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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le gravelier (Erimystax x-punctatus) au Canada – Mise à jour

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Le site de capture de graveliers dans la Thames de 1923 se trouvait entre l’embouchure du ruisseau Hogg et un point sur la Thames, à la hauteur de Muncey (Holm et Crossman, 1986). L’habitat de ce site consistait en une eau claire, des courants forts et des substrats formés de sable et de gravier propres. La profondeur allait jusqu’à 1,5 m (Parker et al., 1987). La largeur de la rivière au site de capture de 1923 n’est pas connue. Au milieu des années 1980, la rivière faisait de 20 à 30 m de largeur et de 1 à 3 m de profondeur. Les fosses et les radiers prédominaient. Les matériaux du fond étaient composés de sable, de roche et de galets, avec des zones de matière organique molle et de limon. L’eau était trouble (mesure du disque de Secchi de moins de 1 m [Parker et McKee, 1980; Holm et Crossman, 1986]). Le couvert végétal des berges était minime, et la végétation immergée se limitait à des algues encroûtantes et filamenteuses. Les plages de température de l’eau allaient de 18 à 25 ºC en juillet (Holm et Crossman, 1986), de 21 à 24 ºC en août (Parker et McKee, 1981) et de 12 à 15 ºC en octobre (Holm et Crossman, 1986). En 1958, neuf graveliers ont été capturés au chalut dans le lot 16 du canton de Mosa, à la limite orientale de la réserve indienne de Moravian (Holm et Crossman, 1986). On ne dispose d’aucune donnée sur l’emplacement de ces captures.

Dans d’autres régions d’Amérique du Nord, on signale que le gravelier habite des rivières à l’eau claire ou modérément trouble, à débit permanent et présentant des radiers bien définis de sable, de gravier ou de roche, où le courant nettoie le fond du limon et de l’argile non consolidés (Pflieger, 1957; Trautman, 1981). En Ohio, des graveliers ont été observés dans des cours d’eau moyens à grands, à des profondeurs de 0,3 à 1,2 m l’été et de 0,6 à 1,8 l’hiver (Trautman, 1981). D’après Trautman (1981), l’espèce évitait les zones où sont présents des macrophytes, des algues de grande taille et des mousses aquatiques. On peut penser que de telles zones sont favorables à l’envasement. Dans le Wisconsin, des individus ont été prélevés dans des eaux troubles dépourvues de végétation, au-dessus de radiers graveleux à courant rapide de 0,3 à 0,9 m de profondeur et dont le chenal mesurait de 9 à 12 m de largeur (Becker, 1983). Moore et Paden (1950) ont décrit les micro-habitats préférés de l’espèce comme de petites cavités sous les roches dans les zones de radiers où le courant est atténué.

Tendances

Les habitats aquatiques dans l’aire de répartition canadienne du gravelier ont connu des transformations majeures. La perte d’habitats humides et de végétation riveraine, l’altération des rives, le dragage, la canalisation des cours d’eau, le rejet de substances chimiques toxiques ainsi que l’augmentation des charges en sédiments et en nutriments ont été associés à l’altération de la composition et à la baisse de la productivité des communautés de poissons régionales (Dextrase et al., 2003; MacLennan et al., 2003; Ryan et al., 2003). Lors du dernier relevé ciblé de graveliers, les habitats de radiers existaient encore, mais ils étaient troubles (Holm et Crossman, 1986). En août 2005, les mesures du disque de Secchi dans la Thames à la hauteur de Muncey (0,25 m et 0,38 m) indiquaient encore des degrés élevés de turbidité (Marson et al., 2006). L’envasement et la turbidité accrus dans le cours inférieur de la Thames (unités Jackson = 69,5) résultent principalement des pratiques agricoles dans le bassin de la Thames (Bailey et Yates, 2003). Les terres sont consacrées aux activités agricoles à 78 et à 88 pour 100 respectivement dans le bassin du cours supérieur et dans le bassin du cours inférieur (Taylor et al., 2004).

Les nutriments tels que l’azote et le phosphore pénètrent dans la rivière Thames par les voies suivantes : épandage de fumier et d’engrais, déversement de fumier, et défaillance des systèmes de traitement des eaux usées ou des systèmes de fosses septiques (Taylor et al., 2004). Depuis les années 1970, les teneurs en phosphore dans la plupart des sites du bassin affichent une tendance progressive à la baisse, mais restent au-dessus des recommandations provinciales (30 ug/L) pour la protection de la vie aquatique. Les concentrations de nitrates et de chlore dans la Thames ont augmenté ces 30 dernières années (Taylor et al., 2004). Les fortes teneurs en azote et en phosphore peuvent favoriser les proliférations d’algues. Une couverture algale étendue peut réduire la qualité des habitats touchés pour le gravelier, tandis que la décomposition associée à la mortalité massive d’algues peut abaisser les concentrations d’oxygène dissous et augmenter les risques de mortalité massive de poissons (Miltner et Rankin, 1998).

Pour répondre à ces pressions passées et actuelles, des programmes de rétablissement d’espèces en péril sont en cours d’élaboration et de mise en œuvre dans la Thames. Des mesures visant à protéger et à améliorer l’habitat des lieux où vivaient autrefois des graveliers sont définies dans le Programme de rétablissement du gravelier (Erimystax x-punctatus) au Canada (Edwards et al., 2007) et dans le programme de rétablissement de l’écosystème aquatique de la rivière Thames (TRRT, 2005). Ce dernier aborde les besoins de rétablissement des 24 espèces aquatiques et semi-aquatiques figurant sur la liste du COSEPAC (7 moules, 6 reptiles, 11 poissons, dont le gravelier) qui ont habité la rivière par le passé ou qui l’habitent encore. Parmi les objectifs d’amélioration de l’habitat de la rivière Thames qui profiteraient au gravelier figure la réduction des charges en sédiments, en nutriments et en substances chimiques toxiques.

Protection et propriété

La Loi canadienne sur l’évaluation environnementale, la Loi canadienne sur la protection de l’environnement, la Loi sur les pêches du gouvernement fédéral, la Loi sur les ressources en eau du Canada, la Loi sur la protection de l’environnement de l’Ontario, la Loi sur les évaluations environnementales de l’Ontario, la Loi sur l’aménagement du territoire de l’Ontario, la Loi sur les ressources en eau de l’Ontario et la Loi sur les espèces en péril peuvent offrir une certaine protection à l’espèce grâce aux dispositions sur la protection des milieux humides et des habitats d’autres espèces.

La plupart des terres le long du cours inférieur de la Thames sont privées. Les terres adjacentes aux sites historiques de capture de graveliers se trouvent sur les territoires des Premières nations suivants : réserve indienne de Muncey 1 (Première nation Munsee-Deleware); réserve indienne d’Oneida 41 (Première nation Onyota’a:ka) et réserve indienne de Caradoc 42 (Première nation des Chippewas de la Thames).