Avertissement Cette page Web a été archivée dans le Web.

Contenu archivé

Information archivée dans le Web à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Cette dernière n'a aucunement été modifiée ni mise à jour depuis sa date de mise en archive. Les pages archivées dans le Web ne sont pas assujetties aux normes qui s'appliquent aux sites Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique sur les communications et l'image de marque.

Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport du COSEPAC sur la situation du crapaud des steppes au Canada

Facteurs limitatifs

Perte et fragmentation d’habitats

Dans le Sud des Prairies canadiennes, la plus grande partie de l’aire de répartition du crapaud des steppes échappe à l’empiètement urbain, l’habitation et l’activité industrielle étant concentrées dans quelques agglomérations. Cependant, l’étalement de ces dernières se fait parfois au détriment de l’espèce (on voit par exemple des crapauds des steppes dans un terrain de golf situé en bordure de Medicine Hat, en Alberta [Bleakney et Cook, 1957, collections des Musées nationaux du Canada]). Dans le Sud‑Est de l’Alberta et le Sud de la Saskatchewan, l’industrie pétrolière et gazière construit des puits, des pipelines et des installations de compression. Cependant, la superficie cumulative de terrain associée à ces structures représente une perte ou une dégradation minime de l’habitat de l’espèce.

Au cours des dernières décennies, la transformation de prairies naturelles en cultures de céréales a probablement entraîné la perte de nombreux sites potentiels de reproduction pour les amphibiens et une perte de qualité des aires d’alimentation autour des étangs de reproduction qui subsistent (Butler et Roberts, 1971). Le travail du sol dans les dépressions les années où elles sont asséchées peut à la longue réduire leur capacité de rétention de l’eau.

Smith et Wershler (1991) ont constaté que durant les périodes de sécheresse, l’aménagement d’abreuvoirs pour le bétail à l’emplacement de terres humides naturelles augmentait. Dans bien des cas, ces abreuvoirs ne constituent pas des lieux de reproduction propices pour les crapauds, et ce pour plusieurs raisons : rives dénudées et à forte pente, présence fréquente de déblais subissant l’érosion, eaux profondes, et perturbations causées par le bétail. Les auteurs craignent que sauf les années de pluies abondantes, les eaux superficielles et souterraines s’écoulent dans ces réservoirs, mettant à sec la terre humide naturelle. Par contre, certains abreuvoirs ont une rive à pente faible où le crapaud des steppes peut trouver des eaux peu profondes d’où émergent des cypéracées (A. Didiuk, données inédites). La situation peut donc varier d’une localité à l’autre.

 

Utilisation du sol

Haut de la page

On ne sait pas si les terres humides de faible profondeur situées à l’intérieur de terres cultivées peuvent persister assez longtemps pour constituer des lieux de reproduction adéquats pour le crapaud des steppes. On ne sait pas non plus dans quelle mesure la présence de cultures de céréales autour des lieux de reproduction influe sur la dispersion, l’alimentation et l’hibernation de l’espèce. Dans les terres humides et les milieux secs, l’épandage d’herbicides et de pesticides peut nuire aux crapauds de tous les âges.

On ne connaît pas le taux de mortalité lié au travail du sol pour les crapauds fouisseurs. Il semble que les crapauds hibernent à des profondeurs supérieures à celles des travaux classiques. Cependant, les adultes sont exposés au danger si leur émergence coïncide avec le labourage précédant les semis, à la fin d’avril et au début de mai. Bien que moins fréquent, le labourage des terres en jachère peut causer de la mortalité en été et au moment de l’enfouissement pour l’hiver, fin été et début automne, les crapauds étant alors enfouis à faible profondeur. La mortalité liée aux récoltes est peut‑être minime, puisque celles‑ci se font habituellement par temps sec. Sont surtout en danger les crapauds ayant cherché couvert dans les andains.

Les effets du pâturage sur la qualité de l’eau n’ont pas été quantifiés. Les effets éventuels sont liés au broutage et au piétinement de la végétation riveraine. Dans le Sud des Prairies canadiennes, où la reproduction du crapaud des steppes a lieu du début de mai à la mi‑juin, ce facteur est peut‑être négligeable, puisque le bétail n’est mis au pâturage qu’à la fin de mai ou au début de juin, donc après la ponte et l’éclosion de la plupart des œufs. Quand aux larves, elles sont capables de se développer dans des eaux assez troubles.

