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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’ours grizzli au Canada – Mise à jour

Mise à jour
Évaluation et Rapport de situation
du COSEPAC
sur
l’ours grizzli
Ursus arctos
au Canada

Population des Prairies
Population du Nord-Ouest

L’ours grizzli (Ursus arctos)

Population des Prairies – Disparue du Canada
Population du Nord-Ouest – Préoccupante

2002


COSEPAC
Comité sur la situation
des espèces en péril
au Canada
COSEWIC logo

COSEWIC
Committee on the status
of endangered wildlife
in Canada

 

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

Nota : Toute personne souhaitant citer l’information contenue dans le rapport doit indiquer le rapport comme source (et citer les auteurs); toute personne souhaitant citer le statut attribué par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) doit indiquer l’évaluation comme source (et citer le COSEPAC). Une note de production sera fournie si des renseignements supplémentaires sur l’évolution du rapport de situation sont requis.

COSEPAC. 2002. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’ours grizzli (Ursus arctos) au Canada – Mise à jour. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada.  Ottawa viii + 104 p.
(Rapports de situation du Registre public des espèces en péril)

Ross, P.I. 2002. Rapport de situation du COSEPAC sur l’ours grizzli (Ursus arctos) au Canada - Mise à jour, in Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’ours grizzli (Ursus arctos) au Canada – Mise à jour. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. Pages 1-104.

Rapports précédents :

Banci, V. 1991. Update Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada (COSEWIC) status report on the grizzly bear Ursus arctos in Canada. Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada. Ottawa. xv + 139 p.

Macey, A. 1979. COSEWIC status report on the Grizzly bear Ursus arctos horribilis in Canada. Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada. Ottawa. 69 p.

Note de production :

Le COSEPAC a initialement inscrit l’ours grizzli sous le nom latin Ursus arctos horribilis, qui a été changé pour Ursus arctos.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environnement Canada
Ottawa  (Ontario)
K1A 0H3

Tél. : (819) 997-4991 / (819) 953-3215
Téléc. : (819) 994-3684
Courriel : COSEWIC/COSEPAC@ec.gc.ca
http://www.cosepac.gc.ca

Also available in English under the title COSEWIC Assessment and Update Status Report on the Grizzly Bear Ursus arctos in Canada.

Illustration de la couverture :
Ours grizzli - Judie Shore, Richmond Hill (Ontario).

©Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2003
No de catalogue CW69-14/166-2002F-IN
ISBN 0-662-32568-0

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Sommaire de l’évaluation

Sommaire de l’évaluation -- Mai 2002 (population des Prairies)

Nom commun :
Ours grizzli

Nom scientifique :
Ursus arctos

Statut :
Espèce disparue du Canada

Justification de la désignation :
Disparue dans la région des Prairies du Canada.

Répartition :
Alberta, Saskatchewan, Manitoba

Historique du statut :
L'espèce a été considérée comme une unité et a été désignée « non en péril » en avril 1979. Division en deux populations en avril 1991 (population des Prairies et population du Nord‑Ouest). La population des Prairies a été désignée « disparue du Canada » en avril 1991. Réexamen de la situation et confirmation du statut en mai 2000 et en mai 2002. Dernière évaluation fondée sur une mise à jour d'un rapport de situation.

 

Sommaire de l’évaluation -- Mai 2002 (population du Nord-Ouest)

Nom commun :
Ours grizzli

Nom scientifique :
Ursus Arctos

Statut :
Espèce préoccupante

Justification de la désignation :
L'habitat de l'ours grizzli est en péril en raison des aménagements industriels, domiciliaires et récréatifs croissants. La fragmentation de l'habitat et de la population est en cours dans le sud de l'aire de répartition de l'ours. Les caractéristiques du cycle biologique de cet ours le rendent particulièrement vulnérable à la mortalité causée par les humains (dont la chasse, le braconnage, les accidents et les prises d'ours nuisibles). Son comportement le met souvent en conflit avec les personnes, ce qui entraîne un taux de mortalité accru lorsque les activités anthropiques s'étendent. L'espèce a disparu d'une partie importante de son aire de répartition historique, mais il y a encore plus de 26 000 ours grizzlis au Canada. La zone occupée par l'ours grizzli n'a pas diminué de manière importante au cours des 20 dernières années. L'avenir de plusieurs populations qui sont complètement ou grandement isolées est très incertain et dépend de la conservation.

Répartition :
Yukon, Territoires du Nord-Ouest, Nunavut, Colombie-Britannique,Alberta

Historique du statut :
L'espèce a été considérée comme une unité et a été désignée « non en péril » en avril 1979. Division en deux populations en avril 1991 (population des Prairies et population du Nord‑Ouest). La population du Nord‑Ouest a été désignée « préoccupante » en avril 1991. Réexamen de la situation et confirmation du statut en mai 2002. Dernière évaluation fondée sur une mise à jour d'un rapport de situation.

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Résumé

Ours grizzli
Ursus arctos

Description

L’ours grizzli a la morphologie typique des Ursidés. Il est musculeux, robuste et de grande taille. À la différence de l’ours noir, il porte une bosse proéminente entre les épaules, son profil facial est de forme concave et les griffes des pattes antérieures sont longues. Sa fourrure peut aller du blond à différents tons de brun ou même être presque noire. En moyenne, la masse corporelle des mâles est 1,8 fois supérieure à celle des femelles. Les femelles adultes pèsent entre 100 kg, chez les populations de l’intérieur, et 200 kg, chez les populations côtières.


Répartition

L’ours grizzli (ou ours brun) est présent au Canada, aux États-Unis et dans peut-être au moins 42 pays d’Eurasie. De nombreuses populations eurasiennes sont isolées, de petite taille et en voie de disparition. On estime qu’à l’échelle planétaire, les effectifs et l’aire de répartition de l’espèce ont diminué de 50 p. 100 depuis le milieu du 19e siècle. Au Canada, l’ours grizzli occuperait actuellement 2 574 000 km2, soit environ 26 p. 100 de la superficie du pays. Au cours de l’actuelle période post-glaciaire et de la période historique, la superficie de son aire de répartition s’est considérablement rétrécie au Canada comme dans l’ensemble de l’Amérique du Nord. De nos jours, on trouve des ours grizzlis dans certaines parties de l’Alberta, de la Colombie-Britannique, du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut.


Habitat

L’ours grizzli est un généraliste en matière d’habitat. On le trouve aussi bien au niveau de la mer que dans des milieux alpins. Au Canada, il occupe des habitats aussi variés que les forêts pluviales tempérées côtières et la toundra arctique semi-désertique. La majorité des ours grizzlis se nourrissent avant tout de végétaux; c’est pourquoi leur choix d’habitat a un fort caractère saisonnier et est ordinairement déterminé par le développement de la végétation. Dans les secteurs de montagnes, cela peut donner lieu à des migrations saisonnières entre les basses et les hautes altitudes.


Biologie

Malgré son anatomie de carnivore pour ce qui est de l’alimentation et de la digestion, l’ours grizzli est omnivore, et beaucoup d’individus sont principalement herbivores. Dans certaines régions cependant, l’ours grizzli est un prédateur efficace de l’orignal et du caribou, et les populations côtières se nourrissent abondamment de saumon durant la fraye. Habituellement, les femelles ont leur première portée à l’âge de six ans, les portées comptent deux ou trois oursons et l’intervalle entre les portées est communément de trois ou quatre ans. Cet ours vit ordinairement une vingtaine d’années, mais on a trouvé des individus de 34 ans. L’ours grizzli, espèce non territoriale, a un domaine vital qui peut couvrir jusqu’à 8 000 km2; dans les milieux riches, son domaine vital est cependant beaucoup moins étendu. Chaque année, l’ours grizzli hiverne durant au plus sept mois. Les oursons naissent dans la tanière en janvier ou en février.


Taille et tendances des populations

On estime qu’il y a au Canada entre plus de 26 916 et plus de 29 150 ours grizzlis. La population la plus importante se trouve en Colombie-Britannique, province qui compte au moins 14 000 ours. De 6 000 à 7 000 ours vivraient au Yukon, 5 100 dans les Territoires du Nord-Ouest et 1 000 en Alberta. On ignore quel est l’effectif de l’espèce au Nunavut, mais il se situe probablement entre 800 et 2 000 ours. On ignore aussi quels étaient anciennement les effectifs au Canada, mais ils étaient certainement très supérieurs à ceux d’aujourd’hui. On croit cependant que l’effectif canadien est généralement stable depuis 1990.


Facteurs limitatifs et menaces

Il y a une certaine mortalité naturelle, mais la plupart des mortalités sont liées aux activités humaines. Au Canada, l’ours grizzli est chassé dans la plupart des régions où il est présent et les chasseurs détenteurs de permis abattent plus de 450 ours grizzlis chaque année. Les données montrent qu’une centaine d’autres sont tués par l’homme dans d’autres contextes que la chasse légale, et un nombre important d’ours sont aussi tués sans que leur mort soit signalée.

Les activités humaines se déroulant dans les habitats de l’ours grizzli, notamment l’exploitation minière et forestière, l’agriculture, la construction résidentielle et les activités récréatives, réduisent la qualité de ces habitats et accroissent le risque de mortalité. Cet ours peut être attiré vers les lieux d’activité humaine par la nourriture qui peut s’y trouver. Nombre d’ours grizzlis attirés par exemple par les ordures et les animaux d’élevage sont abattus.

La construction de routes et d’autres infrastructures linéaires dans l’habitat de l’ours grizzli constitue une importante menace. En elles-mêmes, les routes causent peu de dommages, mais leur utilisation par l’homme réduit l’utilité de l’habitat pour l’ours grizzli dans la zone d’influence des routes. De plus, les routes facilitent l’accès aux habitats, de sorte que les chasseurs peuvent plus facilement abattre, légalement ou non, des ours.

L’activité humaine a conduit à l’isolement géographique ou génétique de plusieurs populations canadiennes d’ours grizzlis, dont huit repérées dans le Sud de la Colombie-Britannique. Chacune d’entre elles compte moins de 100 individus, et la possibilité de sauvetage par les populations voisines est de faible à nulle. Les activités responsables de cet isolement sont aussi à l’origine d’une certaine mortalité, de sorte que ces isolats risquent fortement de disparaître.


Protection actuelle

Environ 8,3 p. 100 de l’aire de la répartition actuelle de l’ours grizzli au Canada se trouve dans des zones protégées. Cependant, la chasse et d’autres activités susceptibles de réduire la qualité des habitats de l’ours grizzli sont permises dans certaines de ces zones dites « protégées ». Toutes les provinces et tous les territoires ont adopté des mesures de restriction de la chasse : périodes de fermeture, accès limité, quotas de prises, protection des femelles et des oursons, etc. Il est interdit d’employer des appâts pour la chasse à l’ours grizzli et de faire le commerce de parties ou de dérivés de cet ours.

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Mandat, composition et définitions du COSEPAC


Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine le statut, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés et des populations sauvages  canadiennes importantes qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées à toutes les espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, lépidoptères, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.


Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes fauniques des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans, et le Partenariat fédéral sur la biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésident(e)s des sous-comités de spécialistes des espèces et des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.


Définitions

Espèce
Toute espèce, sous‑espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n'existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)
Toute espèce qui n'est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)Note de bas de page 1
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P))Note de bas de page 2
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)Note de bas de page 3
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de page 4
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d'un manque de données scientifiques.

