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Évaluation et Rapport du COSEPAC sur la situation du crapaud des steppes au Canada

Habitat

Besoins de l’espèce

Des mentions pour des localités du sud indiquent que le crapaud des steppes se reproduit surtout dans des terres humides temporaires qui se forment lors de pluies abondantes à la fin du printemps et au début de l’été. Selon Bragg et Smith (1942), en Oklahoma, le Bufo cognatus se reproduit seulement dans des eaux claires peu profondes et temporaires, typiquement des champs inondés et des fossés où la végétation émerge à la surface de l’eau et des dépressions à bisons.

Bragg (1950e) a décrit de la manière suivante l’habitat de reproduction de l’espèce en Oklahoma : souvent les dépressions à bisons, les champs inondés, les fossés peu profonds et non boueux; jamais les ruisseaux; très rarement les marécages des plaines inondables. Selon Krupa (1994), la reproduction a lieu dans des mares temporaires alimentées par les précipitations et situées dans des pâturages de basses terres, des plaines inondables, des champs de coton, des terrains de jeux où l’herbe est fauchée, des fossés en bordure de route et des terrains vagues en zones commerciales et résidentielles. Bragg (1940a) a signalé également l’utilisation des zones les moins profondes de mares permanentes ou de grandes mares temporaires.

En Oklahoma, Bragg (1940a) a entendu des appels de mâles dans des champs de seigle et de blé, mais ceux‑ci se trouvaient seulement dans les zones peu profondes des mares. Bragg (1958) a signalé au Nouveau-Mexique un petit rassemblement de crapauds des steppes dans un grand champ de céréales où s’était formée une mare de un à douze pouces de profondeur assez fortement contaminée par des eaux usées. Près de la RNF de Suffield, dans le Sud‑Est de l’Alberta, on a observé de petits rassemblements d’individus reproducteurs et de nombreux petits crapauds venant de subir la métamorphose dans des mares au sein de pâturages cultivés (A. Didiuk, données inédites).

Bragg et Smith (1942) ont décrit une mare peu profonde où l’eau était trouble à une extrémité à cause du ruissellement et devenait graduellement plus claire vers l’autre extrémité. Un grand rassemblement de crapauds des steppes se trouvait dans la zone d’eau claire et un petit rassemblement de Bufo woodhousii, dans la zone d’eau trouble. Les auteurs ne précisent pas si cette répartition pourrait être le fait du hasard, les premiers crapauds des steppes mâles arrivés dans la zone d’eau claire ayant attiré par leurs appels d’autres mâles ainsi que des femelles de leur espèce.

Bragg (1940a) mentionne qu’en Oklahoma, l’espèce fréquente plusieurs types de terres humides, à condition que l’eau soit claire, et que les femelles pondent rarement dans l’eau trouble, bien qu’il ait trouvé à l’occasion des têtards dans des mares boueuses au sein de champs de blé. Il ajoute que le bétail et les chevaux modifient souvent les conditions dans une mare; parfois, l’eau est très claire au moment de la reproduction des crapauds, puis devient assez trouble en raison du piétinement des grands animaux. Selon l’auteur, les têtards semblent s’adapter à ces conditions; il en a suivi des centaines à tous les stades de développement et les a vus se métamorphoser. En Alberta, Smith et Wershler (1991) n’ont pas repéré de rassemblements d’individus reproducteurs dans les champs cultivés des zones irriguées.

En Oklahoma, Bragg (1940a) a trouvé peu de signes de reproduction dans les plans d’eau permanents (réservoirs) de pâturages, même lorsqu’il y avait de nombreuses mares plus petites et moins profondes à proximité. Dans la RNF de Suffield, aucun rassemblement de reproducteurs n’a été observé dans les mares artificielles et relativement permanentes à pentes abruptes. On a par contre observé un petit nombre de mâles appelants dans certaines mares artificielles dont l’extrémité inondée communiquait avec une dépression voisine de faible profondeur. L’eau retenue par les bermes des canaux de drainage attire des mâles en grand nombre lorsque la pente est faible et que l’étendue d’eau est grande et peu profonde (A. Didiuk, données inédites).

Par ailleurs, Brown et Pierce (1967) mentionnent la présence de l’espèce dans des plans d’eau permanents (marais et réservoirs) en Arizona. Les auteurs expliquent que, d’avril à juillet, les précipitations dans le Centre et le Sud‑Est de l’Arizona sont moins abondantes qu’en Oklahoma; par conséquent, le crapaud des steppes se reproduit dans les plans d’eau permanents et les zones irriguées. En Oklahoma, Bragg (1940a) a observé des mâles appelants dans des fossés profonds, même si l’eau y était trouble, mais n’y a jamais trouvé d’œufs ni de têtards. À son avis, l’eau était trop profonde pour que les crapauds se reproduisent.