Par contre, la concentration des bestiaux autour de terres humides peut entraîner une augmentation considérable de la charge en éléments nutritifs de l’eau en raison des matières fécales et, par suite, causer une mortalité massive des larves. En Alberta, dans la RNF de Suffield, on a signalé un cas où toutes les larves de salamandre tigrée sont mortes à cause de la pollution de l’eau par le bétail (A. Didiuk, données inédites). Il est possible d’éviter cette situation en disposant les blocs de sel loin des terres humides qui servent d’abreuvoir.

Un grand nombre de crapauds peuvent être tués sur les routes (Bragg, 1940a; Bragg et Brooks, 1958), surtout sur celles qui passent près des lieux de reproduction et qui sont très fréquentées. Breckenridge (1938) mentionne un cas dans le Sud‑Ouest du Minnesota où des milliers de crapauds des steppes, que des précipitations intenses avaient fait sortir de leur abri, ont été tués sur les chaussées et les routes de gravier.

Nombre de petits mammifères, des oiseaux, des reptiles et des amphibiens peuvent être pris au piège dans des structures artificielles formant une dépression ou un puits. Dans la RNF de Suffield, en Alberta, on a trouvé plusieurs fois des crapauds des steppes qui étaient tombés dans des caissons de puits de gaz naturel d’où ils ne pouvaient s’échapper (A. Didiuk, données inédites). L’été, les coléoptères et les insectes volants sont abondants au fond de ces caissons, et l’humidité peut demeurer élevée. Les crapauds peuvent s’enfouir dans le sable ou se cacher sous des objets. Il est possible qu’ils puissent survivre à l’hiver en s’enfouissant ainsi, mais le cas n’a pas été vérifié. Même s’ils survivent, ils ne peuvent pas rejoindre le reste de la population.

Les crapauds des steppes peuvent tomber dans les tranchées de pipelines en construction lorsqu’ils se déplacent pour se nourrir ou pour gagner un étang de reproduction. Des mesures récentes obligeant à inspecter les tranchées tant qu’elles sont ouvertes afin surtout d’en retirer les serpents peuvent profiter aussi au crapaud des steppes (R. Lauzon, comm. pers.). Cependant, les crapauds des steppes enfouis au fond des tranchées risquent de ne pas être repérés.

 

Climat

Haut de la page

Le crapaud des steppes est adapté aux milieux xériques. Il est capable de se reproduire dans les terres humides temporaires qui se forment lesannées marquées par un fort ruissellement de surfaceou des périodes de pluie intense au printemps et au début de l’été. La période de reproduction donne parfois naissance à d’énormes quantités de petits crapauds. En période de sécheresse, le comportement fouisseur du crapaud des steppes lui permet de survivre, bien qu’il ne puisse se reproduire. À défaut de pluies intenses, un taux d’humidité élevé, une averse de faible intensité ou la rosée peuvent inciter le crapaud à sortir pour se nourrir.

Des périodes de plusieurs années consécutives de sécheresse, au cours desquelles le crapaud des steppes ne se reproduit pas, sont courantes dans d’autres régions, et un nombre considérable de jeunes crapauds survivent, se développent et viennent grossir la population d’adultes reproducteurs. Cependant, on ne connaît pas l’incidence à long terme de ces épisodes sur l’effectif de l’espèce, ni celui d’une diminution de la fréquence des années de forte reproduction.

Il n’existe aucune donnée concernant le taux de mortalité en hiver pour le crapaud des steppes. Il est probablement plus élevé au cours du premier hiver des jeunes crapauds, en raison du choix du site d’hibernation et du manque de réserves. Bragg (1940a) a fait remarquer que si la mortalité en hiver était élevée, le nombre de crapauds aurait manifestement diminué après trois années consécutives sans reproduction. Il faudrait une étude à long terme (par exemple Green, 1992) pour évaluer les effets éventuels de la mortalité survenant en hiver pour diverses cohortes d’âge.

Bragg (1960) mentionne un cas où une cohorte entière de crapauds des steppes de moins d’un an semble avoir disparu; toutefois il ne met pas en cause la mortalité due à l’hiver. L’auteur note qu’un grand nombre d’individus avaient été tués la saison précédente par des véhicules et de la machinerie agricole, mais, à son avis, ce nombre était négligeable par rapport à l’effectif de la cohorte. Il ne pense pas non plus qu’une migration ou des déplacements massifs (Braggs et Brooks, 1958) puissent expliquer cette disparition.