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

 

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

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Note de bas de page 2

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

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Note de bas de page 3

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

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Note de bas de page 4

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999

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Listes des figures et tableaux

Liste des figures


Liste des tableaux

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2. Information sur l'espèce

2.1 Nom et classification

L’Ursus arctos est largement connu sous les noms d’ours grizzli et d’ours brun. Ordinairement, les ours des populations eurasiennes et des populations côtières d’Amérique du Nord sont désignés par le nom d’ours brun, alors que ceux de l’intérieur de l’Amérique du Nord sont désignés par le nom de grizzli. Certains noms communs comme « ours kodiak », « ours brun d’Alaska » ou, en anglais, « silvertip » (le givre donnant à sa fourrure un aspect argenté) ou « barren-ground grizzly » (grizzli de la toundra), sont des noms vernaculaires qui sont trompeurs sur le plan de la répartition géographique, de l’aspect ou de l’habitat de l’espèce. La taxinomie de l’ours grizzli est la suivante :

Classe :
Mammifères
Ordre :
carnivores
Famille :
Ursidés
Genre :
Ursus
Espèce :
arctos


Les différences phénotypiques marquées qui sont observées d’un bout à l’autre de l’aire de répartition très étendue de cette espèce ont conduit, à l’origine, à la description de plus de 90 sous-espèces en Amérique du Nord (Merriam, 1918). Par la suite, l’amélioration des critères taxinomiques a réduit le nombre de sous-espèces aux deux sous-espèces largement reconnues suivantes : l’U. a. middendorffi, dans les îles Kodiak, et l’U. a. horribilis, dans le reste de l’Amérique du Nord (Rausch, 1963). Dans des travaux subséquents de classification, certains auteurs ont reconnu trois sous-espèces (Kurtén, 1973) ou sept sous-espèces (Hall, 1984) nord-américaines.

De récents travaux d’analyse par séquençage de l’ADN mitochondrial (ADNmt) remettent cependant en question toutes les conclusions d’ordre taxinomique auxquelles étaient parvenus les spécialistes concernant les ours grizzlis d’Amérique du Nord (Cronin et al., 1991; Waits et al., 1998). Quatre lignées d’ADNmt correspondant à quatre groupes, ou clades, ont été distinguées en Amérique du Nord (figure 1). On a observé peu de congruence entre la phylogénie fondée sur l’ADNmt et les variations morphologiques utilisées antérieurement dans la catégorisation infra spécifique des ours grizzlis, de même qu’une absence de correspondance entre les limites géographiques des clades et celles des sous-espèces présentement reconnues (Waits et al., 1998). Toutefois, Waits et al. (1998) ne sont pas en faveur d’une révision de la taxinomie de l’ours grizzli à partir de ces seuls résultats, qui ne se rapportent qu’à une unique région de l’ADNmt.

2.2 Description

L’ours grizzli a la morphologie typique des Ursidés, c’est-à-dire qu’il est massif, musculeux et robuste. La bosse proéminente entre les épaules, le profil facial de forme concave et les longues griffes des pattes antérieures sont des attributs typiques de l’espèce (figure 2). L’aspect physique de l’ours grizzli varie considérablement à l’intérieur de son aire de répartition nord-américaine. Sa fourrure peut aller du blond à différents tons de brun ou même être presque noire. On observe un dimorphisme sexuel, la masse corporelle des mâles étant en moyenne 1,8 fois supérieure à celle des femelles (Hilderbrand et al., 1999). Les femelles adultes pèsent entre 100 kg, chez les populations de l’intérieur, et 200 kg, chez les populations côtières (McLellan, 1994). Les mâles adultes pèsent entre 190 kg, chez les populations de l’intérieur, et 322 kg, chez les populations côtières (McLellan, 1994). Du fait du considérable gain de masse corporelle des ours entre le printemps et l’automne, et de la perte subséquente pendant les mois d’hiver, la date de capture des ours influe beaucoup sur ce type de données.

2.3 Populations

Il est difficile de distinguer des sous-populations au sein de la population d’ours grizzlis du Canada. Exception faite de quelques groupes isolés du Sud de la Colombie-Britannique, l’aire de répartition canadienne de l’ours grizzli est essentiellement continue (figure 3).

McLoughlin et al. (sous presse) ont procédé à une analyse multivariée par grappes de données télémétriques qui leur a permis de caractériser trois unités démographiques dans la partie centrale de l’Arctique canadien. Les aires de répartition des populations sont exclusives dans le cas des femelles, alors que dans celui des mâles, elles se recoupent. Toutefois, des individus des deux sexes quittent leur unité démographique natale; on peut s’attendre à ce que jusqu’à 35 p. 100 des mâles quittent leur unité démographique d’origine chaque année. De plus, des échanges génétiques entre unités sont probables. McLoughlin et al. (sous presse) sont parvenus à la conclusion que les taux d’échange entre ces unités sont tels qu’il est impossible de dire si l’une ou l’autre d’entre elles constitue une unité démographique indépendante, et ces auteurs sont d’avis qu’il faut gérer la population de la partie centrale de l’Arctique canadien comme s’il s’agissait d’une seule population continue, et avec les populations adjacentes qui se trouvent hors de leur zone d’étude. Présentement, il n’existe pas d’obstacle d’origine humaine à la circulation des ours grizzlis dans l’Arctique; leurs déplacements et leur dispersion n’y sont pas entravés comme ils le sont dans certains secteurs du sud.


Figure 1. Quatre clades d’ours grizzlis (ou ours bruns) d’Amérique du Nord déterminés par séquençage de l’ADNmt

Figure 1. Quatre clades d’ours grizzlis (ou ours bruns) d’Amérique du Nord déterminés par séquençage de l’ADNmt.

À noter le chevauchement de deux clades dans l’Arctic National Wildlife Refuge, dans le Nord-Est de l’Alaska (voir le texte). Tiré de Waits et al. (1998).


Figure 2. Femelle adulte immobilisée, dans le Nord-Est de la Colombie-Britannique

Figure 2. Femelle adulte immobilisée, dans le Nord-Est de la Colombie-Britannique.

À noter le profil facial concave et les longues griffes des pattes antérieures, caractéristiques de l’ours grizzli (Ursus arctos). Photo prise par l’auteur.


Figure 3. Répartition actuelle de l’ours grizzli au Canada

Figure 3. Répartition actuelle de l’ours grizzli au Canada.

Les triangles indiquent des observations confirmées faites hors de l’aire normalement occupée par l’espèce.


Des critères génétiques ont été établis pour distinguer les unités évolutionnaires significatives (UES) et les unités de gestion (UG) (Moritz, 1994). Une UES est un groupe qui a été isolé des congénères assez longtemps pour que se soient installées des divergences génétiques notables (Ryder, 1986). Une UG est un groupe dont la dynamique démographique repose principalement sur la natalité et la mortalité plutôt que sur l’immigration et l’émigration; les UG sont des populations qui présentent entre elles des différences importantes quant aux fréquences alléliques (Moritz, 1994). Cependant, ces deux définitions sont fondées sur l’hypothèse de l’isolement géographique des unités dont il est question (Paetkau, 1999).

L’analyse du matériel génétique d’ours grizzlis de localités représentatives couvrant l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce au Canada ne permet pas de distinguer des populations. Même si quatre groupes génétiquement définis (clades) ont été identifiés en Amérique du Nord (figure 1), les frontières les séparant ne sont pas nettes et elles n’ont pas été tracées. On ne peut exclure l’existence de zones de contact. De fait, une telle zone a été trouvée en Alaska, dans l’Arctic National Wildlife Refuge (réserve faunique nationale de l’Arctique) (Waits et al., 1998). On peut s’attendre à ce qu’un échange d’individus se produise entre les clades puisque l’habitat jouxtant les zones correspondant à chacun des clades est, pour l’essentiel, occupé de manière continue par des ours grizzlis, et parce que l’espèce se caractérise par une bonne capacité de dispersion (LeFranc et al., 1987; Weaver et al., 1996; mais voir aussi McLellan et Hovey, 2001b). Pour l’instant, les distinctions d’unités démographiques selon des critères génétiques ne sont pas d’une grande utilité en ce qui regarde l’évaluation du statut de ces unités au Canada, exception faite des cas confirmés d’isolement génétique. Les données démographiques sur les divers clades, notamment les estimations de leur effectif et de leurs tendances, ne sont pas assez complètes pour établir le statut de ces clades. En outre, dans une grande partie de l’aire canadienne de répartition de l’espèce, notamment dans la majeure partie de la Colombie-Britannique et l’est de l’Arctique, l’assignation à des clades n’a pas encore été réalisée (Waits et al., 1998); il est donc impossible de définir des sous-populations au Canada sur cette base.


2.3.1 Isolats du Sud de la Colombie-Britannique

De récentes études génétiques ont permis de montrer que les ours grizzlis vivant dans le Sud des monts Selkirk sont isolés. La section 2.3.2 présente ces travaux.

L’habitat des ours grizzlis vivant dans le Nord des Cascades constitue également un îlot. Une connexion avec les habitats occupés par l’espèce vers l’est et le nord-est par delà une large bande de territoire non occupée (de 70 à 160 km) est improbable, le seul cas avéré de franchissement de cette bande ayant été celui d’un individu qui avait été transporté et qui est revenu (McLellan, 1998; T. Hamilton, comm. pers.). La possibilité de connexion avec l’habitat occupé vers le nord-ouest est réduite par l’existence des obstacles que sont le Fraser, la route transcanadienne, les voies ferrées du Cascades Nord (CN) et du Canadien Pacifique et les aménagements connexes; aucun franchissement de cette zone n’a non plus été signalé. Cependant, les échantillons génétiques sont insuffisants pour confirmer l’isolement de la population des Cascades Nord.

L’effectif de l’unité démographique d’ours grizzlis (UDOG) des Cascades Nord est estimé à moins de 20 individus (Province of British Columbia, 1995), mais il peut atteindre 23 ours (NCGBRT, 2001). Toutefois, de récents efforts infructueux pour trouver des ours dans ce secteur (M. Austin, K. Romain, comm. pers.) nous portent à penser que ces estimations peuvent être élevées. La partie canadienne des Cascades Nord pourrait éventuellement abriter de 44 à 64 ours (Province of British Columbia, 1995). Un plan provincial de rétablissement pour le secteur des Cascades est en cours de préparation (NCGBRT, 2001). La gestion de l’accès, la prévention de l’apparition de zones de dislocation internes, le rétablissement de liens avec des unités démographiques de l’extérieur et l’accroissement de la population sont des éléments de ce plan qui sont à l’étude. Cette unité démographique est établie dans un secteur contigu, du côté sud, à la North Cascades Grizzly Bear Recovery Zone des États-Unis (USFWS, 1993). La population américaine d’ours grizzlis des Cascades Nord compterait moins de 20 individus (W. Kasworm, comm. pers.), peut-être même seulement 5 (Servheen, 1999a), et des mesures d’accroissement de la population sont envisagées. De récentes tentatives visant à repérer des ours à partir de l’ADN de poils recueillis sur du fil barbelé ont eu très peu de succès : entre 1998 et 2000, une seule femelle a été repérée (du côté canadien) avec un effort de 5 304 nuits-pièges couvrant les deux côtés de la frontière (K. Romain, comm. pers.).

Au moins six autres isolats ont été repérés dans le Sud de la Colombie-Britannique (T. Hamilton et B. McLellan, comm. pers.). Trois de ces
isolats se trouvent dans des unités démographiques d’ours grizzlis désignées par le gouvernement provincial comme étant menacées. La section 6.3 décrit la situation de ces isolats.

