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Plan de gestion de la salamandre pourpre (Gyrinophilus porphyriticus) au Canada [Proposition]

5. Objectifs de gestion / 6. Stratégies générales et mesures de conservation / 7. Mesure des progrès

5. Objectifs de gestion

À long terme, l’objectif de gestion consiste à réduire et, si possible, éliminer les menaces auxquelles fait face la salamandre pourpre au Québec afin de maintenir et, si possible, augmenter la taille des sous-populations identifiées par le COSEPAC[7], ainsi que l'étendue de leur indice de zone d’occupation (1 412 km²). Pour atteindre cet objectif et mesurer les progrès accomplis, il est nécessaire, à court terme, de déterminer la taille des sous-populations identifiées par le COSEPAC[7].

Justificatif : Il est crucial de maintenir la taille des différentes sous-populations et l’étendue de leur indice de zone d’occupation afin d’empêcher que cette espèce ne devienne menacée ou en voie de disparition au Canada. En effet, les besoins particuliers de la salamandre pourpre en matière d’habitat (c.-à-d. amont de petits cours d’eau montagneux où les poissons sont absents), qui tendent à isoler les différentes sous-populations, de même que les autres facteurs limitatifs de l’espèce (ex. faible mobilité, faible taux de recrutement, faible densité d’individus) rendent cette dernière très peu résiliente à toute altération de son habitat. Ces mêmes facteurs limitatifs font en sorte qu’il pourrait s’avérer difficile d’augmenter la taille des sous-populations ainsi que l’étendue de leur indice de zone d’occupation. La gestion de cette espèce est axée sur la population actuelle du Québec puisque, même si des efforts de recherche ont été réalisés en Ontario, l’espèce n’a pas été répertoriée depuis 1877. Advenant la redécouverte de l’espèce dans cette province, l’objectif de gestion sera revu.

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6. Stratégies générales et mesures de conservation

6.1 Mesures déjà achevées ou en cours

Au Québec, l’Équipe de rétablissement des salamandres de ruisseaux a été mise sur pied en 2001 (Bonin, 2001). Cette équipe a élaboré un premier plan d’intervention pour la période 2004 à 2008 (Jutras, 2003) et elle termine actuellement la préparation d’un second plan quinquennal. À ce jour, l’Équipe a été particulièrement active au mont Covey Hill (piémont des Adirondacks), notamment parce que c’est le seul endroit de la province où l’on trouve la salamandre sombre des montagnes (Desmognathus ochrophaeus), une espèce menacée à l’échelle du Canada et du Québec. Certaines mesures importantes ont toutefois été réalisées ailleurs dans l’aire de répartition de la salamandre pourpre, notamment par des organismes non gouvernementaux voués à la conservation de cette espèce. Les mesures déjà achevées ou en cours sont regroupées en trois thèmes principaux, soit (1) la gestion, la conservation et l’intendance de l’espèce et de son habitat, (2) la recherche et le suivi et (3) la vulgarisation et la communication. À moins d’indication contraire, l’information présentée provient du COSEPAC (2011).

Gestion, conservation et intendance de l’espèce et de son habitat
Au Québec, la salamandre pourpre a profité de l’adoption de mesures de conservation – visant essentiellement les activités d’aménagement forestier – adoptées pour conserver l’habitat des salamandres de ruisseaux. Ces mesures permettent d’encadrer les opérations forestières sur une base légale sur les terres publiques et sur une base volontaire sur les terres privées (Ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec, 2008b).