 

Compétition

Haut de la page

On ne dispose d’aucune donnée permettant d’évaluer si d’autres anoures endémiques peuvent faire disparaître ou déplacer des populations de crapauds des steppes. Il se peut qu’il y ait compétition pour la nourriture entre les larves du crapaud des steppes et celles de la rainette faux-grillon (Pseudacris maculata), qui est l’anoure le plus commun et le plus abondant se reproduisant dans les mêmes terres humides que le crapaud des steppes. Dans la RNF de Suffield, en Alberta, les crapauds des steppes dominent les rassemblements de reproducteurs en mai et au début de juin; les crapauds des Plaines y sont très peu nombreux (A. Didiuk, données inédites). Après un printemps sec, une pluie intense au début de l’été peut déclencher de grands rassemblements de crapauds des Plaines, et si le crapaud des steppes commence à se reproduire au même moment, les larves des deux espèces peuvent être en compétition. Dans ces situations, les larves du crapaud des Plaines sont avantagées par un développement plus rapide, et la prédation peut limiter le recrutement chez le crapaud des steppes. Au Canada, on ne connaît aucune espèce introduite d’amphibien pouvant constituer une menace pour le crapaud des steppes.

 

Prédation

Haut de la page

En Oklahoma, Bragg (1940a) a observé que le crapaud des Plaines (Scaphiopus bombifrons) se reproduit souvent dans des dépressions à bisons et que les têtards de l’espèce sont beaucoup plus gros et plus actifs que ceux du Bufo cognatus , se développent plus rapidement et sont carnivores. Trowbridge et Trowbridge (1937) pensent que les larves du crapaud des Plaines se nourrissent de larves du crapaud des steppes. Bragg (1950e) décrit un cas où des milliers de têtards de Bufo cognatus dans une dépression à bisons sont disparus petit à petit à mesure que le nombre et la taille des têtards d’un prédateur connu (Scaphiopus bombifrons) augmentaient.

Bragg (1940a) a observé la prédation des larves du crapaud des steppes par des dytiques (Hydrophilus triangularis), dont les larves peuvent être très nombreuses dans les dépressions à bisons. Dans la RNF de Suffield, en Alberta, les larves de dytiques et de libellules étaient abondantes dans les étangs, et ces espèces sont probablement des prédateurs importants de toutes les larves d’anoures dans les prairies.

Le serpent à groin des Plaines (Heterodon nasicus) est un prédateur fréquent et peut‑être important du crapaud des steppes et du crapaud des plaines, dont il partage l’habitat (Platt, 1969). Son venin peut immobiliser des anoures, et ses dents postérieures aident à dégonfler les crapauds qui se sont gonflés pour se protéger. En Alberta, on signale que le serpent à groin des Plaines se nourrit de crapauds des steppes (J. Picotte, comm. pers. in Smith et Wershler, 1991). La couleuvre des Plaines de l’Ouest (Thamnophis radix haydeni) et la couleuvre de l’Ouest (Thamnophis elegans vagrans) sont aussi des prédateurs des anoures des prairies. La couleuvre à nez mince (Pituophis melanoleucus sayi), qui se nourrit principalement de petits mammifères et d’oiseaux ainsi que de leurs œufs et de leurs jeunes, peut parfois se nourrir de crapauds (Bragg, 1940a). Creusere et Whitford (1976) mentionne le serpent à groin des Plaines et la couleuvre à nez mince comme prédateurs de Bufonidés et de Pélobatidés juvéniles.

Diverses espèces d’oiseaux se nourrissent probablement de crapauds des steppes. Les individus de tous les âges et de toutes les tailles sont vulnérables devant les oiseaux de la taille de la Corneille d’Amérique (Corvus brachyrhynchos) et de la Pie bavarde (Pica pica) (Bragg, 1940a). Des canards adultes et des canetons (Anatidés) peuvent consommer des larves de crapauds dans les mares de reproduction. Les crapauds nouvellement métamorphosés rassemblés sur les rives des étangs de reproduction sont particulièrement vulnérables face aux oiseaux prédateurs. Le Grand Héron (Ardea herodias) et le Bohoreau gris (Nycticorax nycticorax) se reproduisent ou se nourrissent parfois dans l’habitat du crapaud des steppes mais ne sont probablement que des prédateurs occasionnels de l’espèce.