Il se peut que d’autres populations canadiennes d’ours grizzlis vivent en état d’isolement pratiquement total, mais cela n’a pas été confirmé par des preuves d’isolement génétique ou géographique. La bordure méridionale de l’aire de répartition de l’ours grizzli est constituée de plusieurs prolongements péninsulaires (figure 4; section 2.3.2). Là où il y a constriction de ces « péninsules », le libre déplacement des ours est entravé. La situation réelle des ours grizzlis dans ces péninsules est inconnue, et la connectivité à l’intérieur des péninsules pourrait être réduite ou perdue. On pense, par exemple, aux unités démographiques de Kettle-Granby, de Valhalla, de la partie centrale des Monashee et de Yahk, depuis le Centre-Sud jusqu’au Sud-Est de la Colombie-Britannique (figure 11). Même s’il n’a pas encore été démontré que ces unités soient complètement isolées, les autorités locales redoutent que ce soit le cas à cause de la présence de divers obstacles naturels et activités humaines (T. Hamilton, B. McLellan, comm. pers.; McLellan, 1998); la Colombie-Britannique a attribué à chacune d’entre elles le statut d’unité démographique menacée. Dans la partie sud des Rocheuses en Alberta et en Colombie-Britannique, des chercheurs ont documenté un flux génique réduit entre les deux côtés de la route transcanadienne dans le parc national Banff, ainsi qu’entre les deux côtés de la route 3 à la hauteur du pas du Nid-de-Corbeau (M. Gibeau et M. Proctor, comm. pers.; Proctor et al., sous presse).


2.3.2 Population des Selkirk Sud

Sous-section rédigé par Michael Proctor et Ian Ross.

2.3.2.1 Introduction

Dans la présente sous-section, nous examinons de récents documents sur l’isolement génétique et démographique de l’ours grizzli dans une partie du sud des monts Selkirk, dans le Sud de la Colombie-Britannique. Ces données et leur interprétation sont importantes puisqu’elles ont trait à un mécanisme possible expliquant le lent processus d’isolement et d’extinction locale de cause anthropique qui menace la survie à long terme de l’ours grizzli, particulièrement à la limite sud de son aire de répartition en Amérique du Nord. Cet examen prend une importance particulière du fait que les unités démographiques nouvellement isolées (îlots de population) risquent fortement de disparaître. De plus, les péninsules d’habitat sont particulièrement susceptibles de se transformer en îlots.

L’isolement géographique de populations a des conséquences sur le plan génétique comme sur le plan démographique. L’isolement génétique de populations aux effectifs réduits mène à une perte de diversité génétique sous l’effet de la dérive génétique et de l’intensification de l’endogamie. Le nombre d’options sur le plan génétique se trouvant réduit, la perte de variabilité génétique intrapopulationnelle devrait limiter le potentiel d’adaptation à d’éventuels changements environnementaux. En fait, la réponse d’une population à une perte de variabilité génétique peut ne pas être aussi simple que cela. Par exemple, bien que la variabilité génétique chez les ours bruns de l’île Kodiak (Alaska) ne soit que du tiers de celle des populations continentales (Paetkau et al., 1998a), cette population isolée a pourtant très bien survécu pendant des dizaines de milliers d’années. L’observation de ce même phénomène chez l’ours noir à Terre-Neuve (Paetkau et al., 1998a) laisse penser que la variabilité génétique peut ne pas constituer une menace immédiate pour les populations d’ours en Amérique du Nord. Cependant, l’isolement démographique est un facteur qui peut avoir plus de poids dans les paysages actuels, où une population isolée à l’effectif limité peut dépendre d’immigrants provenant d’un bassin de population avoisinant pour contrer les baisses démographiques causées par la mortalité et la dégradation de l’habitat d’origine humaine.


Figure 4. Répartition actuelle approximative de l’ours grizzli dans le Sud-Ouest du Canada (d’après McLellan, 1998)

Figure 4. Répartition actuelle approximative de l’ours grizzli dans le Sud-Ouest du Canada.

Les unités démographiques des Cascades Nord (CN) et des Selkirk Sud (SS) sont identifiées. Anciennement (vers 1800), l’aire de répartition de l’espèce englobait toute l’aire continentale représentée sur la carte.


Dans le Sud du Canada, à la limite méridionale de son aire de répartition en Amérique du Nord, l’ours grizzli vit dans des « péninsules d’habitat » assez étroites, qui suivent des chaînes de montagnes (figure 4; McLellan, 1998). Il y existe un risque élevé d’isolement de populations, s’accompagnant d’un risque de disparition, particulièrement dans le cas des petites populations.

Pour sa thèse de doctorat, Michael Proctor a étudié la fragmentation de la population d’ours grizzlis dans le Sud-Est de la Colombie-Britannique et le Sud-Ouest de l’Alberta. Dans ses travaux très récents, il a documenté l’existence de péninsules d’habitat dans le Sud des monts Selkirk et dans le Sud des monts Purcell, et l’isolement total des ours grizzlis dans le Sud des Selkirk au sud de la route 3A de la Colombie-Britannique. Ce chercheur a utilisé les génotypes de 15 locus microsatellites dans un test d’assignation comparant les probabilités d’appartenance ainsi que la mesure connexe de la distance génétique (Paetkau et al., 1995; Paetkau et al., 1997; Paetkau et al., 1998b) pour caractériser génétiquement les ours vivant dans des secteurs géographiques précis et pour évaluer les profils de migration entre ces populations locales.

2.3.2.2 Isolement de la population d’ours grizzlis des Selkirk Sud

Il existe trois types d’information génétique, présentés ici et examinés ci-après, laissant penser que les ours grizzlis des Selkirk Sud seraient génétiquement et démographiquement isolés des populations voisines de la région. L’un d’eux est le test d’assignation qui regroupe les individus selon la similitude des fréquences alléliques et met en rapport les résultats avec les endroits où vivent les ours concernés (Paetkau et al., 1995; Waser et Strobeck, 1999). La distance génétique, DLR (LR : likelihood ratio, soit le rapport des probabilités d’appartenance), mesure connexe, quantifie ce qui sépare génétiquement deux populations (Paetkau et al., 1997). Le troisième test est la mesure classique de l’hétérozygotie utilisée en génétique des populations. Dans le présent contexte, nous avons utilisé l’hétérozygotie attendue relative à titre d’indice de la variabilité génétique relative (Nei et Roychoudury, 1974).

2.3.2.3 Échantillons de matériel génétique et limites géographiques de la population des Selkirk Sud

Les chercheurs se sont procuré des échantillons de matériel génétique auprès de plusieurs sources. B.C. Ministry of Environment a fourni des échantillons de poils qui avaient été prélevés au moment du recensement des ours grizzlis de la partie centrale des Selkirk, réalisé en 1996 sur un territoire de 9 866 km2. Le US Fish & Wildlife Service (W. Kasworm) a fourni des échantillons provenant d’ours capturés dans le secteur de la rivière Yaak dans le Nord-Ouest du Montana et le Sud-Est de la Colombie-Britannique, et l’Idaho Department of Fish and Game (W. Wakkinen) a fourni des échantillons provenant d’ours capturés dans la partie Sud des Selkirk aux États-Unis. Proctor a prélevé des échantillons de poils dans le Sud des Selkirk ainsi que dans le Sud et le Centre des Purcell au Canada. Tous les échantillons ont été prélevés au cours des années 1990, la plupart (90 p. 100) à partir de 1996. Les échantillons issus des ours capturés provenaient du sang ou de poils recueillis au moment de la capture; tous les autres échantillons ont été obtenus de manière non intrusive au moyen d’appâts odorants et d’enclos de fil barbelé, suivant la méthode décrite par Woods et al. (1999).

L’ensemble de 45 échantillons pour la population des Selkirk Sud provenait d’un secteur ayant une superficie d’environ 8 000 km2, situé au sud du tronçon de la route 3A qui longe le bras ouest du lac Kootenay entre Balfour et Nelson, en Colombie-Britannique. La vallée de la rivière Kootenay et du lac du même nom, incluant les municipalités de Creston (Colombie-Britannique) et de Bonners Ferry (Idaho), formait la limite est. La limite ouest de la zone d’échantillonnage était la route 6 entre Nelson et Salmo (Colombie-Britannique). Cette population s’étend en Idaho jusqu’à la limite sud de l’habitat occupé par l’espèce dans les monts Selkirk (W Wakkinen, Idaho Dept. of Fish and Game, comm. pers.); certains échantillons provenaient de l’Idaho.

Immédiatement à l’ouest des Selkirk Sud, il existe un petit territoire (1 440 km2) abritant un très faible nombre d’ours grizzlis (environ dix individus selon la B.C. Wildlife Branch) où aucun échantillonnage n’a été effectué. À l’ouest de ce secteur, on trouve un secteur non occupé par l’espèce, au sud de Castlegar, dans la région de Trail (Colombie-Britannique).

2.3.2.4 Observations découlant du test d’assignation

Ce test est fondé sur des fréquences alléliques mesurées au sein des populations à comparer. La probabilité d’appartenance d’un ours à une population donnée est, dans la présente étude, la probabilité cumulée de la présence de 30 allèles de cet ours (15 locus par ours, 2 allèles par locus) dans cette population. Les chercheurs assignent chacun des ours à la population pour laquelle il présente la probabilité d’appartenance la plus élevée. Après comparaison des échantillons provenant de 99 ours grizzlis des Selkirk Centre avec ceux de 45 ours des Selkirk Sud, Proctor a observé que tous les ours se trouvaient assignés à la population de la région où ils ont été capturés (figure 5). Cela nous incite fortement à penser que parmi les ours échantillonnés, il n’y avait pas de migrants qui auraient passé d’un secteur géographique à l’autre et que tous les ours avaient été capturés dans le secteur où ils avaient vu le jour. La séparation marquée des individus des deux secteurs géographiques (figure 5) témoigne d’une nette distinction entre les individus des deux populations sur la base de leurs fréquences alléliques cumulées. La validité de ces résultats se trouve renforcée par le fait que le pourcentage d’ours échantillonnés dans chaque population est assez élevé. Les 45 échantillons des Selkirk Sud représentent de 40 à 55 p. 100 de la population totale (Canada et États-Unis) estimée, soit 97 ours (de 82 à 112) (extrapolation d’après Wielgus et al., 1994; estimation du B.C. Ministry of Environment, G. Woods, comm. pers.; W. Wakkinen, Idaho Dept. of Fish and Game, comm. pers.). Les 99 échantillons provenant des Selkirk Centre correspondent à environ 40 p. 100 de la population estimée dans cette région (256 ours; Mowat et Strobeck, 2000). Proctor a aussi obtenu des résultats similaires lorsqu’il a comparé la population des Selkirk Sud à un échantillon de 22 ours provenant des Purcell Sud, immédiatement à l’est (figure 6). Bien que cet échantillon soit petit (mais il correspond tout de même à plus de 40 p. 100 de la population estimée – B.C. Wildlife Branch et W. Kasworm, comm. pers.), les résultats de cette comparaison permettent fortement de penser que les deux populations sont séparées et qu’il n’y a pas de dispersion entre les deux régions. La population d’ours grizzlis des Selkirk Sud semble être complètement isolée des populations voisines situées au nord et à l’est.

Ces résultats diffèrent nettement de ceux de la comparaison entre les ours de la partie centrale et de la partie nord des Selkirk (figure 7). Il existe très peu de différence entre les fréquences alléliques des ours de ces deux régions et il semble bien que des ours passent d’une région à l’autre. Il est clair que les ours grizzlis de ces deux régions ne sont séparés ni génétiquement ni démographiquement.