Dans le piémont des Adirondacks, le Plan de conservation des salamandres de ruisseaux au mont Covey Hill, Montérégie a été élaboré (Frenette, 2008). Ce dernier identifie notamment les zones de conservation prioritaires ainsi que les éléments stratégiques à mettre en œuvre pour conserver l’assemblage de salamandres de ruisseaux qu’on y trouve. Dans ce complexe montagneux, Conservation de la nature Canada est actuellement propriétaire de 1,2 km² du mont Covey Hill et des servitudes de conservation ont également été signées avec des propriétaires privés. Dans le piémont des Montagnes vertes, plusieurs initiatives non gouvernementales ont permis de sécuriser plus de 68 km² d’habitat dans le cœur de la répartition de l’espèce. Conservation de la nature Canada, de concert avec la compagnie forestière Domtar et l’organisme Corridor appalachien, a notamment créé la plus grande aire protégée privée du Québec dans les monts Sutton (~ 67 km²), pour ainsi doubler la superficie des terres protégées dans la répartition canadienne de la salamandre pourpre. C’est également dans ce complexe montagneux qu’on trouve la plus grande superficie de terres protégées par le gouvernement du Québec (Parc national du Mont-Orford ~ 55 km², Réserve écologique de la Vallée-du-Ruiter ~ 1,2 km²). Dans les collines montérégiennes, quelques initiatives permettent de conserver certaines sous-populations ou des territoires adjacents, par exemple la sous-population du Mont Shefford,qui se situe en partie sur un territoire conservé par la municipalité de Granby pour l’alimentation en eau potable.

Dans l’est de l’aire de répartition (piémont des Montagnes blanches, collines de l’Estrie et collines de Bécancour), très peu de mesures ont été entreprises. Soulignons la présence du Parc national du mont Mégantic (~ 55 km²), qui inclut l’amont d’un ruisseau utilisé par une sous-population. Des individus sont recensés à environ un kilomètre en aval des limites du parc.

Recherche et suivi
Depuis la fin des années 1990, plusieurs inventaires de salamandres de ruisseaux effectués au Québec ont permis d’ajouter près de 400 observations de salamandres pourpres, principalement dans le piémont des Adirondacks, dans le piémont des Montagnes vertes et plus récemment dans le piémont des Montagnes blanches et dans les collines de Bécancour. Des études visant à documenter les caractéristiques importantes de l’habitat de la salamandre pourpre ont également permis d’initier l’identification de l’habitat convenable de l’espèce (Boutin, 2006; Ploss, 2010). D’autre part, un protocole de suivi de la population de salamandres sombres des montagnes a été développé et mis à l’essai depuis 2008 dans le piémont des Adirondacks. Ce dernier pourrait également permettre d’obtenir des informations sur la salamandre pourpre.

Vulgarisation et communication
Les principaux efforts ont été déployés dans le piémont des Adirondacks et dans le piémont des Montagnes vertes par des organismes non gouvernementaux œuvrant dans le domaine de la conservation des milieux naturels (Conservation de la nature Canada, Corridor appalachien, Société de conservation du corridor naturel de la rivière au Saumon et Société de conservation et d’aménagement du bassin de la rivière Châteauguay). Ces derniers sont principalement actifs auprès des propriétaires fonciers, mais également auprès des intervenants locaux et régionaux. Des guides de bonnes pratiques en milieu privé ont notamment été conçus et distribués par ces organismes.

6.2 Stratégies générales

À l’instar de l’objectif de gestion, les stratégies générales suivantes sont axées sur la population actuelle du Québec.

  1. Éliminer ou réduire les principales menaces anthropiques pesant sur l’espèce et son habitat au Québec

    La viabilité à long terme de la population de salamandres pourpres dépend de l’intégrité des habitats et de la taille de la population. Les menaces, notamment celles d’origine anthropique, peuvent compromettre cette intégrité et on doit les réduire et, si possible, les éliminer pour assurer une gestion pérenne de l’espèce. Trois approches ont été identifiées pour orienter la mise en œuvre de cette stratégie générale : (1) obtenir les informations manquantes afin d’évaluer adéquatement chaque menace; (2) sécuriser l’habitat et les individus par des moyens de gestion appropriés; (3) augmenter les connaissances et l’implication du public et des acteurs qui interviennent dans la gestion de l’habitat de la salamandre pourpre.


