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Évaluation et Rapport du COSEPAC sur la situation du crapaud des steppes au Canada

Taille et tendances de la population

Des observateurs auraient remarqué, durant une période de sécheresse dans le Sud de l’Alberta, que le nombre de crapauds des steppes était en déclin dans des sites de reproduction connus (Cottonwood Consultants, 1986). La baisse du taux de reproduction observée dans les prairies indigènes des régions de Bindloss‑Middle Sand Hills‑rivière Lost est à la base de cette évaluation; on ne sait pas cependant si d’autres données ont été prises en compte, de même qu’on ignore l’identité des observateurs. Les auteurs ont recommandé que ces observations ainsi que les recommandations des participants au premier atelier sur les espèces rares et en voie de disparition des Prairies, tenu en janvier 1986, servent à désigner le Bufo cognatus espèce en voie de disparition en vertu des lois et règlements de l’Alberta. La baisse du taux de reproduction observée dans des zones non irriguées de l’aire de répartition de l’espèce et le faible nombre de sites de reproduction connus à l’époque expliquent probablement qu’on ait cru l’effectif faible et en déclin.

Selon Butler et Roberts (1987), la répartition du crapaud des steppes dans le Sud‑Est de l’Alberta est restreinte et discontinue, souvent limitée par les besoins particuliers de l’espèce en matière d’habitat. Ils sont d’avis que l’espèce est assez rare pour être considérée comme pouvant disparaître dans un avenir prévisible et qu’elle mérite de faire l’objet de mesures de conservation particulières ou, à tout le moins, d’une surveillance. On pense que leur évaluation est fondée sur les données de Cottonwood Consultants (1986) et sur les conclusions de ces auteurs, selon lesquelles les populations de la province sont très petites, localisées et en déclin à cause d’une longue période de sécheresse et de l’impact des activités humaines. Wallis et Wershler (1988) ont recommandé que l’espèce soit désignée en voie de disparition; leur recommandation était aussi fondée sur les données de Cottonwood Consultants (1986).

Étant donné les préoccupations des auteurs susmentionnés, le Fonds mondial pour la nature a demandé un rapport de situation sur le Bufo cognatus en Alberta (Smith et Wershler, 1991), qui devait comprendre une synthèse des données existantes et des mentions précédentes, des relevés limités au printemps 1990 et une revue des publications pertinentes. À partir des mentions historiques et récentes de l’espèce et des localités où elle avait déjà été observée, les auteurs ont conclu à l’existence de six populations générales (Empress‑Bindloss, rivière Saskatchewan Sud‑Hilda, Medicine Hat, rivière Lost–rivière Milk, lac Newell‑Little Rolling Hills et Hays‑Purple Springs). La répartition des mentions (figure 2) montre ces populations générales; comme elle a été établie à partir des mentions répertoriées jusqu’à ce moment et de recherches limitées menées durant une période de sécheresse, elle ne représente sans doute pas la répartition actuelle de l’espèce. À cette époque, pratiquement aucune recherche n’avait été menée dans les terres humides de la partie non irriguée de l’aire de l’espèce en Alberta; or, au printemps, le ruissellement crée des bassins temporaires et saisonniers où les rassemblements d’individus reproducteurs sont faciles à repérer.

En 1994 et particulièrement en 1996, sur la base militaire de Suffield, en Alberta, on a observé que l’espèce se reproduisait beaucoup dans de nombreuses terres humides saisonnières (A. Didiuk, données inédites). En tout, on a confirmé la présence de mâles dans 77 bassins situés à l’intérieur ou à proximité de la RNF de Suffield, laquelle couvre 20 p. 100 de la base militaire, à l’est. Les conditions des terres humides dans le reste de la base militaire semblaient adéquates pour la reproduction, et on a supposé que des rassemblements d’individus reproducteurs avaient lieu sur tout le territoire de la base. En 1996, des inventaires de reconnaissance effectués dans la partie ouest de la base ont permis de découvrir d’autres sites de reproduction du crapaud des steppes et révélé l’existence de nombreux autres lieux propices (L. Powell, comm. pers.).

On peut donc penser qu’il y a des centaines, voire des milliers de sites de reproduction de l’espèce dans le Sud‑Est de l’Alberta qui ne peuvent être repérés que les années où les pluies sont abondantes. Les grands rassemblements d’individus reproducteurs observés en 1996 dans de nombreux étangs prouvent que les populations peuvent persister et qu’elles sont répandues même après une longue période de sécheresse.

La capacité de l’espèce à survivre durant de nombreuses années, son adaptation aux conditions xériques, sa fécondité lorsque des étangs de reproduction deviennent accessibles et sa capacité moyenne à se disperser sont des facteurs qui contribuent à la persistance des populations locales. Compte tenu du nombre d’étangs de reproduction repérés dans la RNF de Suffield et de la présence probable de beaucoup d’autres étangs à l’ouest de la réserve et peut‑être au sud, on ne peut pas dire que l’espèce est limitée à quelques localités, et il n’y a pas lieu de la désigner espèce en voie de disparition en raison d’une aire de répartition limitée.

