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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’ours grizzli au Canada – Mise à jour

9. Importance de l'espèce et 10. Résumé du rapport de situation

9. Importance de l'espèce

Dans la culture de nombreuses Premières nations, l’ours grizzli demeure encore un des symboles les plus puissants, les plus populaires, les plus respectés ou les plus craints (Shepard et Sanders, 1986; Rockwell, 1991). De nombreux groupes autochtones ont attribué des qualités humaines aux ours; ils leur ont adressé des prières et les ont souvent intégrés à leurs rituels. L’ours grizzli était également important pour sa viande et sa fourrure et pour la confection d’ornements. Tout au long de la période historique, la dimension spirituelle de la figure de l’ours a marqué la plupart des cultures qui vivaient en sympatrie avec lui (Black, 1998).

L’aura de l’ours grizzli est toujours bien présente et cet ours est devenu un symbole puissant pour les groupes de défense de la nature partout en Amérique du Nord. Peu d’espèces évoquent la nature sauvage du Canada dans autant d’esprits que l’ours grizzli. Celui-ci entre aussi en interaction directe avec l’homme et il est à l’origine de conflits réels ou est perçu comme une menace relativement à la propriété et aux animaux d’élevage. Il arrive parfois que des humains soient blessés ou tués – même dévorés – par cet ours, et cette vision suffit pour le discréditer aux yeux de nombreuses personnes. Il est permis de douter qu’aucune autre espèce sauvage au Canada n’éveille des émotions et des sentiments aussi vifs, profondément ancrés et contradictoires que l’ours grizzli.

Cet ours est populaire. Des sondages sur les perceptions de la population (voir par exemple LeFranc et al., 1987; Bath, 1989; Kellert, 1994; Province of British Columbia, 1995; Miller et al., 1998) montrent qu’une majorité de personnes se sentent enrichies après avoir observé cet ours, ou même juste de savoir qu’il existe. À l’inverse, la perception qu’il peut constituer un danger ou une nuisance porte certaines personnes à s’en faire une idée négative.

Peu de personnes chassent l’ours grizzli à comparer au nombre de celles qui chassent des ongulés, mais cet ours est un trophée prisé. En 1995, on avait établi que 1 200 à 1 400 résidents et 500 à 700 non-résidents dépensaient en moyenne chaque année 2,8 millions de dollars pour la chasse à l’ours grizzli en Colombie-Britannique (Province of British Columbia, 1995).

On utilise souvent l’ours grizzli comme espèce amirale dans les plans de conservation (Carroll et al., 1999). Généralement, il est très sensible aux perturbations de son habitat et de ses populations, et sa résilience est assez limitée (Weaver et al., 1996). C’est pourquoi il est souvent considéré comme un bon indicateur de l’état des écosystèmes. Il est aussi souvent considéré comme une espèce parapluie à cause de son utilisation d’habitats vastes et variés ainsi que de ses relations complexes avec les autres espèces. L’adoption de mesures visant à satisfaire les besoins en matière d’habitat de carnivores situés au sommet du réseau trophique, comme l’ours grizzli, permet de préserver les éléments des niveaux trophiques inférieurs. La conservation de l’ours grizzli confirmera notre engagement à l’endroit de la préservation de la biodiversité dans l’Ouest et le Nord du Canada.

D’autres comptent sur cet engagement. En effet, la survie et le rétablissement de populations d’ours grizzlis menacées ou en voie de disparition dans les 48 États contigus des États-Unis dépendent en partie du maintien de liens avec des populations canadiennes.

10. Résumé du rapport de situation

Le Canada compte moins de 25 000 ours grizzlis adultes, et les estimations des déclins antérieurs ou projetés de jusqu’à 10 p. 100 sur cinq générations (de 50 à 75 ans) ne sont pas exagérées. L’incertitude générale et le manque de précision associées à la plupart des indices démographiques font qu’on doit être prudent dans la gestion de toute population d’ours grizzlis.

