Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la ligumie pointue (Ligumia Nasuta) au Canada

Résumé

Ligumie pointue
Ligumia nasuta

Information sur l’espèce

La ligumie pointue (Ligumia nasuta [Say, 1817]), est une moule d’eau douce de taille moyenne dont la longueur moyenne est d’environ 70 mm. Sa coquille est allongée et comprimée, et l’extrémité postérieure forme une pointe émoussée. Le périostracum (surface de la coquille) est de noir jaunâtre ou noir verdâtre chez les juvéniles à brun foncé ou noir chez les adultes. De fins rayons verts, concentrés à l’extrémité postérieure de la coquille, sont souvent visibles chez les juvéniles et chez les adultes à coquille pâle. La nacre est habituellement blanc argenté ou blanc bleuté chez les individus du bassin des Grands Lacs.

Répartition

La ligumie pointue est présente uniquement dans l’est de l’Amérique du Nord, depuis les Grands Lacs inférieurs jusqu’à l’État de New York et au New Hampshire vers l’est, et jusqu’en Caroline du Sud, dans les cours d’eau côtiers, vers le sud. Au Canada, elle est confinée à la région des Grands Lacs de l’Ontario. Elle s’y trouvait autrefois dans les lacs Sainte-Claire, Érié et Ontario et leurs voies interlacustres et dans le cours inférieur de certains affluents. Elle semble avoir disparu dans presque toute son ancienne aire de répartition au Canada, mais elle est encore présente dans le delta du lac Sainte-Claire. Une autre population a été découverte récemment dans le ruisseau Lyn, qui se jette dans le haut Saint-Laurent près de l’exutoire du lac Ontario.

Habitat

La ligumie pointue se trouve dans les zones protégées des lacs et les sections d’eaux lentes des rivières et des canaux, sur un fond de sable fin, à des profondeurs de 0,3 à 4,5 m. Dans le lac Sainte-Claire, elle se trouve actuellement sur des substrats composés de sable à plus de 95 p. 100, dans la zone de transition entre les terres humides émergentes et les eaux libres du lac.

Biologie

Chez la ligumie pointue, les sexes sont séparés, mais les mâles et les femelles ne diffèrent que légèrement par la forme de la coquille et sont par conséquent difficiles à distinguer. Comme chez la plupart des autres mulettes, les glochidies (larves) sont des parasites obligatoires de poissons. La ligumie pointue est une espèce à période de gravidité longue qui fraye à la fin de l’été, la femelle portant ses glochidies durant tout l’hiver et les libérant au printemps. Les poissons hôtes sont inconnus, mais la présence de la ligumie pointue dans des cours d’eau de la côte Atlantique donne à croire qu’au moins un des hôtes tolère les eaux saumâtres. À l’âge adulte, la ligumie pointue se nourrit de bactéries, d’algues et d’autres particules organiques tirées de la colonne d’eau par filtration. Les juvéniles vivent entièrement enfouis dans le substrat, où ils se nourrissent d’aliments similaires obtenus directement du substrat ou de l’eau interstitielle.

Taille et tendances des populations

Avant l’invasion de la moule zébrée (Dreissena polymorpha) à la fin des années 1980, la ligumie pointue était l’une des espèces de mulettes les plus communes dans les Grands Lacs inférieurs, où ses populations se comptaient par milliards. La moule zébrée semble avoir entraîné sa disparition dans presque toutes les régions anciennement occupées au Canada. Une population restante dont la taille est estimée entre 22 000 et 44 000 individus occupe actuellement les eaux littorales peu profondes du delta du lac Sainte-Claire, dans le territoire de la Première nation de Walpole Island. En 2006, une deuxième population de taille inconnue a été découverte dans le ruisseau Lyn, affluent du haut Saint-Laurent.

Facteurs limitatifs et menaces

Les moules zébrées représentent la menace la plus importante pour la survie de la ligumie pointue au Canada. Plus de 90 p. 100 des mentions historiques du Ligumia nasuta proviennent de régions qui sont aujourd’hui infestées par ces organismes aquatiques envahissants. Selon plusieurs modèles de changement climatique, le réchauffement climatique provoquera vraisemblablement une baisse des niveaux d’eau dans le bassin des Grands Lacs et, possiblement, l’assèchement du delta peu profond du lac Sainte-Claire. Si ce scénario devait s’avérer, la superficie de l’habitat disponible pour les communautés de mulettes indigènes s’en trouverait diminuée d’autant.