Wallis et Wershler (1988) ont estimé la population totale de Bufo cognatus en Alberta à environ 1 000 individus. Quant à Smith et Wershler (1991), ils ont évalué la population totale potentielle dans la province à au moins 2 000 individus, à l’aide des hypothèses et des calculs suivants. Pour les zones irriguées : appels de mâles à 18 sites d’après les relevés de 1987 et de 1990; un rapport des sexes présumé de 1/1; un total de 650 individus aux sites mentionnés, un pourcentage présumé faible de mâles non reproducteurs qui continuent d’appeler après la principale période d’appel; un nombre de sites plus élevé que le nombre répertorié; un maximum moyen de 40 individus par site; donc, pour les 18 sites connus dans la région irriguée, il existe peut‑être 800 individus. Pour les zones non irriguées : seulement cinq mâles appelants, 2+ individus signalés depuis 1979, la plupart dans la région de Bindloss, un maximum moyen de 40 individus par site (comme pour les zones irriguées); 20 sites connus; donc, potentiel de 800 individus pour les zones non irriguées. Zones combinées : additionner les effectifs estimés pour les zones irriguées et les zones non irriguées, et ajouter quelques localités historiques et récentes non documentées, pour l’aire de répartition non irriguée; on obtient une population totale pour l’Alberta pouvant atteindre 2 000 individus.

Les observateurs n’expliquent pas clairement comment ils ont procédé au recensement ou à l’estimation du nombre de mâles appelants (dénombrement des mâles sur les berges, échantillonnage, estimation à partir de l’écoute des appels). La présence de mâles satellites peut constituer un facteur de confusion, et on ne sait pas comment ces derniers ont été pris en compte.

D’après les données dont ils disposaient, Wallis et Wershler (1991) ont estimé la population de crapaud des steppes en Alberta à environ 2 000 individus (vraisemblablement des adultes reproducteurs). De nouvelles données recueillies à la RNF de Suffield indiquent que le nombre de sites de reproduction est peut‑être beaucoup plus élevé les années de pluies abondantes et qu’il existe peut‑être de nombreux autres sites de reproduction dans des milieux semblables adjacents à la réserve, de sorte qu’il est difficile d’estimer le nombre total d’individus pour la province.

Par exemple, dans la RNF de Suffield et juste à l’ouest, on a dénombré 77 terres humides où il y avait rassemblement de crapauds reproducteurs. En supposant une moyenne de 20 individus par terre humide, on obtient un total de 1 500 individus pour le secteur, qui ne représente qu’une petite partie de l’aire de répartition de l’espèce. On estime à des dizaines de milliers le nombre actuel de crapauds des steppes en Alberta.

Pour être en mesure d’évaluer l’effectif total de l’espèce en l’Alberta, il faut obtenir plus de données sur sa répartition, le nombre de terres humides saisonnières pouvant servir de sites de reproduction les années de pluies abondantes, la proportion de ces terres qui sont utilisées et le nombre de mâles reproducteurs par rassemblement, en fonction de la superficie de la terre humide.

On voit donc que les tentatives antérieures d’évaluation des populations, la découverte que les terres humides servant à la reproduction peuvent être plus nombreuses et plus répandues qu’on ne le croyait, ainsi que les difficultés qui s’opposent à une évaluation réaliste de l’effectif à l’échelle de la province rendent impossible pour le moment toute évaluation des tendances démographiques. Smith et Wershler (1991) ont conclu que le nombre peu élevé de lieux de reproduction observés dans une partie de l’aire de répartition irriguée de l’espèce à la fin des années 1980 et dans les années 1990 était probablement lié à un déclin des populations et que le manque de mentions relatives à la reproduction dans la partie non irriguée de l’aire de l’espèce s’expliquait peut‑être par le déclin ou la disparition des populations.

Ce sont vraisemblablement ces conclusions qui ont amené les auteurs à affirmer que, depuis le milieu ou la fin des années 1970, la population de crapaud des steppes en Alberta a peut‑être chuté de 50 p. 100, en raison d’une longue période de grande sécheresse. Depuis 1990, les secteurs concernés n’ont pas fait l’objet d’autres visites durant les années pluvieuses. À défaut d’autres relevés réalisés aux moments appropriés, l’affirmation de Smith et Wershler ne peut être retenue, compte tenu du grand nombre de lieux de reproduction où on a observé d’importants rassemblements de mâles dans la RNF de Suffield et à proximité, en 1994 et en 1996.

Aucune donnée ne permet d’évaluer la taille et les tendances des populations de Saskatchewan. Avant de procéder à de telles évaluations et de concevoir des programmes de surveillance des populations, il faut délimiter l’aire de répartition de l’espèce dans la province. Les vastes étendues de prairie indigène situées près de la frontière de l’Alberta et, à l’est, dans la région du Missouri Coteau abritent peut‑être d’importantes populations de crapaud des steppes. Il faudrait faire des relevés les années non marquées par la sécheresse.

La présence du crapaud des steppes dans le Sud‑Ouest du Manitoba n’a été confirmée que récemment. Avant de procéder à l’estimation de l’effectif manitobain de l’espèce et de concevoir des programmes de surveillance des populations, il faut déterminer l’aire de répartition de l’espèce dans la province. L’aire de répartition connue du crapaud des steppes au Manitoba étant très limitée, les populations sont probablement petites.

Le nombre de mares pouvant servir de sites de reproduction ainsi que la taille des populations pour l’Alberta ont probablement été fortement sous‑estimés. En Saskatchewan, la quantité de milieux convenant au Bufo cognatus dans son aire de répartition connue laisse croire que l’effectif pourrait être assez élevé. Au Manitoba, où l’aire de répartition connue de l’espèce est très limitée, il y a probablement très peu de lieux de reproduction et les populations sont probablement très petites. Pour obtenir une évaluation de l’effectif canadien de l’espèce qui s’approche de la réalité, il faudrait effectuer dans chacune des trois provinces, les années de pluies abondantes, des relevés de reconnaissance permettant de délimiter l’aire de l’espèce puis de planifier des relevés stratifiés plus probants.