Smith et Wershler (1961) ont remarqué, pendant et après une longue période de sécheresse, que dans certaines régions du sud de l’Alberta, les zones irriguées offraient la majorité, sinon la totalité, des lieux propices à la reproduction. Les auteurs ont pensé que, dans ces zones irriguées, une hausse de la nappe phréatique ou un suintement vers le bas de pente favorisent la persistance de terres humides peu profondes propices à la reproduction. Les terres humides aménagées, telles celles de Canards Illimités Canada, où l’eau persiste plus longtemps, peuvent offrir des lieux de reproduction, selon la profondeur de l’eau et la quantité et la répartition des plantes émergentes.

En 1994 et en 1996, tous les sites de reproduction de la RNF de Suffield étaient associés à de vastes marais saisonniers peu profonds, sur les berges desquels on trouvait, au début des activités de reproduction, des restes de plantes de la saison précédente et de nouvelles pousses. On a entendu de brefs appels de mâles seuls ou de deux mâles ensemble provenant de mares artificielles; il s’agissait vraisemblablement de mâles en route vers des rassemblements de reproducteurs à proximité (A. Didiuk, données inédites).

Bragg (1950e) note que le choix d’une mare de reproduction donnée est peut‑être dû simplement au hasard, les premiers mâles arrivés attirant les autres par leurs appels. L’auteur croit cependant que le choix des mares en Oklahoma est fonction de plusieurs facteurs : la profondeur de l’eau (nette préférence pour l’eau peu profonde), sa température (plus chaude en fonction de la profondeur et de la saison), la turbidité (nette préférence pour les eaux claires), l’ombre (préférence pour les lieux ouverts), les mouvements de l’eau (grande préférence pour les eaux tranquilles), l’étendue (préférence pour les grandes mares peu profondes), la persistance (mares saisonnières), le type de fond et l’abondance de nourriture. Bragg (1950e) souligne que ces facteurs, et d’autres, sont reliés (par exemple, la profondeur, la grandeur et la persistance des mares). Il a conclu que les sites de reproduction du crapaud des steppes dans les prairies mixtes et dans le secteur sud des prairies à herbes courtes d’Oklahoma sont peu profonds (< 0,5 m) à moyennement profonds (de 1 à 1,5 m), à eaux semi‑claires (visibilité sur une profondeur d’au moins 0,3 m avec turbidité perceptible) à claires (presque pas de turbidité), temporaires (présence d’eau durant quelques mois au plus, et généralement durant seulement quelques semaines), asséchés au moins une fois par année en moyenne et de température moyenne            (de 11 à 20 °C). Il note également qu’on trouve parfois des têtards dans des eaux troubles.

Bragg (1950e) conclut que le crapaud des steppes mâle peut lancer son cri d’appel de n’importe quel type de plan d’eau temporaire, mais que les femelles y accordent peu d’importance à moins que la profondeur de l’eau ne soit de six pouces à un pied. Les femelles ignorent les mâles appelants de mares dont les conditions sont inadéquates (eau trop profonde, eau trop peu profonde, eau trop turbide); elles continuent plutôt à se déplacer vers d’autres mares de reproduction. Si une femelle est interceptée, elle peut tenter de se dégager de l’amplexus, transporter le mâle jusqu'à une mare adjacente ou, plus rarement, accepter le mâle et pondre (Bragg, 1940a). L’auteur croit que la présence d’une unique masse d’œufs qu’on observe parfois dans de petites mares est due à l’incapacité de la femelle à fuir après avoir été interceptée.

Lorsque des mâles se trouvant autour d’une mare peu profonde n’arrivent pas à attirer de femelles, ils migrent vers des mares plus grandes d’où proviennent des appels d’autres mâles. Ainsi, au cours de la première nuit, la majorité de la population mâle adulte venant d’une superficie de quelques acres se trouve rassemblée dans une seule ou dans quelques mares. Ce genre de situation et celles que nous décrivons ci‑après influent sur l’évaluation d’une terre humide comme lieu de reproduction.

            Une mare donnée peut s’être formée dans des conditions météorologiques défavorables (par exemple, des températures basses en début de saison). Les mâles peuvent par hasard s’être rassemblés dans d’autres mares voisines de celle où s’effectue le relevé. Les femelles peuvent avoir été attirées vers d’autres mares où l’appel des mâles était plus fort ou les conditions de la terre humide plus propices, de sorte qu’il n’y a pas eu de ponte dans la mare où s’effectue le relevé. Il peut y avoir eu ponte, mais les têtards peuvent avoir été éliminés par des prédateurs avant le relevé. Après la reproduction, les adultes mâles et femelles quittent les mares et se dispersent. Il n’existe aucune donnée sur les distances de dispersion, le domaine vital, le choix des sites, le bilan des activités (journalières et saisonnières) pour le Bufo cognatus.