2.3.2.5 Observations découlant de la distance génétique

Il existe un lien entre la distance génétique et les taux de migration et de mutation, les effectifs, la dérive génétique et le temps (Hartl et Clark, 1997). Bien que les chercheurs n’aient pas encore établi une relation exacte entre la distance génétique et les taux de déplacement, des progrès sont observés à ce chapitre. Avec les mêmes locus microsatellites que ceux utilisés par Proctor, Paetkau et al. (1999) n’ont pas repéré chez des paires de populations d’ours blancs (U. maritimus), dont la distance génétique (DLR) est supérieure à 3,5, la présence dans ces paires de migrants de l’une ou l’autre population. Cela signifie qu’il peut exister un seuil de distance génétique au-delà duquel les migrations sont très rares ou même inexistantes. Les DLR obtenues par Paetkau et al. (1999) pour diverses paires de populations d’ours blancs étaient comprises entre 0 et 7,8 (Fst = 0,002 à 0,108). Ces populations d’ours blancs sont probablement à l’état d’équilibre entre mutations, migrations et dérive génétique, des fractures naturelles étant responsables de la structure démographique observée (Paetkau et al., 1999). Proctor a établi à 11,4 (Fst = 0,133) la distance génétique (DLR) entre les populations d’ours grizzlis de la partie sud et de la partie centrale des Selkirk, ce qui est nettement supérieur au seuil de 3,5 que Paetkau et al. (1999) avancent pour l’absence de migration. En outre, la population de la partie sud des Selkirk n’est fort probablement pas en équilibre, de sorte qu’une distance génétique de 8,5 constituerait une estimation prudente. Bien que la DLR soit une mesure génétique relativement récente, Paetkau et al. (1997) ont trouvé qu’elle est étroitement corrélée avec des mesures plus classiques de la distance génétique, comme la mesure standard Ds de Nei.


Figure 5. Carte et graphique d’assignation pour les ours grizzlis des Selkirk Sud (SS) et des Selkirk Centre (SC)

Figure 5. Carte et graphique d’assignation pour les ours grizzlis des Selkirk Sud (SS) et des Selkirk Centre (SC).

 


Figure 6. Carte et graphique d’assignation pour les ours grizzlis des Selkirk Sud (SS) et des Purcell Sud (PS).

Figure 6. Carte et graphique d’assignation pour les ours grizzlis des Selkirk Sud (SS) et des Purcell Sud (PS).

 


Figure 7. Carte et graphique d’assignation pour les ours grizzlis des Selkirk Centre (SC) et des monts du Nord de la Columbia, à l’ouest du fleuve (« West Slopes », WS).

Figure 7. Carte et graphique d’assignation pour les ours grizzlis des Selkirk Centre (SC) et des monts du Nord de la Columbia, à l’ouest du fleuve (« West Slopes », WS).

 

2.3.2.6 Observations découlant de la perte de diversité génétique

La figure 8 donne l’hétérozygotie moyenne chez huit assemblages d’ours grizzlis de secteurs voisins (figure 9) situés dans le Sud de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. Lorsqu’il a comparé l’hétérozygotie des 15 locus des ours des Selkirk Sud à celle des ours des Selkirk Centre, secteur immédiatement adjacent, Proctor a constaté que l’hétérozygotie moyenne chez les ours de la partie sud (figure 8) était inférieure à ce qui était attendu (test t sur échantillons appariés, < 0,05). Ces résultats portent à penser que cet assemblage d’ours a été génétiquement isolé pendant au moins plusieurs générations. La perte de diversité génétique dans les petites populations est principalement attribuable à la dérive génétique (Lacy, 1987), mécanisme aléatoire alimenté par l’« échantillonnage » limité des allèles par les reproducteurs (du fait de leur faible nombre), qui se répercute de génération en génération.

En utilisant des valeurs moyennes pour les paramètres démographiques, Proctor a estimé à 60 ans la durée de l’isolement de l’unité démographique des Selkirk Sud par rapport à l’unité des Selkirk Centre. Ce calcul est une approximation grossière, reposant sur plusieurs hypothèses qu’il est difficile de vérifier. L’intérêt de ce calcul est en fait qu’il offre un cadre explicatif pour l’hétérozygotie réduite observée chez les ours des Selkirk Sud. Il suppose que les populations d’ours grizzlis de la partie sud et de la partie centrale des Selkirk étaient antérieurement en contact, que l’hétérozygotie était la même dans les deux populations et que l’hétérozygotie dans la population de la partie centrale, plus importante, n’a pas beaucoup diminué depuis l’isolement des populations. Il suppose aussi, probablement à tort, que l’isolement s’est produit de manière abrupte. Proctor estime en outre la durée d’une génération à 10 ou 15 ans (Allendorf et Servheen, 1986; Craighead et al., 1995), et la taille de la population effective, Ne (nombre de reproducteurs contribuant à la génération suivante), à 0,11 fois la population totale (plage de 0,04  à  0,19, Paetkau et al., 1998a).


Figure 8. Hétérozygotie moyenne au sein de populations d’ours grizzlis du Sud-Est de la Colombie-Britannique et du Sud-Ouest de l’Alberta

Figure 8. Hétérozygotie moyenne au sein de populations d’ours grizzlis du Sud-Est de la Colombie-Britannique et du Sud-Ouest de l’Alberta.

Voir la figure 9 pour la localisation des secteurs d’étude.


Figure 9. Localisation des secteurs d’étude du Sud-Est de la Colombie-Britannique et du Sud-Ouest de l’Alberta d’où proviennent les échantillons utilisés pour évaluation de l’hétérozygotie

Figure 9. Localisation des secteurs d’étude du Sud-Est de la Colombie-Britannique et du Sud-Ouest de l’Alberta d’où proviennent les échantillons utilisés pour évaluation de l’hétérozygotie.

Les codes alphabétiques des secteurs sont expliqués à la figure 8.

La probabilité d’identité sans (PI) biais est un autre indicateur de la diversité génétique réduite de la population des Selkirk Sud. La PI est la probabilité que deux individus choisis aléatoirement au sein d’une population présentent des génotypes identiques pour les 15 locus. La PI est de 1/822 000 000 pour l’unité démographique des Selkirk Sud. En comparaison, elle est de 1/11 000 000 000 000 pour celle des Selkirk Centre et de 1/2 000 000 000 000 pour celle des Purcell Sud.

2.3.2.7 Péninsules d’habitat dans le Sud de la Colombie-Britannique

L’isolement de la population d’ours grizzlis des Selkirk Sud par rapport à celle des Selkirk Centre et à celle des Purcell Sud tranche sur la connectivité entre les deux chaînes juste au nord. Les résultats de la comparaison portant sur les ours de secteurs voisins situés dans les parties centrales de ces deux chaînes conduisent à penser que les ours passent d’une chaîne de montagnes à l’autre (figure 10). Ces résultats nous portent à croire que les populations adjacentes des parties méridionales des Selkirk et des Purcell se comportent comme si elles vivent dans deux péninsules d’habitat.

2.3.2.8 Analyse

Selon la théorie moderne de la biologie de la conservation (Caughley et Gunn, 1996), on considère que la fragmentation de l’habitat constitue une grave menace pour les populations, et éventuellement pour les espèces touchées. La fragmentation de l’habitat d’une population peut se solder par la fragmentation de cette dernière. Dans le cas de l’ours grizzli, particulièrement vers la limite sud de son aire de répartition en Amérique du Nord, la configuration en péninsules de son habitat actuel le rend vulnérable à une fragmentation de sa population sous l’action de facteurs anthropiques créant des îlots d’habitat. Les populations de tels îlots risquent fortement de disparaître, particulièrement lorsqu’elles comptent moins d’une centaine d’individus, comme c’est le cas dans la partie sud des Selkirk. Lorsqu’il est combiné à une mortalité et à une dégradation de l’habitat par cause anthropique, ce mécanisme constitue probablement la plus lourde menace pour la survie de l’espèce dans le Sud du Canada.

Proctor signale qu’il existe deux explications possibles au degré inférieur d’hétérozygotie et aux fréquences alléliques divergentes des ours grizzlis de la partie sud des Selkirk. Cette population pourrait être un vestige d’une population séparée qui occupait un territoire se trouvant au sud-ouest des bras ouest et sud du lac Kootenay, ou, deuxième hypothèse, la partie sud des Selkirk pourrait être un îlot d’habitat récemment formé dont la population était auparavant reliée aux populations situées plus au nord, dans la partie centrale des Selkirk et au-delà. Proctor fait valoir que la seconde hypothèse est beaucoup plus plausible que l’autre. Il signale que la vallée où est observée la fracture au nord est assez étroite; elle loge le bras ouest du lac Kootenay, semblable à un cours d’eau au débit lent. Jusqu’à récemment, et pendant des siècles, les eaux de ce lac ont abrité une importante population de saumon (Onchorynchus nerka) confinée aux eaux intérieures qui frayait dans de nombreux affluents de ce lac. Cette population est aujourd’hui très réduite et se maintient principalement grâce à une frayère artificielle contrôlée. Une étroite bande continue occupée par l’homme, le long de la route 3A de la Colombie-Britannique, constitue une autre barrière. Cette route suit l’ancien parcours d’une voie de circulation qui a permis le développement de l’industrie fruitière dans la région à partir du début du 20e siècle. Il y a 20 à 40 ans, les appels à la direction de la faune de la Colombie-Britannique en raison de la présence d’ours grizzlis nuisibles étaient encore chose assez fréquente. Depuis 1990 cependant, ces appels ont presque cessé (G. Woods, comm. pers.). En plus de la présence humaine qui a bloqué l’accès à l’habitat riverain, la lutte contre les incendies menée depuis des décennies dans la vallée a réduit la superficie d’habitat constitué des premiers stades de succession et favorisé la croissance de forêts équiennes de conifères peu propices à l’ours grizzli.

La route 3A se prolonge juste à l’Est de l’unité démographique des Selkirk Sud le long du bras sud du lac Kootenay; on trouve aussi de ce côté la municipalité de Creston et ses infrastructures agricoles. À l’ouest, il s’est développé un ensemble assez important de municipalités et d’exploitations agricoles dans le secteur du lac Arrow et du fleuve Columbia. La population d’ours grizzlis des Selkirk Sud est fonctionnellement un îlot de population.


Figure 10. Carte et graphique d’assignation pour les ours grizzlis des Selkirk Centre (SC) et des Purcell Centre (PC)

Figure 10. Carte et graphique d’assignation pour les ours grizzlis des Selkirk Centre (SC) et des Purcell Centre (PC).


Il est difficile de prouver que les populations d’ours grizzlis de la partie sud et de la partie centrale des Selkirk étaient reliées dans le passé, mais l’examen de l’aménagement du territoire au cours du dernier siècle laisse fortement penser qu’il s’est produit une fragmentation. À l’inverse, si le bras ouest du lac Kootenay pouvait, à l’état naturel, constituer une barrière entre populations d’ours grizzlis, de telles fractures pourraient exister en très grand nombre dans l’aire de répartition de l’ours grizzli et on ne pourrait alors pas considérer que le gros de la population canadienne d’ours grizzlis forme une unité ininterrompue.

Proctor est aussi d’avis que la petitesse de la population (97 individus; voir plus haut) et la taille de la population effective (10 p. 100) expliquent la divergence observée dans les probabilités d’appartenance entre les deux populations. De plus, la population d’ours grizzlis de la partie sud des Selkirk aurait pu faire l’expérience d’un goulot d’étranglement démographique attribuable à une mortalité de cause anthropique élevée au début du 20e siècle, ce qui aurait accéléré la dérive génétique.

Bref, au début du 20e siècle, les ours grizzlis de la partie sud des Selkirk et des terres adjacentes ont probablement éprouvé une forte mortalité de cause anthropique associée à l’exploitation minière et à l’agriculture. Ce phénomène a été aggravé au cours des dernières décennies par l’accroissement de l’occupation humaine, de plus en plus dense et continue, entre les deux populations.

Il n’y a rien de très inhabituel à cette fracture entre populations en ce sens que les conditions qui ont fort probablement conduit à cette situation existent dans de nombreuses régions partout dans l’Ouest de l’Amérique du Nord (Sud de la Colombie-Britannique compris), notamment dans d’autres secteurs occupés récemment ou toujours occupés par l’ours grizzli. Ce problème devient aigu dans les étroites péninsules d’habitat occupées par l’ours grizzli dans la région.

