Les plantules apparaissent tôt au printemps, la floraison survient en avril et mai, et les graines arrivent à maturité en juin. En juillet, au moment où la sécheresse s'installe, le feuillage se flétrit, et la plante entre en dormance jusqu'au printemps suivant.

On connaît peu de choses sur l'écologie du R. alismifolius, outre ses principales exigences en matière d'habitat (Illingworth et Douglas, 1994). On ignore notamment quelles sont sa stratégie de pollinisation et sa compétitivité. Plusieurs aspects de son cycle vital sont également à étudier, notamment le taux de recrutement, le taux de survie pour les différentes classes d'âge, la longévité des individus, la durée d'une génération et la longévité des graines dans le sol.

Au Canada, le R. alismifolius n'a aucune valeur socioéconomique connue. On peut commander d'au moins un fournisseur américain, par catalogue en ligne, des graines de R. alismifolius, probablement destinées à un usage horticole. En Orégon, des graines de R. alismifolius sont utilisées dans des mélanges pour le réensemencement de prairies humides (City of Eugene, 2002).

3.4.2 Répartition et statut

En Amérique du Nord, on trouve le R. alismifolius var. alismifolius depuis les îles Gulf, le Washington, l'Idaho et l'ouest du Montana jusqu'en Orégon et dans le nord-est de la Californie (figure 4; Hitchcock et al., 1964; Illingworth et Douglas, 1994; Douglas et Illingworth, 1998). Aux États-Unis, l'espèce est commune dans la plupart des États du Nord-Ouest. Au Canada, elle est présente dans seulement deux localités : le parc Uplands, à Oak Bay (région métropolitaine de Victoria), et l'île Ballenas, au large de la côte sud-est de l'île de Vancouver (tableau 2; figure 4). Les étiquettes des spécimens d'herbier récoltés à Victoria à la fin du 19e siècle portent deux mentions vagues : « Oak Bay » et « Cadboro Bay Rd. ». Ou ces stations sont aujourd'hui disparues, ou elles faisaient autrefois partie de la station actuelle du parc Uplands (Illingworth et Douglas, 1994).

À l'échelle mondiale, on a attribué au R. alismifolius var. alismifolius la cote G5T5. Aux États-Unis, on lui a attribué la cote SNR (non classé) en Californie, au Washington, en Idaho, en Orégon, au Montana, au Nevada et au Wyoming (NatureServe, 2005). Au Canada, la zone d'occurrence actuelle du R. alismifolius var. alismifolius est d'environ 2,8 km², et la zone d'occupation, d'environ 4 , ce qui représente nettement moins de 1 % de l'aire de répartition mondiale de l'espèce.

3.4.3 Habitat

Dans l'ensemble de son aire de répartition, le R. alismifolius var. alismifolius se rencontre dans des terrains marécageux autour de lacs et de vasières, le long de cours d'eau et de fossés ainsi que dans des prairies et des prés humides, depuis le niveau de la mer jusqu'à 2 300 m d'altitude, dans l'étage subalpin (Peck, 1961; Hitchcock et Cronquist, 1973; Jolley, 1988; Wilken, 1993; Whittemore, 1997; Douglas et al., 1999b). À l'échelle des États-Unis, le R. alismifolius est classé comme espèce facultative des milieux humides, poussant donc le plus souvent (probabilité de 67 % à 99 %) dans des milieux humides mais parfois dans d'autres types de milieux (tableau 9; USDA-NRCS, 2004). Cependant, on ne connaît pas précisément les exigences et les tolérances de l'espèce en matière de microhabitat, notamment en ce qui a trait à la texture, l'épaisseur, la teneur en eau, la teneur en éléments nutritifs et le pH du sol, à la période et la durée d'inondation et aux régimes de perturbation (tableau 9).