Des rapaces diurnes, notamment la Buse de Swainson (Buteo swansonii), peuvent se nourrir à l’occasion de crapauds (Bragg, 1940a). La prédation par ces espèces se produit probablement de façon opportuniste, lorsque les crapauds sortent durant la journée (conditions humides incitant à l’activité diurne ou concentrations près des étangs de reproduction de crapauds venant juste de subir la métamorphose). La Chevêche des terriers (Athen cunicularia), qui se nourrit de petits mammifères durant la nuit, est un prédateur connu de plusieurs anoures des prairies (Haug, 1985).

On ne connaît aucun mammifère des prairies pour lequel le crapaud des steppes est une proie importante. Le blaireau d’Amérique (Taxidea taxus) et le coyote (Canis latrans) sont des carnivores et des prédateurs éventuels de l’espèce; cependant, les sécrétions de la peau et des glandes paratoïdes du crapaud peuvent être dissuasives pour les deux mammifères. L’expansion récente vers le Nord de l’aire de répartition du raton laveur (Procyon lotor), prédateur efficace des amphibiens, est préoccupante pour certaines espèces d’amphibiens associées aux milieux ripariens. Cependant, compte tenu de l’habitat prairial du crapaud des steppes, le raton laveur n’est probablement pas un prédateur important pour l’espèce.

L’existence éphémère des étangs de reproduction du crapaud des steppes écarte pratiquement les poissons et un grand nombre d’amphibiens et de reptiles aquatiques (par exemple des tortues) comme prédateurs importants de l’espèce. Dans la RNF de Suffield, en Alberta, des larves de salamandre tigrée (Ambystoma tigrinum) étaient présentes dans tous les étangs de reproduction du crapaud des steppes; cependant, on ne sait pas si elles se nourrissent des têtards de l’espèce (A. Didiuk, données inédites).

 

Maladies et parasites

Haut de la page

Trowbridge et Hefley (1934) ont observé un sujet fortement infesté par un protozoaire de l’intestin (Opalina sp.) et par le cestode Ophiotaenia magna. Il n’était parasité par aucun trématode, nématode ni arthropode.

On a observé (J. T. Self in Bragg, 1940a) de graves infestations de protozoaires de l’intestin chez plusieurs individus de l’espèce ainsi qu’un cestode (Nematotaenia americana Jewell, Distoichometra bufonis Dickey ou une forme apparentée) parasite fréquent de l’intestin.

Ulmer (1970) a étudié les trématodes parasites des amphibiens en Iowa et n’en a trouvé aucun dans les crapauds des steppes qu’il a examinés. Ulmer et James (1976) ont étudié les cestodes parasites des amphibiens en Iowa et n'ont trouvé aucun adulte ni aucune larve de cestodes dans les quatre crapauds des steppes examinés. Brooks (1976) a étudié les plathelminthes parasites des amphibiens auNebraska et n'en a trouvé aucun dans les 58 spécimens de crapaud des steppes examinés.

La faible fréquence du parasitisme chez le crapaud des steppes comme chez d’autres espèces fouisseuses d’anoures est peut‑être attribuable au fait que ces espèces passent relativement peu de temps dans l’eau (périodes d’accouplement généralement courtes). Brandt (1936) pense qu’il existe pour les anoures une corrélation positive entre le temps passé en milieu aquatique et le degré de parasitisme par des métazoaires. Les espèces au comportement fouisseur très marqué et demeurant peu de temps dans les étangs de reproduction sont peu parasitées.

 

Contamination de l’environnement

Haut de la page

Aucune donnée n’a été publiée sur les effets des substances toxiques sur les populations de crapaud des steppes des Prairies canadiennes.

Les populations qui se reproduisent et se nourrissent dans des prairies naturelles sont probablement peu exposées aux pesticides et aux herbicides, sauf dans le voisinage des cultures où ces produits sont épandus. On sait que le milieu peut être pollué par des produits chimiques toxiques aéroportés, mais on ne sait pas dans quelle mesure ce phénomène touche l’aire de répartition du crapaud des steppes.

La présence des industries pétrolière et gazière est très répandue dans le Sud des Prairies, et il est possible que des crapauds des steppes soient en contact avec de petits déversements de produits chimiques divers lors des activités d’exploration et de construction des installations. Toutefois, la fréquence de ces incidents et leur répercussion sont probablement négligeables.