Proctor et al. (sous presse) ont étudié la fragmentation de la population d’ours grizzlis dont le territoire est traversé par la route 3, à la hauteur du pas du Nid-de-Corbeau (Colombie-Britannique), dans les Rocheuses. Ils ont démontré que ce corridor routier, emprunté par environ 7 000 véhicules par jour et parsemé d’installations humaines, a pratiquement interrompu les déplacements des femelles de l’ours grizzli et leur dispersion d’un côté à l’autre de la route. Ils ont trouvé des indices de franchissement par des mâles, mais ils soulignent que la distance génétique supérieure à la valeur attendue entre les ours grizzlis d’un côté et de l’autre laisse penser que les déplacements des mâles et le flux génique sont limités et réduits.

2.3.2.9 Menaces et stabilité démographique

La chasse à l’ours grizzli est interdite depuis 1995 dans la partie sud des Selkirk, mais c’est en 1991 que le dernier a été abattu légalement (G. Woods, comm. pers.). Selon Wielgus et al. (1994), cette population serait provisoirement stable, mais l’équilibre serait menacé par la mortalité de cause anthropique. De récents travaux de recherche réalisés aux États-Unis (W. Wakkinen, Idaho Fish & Game, comm. pers.) indiquent que les effectifs peuvent être en hausse grâce à des progrès dans la lutte contre ce type de mortalité. Au Canada, des recherches similaires n’ont pas été effectuées dernièrement. Les gestionnaires canadiens de la faune pour la région sont conscients de la menace que présente la mortalité de cause anthropique, mais ils estiment que, pour l’instant, la situation est stable (G. Woods, comm. pers.). Il demeure cependant que l’îlot de population des Selkirk Sud, estimé à 97 individus et dont la taille de la population effective n’est que de cinq à 20 individus, se trouve clairement menacé de disparaître du pays à long terme.


Figure 11. Unités démographiques de l’ours grizzli en Colombie-Britannique

Figure 11. Unités démographiques de l’ours grizzli en Colombie-Britannique.

Carte reproduite avec la permission du B.C. Ministry of Water, Land and Air Protection. Les groupes indiqués par un point sont isolés (voir le texte du rapport).

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3. Répartition

Répartition mondiale

L’Ursus arctos est largement réparti dans la région holarctique (figure 12). Il est présent au Canada, aux États‑Unis et dans peut‑être au moins 42 pays d’Eurasie (Servheen et al., 1999). De nombreuses populations eurasiennes sont isolées, de petite taille et en voie de disparition. On estime que depuis le milieu du 19e siècle, l’Ursus arctos a perdu à l’échelle mondiale la moitié de son aire de répartition et de ses effectifs (Servheen, 1990). Dans les 48 États contigus des États‑Unis, l’Ursus arctos n’est plus présent que dans 2 p. 100 de l’aire de répartition qu’il occupait en 1800 (Servheen, 1999a).


Figure 12. Répartition mondiale de l’ours grizzli (ou ours brun)

Figure 12. Répartition mondiale de l’ours grizzli (ou ours brun)

Répartition canadienne

La répartition post‑glaciaire de l’Ursus arctos englobait pratiquement tout l’Ouest du Canada et s’étendait loin vers l’est. Des preuves fossiles et autres montrent qu’à l’époque préhistorique, l’espèce aurait apparemment été présente en Ontario (Peterson, 1965) et au Labrador (Elton, 1954; Speiss, 1976; Speiss et Cox, 1977; Veitch et Harrington, 1996).

La présence de l’ours grizzli au Labrador au cours de la période historique fait l’objet d’un débat. Le Labrador est spécifiquement exclu des descriptions de l’aire de répartition de l’espèce dans la plupart des documents de référence (voir par exemple Banfield, 1974; Servheen, 1990; Pasitschniak‑Arts, 1993; McLellan et Banci, 1999). Cependant, Elton (1954) et Veitch et Harrington (1996) font état pour le Labrador de mentions anecdotiques, remontant à seulement 1926, concernant le commerce de peaux d’ours qui auraient été des peaux de grizzli. Veitch et Harrington (1996) ont attribué la disparition de l’ours grizzli au Labrador à une chute prononcée du nombre de caribous et à la chasse. Ils pensaient en outre que cette disparition de l’ours grizzli a favorisé la colonisation de la toundra du Labrador par l’ours noir. Jonkel (1987) a contesté l’existence du « grizzli de l’Ungava », mais il a toutefois concédé que certains individus ont pu pousser leurs déplacements jusqu’à l’Est de la baie d’Hudson. Selon les renseignements disponibles, si une population se reproduisait au Labrador au cours de la période historique, sa densité et son abondance devaient être très faibles.

Au Canada, l’ours grizzli occupe actuellement un territoire estimé à 2 574 000 km2, soit 26 p. 100 de la masse continentale du pays (figure 3). Au cours de la période historique, l’aire de répartition de l’espèce a considérablement diminué tant au Canada que dans l’ensemble de l’Amérique du Nord, mais particulièrement dans les Prairies (figure 13). Les principales réductions coïncident avec l’arrivée des Européens et l’introduction des armes à feu. Cependant, aucune réduction de l’aire canadienne de répartition de l’espèce n’a été signalée depuis que le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a attribué le statut d’espèce vulnérable (dit aujourd’hui « espèce préoccupante ») à l’ours grizzli en 1991.

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4. Habitat

4.1 Définition

L’ours grizzli est un généraliste en matière d’habitat. On le trouve aussi bien au niveau de la mer qu’en altitude, dans des milieux alpins. Au Canada, il occupe des habitats aussi variés que les forêts pluviales tempérées côtières et la toundra arctique sèche. Malgré son anatomie de carnivore pour ce qui est de l’alimentation et de la digestion, l’ours grizzli est omnivore, et beaucoup d’individus sont principalement herbivores. Le choix des habitats chez cet ours a un fort caractère saisonnier et reflète ordinairement la phénologie locale. Dans les secteurs de montagnes, cela peut donner lieu à des migrations saisonnières entre les basses et les hautes altitudes.

L’exploitation de l’habitat chez cette espèce a été largement décrite pour la plupart des écorégions (voir par exemple Schwartz et al., sous presse). Dans le présent rapport, on a surtout tenu compte des articles des dix dernières années, particulièrement de ceux qui décrivent la situation au Canada.

L’exploitation de l’habitat par l’ours grizzli du Centre de l’Arctique a été décrit récemment. Gau (1998) a défini cinq saisons pour l’ours selon les changements observés dans son régime alimentaire, et il a procédé par observation directe pour caractériser le choix des habitats. Au printemps, les ours marquent une préférence pour les terrains de roche en place et autres endroits peu enneigés. Au commencement et au milieu de l’été, ils choisissent les terres humides, particulièrement celles ayant une couverture végétale. À la fin de l’été, soit dans la période de maturation des petits fruits, ils se concentrent sur les eskers (crêtes de gravier et de sable laissées par la fonte des glaciers). Les terres humides et la toundra mésique ou humide sont les habitats préférés à l’automne.

McLoughlin et al. (2002a) ont utilisé des fonctions de sélection des ressources, des données télémétriques satellitaires et des images Landsat classifiées pour évaluer l’exploitation de l’habitat par l’ours grizzli dans cette même région du Centre de l’Arctique. En général, les ours choisissent des domaines vitaux où sont surreprésentés les eskers, la toundra de succession à tussocks et hummocks, les secteurs couverts de lichen, les zones de suintement peuplées de bouleaux et les habitats riverains couverts d’arbustes hauts. À l’intérieur de leurs domaines vitaux, les ours marquaient une préférence pour les eskers et les habitats riverains couverts d’arbustes hauts.

La forte densité atteinte par une population d’ours grizzlis de l’intérieur, dans le Sud-Est de la Colombie-Britannique, a été attribuée principalement à l’existence de secteurs productifs de petits fruits qui se sont formés après le passage de grands incendies 50 à 70 ans auparavant (McLellan et Hovey, 2001a). Les coulées de roches et les parcelles riveraines constituaient d’importants habitats dans ce secteur avant et après la saison des petits fruits. Les secteurs de coupe forestière en régénération étaient évités à toutes les saisons.

Il existe des descriptions physiographiques et botaniques des habitats de l’ours grizzli pour plusieurs régions du Canada. Toutefois, les attributs anthropiques prennent de plus en plus le dessus sur les caractéristiques biophysiques comme déterminants de la qualité de l’habitat de cette espèce. L’activité humaine peut influer sur la capacité des ours d’exploiter des habitats potentiels. Là où ils ne sont pas familiarisés avec la présence humaine, les ours fuient les zones d’activité humaine (McLellan et Shackleton, 1988; McLellan, 1990). La perte d’utilité des habitats qui en résulte peut s’étendre sur une superficie bien supérieure à celle des aménagements. Par conséquent, dans les évaluations de l’habitat de l’ours grizzli, on applique souvent des indicateurs de l’utilité résiduelle de l’habitat pour tenir compte des effets secondaires de l’activité humaine (USDA For. Serv., 1990; Gibeau, 1998, 2000). Récemment, on a procédé à la modélisation de secteurs sécuritaires pour l’ours grizzli (secteurs où les ours peuvent satisfaire leurs besoins énergétiques tout en évitant l’homme) dans le cadre de travaux de planification de l’utilisation du territoire en fonction de la conservation de l’ours grizzli (Gibeau et al., 2001). Les secteurs sécuritaires offrent un habitat propice, sont assez étendus pour permettre aux ours de satisfaire leurs besoins alimentaires quotidiens, et se trouvent à l’extérieur des zones d’influence des activités humaines. Gibeau et al. (2001) estiment que dans le Sud de l’Alberta et de la Colombie-Britannique, la superficie minimale de ces secteurs est de 9 km2. La superficie minimale requise pour combler les besoins énergétiques des ours devrait logiquement varier en fonction des milieux. Dans les secteurs côtiers riches, par exemple, elle pourrait être plus petite. Dans la toundra arctique, elle pourrait être beaucoup plus grande.

4.2 Tendances

La quantité d’habitat disponible n’a pas beaucoup changé au Canada depuis 1990. Par rapport à la vaste zone d’occupation de l’ours grizzli, peu d’habitat a été perdu de façon directe. Cependant, des pertes d’utilité des habitats sont signalées dans certaines régions et sont probables dans de nombreuses autres (voir par exemple Gibeau, 1998). L’exploitation, et particulièrement l’accès accru de l’homme aux secteurs propices à l’ours grizzli, a conduit à des pertes de qualité de l’habitat dans la majeure partie de l’aire de répartition de l’espèce.

4.3 Protection et propriété

4.3.1 Aires protégées

Il existe des aires protégées partout à l’intérieur de l’aire de répartition de l’ours grizzli au Canada; elles y totalisent environ 214 616 km2 (tableaux tableau1 et tableau2). Cela correspond à 6,2 p. 100 de la zone d’occurrence estimée de l’espèce au Canada, et à 8,3 p. 100 de la zone d’occupation estimée. On exclut ici (dans ces chiffres et dans l’analyse suivante) les nombreuses aires protégées de petite superficie (en général de moins de 50 km2). Il appert que la plupart des ours grizzlis du Canada vivent sur des terres faisant l’objet de multiples utilisations.