Presque tous les ours grizzlis en sol canadien forment une unité démographique continue, mais au moins huit unités isolées ont été repérées dans le Sud de la Colombie-Britannique (voir la section 6.3). L’isolement de ces unités démographiques est caractéristique du processus qui a conduit au déclin des populations d’ours grizzlis partout en Amérique du Nord et ailleurs. Il y a d’abord érosion de l’habitat occupé par l’ours sur au moins un de ses côtés sous l’effet d’activités humaines ou encore à la suite de catastrophes naturelles. Il en résulte la formation de péninsules d’habitat, comme celles qu’on observe présentement dans le Sud de la Colombie-Britannique et de l’Alberta (voir la figure 4). Dès lors, les populations vivant dans ces péninsules d’habitat se trouvent menacées parce que le front où le risque de conflits et de mortalité est plus élevé est, proportionnellement à la superficie de l’habitat, plus important que dans les blocs d’habitat plus continus.

La fragmentation des péninsules, ordinairement attribuable à des activités humaines, constitue la dernière étape de l’isolement des populations. Cela entraîne deux grandes conséquences : les menaces directes pesant sur les ours grizzlis s’intensifient du fait que l’interface avec la population humaine s’étend à toute la périphérie de l’unité, et l’immigration d’ours grizzlis et l’apport de gènes sont interrompus. À moins qu’elle ne soit assez nombreuse pour demeurer viable, la population ainsi isolée est condamnée à une lente disparition. La disparition de l’ours grizzli des États-Unis dans la plupart des 48 États contigus illustre parfaitement ce mécanisme. En 1800, l’ours grizzli était réparti de manière pratiquement continue dans tous les États de l’Ouest. En 1922, il ne subsistait que 37 unités démographiques isolées, l’aire de répartition historique s’étant rétrécie de plus de 75 p. 100 (Servheen, 1999a). Au cours des 80 années suivantes, 31 de ces populations sont disparues (figure 16), ce qui ne laisse à l’ours grizzli que 2 p. 100 de son aire de répartition historique. Estimée à 50 000 individus en 1800, la population totale d’ours grizzlis des États-Unis n’est plus que d’environ 1 000 ours (Servheen, 1999a).


Figure 16. Répartitions estimatives de l’ours grizzli dans les 48 États contigus des États-Unis en 1922 (à gauche) et en 1999 (à droite).

Figure 16. Répartitions estimatives de l’ours grizzli dans les 48 États contigus des États-Unis en 1922 et en 1999.

Tirées de Merriam (1922) et de Servheen (1990, 1999a).


La reconnaissance de ce mécanisme et de son rôle dans la disparition de l’ours grizzli dans presque toute l’Europe et les États contigus des États-Unis, ainsi que dans une grande partie du Canada et de l’Asie, est essentielle à la mise en place de mesures de protection adéquates. Les unités démographiques méridionales isolées forment la ligne de front, à la bordure sud de l’aire de répartition de l’ours grizzli au Canada. Il faudra appliquer des mesures actives pour préserver les populations d’ours grizzlis des îlots et des péninsules d’habitat pour éviter la remontée vers le nord de cette ligne de front.

Selon le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC), tous les ours grizzlis du Canada forment une seule unité de population, mais les facteurs limitatifs et les menaces ne s’exercent pas d’une manière égale dans cet immense territoire. Les ours grizzlis de certaines parties de l’Arctique sont relativement vulnérables en raison de leur très faible densité de population et de la forte croissance des activités d’exploitation des ressources. De même, les ours grizzlis de certains secteurs de la bordure sud de l’aire de répartition de l’espèce sont loin d’être à l’abri des répercussions de l’augmentation marquée de la population et des activités humaines dans ces régions. La continuité génétique et géographique qui permet encore de considérer que ces ours grizzlis ne constituent pas des populations distinctes est actuellement menacée.