  2. Initier le suivi de la taille et de la répartition des sous-populations du Québec et compléter les connaissances sur la répartition

    Les différentes sous-populations du Québec sont isolées les unes des autres. Conséquemment, une gestion à l’échelle de la sous-population semble appropriée (voir stratégie 3). Le suivi de la répartition et de la taille de ces sous-populations, ou d’un sous-ensemble représentatif de celles-ci, est un outil de gestion pour rendre compte des progrès accomplis ou des difficultés rencontrées. La mise en place d’un tel suivi requiert au préalable d’obtenir les donnés démographiques de base pour chaque sous-population (ou pour celles représentatives d’un sous-ensemble). D’autre part, une portion importante de l’aire de répartition de la salamandre pourpre n’a jamais été inventoriée au Québec (figure 1). Pour effectuer une gestion cohérente de l’espèce, il est nécessaire de compléter les connaissances sur la répartition de l’espèce pour en connaître l’étendue exacte.

  3. Améliorer les connaissances sur l’habitat et la diversité génétique des sous-populations du Québec

    Bien que les sous-populations du Québec soient isolées les unes des autres, on ne connait pas le degré réel de divergence entre les différentes sous-populations. Cette information est nécessaire à la gestion de la salamandre pourpre, notamment pour confirmer l’échelle utilisée (c.-à-d. sous-population). D’autre part, il serait pertinent de mieux connaître les caractéristiques d’habitat des sous-populations; celles-ci pourraient notamment servir à circonscrire l’habitat convenable qui n’a encore jamais été inventorié.

6.3 Mesures de conservation

Le tableau 3 présente les mesures de conservation à mettre en œuvre pour chacune des stratégies générales identifiées. Les mesures de conservation proposées se limitent à la population actuelle du Québec et sont tirées de la planification effectuée par l’Équipe de rétablissement des salamandres de ruisseaux du Québec.