 

Tableau 1. Aires protégées fédérales dans l'aire de répartition de l’ours grizzli au Canada
Nom et endroitSuperficie (km2)Chasse de subsistance par les Premières nations?
Parc national des Lacs-Waterton (Alberta)525non
Parc national Banff (Alberta)6 641non
Parc national Jasper (Alberta)10 878non
Parc national Kootenay (Colombie-Britannique)1 406non
Parc national Yoho (Colombie-Britannique)1 310non
Parc national des Glaciers (Colombie-Britannique)1 350non
Parc nat. du Mont-Revelstoke (Colombie-Britannique)260non
Parc national Kluane (Yukon)22 015oui
Parc national Ivvavik (Yukon)10 170oui
Parc national Vuntut,Yukon4 345oui
Parc national Nahanni (Nunavut)4 766oui
Parc national Tuktut Nogait (Nunavut)16 340oui
Refuge faunique Thelon (Territoires du Nord-Ouest/Nunavut)52 000non
Total132 006 


Tableau 2. Sommaire des aires protégées provinciales et territoriales dans l'aire de répartition de l’ours grizzli au Canada.
Endroit et typeSuperficie (km2)Commentaires
Alberta  
Parcs provinciaux874À l'exclusion des parcs de terres sauvages et d'autres aires protégées où sont imposées diverses restrictions concernant l'utilisation des terres.
Aires de nature sauvage1 010 
Colombie-Britanique  
Yukon  
Parcs territoriaux7 632Chasse à l’ours grizzli permise.
Réserve faunique Kluane6 450 
Territoires du Nord-Ouest et Nunavut Plusieurs parcs territoriaux, mais de superficie très limitée.
Total82 610 

 

L’expression « aires protégées » peut correspondre à différentes réalités. Par exemple, la chasse est interdite à l’intérieur des parcs provinciaux de l’Alberta, mais elle est permise dans bon nombre de ceux de la Colombie-Britannique. Dans les parcs nationaux, le prélèvement de ressources naturelles est interdit, sauf que la chasse de subsistance par les Premières nations est généralement permise dans le Nord. Particulièrement dans le Sud du Canada, les activités telles que les projets intensifs d’aménagement récréatif ou résidentiel et d’infrastructures, qui peuvent sans nul doute nuire à l’ours grizzli, sont communément permises dans les aires dites protégées. Dans le présent rapport, on entend par « aires protégées » les zones où sont interdites les activités d’extraction des ressources (exploitation minière et forestière, par exemple) et auxquelles est attribué un mandat général de protection de l’habitat de l’ours grizzli. Cependant, puisque la chasse à l’ours grizzli est permise dans certaines de ces aires, que des mortalités peuvent encore s’y produire par suite d’accidents, d’activités illégales ou d’activités de gestion et que l’habitat peut s’y dégrader, ces aires ne constituent pas toutes de véritables refuges pour l’ours grizzli.

Les populations d’ours de chaque aire protégée fréquentent des secteurs situés à l’extérieur des limites des parcs. Dans certains cas (par exemple les parcs nationaux des Lacs-Waterton et de Revelstoke), l’aire protégée ne couvre même pas l’entièreté du domaine vital d’un seul ours grizzli. D’autres parcs, de plus grande étendue, protègent quelques ours résidents, mais ces populations peuvent être trop petites pour se maintenir par elles-mêmes. Les aires protégées peuvent très probablement constituer des refuges de première importance, mais les secteurs contigus, non protégés, sont nécessaires au maintien de populations viables.

Dans la plupart des cas, les aires protégées ont été créées dans un but premier autre que la conservation des ours grizzlis. Ainsi, et parce que dans la plupart des régions l’ours grizzli a des exigences saisonnières très précises en matière d’habitat, de nombreuses aires protégées ne comprennent pas des secteurs assez étendus d’habitat de grande qualité, et il se peut que les meilleurs habitats puissent se trouver à l’extérieur des aires protégées. Ce peut être particulièrement le cas dans les régions montagneuses où la beauté des lieux a conduit à la création de parcs constitués en grande partie de roc et de glace.

4.3.1.1 Alberta

Trois parcs nationaux, cinq parcs provinciaux et trois aires de nature sauvage protègent l’ours grizzli et 19 928 km2 d’habitat de l’espèce en Alberta (Alta.). Cela correspond à 10 p. 100 des quelque 200 000 km2 (Alta. Env. Prot., 1997) occupés par l’espèce en Alberta. Dans d’autres zones, comme les parcs de terres sauvages, les aires naturelles et les réserves écologiques, l’utilisation du territoire est dans une certaine mesure limitée, mais le statut de ces zones varie et bon nombre sont petites en regard des besoins biologiques de l’ours grizzli.

4.3.1.2 Colombie-Britannique

Quatre parcs nationaux situés à l’intérieur de l’aire de répartition de l’ours grizzli en Colombie-Britannique interdisent que soient pratiquées l’extraction des ressources et la chasse sur une superficie totale de 4 326 km2. À l’échelle de la province, on dénombre 717 parcs provinciaux, zones récréatives et réserves écologiques totalisant 97 552 km2. Certaines de ces zones sont situées hors de l’aire de répartition de l’ours grizzli, beaucoup ont une superficie très réduite et les restrictions touchant l’utilisation des terres sont variables. L’extraction des ressources est interdite dans 61 zones protégées provinciales de plus de 50 km2 totalisant 67 142 km 2 dans l’aire de répartition de l’ours grizzli, mais la chasse est permise dans presque toutes ces zones. Une aire protégée a été créée spécifiquement à titre de refuge pour l’ours grizzli; il s’agit du parc provincial Khutzeymateen (443 km2), où la chasse est interdite à moins de 1 000 m d’altitude. L’ours grizzli occupe environ 750 000 km2 en Colombie-Britannique, les aires « protégées » constituant 9,5 p. 100 de cette superficie.

4.3.1.3 Yukon

Au Yukon, trois parcs nationaux assez considérables protègent au total 36 530 km2 d’habitat éventuel de l’ours grizzli. La chasse autochtone de subsistance y est permise. L’extraction des ressources et d’autres formes de perturbation du milieu sont aussi limitées dans le parc territorial Tombstone, dans la réserve sauvage Fishing Branch et dans le refuge faunique Kluane. Au total, les aires protégées du Yukon couvrent 50 612 km2, soit 10,5 p. 100 de la superficie du territoire.

4.3.1.4 Territoires du Nord-Ouest et Nunavut

L’ours grizzli est présent dans deux parcs nationaux dans les Territoires du Nord-Ouest, mais dans aucun au Nunavut. La chasse par les Premières nations est permise dans ces deux parcs. Dans le refuge faunique Thelon, qui chevauche la frontière entre les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut, toute chasse et toute extraction de ressources sont interdites. La superficie protégée totale est de 73 106 km2.


4.3.2 Propriété des terres

La plus grande partie de l’habitat de l’ours grizzli se trouve sur des terres publiques. Les terres publiques constituent 92 p. 100 du territoire de la Colombie-Britannique et 60 p. 100 de celui de l’Alberta. Dans ces deux provinces, les terres privées sont concentrées dans le Sud et dans les secteurs urbains; elles se trouvent donc pour une très large part hors de l’aire de répartition de l’ours grizzli. Par conséquent, la proportion de terres publiques à l’intérieur de l’aire de répartition de l’ours grizzli est probablement supérieure aux pourcentages provinciaux, particulièrement en Alberta. Au Yukon, dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut, presque tout le territoire est de propriété publique.

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5. Biologie

5.1 Généralités

La biologie fondamentale de l’ours grizzli est bien connue, et d’excellentes descriptions sont présentées dans LeFranc et al. (1987), Pasitschniak-Arts (1993), Craighead et al. (1995), Pasitschniak-Arts et Messier (2000) ainsi que dans Schwartz et al. (sous presse). Les sections suivantes font état des progrès récents dans notre connaissance de certaines caractéristiques du cycle biologique de l’ours grizzli qui sont pertinentes pour l’évaluation de la situation de l’espèce.

5.2 Reproduction

L’âge à la première mise bas, la taille des portées et l’intervalle entre les mises bas sont variables et semblent fonction de la qualité de l’habitat (Hilderbrand et al., 1999; Ferguson et McLoughlin, 2000). Ordinairement, les femelles ont leur première portée à l’âge de cinq à sept ans. Les portées comptent habituellement de un à trois petits et l’intervalle entre les portées est en général de trois ans (Schwartz et al., sous presse). Il existe des cas documentés de femelles ayant réussi à se reproduire pour la première fois à seulement 3,5 ans (Aune et al., 1994; Wielgus et Bunnell, 1994), mais aussi à 9,5 ans (Case et Buckland, 1998). Le tableau 3 donne certains paramètres de la reproduction pour le Canada et des régions voisines.

5.3 Taux de survie

Les taux de survie ont été estimés à plusieurs endroits au Canada (tableau 4). On ne peut véritablement comparer les taux obtenus vu la diversité des méthodes employées (Schwartz et al., sous presse), mais on peut dégager des tendances générales. Ordinairement, le taux de survie des femelles adultes est élevé (> 0,90). Celui des mâles adultes tend à l’être moins, particulièrement dans les populations chassées, les femelles accompagnées de petits étant protégées par la loi et les chasseurs préférant abattre les plus grosses bêtes. Le taux de survie des subadultes est variable, mais habituellement relativement faible chez les mâles. Dans la plupart des populations, c’est le taux de survie des oursons qui est le plus faible, mais il s’accroît pour les jeunes d’un an.

5.4 Physiologie

L’aspect le plus marquant de la physiologie de l’ours grizzli est l’hibernation. Dans certaines régions, certains individus n’hibernent pas tous les ans (Van Daele et al., 1990; Murphy et al., 1998), mais le manque de nourriture et les conditions météorologiques rigoureuses poussent la plupart des ours à hiverner. La durée de l’hibernation varie selon les groupes d’individus : les femelles gravides sont les premières à se réfugier dans leur tanière et les dernières à en sortir, tandis que les mâles adultes sont ordinairement ceux qui passent le moins de temps dans leur tanière. La durée de l’hibernation est aussi fonction de la latitude, les ours vivant plus au nord se réfugiant plus tôt dans leur tanière et en sortant plus tard (Schwartz et al., sous presse). En moyenne, les ours grizzlis du parc national Banff passent environ 4,5 mois dans leur tanière chaque année (Vroom et al., 1980). Dans la partie centrale de l’Arctique canadien, la durée moyenne de l’hibernation s’élève à 185 jours (6,2 mois) pour les mâles et à 199 jours (6,6 mois) pour les femelles (McLoughlin et al., 2002b). On estime que dans la péninsule de Tuktoyaktuk, les ours occupent leur tanière pendant six ou sept mois (Nagy et al., 1983a).