Importance de l’espèce

La ligumie pointue était autrefois une composante importante de la faune des moules des Grands Lacs, et elle était la quatrième espèce la plus commune dans les Grands Lacs inférieurs et leurs voies interlacustres avant 1990. Jusqu’à cette date, il est raisonnable de penser que cette espèce contribuait de manière importante à la fonction des communautés de mulettes dans l’écosystème des Grands Lacs.

Protection actuelle ou autres désignations de statut

La ligumie pointue est cotée G4G5 à l’échelle mondiale, N4N5 aux États-Unis et N2N3 au Canada. Elle est actuellement inscrite à la catégorie « faible risque - quasi-menacée » de la Liste rouge de l’UICN des espèces menacées en Amérique du Nord. Elle a été désignée « en voie de disparition » (Endangered) en Ohio et au Delaware, « menacée » (Threatened) au New Jersey et en Caroline du Nord et « préoccupante » (Special Concern) au Massachusetts et au Connecticut. La Loi sur les pêches du Canada protège les mulettes et leur habitat au Canada, car les mollusques sont englobés dans la définition de « poisson » au sens de cette loi. La récolte de mulettes vivantes en Ontario est considérée comme une activité de « pêche » et est par conséquent visée par le Règlement de pêche de l’Ontario pris sous le régime de la Loi sur les pêches du Canada. La population de ligumies pointues habitant la portion canadienne du delta du lac Sainte-Claire bénéficie d’une certaine protection contre les perturbations anthropiques, car un permis d’usager est requis pour accéder au territoire de la Première nation de Walpole Island.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC(alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPACest un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés ou d’autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes comprises dans les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes responsable des espèces sauvages des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (le Service canadien de la faune, l’Agence Parcs Canada, le ministère des Pêches et des Océans et le Partenariat fédéral d’information sur la biodiversité, lequel est présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres scientifiques non gouvernementaux et des coprésidents des sous-comités de spécialistes des espèces et du sous-comité des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit au moins une fois par année pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions

Espèce sauvage:
Espèce, sous-espèce, variété ou population géographiquement ou génétiquement distincte d'animal, de plante ou d'une autre organisme d'origine sauvage (sauf une bactérie ou un virus) qui est soit indigène du Canada ou qui s'est propagée au Canada sans intervention humaine et y est présente depuis au moins cinquante ans.
Disparue (D):
Espèce sauvage qui n'existe plus.

Disparue du pays (DP):
Espèce sauvage qui n'existe plus à l'état sauvage au Canada, mais qui est présente ailleurs.

En voie de disparition (VD)Footnotea:
Espèce sauvage exposée à une disparition de la planète ou à une disparition du pays imminente.

Menacée (M):
Espèce sauvage susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants ne sont pas renversés.

Préoccupante (P)Footnoteb:
Espèce sauvage qui peut devenir une espèce menacée ou en voie de disparition en raison de l'effet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et des menaces reconnues qui pèsent sur elle.

Non en péril (NEP)Footnotec:
Espèce sauvage qui a été évaluée et jugée comme ne risquant pas de disparaître étant donné les circonstances actuelles.

Données insuffisantes (DI)Footnoted, Footnotee:
Une catégorie qui s'applique lorsque l'information disponible est insuffisante (a) pour déterminer l'admissibilité d'une espèce àl'évaluation ou (b) pour permettre une évaluation du risque de disparition de l'espèce.

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

Footnote a

Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu'en 2003.

Return to footnote areferrer

Footnote b

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu'en 2000.

Return to footnote breferrer

Footnote c

Appelée « espèce rare » jusqu'en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

Return to footnote creferrer

Footnote d

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

Return to footnote dreferrer

Footnote e

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu'en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999. Définition de la catégorie (DI) révisée en 2006.

Return to footnote ereferrer