Tableau 3. Calendrier de mise en œuvre*

Mesures de conservationPrioritéMenaces** ou préoccupations abordéesÉchéance
Stratégie 1. Éliminer ou réduire les principales menaces anthropiques pesant sur l’espèce et son habitat au Québec
Approche 1A. Obtenir les informations manquantes afin d’évaluer adéquatement chaque menace
Documenter, pour chaque sous-population, les mesures qui sont en place pour conserver l’habitatÉlevéeLacunes dans les connaissances2013-2015
Caractériser les menaces anthropiques pesant sur chaque sous-populationÉlevée1, 2, 3, 4, 6, 72013-2018
Développer et mettre en place des indicateurs de suivi des impacts des changements climatiquesMoyenne52013-2018
Documenter les activités de captage de l’eau souterraine à des fins résidentielles, agricoles et commercialesMoyenne22013-2018
Approche 1B. Sécuriser l’habitat et les individus de la salamandre pourpre par des moyens de gestion appropriés
Effectuer une priorisation des sites à conserver et mettre en place des mesures pour conserver les sites prioritairesÉlevée1, 2, 3, 4, 6, 72013-2018
Définir et cartographier l'habitat en vertu de la Loi sur les espèces menacées et vulnérables du QuébecÉlevée1, 22013-2018
Établir un zonage régional des cours d'eau dans lequel aucun ensemencement de poissons ne serait permisÉlevée42013-2018
Assurer la conservation de l’habitat nécessaire pour permettre la mobilité des individus et des sous-populationsMoyenne1, 2, 3, 4, 6,2016-2018
Évaluer si les moyens actuels (lois, règlements, schémas d'aménagement, guides normatifs, etc.) préservent adéquatement le milieu hydrique, une composante essentielle de l’habitat de la salamandre pourpreMoyenne1, 2, 3, 6, 72013-2017
Modifier, au besoin, la réglementation (fédérale, provinciale et municipale) relative au milieu hydrique ainsi que les guides normatifs et les fiches techniques relatifs aux travaux en milieu hydrique afin de tenir compte des besoins de la salamandre pourpreMoyenne1, 2, 3, 6, 72018
Approche 1C. Augmenter les connaissances et l’implication du public et des acteurs qui interviennent dans la gestion de l’habitat de la salamandre pourpre
Favoriser, en forêt privée, l’application des mesures de conservation forestière pour les salamandres de ruisseauxÉlevée3En continu
Développer et distribuer aux publics ciblés des produits de communication vulgarisés, qui auront pour but de mieux faire connaître la salamandre pourpre, l’effet des principales menaces sur l’espèce ainsi que les bonnes pratiques d’intendance à adopterÉlevée1, 2, 4, 6, 72013-2018
Développer et maintenir une communication avec les gestionnaires de la salamandre pourpre aux États-Unis (New-York, Vermont, Maine) pour effectuer une gestion concertée des sous-populations transfrontalièresMoyenneToutes les menacesEn continu
Stratégie 2. Initier le suivi de la taille et de la répartition des sous-populations du Québec et compléter les connaissances sur la répartition
Approche 2A. Obtenir les connaissances nécessaires pour préciser l’objectif de répartition et quantifier l’objectif de population.
Acquérir des connaissances sur la densité des sous-populationsÉlevéeLacunes dans les connaissances2013-2018
Poursuivre la mise en œuvre du protocole de suivi des populations de salamandres de ruisseaux à Covey Hill et étendre ce protocole à un réseau de populations témoins de salamandres pourpres dans les autres complexes montagneuxÉlevéeLacunes dans les connaissances2013-2018
Compléter les connaissances sur la répartition, particulièrement dans les collines de Bécancour et le piémont des Montagnes blanchesÉlevéeLacunes dans les connaissances2013-2018
Confirmer la présence des sous-populations non observées depuis plus de 25 ansÉlevéeLacunes dans les connaissances2013-2018
Développer un programme de suivi de la répartition (occurrence)MoyenneLacunes dans les connaissances2018
Stratégie 3. Améliorer les connaissances sur l’habitat et la diversité génétique des sous-populations du Québec
Approche 3A. Identifier, concevoir et réaliser les études requises.
Caractériser l’habitat utiliséÉlevéeLacunes dans les connaissances2013-2018
Localiser l’habitat convenable par une approche d’analyse du paysage (échelle du bassin versant)ÉlevéeLacunes dans les connaissances2013-2018
Évaluer la divergence génétique entre les différentes sous-populations de l’aire de répartitionMoyenneLacunes dans les connaissances2013-2018
Étudier le régime hydrologique dans l'aire de répartitionFaibleLacunes dans les connaissances2013-2018

* Les responsabilités quant à la réalisation des activités énumérées dans le tableau 3 seront établies par un processus de concertation impliquant les compétences responsables et les organisations concernées.
** 1 : Développements à des fins résidentielles, récréotouristiques et de production énergétique (éolien), 2 : Captage de l’eau souterraine à des fins résidentielles, agricoles et commerciales, 3 : Exploitation forestière, 4 : Introduction/ensemencement de poissons, 5 : Changements climatiques, 6 : Production agricole, 7   Altération de la qualité de l’eau de surface par les pluies acides et les sels de déglaçage

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7. Mesure des progrès

Les indicateurs de rendement présentés ci-dessous proposent un moyen de définir et de mesurer les progrès vers l’atteinte des objectifs de gestion énoncés pour la salamandre pourpre au Canada. Le succès de la mise en œuvre du présent plan de gestion sera évalué à tous les cinq ans selon les indicateurs de rendement suivants :

  • L’indice de la zone d’occupation des sous-populations identifiées par le COSEPAC[7] est maintenue à au moins 1 412 km² ;
  • Les menaces auxquelles font face les sous-populations identifiées par le COSEPAC[7] sont réduites ou éliminées.
  • La taille des sous-populations identifiées par le COSEPAC[7] est déterminée et par la suite maintenue ou augmentée.

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7 La sous-population de Portneuf est exclue de cet objectif, voir section 3.2 pour davantage de détails