 

Tableau 3. Estimations de paramètres de la reproduction chez l’ours grizzli au Canada et dans des États américains voisins. Différentes méthodes ayant été utilisées, les comparaisons doivent être effectuées avec prudence.
EndroitÂge (ans)Note de bas de page a à la 1ère portéeTaille de la portéeNote de bas de page bIntervalle entre les portées (ans)Référence
Moy. (n)PlageMoy. (n)PlageMoy. (n)PlageNote de bas de page c
Rivière Flathead (Colombie-Britannique [C.-B])6,0 (5)5 - 82,3 (31)1 - 32,7 (9)1 - 4McLellan, 1989c
Ligne de partage des eaux (Montana [MT])5,7 (10)4 - 72,1 (56)1 - 42,7 (16)2 - 4Aune et al. 1994
Pén. de Tuktoyaktuk (Territoires du Nord-Ouest [T.N.-O.])5,9 (10)5 - 82,3 (18)1 - 33,3 (8)3 - 4Nagy et al., 1983a
Kananaskis (Alberta [Alb.])5,5 (3)3 - 61,4 (5)--3,0 (3)--Wielgus et Bunnell, 1994
Monts Selkirk (É.-U. /C.-B.)7,3 (5)6 - 72,2 (10)2 - 33,0  (6)2 - 4Wielgus et al., 1994
Vallée Khutzeymateen (C.-B)----2,4 (8)1 - 3----MacHutchon et al., 1993
Monts Swan (MT)5,7 (3)4 - 81,6 (17)1 - 23,0 (6)2 - 4Mace et Waller, 1998
Monts Mackenzie (T.N.-O.)--8 - ?1,8 (6)--3,8 (5)--Miller et al., 1982
Parc national Kluane (Yukon)6,7 (7)6 - 81,7 (11)----3 - 4Pearson, 1975
Monts Richardson (T.N.-O.)--5 - 62 (?)------Nagy et Branigan, 1998
Kugluktuk, (Nunavut [Nt]8,7 (6)7 - 102,3 (19)1 - 42,6 (8)1 - 4Case et Buckland, 1998
Riv. Anderson et Horton (T.N.-O.)10,8 (12)6 - ?2,3 (37)1 - 34,3 (15)3 - 5Clarkson et Liepins, 1993
Riv. Brock et Hornady (T.N.-O.)--5 - 61,5 (?)------Nagy et Branigan, 1999
Riv. Berland (Alb.)--6 - ?1,8  (5)1 - 3----Nagy et al., 1988
Nord du Yukon (Yukon)--6 - 82,0 (6)1 - 3--3 - 5Nagy et al., 1983b
Eastern Slopes (Alb.)6,7 (8)6 - 121,9 (24)1 - 33,8 (24)Note de bas de page d2 - 7+Garshelis et al., 2001

Notes de bas de page

Note de bas de page A

Ne tient pas compte des « demi-années » (p. ex. âge de 6,5 ans ramené à 6 ans).

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Note de bas de page B

Petits de l'année.

Retour à la référence de la note de bas de page b

Note de bas de page C

Comprend des portées qui sont mortes.

Retour à la référence de la note de bas de page c

Note de bas de page D

Comprend huit intervalles complets (moy. de 3,4 ans). L'ajout de 16 intervalles incomplets avec l'hypothèse que les portées suivantes seraient nées dans l'intervalle minimum donne une moyenne de 3,8 ans. Une modélisation tenant compte des portées qui ont pu naître après l'intervalle minimum donne une moyenne de 5,0 ans.

Retour à la référence de la note de bas de page d

 

Tableau 4. Taux desurvie annuels estimatifs de l’ours grizzli au Canada et dans des États américains voisins. Différentes méthodes ayant été utilisées, les comparaisons doivent être effectuées avec prudence.
ÉtudeEndroitChasse?AdultesSubadultesJeunes d'un anOursonsRéférence
MâlesFemellesMâlesFemelles
1Riv. Flathead (C.-B)Note de bas de page aO0,920,940,920,940,880,82McLellan 1989b
2Riv. Flathead (C.B.)Note de bas de page aO--0,95--0,930,940,87Hovey et McLellan, 1996
3North Fork Flathead (C.-B)/MTNote de bas de page aO0,890,960,780,94----McLellan et al., 1999
4Kananaskis (Alb.)O0,700,930,890,89 - 0,93--Note de bas de page b0,78Wielgus et Bunnell, 1994
5Blackfeet-Waterton (MT/Alb.)O0,630,920,800,86----McLellan et al., 1999
6Parcs des montagnes (Alb./C.-B.)N0,890,910,740,95----McLellan et al., 1999
7South Fork Flathead (MT)N0,890,890,780,87----McLellan et al., 1999
8Selkirk-Yaak (É.-U./C.-B.)Note de bas de page aN0,840,950,810,93----McLellan et al., 1999
9Monts Selkirk (É.-U./C.-B.)Note de bas de page aN0,810,960,900,78--Note de bas de page b0,84Wielgus et al., 1994
10Monts Swan (MT)N--0,90--0,830,910,79Mace et Waller, 1998
11Montagnes de l'intérieur (É.-U./CAN)Note de bas de page cO/N0,880,930,800,92----McLellan et al., 1999
12Eastern slopes (Alb.)N--0,95 - 0,96--0,89 - 0,950.880,78Garshelis et al., 2001

Notes de bas de page

Note de bas de page A

Taux calculés dans le cadre d'une même étude, avec regroupement de données, sur une période variable ou avec différentes méthodes.

Retour à la référence de la note de bas de page a

Note de bas de page B

Comptés avec les oursons.

Retour à la référence de la note de bas de page b

Note de bas de page C

Données combinées des études 3, 5, 6, 7 et 8.

Retour à la référence de la note de bas de page c


La physiologie des ours hibernants, à la fois complexe et fascinante, est décrite par Hellgren (1998). Au nombre de ses éléments essentiels, on compte les coûts métaboliques de la survie assumés par le catabolisme des protéines et des graisses accumulées, ainsi que l’absence de miction et de défécation sur de très longues périodes. Les femelles gravides, qui mettent bas pendant cette période de privation alimentaire, doivent aussi faire face aux coûts métaboliques des derniers stades de la gestation et de l’allaitement. Chez les ours sauvages, la perte de poids durant l’hibernation se chiffre entre 16 p. 100 et 37 p. 100 (Hellgren, 1998). En Alaska, des chercheurs ont évalué à 73 kg (32 p. 100) la perte moyenne de poids chez les femelles adultes durant l’hiver (Hilderbrand et al., 2000). Les graisses constituaient la plus grande partie de la masse perdue (56 p. 100). Les femelles quittant leur tanière avec des oursons ou des jeunes d’un an étaient plus légères que les femelles solitaires, et tant leur masse adipeuse que leur masse non adipeuse étaient inférieures, ce qui donne une idée des coûts relatifs de l’hibernation, de la gestation et de l’allaitement. La teneur corporelle totale en tissus adipeux peut n’être que de 6,3 p. 100 chez les ours de la partie centrale de l’Arctique canadien au commencement de l’été, et elle peut atteindre 33,6 p. 100 à l’automne (Gau, 1998).

La préparation à un long jeûne passe par l’hyperphagie, visant particulièrement des aliments très riches en calories comme les petits fruits et les carcasses. Ce besoin d’emmagasiner assez de graisses pour réduire le plus possible le catabolisme de la masse musculaire pendant l’hibernation pousse fortement les ours à s’alimenter et détermine en grande partie leur comportement à la fin de l’été et à l’automne. Ainsi, les ours grizzlis de la partie centrale de la côte de la Colombie-Britannique se déplacent sur de grandes distances pendant la saison des petits fruits, dont ils trouvent une dizaine d’espèces dans divers habitats (Hamilton et Bunnell, 1987); en outre, il a été souvent signalé que les ours des populations côtières migrent à l’automne vers les rivières à saumon (LeFranc et al., 1987).

5.5 Déplacements et dispersion

5.5.1 Domaine vital

Comme c’est le cas chez la plupart des espèces, il existe une corrélation inverse entre la taille du domaine vital de l’ours grizzli et la qualité générale de l’habitat. Les ours qui peuvent compter sur des ressources alimentaires abondantes et de qualité dans des régions à longue saison de croissance, comme dans les secteurs côtiers tempérés, tendent à avoir un domaine vital moins étendu. Par exemple, les domaines vitaux des mâles mesurés sur l’île de l’Amirauté (Alaska) sont en moyenne de 115 km2, et ceux des femelles de 24 km2 (Schoen et al., 1986). Les ours des régions plus sèches et plus froides de l’intérieur ou du nord ont ordinairement un domaine vital beaucoup plus étendu. Les domaines vitaux les plus étendus ont été observés dans la partie centrale de l’Arctique canadien; ils peuvent être jusqu’à cent fois plus étendus que ceux des populations côtières de l’Alaska (tableau 5). Les domaines vitaux des mâles sont ordinairement plusieurs fois plus étendus que ceux des femelles, probablement à cause de l’activité reproductrice des mâles et des plus grands besoins énergétiques associés à leur masse corporelle supérieure (Gau, 1998; McLoughlin et al., 1999).

En agissant sur la production primaire, et donc sur l’abondance et la disponibilité de la nourriture, le climat local influe sur l’étendue du domaine vital de l’ours grizzli (McLoughlin et Ferguson, 2000). Dans la plupart des cas, au Canada, les étendues des domaines vitaux et leurs conditions climatiques se situent entre les extrêmes mentionnés plus haut. On peut toutefois dire que l’ours grizzli a un domaine vital de grande taille, peu importe l’endroit (tableau 5).

Bien que la qualité de l’habitat détermine l’étendue minimale du domaine vital requise pour combler les besoins énergétiques, l’étendue réelle peut varier selon la densité de la population. Nagy et Haroldson (1990) ont observé qu’une baisse de densité attribuable à des mortalités de cause anthropique avait supprimé la concurrence pour les ressources, dont l’espace, et permis l’exploitation de domaines plus étendus.


5.5.2 Déplacements

En général, les mâles se déplacent davantage que les femelles (LeFranc et al., 1987). Dans la partie centrale de l’Arctique canadien, peu importe la saison, les mâles se déplacent à un rythme plus élevé que les femelles (McLoughlin et al., 1999). Leurs taux de déplacement étaient le plus élevés au printemps, alors que leurs besoins énergétiques sont grands et qu’ils sont à la recherche de femelles, et s’abaissaient en général lentement tout au cours de l’automne. Les taux de déplacement des femelles ont culminé au cours de l’été à un moment où la disponibilité de la nourriture était considérée comme faible dans la région de l’étude.

 

Tableau 5. Estimations de la densité de population et de l'étendue des domaines vitaux des adultes (polygone convexe minimum total) pour des populations d’ours grizzlis du Canada. Les densités ont été obtenues par radiotélémétrie, sauf indication contraire. Les zones d’ours grizzlis sont décrites dans Banci (1991); voir le tableau 12.
Région d'étudeZone: d’ours grizzlisDensitéNote de bas de page a :
(ours/ 1 000 km2)
Domaine vital (km2)Source
Mâles: Femelles
Nord du Yukon126 - 30645210Nagy et al., 1983b
Monts Richardson (T.N.-O.)119  Nagy et Branigan, 1998
Riv. Anderson et Horton (T.N.-O.)18,2 - 9,13 4331 182Clarkson et Liepins, 1994
Riv. Brock et Hornady (T.N.-O.)16  Nagy et Branigan, 1998
Pén. de Tuktoyaktuk (T.N.-O.)141 154670Nagy et al., 1983a
Parc national Ivvavik (Yukon)1 435144MacHutchon, 1996
Centre de l'Arct. (T.N.-O. / Nt)1, 23.58 1712 434Penner, 1998; McLoughlin et al., 1999
Monts Mackenzie (T.N.-O.)412 265Miller et al., 1982
Parc national Kluane (Yukon)53728786Pearson, 1975
Riv. Prophet (C.-B.)Note de bas de page e5, 614,5 - 16,9  Boulanger et McLellan, 2001Note de bas de page b
Riv. Prophet (C.-B.)Note de bas de page e529  Poole et al., 2001Note de bas de page b
Riv. Prophet (C.-B.)Note de bas de page e610  Poole et al., 2001Note de bas de page b
Collines Swan (Alb.)67,4 - 9,6244113Nagy et Russell, 1978
South Wapiti (Alb.)67.4  cité dans Nagy et Gunson, 1990
Riv. Berland (Alb.)64.61 918252Nagy et al., 1988; Nagy et Gunson, 1990
Yellowhead (Alb.)6, 1014.91 733668Boulanger, 2001Note de bas de page b; Stenhouse et Munro, 2001
Monts Hart (C.-B.)7497747Mowat et al., 2001Note de bas de page b; Ciarniello et al., 2001
Vallée Khutzeymateen (C.-B.)843 - 9012552MacHutchon et al., 1993
Bassin du haut Fraser (C.-B.)9121 697326Mowat et al., 2001Note de bas de page b; Ciarniello et al., 2001
Monts Selkirk Centre (C.-B.)1026.6  Mowat et Strobeck, 2000Note de bas de page b
Monts Selkirk (C.-B.)1014.1  Wielgus et al., 1994
West Slopes (C.-B.)10 31889Woods et al., 1997
Parc national Jasper, AB109,8 - 11,7948Note de bas de page c331Note de bas de page cRussell et al., 1979
Riv. Flathead (C.-B.)1257 - 80668253Note de bas de page dMcLellan, 1989a; B.N. McLellan, comm. pers.
Kananaskis (Alb.)Note de bas de page e1216.2  Wielgus et Bunnell, 1994
Kananaskis (Alb.)Note de bas de page e1212,2 - 14,51 183179Carr, 1989
Nid-de-Corbeau (Alb.)1215  Mowat et Strobeck, 2000Note de bas de page b
Rocheuses centrales (Alb., C.-B.)129,8 - 161 560305Gibeau et al., 1996; Gibeau et Herrero, 1997

Notes de bas de page

Note de bas de page A

Les techniques de calcul de la densité varient selon les études, de sorte qu'il faut être prudent dans les comparaisons.