Au Canada, le R. alismifolius var. alismifolius n'est répertorié que pour des mares printanières et des prés humides à chêne de Garry situés à faible altitude (tableau 9). La population du parc Uplands est répartie entre deux secteurs : un groupe pousse en bordure d'un sentier boueux longeant une baissière herbeuse inondée une partie de l'année, l'autre, dans une petite dépression mouilleuse située à environ 200 m au sud-ouest de la première station. Les deux milieux sont dominés par des espèces indigènes et exotiques de graminées et d'autres herbacées. Les espèces indigènes associées au R. alismifolius sont le psilocarphe élevé (Psilocarphus elatior), la camassie camash (Camassia quamash), une espèce de rosier (Rosa sp.), le tritéléia fausse-jacinthe (Triteleia hyacinthina), la renoncule de l'Ouest (Ranunculus occidentalis) et la potentille grêle (Potentilla gracilis). Les espèces exotiques envahissantes sont la renoncule rampante* (R. repens), le plantain lancéolé* (Plantago lanceolata), l'aubépine monogyne* (Crataegus monogyna), le brome mou* (Bromus hordeaceus), la crételle hérissée* (Cynosurus echinatus), la houlque laineuse* (Holcus lanatus) et le dactyle pelotonné* (Dactylis glomerata). Les sols, mal drainés, sont de type Tolmie ou gleysol dérivés de matériaux marins à texture moyenne à fine recouvrant un horizon d'argile marine (Day et al., 1959; H. Roemer, comm. pers., 2005).

À l'île Ballenas, le R. alismifolius var. alismifolius pousse dans une mince couche de boue au centre de deux petites dépressions inondées au printemps qui se trouvent à la base d'une zone de suintement, près d'une tremblaie (peuplement de Populus tremuloides) et entourées d'affleurements rocheux. Les espèces associées sont le chèvrefeuille hispide (Lonicera hispidula), le tritéléia fausse-jacinthe, la ronce à grands pétales (Rubus ursinus), la péridéridie de Gairdner (Perideridia gairdneri) et le carex des Malouines (Carex macloviana). Des arbustes, dont l'amélanchier à feuilles d'aulne (Amelanchier alnifolia) et la ronce laciniée* (Rubus lacinatus), ainsi que des graminées et autres herbacées exotiques envahissantes, dont la houlque laineuse* et la vesce cultivée* (Vicia sativa), empiètent sur les deux dépressions et pourraient menacer la survie du R. alismifolius.

3.4.4 Taille et tendances des populations

La population du parc Uplands est formée de deux sous-populations : l'une se trouve à proximité du pré central, l'autre, environ 250 m plus loin, dans l'angle sud-ouest du parc. En 2005, la population comprenait environ 139 individus florifères (M. Miller, obs. pers.). Bien que le R. alismifolius soit mentionné pour le parc Uplands depuis 1918, il n'existe aucune donnée permettant de dégager les tendances à long terme de cette population. Il semble cependant que l'effectif soit plutôt stable (Douglas et Illingworth, 1998; CDC HERB Database, 2004). La population de l'île Ballenas a été découverte récemment, en 1996. Elle comptait alors 15 à 20 individus (CDC HERB Database, 2004). En 2005, on y a dénombré 91 individus florifères (et plus de 100 individus végétatifs d'âges différents) répartis en deux groupes. La population de l'île Ballenas semble également plutôt stable.

D'après les données récentes les plus fiables, la population canadienne du R. alismifolius var. alismifolius compterait au-delà de 250 individus florifères (tableau 2). On ignore ce que l'effectif de l'espèce a pu être autrefois.

Figure 4. Répartition du Ranunculus alismifolius var. alismifolius en Amérique du Nord (à gauche) et en Colombie-Britannique (à droite).
Les cercles pleins indiquent les stations actuelles, tandis que les cercles vides représentent les stations historiques.
Figure 4. Répartition du Ranunculus alismifolius var. alismifolius en Amérique du Nord (à gauche) et en Colombie-Britannique (à droite). Les cercles pleins indiquent les stations actuelles, tandis que les cercles vides représentent les stations historiques.