À l’instar des autres Bufonidés, le crapaud des steppes s’enfouit dans le sol pour hiberner. Il n’existe pour l’espèce aucune donnée relative au choix des sites d’hibernation ni aux moments de l’enfouissement et de l’émergence.

 

Tendances

L’impact des activités agricoles sur les terres humides dans le Sud des Prairies canadiennes est lié au drainage et à la mise en culture des dépressions mouilleuses, à la réduction des bordures herbeuses des terres humides situées dans des zones cultivées et à divers effets transitoires (fenaison, brûlage, pâturage) et permanents (coupe des arbustes, remblayage à l’aide de pierres et de débris) sur les bassins d’eau et leurs rives. Les interventions agricoles éliminent la végétation naturelle des bassins, réduisent leur capacité de rétention et réduisent le couvert et la biomasse de leurs rives herbeuses.

L’Alberta compte pour 69 p. 100 de l’augmentation (129 p. 100), entre 1951 et 1981, de la superficie totale de pâturages améliorés dans les Prairies, ce qui s’explique par l’importance du secteur de l’élevage bovin dans la province (Statistique Canada, 1983). En Alberta, 66 p. 100 des bassins et 93 p. 100 des bordures de terres humides ont subi les effets d’au moins une pratique agricole (Turner et al., 1987). Dans le Sud de la province, selon que ces terres se trouvent au sein de terres cultivées ou de pâturages, ils subissent l’empiètement des cultures ou le broutage. En Saskatchewan, 59 p. 100 des bassins et 78 p. 100 des bordures de terres humides ont subi les effets d’au moins une pratique agricole (Turner et al., 1987), et au Manitoba ce pourcentage est respectivement de 48 p. 100 et de 64 p. 100 (Turner et al., 1987).

On continue à cultiver des prairies naturelles pour la production de céréales ou de pâturages améliorés dans une grande partie du Sud des Prairies et à l’intérieur de l’aire de répartition du crapaud des steppes. Cependant, il existe encore de grandes étendues continues de prairie naturelle, formées de pâturages de l’Administration du rétablissement agricole des Prairies, de pâturages communautaires et collectifs provinciaux, de parcs provinciaux et fédéraux, de terres publiques louées et de terrains militaires fédéraux, ainsi qu’un grand nombre de plus petites étendues formées de terres privées.

Cependant, d’importantes parties de ces prairies renferment peu de sites de reproduction du crapaud des steppes. Certaines zones contiennent très peu de bassins humides en raison du relief et des matériaux de surface. L’impact sur les bassins et la prairie qui les entoure varie grandement selon la tenure du terrain et le chargement animal.

Pour évaluer la situation de l’habitat du crapaud des steppes, il faudra d’abord établir l’aire de répartition de l’espèce, cartographier les zones de prairie et les zones de terres cultivées dans l’aire de répartition, estimer l’abondance des terres humides dans chacune, évaluer l’utilisation de ces terres humides par l’espèce et évaluer la dégradation du milieu. Pour l’heure, on ne dispose que des observations générales précédentes.

 

Protection 

De grandes parties de l’aire de répartition connue du Bufo cognatus en Alberta sont soustraites à la mise en culture car elles se trouvent dans des zones protégées (par exemple la base militaire de Suffield et le pâturage communautaire de Remount). Les prairies situées au sud et à l’ouest de Suffield sont par contre sujettes à une augmentation de la mise en culture et de l’irrigation. Dans le Sud‑Ouest de la Saskatchewan, la mise en culture des terres publiques continue d’entraîner la disparition des prairies naturelles. En vertu de la Wildlife Habitat Protection Act, de grandes parties des terres publiques situées à l’intérieur de l’aire de répartition potentielle du crapaud des steppes sont soustraites à la mise en culture. Il n’existe aucune donnée concernant la protection de l’habitat de l’espèce pour le Manitoba. Pour être en mesure d’évaluer le niveau de protection à assurer à l’habitat de l’espèce, il faudra d’abord faire la synthèse des données sur la couverture végétale et la tenure des terres dans les Prairies canadiennes. Les bases de données pour chaque province sont presque complètes, et une analyse de carence sur l’habitat de l’espèce et la protection de cet habitat doit constituer une priorité.