3.5 Orthocarpus bracteosus

Nom commun : Orthocarpe à épi feuillu

Nom scientifique : Orthocarpus bracteosus Benth.

Statut actuel et dernier examen ou dernière modification : En voie de disparition, mai 2004 (nouvelle)

Justification de la désignation : Plante herbacée annuelle des mares printanières et des dépressions humides, qui n'est présente qu'en un seul emplacement, où la taille de la population fluctue considérablement et peut chuter à moins d'une centaine de plants une année donnée. Sa répartition est limitée par le manque d'habitats convenables et, semble-t-il, par sa faible capacité de dispersion. La propagation de plantes exotiques envahissantes à proximité, le piétinement par les randonneurs, les activités locales d'entretien relatives au site de communications situé tout près ainsi que les conséquences de déversements d'hydrocarbures, qui pourraient se produire dans la voie maritime achalandée entourant l'île, menacent cette population.

Présence au Canada : Colombie-Britannique

Historique du statut : Espèce désignée « en voie de disparition » en mai 2004. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

3.5.1 Description de l'espèce

L'orthocarpe à épi feuillu (Orthocarpus bracteosus) est une petite herbacée annuelle hémiparasite, à tige dressée de 10 à 40 cm de hauteur. Ses feuilles sont alternes et sessiles; les inférieures sont lancéolées, tandis que les supérieures présentent 3 à 5 lobes étalés. Les fleurs, violet-rose (parfois blanches), sont groupées en un épi terminal dense sous-tendu par des bractées voyantes. La lèvre supérieure de la corolle est étroite avec l'extrémité légèrement recourbée, tandis que la lèvre inférieure a la forme d'un sac. La plante est pourvue de minuscules poils glanduleux sécrétant une substance plutôt collante. Les bractées sont vertes ou violacées et lobées (Peck, 1961; Douglas et al., 2000). Sur le terrain, on peut confondre l'O. bracteosus avec d'autres espèces des genres Orthocarpus, Castilleja et Triphysaria, surtout avant la floraison.

Au Canada, l'O. bracteosus n'a aucune valeur socioéconomique connue.

3.5.2 Répartition et statut

En Amérique du Nord, l'O. bracteosus se rencontre depuis l'île de Vancouver (région de Victoria) jusqu'en Orégon, à l'ouest des Cascades, et au comté de Plumas, en Californie (figure 5). Au Washington, il est présent dans un complexe de prés du comté de Klickitat et répertorié pour les comtés de San Juan et de Whatcom. Pour la Colombie-Britannique, on ne connaît qu'une station actuelle de l'espèce et environ neuf stations historiques, toutes situées dans la péninsule Saanich de l'île de Vancouver.

À l'échelle mondiale, on a attribué à l'O. bracteosus la cote G3. En Colombie-Britannique, on lui a attribué la cote S1. Aux États-Unis, on lui a attribué la cote S1 au Washington et la cote SNR (non classé) en Californie, en Orégon, au Maryland et au New York (NatureServe, 2005). La zone d'occurrence et la zone d'occupation canadiennes de l'O. bracteosus sont d'environ 0,01 hectare, ce qui représente nettement moins de 1 % de l'aire de répartition mondiale de l'espèce.

3.5.3 Habitat

Dans l'ensemble de son aire de répartition, l'O. bracteosus se rencontre dans les prés et les champs humides, à faible altitude (Peck, 1961; Hitchcock et Cronquist, 1973; Douglas et al., 2000). L'unique population canadienne répertoriée se trouve sur une pente suintante à l'île Trial, petite île située au large de Victoria, où elle pousse sur un sol minéral riche en matière organique, mince (8 à 18 cm d'épaisseur), à structure peu différenciée, recouvrant le substratum rocheux (tableau 9). Le sol est saturé d'eau en hiver, demeure humide jusqu'en juin, puis s'assèche complètement avant la fin de juillet. Les espèces dominantes sont l'herbe à gomme à grandes feuilles (Grindelia integrifolia), le plantain lancéolé* (Plantago lanceolata), la porcelle enracinée* (Hypochaeris radicata), la brunelle commune* (Prunella vulgaris) et l'O. bracteosus. Sont également présents le lotier splendide (Lotus formosissimus), classé par le COSEPAC comme espèce en voie de disparition au Canada, ainsi que le mimule tacheté (Mimulus gutattus), l'arméria maritime (Armeria maritima), la fétuque rouge (Festuca rubra), l'isoète de Nuttall (Isoëtes nuttallii), la limnanthe de Macoun (Limnanthes macounii) et la castilléjie ambiguë (Castilleja ambigua).

La végétation est probablement climacique, puisque la faible épaisseur du sol, le manque d'oxygène durant la période d'inondation hivernale ainsi que la sécheresse estivale marquée empêchent les arbres, les arbustes et les herbacées mésophytes robustes de s'établir. Il y a cependant un début d'empiètement de plusieurs espèces exotiques agressives, dont le genêt à balais* (Cytisus scoparius), l'ajonc d'Europe* (Ulex europaeus), le daphné lauréole* (Daphne laureola), la houlque laineuse* (Holcus lanatus), le lierre commun* (Hedera helix), la vulpie faux-brome* (Vulpia bromoides) et le géranium mou* (Geranium molle) (Fairbarns, 2004).

Les populations historiques de la région de Victoria poussaient peut-être sur des sols différents. Les étiquettes des spécimens provenant d'Oak Bay, de la route de Patricia Bay, du lac Elk et de Sidney indiquent qu'ils ont été récoltés dans des prairies à sol graveleux, tandis que les spécimens provenant du lac Blenkinsop et de Cedar Hill ainsi qu'un des spécimens de Sidney ont été récoltés dans des prés tourbeux et des fossés. Ces indications concordent avec les descriptions de l'habitat des populations du Washington (Fairbarns, 2004). Cependant, on ne connaît pas précisément les caractères du microhabitat de l'espèce, notamment en ce qui a trait à la texture, l'épaisseur, la teneur en eau, la teneur en éléments nutritifs et le pH du sol, à la période et la durée d'inondation et aux régimes de perturbation (tableau 9).

3.5.4 Phénologie et reproduction

À l'île Trial, les graines de l'O. bracteosus germent entre mars et mai, et la floraison commence en juin (M. Fairbarns, données inédites). Chaque individu reproducteur produit environ 6 à 10 capsules contenant chacune environ 7 graines. Il existe probablement un réservoir de graines, mais cela reste à vérifier. La plante commence à se flétrir au moment où le sol s'assèche, en juillet (plus tôt dans les micromilieux les plus secs), et n'est généralement plus visible en août. Les dernières fleurs ont tendance à avorter, probablement à cause de la sécheresse, ce qui indiquerait que le stress hydrique survenant en été est un facteur limitant la fécondité des espèces associées aux mares printanières (M. Fairbarns, données inédites).

3.5.5 Taille et tendances des populations

On possède neuf spécimens de l'O. bracteosus d'origine canadienne. Ils proviennent tous de la région de Victoria, mais il n'est pas possible de déterminer avec certitude combien de populations distinctes ils représentent, car les indications sur la provenance sont trop vagues (Fairbarns, 2004). Aujourd'hui, on trouve une population de l'espèce à l'île Trial. La première mention de l'O. bracteosus pour l'île Trial (1976) ne donne aucune indication sur la taille de la population. Le nombre d'individus reproducteurs recensés dans les dernières années varie entre 40 et presque 1 000. En 2005, la population comptait entre 210 et 230 individus florifères (M. Fairbarns, données inédites). De nombreuses espèces annuelles connaissent d'importantes fluctuations d'effectifs (Harper, 1977); ces fluctuations peuvent masquer les tendances des populations, surtout si l'augmentation du nombre d'individus se fait aux dépens du réservoir de graines.

Figure 5. Répartition de l'Orthocarpus bracteosus en Amérique du Nord (à gauche) et en Colombie-Britannique (à droite).
Les cercles pleins indiquent les stations actuelles, tandis que les cercles vides représentent les stations historiques.
Figure 5. Répartition de l'Orthocarpus bracteosus en Amérique du Nord (à gauche) et en Colombie-Britannique (à droite).  Les cercles pleins indiquent les stations actuelles, tandis que les cercles vides représentent les stations historiques.

3.6 Minuartia pusilla

Nom commun : Minuartie naine

Nom scientifique : Minuartia pusilla (S. Wats.) Mattf.

Statut actuel et dernier examen ou dernière modification : En voie de disparition, mai 2004 (nouvelle)

Justification de la désignation : Plante herbacée annuelle éphémère présente en un seul très petit emplacement de suintement printanier le long d'une pointe maritime rocheuse du sud de l'île de Vancouver, et qui est très isolée des populations les plus proches dans le sud de l'État de Washington. Le nombre maximum d'individus de cette population qui a été recensé n'est que de 20 plantes, les chiffres fluctuant légèrement probablement en fonction des précipitations. Les plantes sont menacées par le fait que la seule petite population est vulnérable aux événements stochastiques et à la perturbation constante de l'habitat par les mouettes et goélands, le piétinement des plaisanciers qui accostent leurs bateaux aux environs et, possiblement, l'empiètement des plantes envahissantes.

Présence au Canada : Colombie-Britannique

Historique du statut : Espèce désignée « en voie de disparition » en mai 2004. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

3.6.1 Description de l'espèce

La minuartie naine (Minuartia pusilla) est une herbacée annuelle de 2 à 5 cm de hauteur. Les tiges sont dressées, simples ou ramifiées, glabres et légèrement glauques. Les feuilles sont opposées, linéaires, longues de 2 à 4 mm et larges de moins de 0,5 mm. L'inflorescence est une cyme lâche, à bractées foliacées, représentant jusqu'aux 4/5 de la hauteur totale de la plante. Les fleurs, au nombre de 2 à 9 par cyme, peuvent être apétales ou pourvues de pétales elliptiques de 1 à 2 mm de longueur. Les sépales sont lancéolés, longs de 2 à 3 mm, trinerves, à sommet acuminé à abruptement aigu. Le fruit est une capsule ovoïde trivalve de 1 à 2 mm de longueur. Les graines, d'un brun violacé, mesurent environ 0,5 mm de longueur (Hitchcock et Cronquist, 1973; Douglas et al., 1998b; Rabeler et al., 2005).

Au Canada, le M. pusilla n'a aucune valeur socioéconomique connue.

3.6.2 Répartition et statut

Le M. pusilla se rencontre en Amérique du Nord depuis le sud-ouest de la Colombie-Britannique jusqu'au nord de la Californie et, vers l'est, jusqu'en Idaho, au Nevada et en Utah (Douglas et al., 1998b; NatureServe, 2005). En Colombie-Britannique, l'espèce est présente dans une seule localité de la côte sud de l'île de Vancouver (tableau 2; figure 6).

À l'échelle mondiale, on a attribué au M. pusilla la cote G5T3T5. En Colombie-Britannique, on lui a attribué la cote S1. Aux États-Unis, on lui a attribué la cote SNR (non classé) en Californie, en Idaho, au Nevada, en Orégon, en Utah et au Washington (NatureServe, 2005). Au Canada, la zone d'occurrence et la zone d'occupation actuelles du M. pusilla sont d'environ 10 , ce qui représente nettement moins de 1 % de l'aire de répartition mondiale de l'espèce.

3.6.3 Habitat

En Colombie-Britannique, le M. pusilla pousse sur une pente suintant au printemps, située sur un cap rocheux de la zone côtière à douglas (tableau 9). Ce milieu n'est peut-être pas caractéristique de l'habitat général de l'espèce. En effet, ailleurs dans son aire de répartition, elle se rencontre dans des milieux secs, notamment dans des steppes d'armoises, des pinèdes claires, des chaparrals inclinés et des escarpements rocheux arides (Hitchcock et Cronquist, 1973; Hartman, 1993; Rabeler et al., 2005). Il faudrait étudier davantage les caractères du microhabitat de l'espèce, en particulier la texture, l'épaisseur, la teneur en eau, la teneur en éléments nutritifs et le pH du sol, la période et la durée d'inondation et les régimes de perturbation (tableau 9).

À Rocky Point, le M. pusilla pousse sur un sol minéral riche en matière organique, mince (3 à 7 cm d'épaisseur), à structure peu différenciée, recouvrant le substratum rocheux (tableau 9). Le sol est saturé d'eau en hiver, demeure humide au printemps, puis s'assèche complètement au début de l'été. Ces conditions contribuent probablement à freiner l'envahissement de la station par des espèces ligneuses ou des herbacées plus grandes, susceptibles de supplanter le M. pusilla. Les espèces indigènes associées au M. pusilla sont l'ail embrassant (Allium amplectens), la tillée dressée (Crassula connata), la triphysaire naine (Orthocarpus pusillus), la plagiobothryde de Scouler (Plagiobothrys scouleri) et le pâturin des plages (Poa confinis). La callitriche marginée (Callitriche marginata), inscrite sur la liste des espèces candidates du COSEPAC, ainsi que la sanicle patte-d'ours (Sanicula arctopoides) et le lotier splendide (Lotus formosissimus), figurant sur la liste des espèces en voie de disparition du Canada du même organisme, poussent tout près.

3.6.4 Taille et tendances des populations

Le premier spécimen canadien de M. pusilla a été récolté à Rocky Point en 1977. Depuis, le nombre d'individus dénombrés a fluctué entre 9 et quelques centaines (Penny et Costanzo, 2004; M. Fairbarns, données inédites). En 2005, on a dénombré environ 80 individus florifères (portant chacun 1 ou 2 capsules). Il est possible qu'il existe un réservoir de graines en dormance dans le sol; si tel est le cas, le nombre de tiges aériennes ne donne peut-être pas une indication fiable de la taille de la population. Cependant, l'hypothèse n'a pas été vérifiée. Les tendances à long terme de la population canadienne du M. pusilla ne sont pas connues.

Figure 6. Répartition du Minuartia pusilla en Amérique du Nord (à gauche) et en Colombie-Britannique (à droite).
En ce qui concerne les États-Unis, les points noirs indiquent simplement les États où l'espèce est présente.
Figure 6. Répartition du Minuartia pusilla en Amérique du Nord (à gauche) et en Colombie-Britannique (à droite). En ce qui concerne les États-Unis, les points noirs indiquent simplement les États où l'espèce est présente.


* Dans le présent document, l'astérisque signifie que l'espèce n'est pas indigène de Colombie-Britannique.
6 Les spécimens de P. elatior provenant de l'Alberta et de la Saskatchewan n'ont pas été vérifiés, mais il est fort possible qu'il s'agisse plutôt du P. brevissimus. Si tel était le cas, la population canadienne de P. elatior pourrait se réduire à la « population du Pacifique » définie dans le rapport de situation du COSEPAC (M. Fairbarns, comm. pers.). Le statut « en voie de disparition » au Canada, attribué à la population du Pacifique, s'appliquerait alors à l'espèce.
7 Selon les mentions historiques, la zone d'occurrence du P. elatior à l'île de Vancouver se serait déjà étendue vers l'ouest jusqu'à Ucluelet (Macoun, 1909). La mention pour Ucluelet n'a cependant pas été confirmée et pourrait être erronée (M. Fairbarns, comm. pers., 2004).