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Note de bas de page B

Étude basée sur l'ADN.

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Note de bas de page C

Moyennes pondérées, suivant McLoughlin et al., 2000.

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Note de bas de page D

Femelles accompagnées d'oursons seulement.

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Note de bas de page E

Différentes analyses ou interprétations d'un même ensemble de données.

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Dans certains secteurs montagneux, on observe ordinairement des déplacements annuels altitudinaux qui sont fonction des changements phénologiques saisonniers dans la végétation et des changements dans la disponibilité des autres types d’aliments (LeFranc et al., 1987). Ainsi, les ours peuvent émerger de tanières situées à une altitude assez élevée et descendre au fond de vallées pour trouver des carcasses d’Ongulés et des plantes hâtives. À mesure que la fonte progresse en altitude, les ours remontent en suivant l’émergence de la végétation.


5.5.3. Dispersion

Ordinairement, les mâles subadultes se dispersent dès qu’ils sont indépendants alors que les femelles subadultes sont souvent philopatriques (LeFranc et al., 1987; Blanchard et Knight, 1991). Les distances de dispersion des jeunes ours grizzlis sont faibles en comparaison d’autres grands carnivores. La distance de dispersion moyenne de quatre mâles subadultes du parc national Yellowstone était de 70 km (Blanchard et Knight, 1991). Dans le Sud-Est de la Colombie-Britannique, on a mesuré des distances de dispersion moyennes de 29,9 km pour les mâles et de 9,8 km pour les femelles (McLellan et Hovey, 2001b). Dans cette dernière étude, la plus grande distance de dispersion depuis le domaine vital natal a été de 67 km chez les mâles et de 20 km chez les femelles. Toutefois, cette espèce, de grande taille et mobile, est capable de longs déplacements.Dans le Nord-Est de la Colombie-Britannique, un mâle subadulte portant un émetteur radio a été abattu à 340 km de son domaine vital natal (P.I. Ross, données inédites). Dans la partie centrale de l’Arctique, un mâle subadulte a franchi 471 km en moins d’un mois (R. Gau, comm. pers.).

La dispersion des ours grizzlis est progressive et étalée sur un à quatre ans (McLellan et Hovey, 2001b). À cause de cela, les ours grizzlis ne font pas que passer dans les corridors de dispersion et doivent pouvoir y vivre.

5.6 Alimentation et relations interspécifiques

Comme la plupart des autres espèces d’ours, l’ours grizzli a un système digestif présentant sur les plans anatomique et physiologique les mêmes caractéristiques de base que celui des autres membres de l’ordre des carnivores, mais il consomme des végétaux en relativement grande quantité. À l’intérieur des populations d’ours grizzlis comme d’une population à une autre, le degré de phytophagie varie, mais dans la plupart des cas, diverses plantes ont beaucoup d’importance, de sorte que les saisons influent grandement sur le régime alimentaire. Cependant, dans certaines régions, les ours sont fortement carnivores et, dans certains cas, prédateurs. À partir des signatures d’isotopes stables, des chercheurs ont pu établir que la contribution des végétaux au régime alimentaire d’ourses adultes se chiffre entre 19 p. 100 sur le littoral de l’Alaska et 98 p. 100 dans le parc national Kluane (Hilderbrand et al., 1999a). On peut sans doute dire de l’ours grizzli qu’il est un omnivore opportuniste (Schwartz et al., sous presse).

Les habitudes alimentaires de l’ours grizzli varient beaucoup en fonction des régions. De nombreuses études sur l’alimentation de l’ours grizzli ont été effectuées; on en trouvera des recensions détaillées dans LeFranc et al. (1987), Pasitschniak-Arts (1993), Pasitschniak-Arts et Messier (2000) ainsi que Schwartz et al. (sous presse). On présente ici un aperçu de plusieurs récentes études canadiennes.

Dans la partie centrale du littoral de la Colombie-Britannique, 65 aliments, dont 49 plantes, ont été identifiés (MacHutchon et al., 1993). Au printemps, les carex étaient les aliments les plus fréquemment consommés. Plusieurs herbacées à feuilles larges prédominaient dans le régime alimentaire estival et étaient consommées jusqu’à l’automne. Du commencement d’août à la mi-octobre, le saumon (Oncorhynchus spp.) constituait le principal aliment. Les chercheurs ont aussi observé des ours qui se nourrissaient de mammifères et de divers invertébrés trouvés dans la zone intertidale.

La densité d’ours grizzlis dans le bassin hydrographique de la Flathead, dans le Sud-Est de la Colombie-Britannique, est au moins deux fois supérieure à celle de toute autre population de l’intérieur (tableau 5). McLellan et Hovey (1995) avancent l’hypothèse que cette forte densité est attribuable à la grande abondance et à la grande diversité de nourriture dans ce secteur. Tout comme les ours grizzlis de nombreux autres secteurs d’étude montagneux de l’intérieur (Hamer et Herrero, 1987; LeFranc et al., 1987; Hamer et al., 1991), les ours grizzlis du bassin de la Flathead se nourrissaient beaucoup de racines (Hedysarum spp. particulièrement) et d’ongulés tôt au printemps et aussi à la fin de l’automne (McLellan et Hovey, 1995). Les chercheurs ont vu peu souvent les ours se nourrir des graines du pin à blanche écorce (Pinus albicaulis), même s’il s’agit d’un aliment important dans le Glacier National Park (États-Unis), parc voisin, et dans d’autres régions où les deux espèces sont présentes (Mattson et al., 2001). Différentes herbacées à feuilles larges, ainsi que des graminées et un prêle (Equisetum sp.), prédominaient dans le régime alimentaire estival. À la fin de l’été, les petits fruits représentaient jusqu’à 96 p. 100 du volume des excréments. Les chercheurs pensent que la présence de tous les aliments majeurs connus des ours grizzlis de l’intérieur et l’abondance des airelles (Vaccinium spp.) et des fruits de la shépherdie du Canada (Shepherdia canadensis) contribuent largement à la grande qualité de l’habitat dans le bassin de la Flathead.

Dans le parc national Ivvavik, au Yukon, on a observé que les habitudes alimentaires saisonnières de l’ours grizzli s’apparentaient généralement à celles des ours de l’intérieur dans les régions du sud (MacHutchon, 1996). Les racines de Hedysarum, les petits fruits de l’automne précédent et les prêles étaient des aliments importants au printemps. Les prêles gardaient leur importance au cours de l’été, mais les herbacées à feuilles larges étaient également consommées en grande quantité durant cette saison. À l’automne, les petits fruits devenaient importants à mesure qu’ils mûrissaient, et les racines revenaient au menu. Les ours grizzlis du parc national Ivvavik pourchassaient les spermophiles (Spermophilus parryii) au cours de l’été et de l’automne ainsi que les caribous (Rangifer tarandus) pendant leur courte présence au milieu de l’été, mais la presque totalité du temps d’alimentation (de 96 à 98 p. 100) était consacrée à la recherche de végétaux.

Gau (1998) et Gau et al. (2002) ont étudié les habitudes alimentaires de l’ours grizzli de la partie centrale de l’Arctique. Le caribou était le principal aliment, particulièrement au printemps, au milieu de l’été et à l’automne. Au commencement de l’été, alors que le caribou était pratiquement absent, les prêles, les carex (Carex spp.) et les linaigrettes (Eriophorum spp.) prédominaient dans le régime alimentaire. À la fin de l’été, les petits fruits prenaient une très grande importance; ces chercheurs estiment qu’ils sont essentiels à l’accumulation des réserves de graisse nécessaires pour l’hibernation.

Le fait de manger de la viande influe sur plusieurs paramètres chez l’ours grizzli. On a observé une corrélation positive entre la proportion de viande dans le régime alimentaire et la densité de population, la masse corporelle des femelles et la taille moyenne des portées (Hilderbrand et al., 1999a). Dans la plupart des régions, le gain de masse corporelle précédent hibernation repose largement sur la consommation massive de petits fruits à la fin de l’été. Toutefois, on a observé que les coûts métaboliques d’entretien sont à leur plus bas et que le gain de masse corporelle est le plus élevé lorsque la teneur en protéines du régime alimentaire avoisine les 20 à 35 p. 100, ce qui signifie que, même s’il y a abondance de petits fruits, un régime alimentaire mixte est préférable (Rode et Robbins, 2000).

Les ours grizzlis ont accès à de la viande de manière très inégale selon les secteurs d’étude; en outre, l’accès à la viande varie généralement selon les saisons. Toutefois, lorsqu’ils peuvent s’en procurer, ils montrent une préférence marquée pour la viande. Au printemps, sur le littoral de l’Alaska, des chercheurs ont observé que les femelles adultes mangeaient en moyenne 8,5 kg de viande par jour, principalement de l’orignal (carcasses et jeunes) (Hilderbrand et al., 1999b). En été et en automne, elles consommaient 10,8 kg de saumon par jour, et la viande constituait 80,4 p. 100 de leur régime alimentaire automnal (saumon : 59,6 p. 100; viande d’animaux terrestres : 20,7 p. 100).

On sait depuis longtemps que les carcasses d’ongulés sont une importante source de nourriture pour l’ours grizzli, particulièrement au printemps, dans pratiquement toutes les populations. Toutefois, l’importance alimentaire de la prédation pour l’ours grizzli, et son importance dans la dynamique des populations d’ongulés, sont mieux connues depuis peu. Dans le Centre-Sud de l’Alaska, les ours grizzlis tuent 44 p. 100 des faons de l’orignal, ce qui correspond à 73 p. 100 de leur mortalité (Ballard et al., 1991). Ils tuent aussi des orignaux plus âgés, notamment des femelles adultes. Les ours grizzlis sont la cause première de mortalité chez les orignaux adultes dans le Sud-Ouest du Yukon (Larsen et al., 1989). Il est établi également que ce sont d’importants prédateurs d’orignaux dans d’autres régions (voir par exemple Gasaway et al., 1988; Mattson, 1997; Bertram et Vivion, 2002). Les individus de certaines classes d’ours grizzlis peuvent être de meilleurs prédateurs que d’autres. Dans le Centre-Est de l’Alaska, les ours grizzlis mâles adultes tuent chaque année en moyenne 3,3 à 3,9 orignaux adultes, alors que les femelles solitaires en tuent en moyenne 0,6 à 0,8 (Boertje et al., 1988). Dans cette région, la biomasse abattue par les ours grizzlis correspond à quatre fois la biomasse de charogne qu’ils consomment.

Le caribou (Adams et al., 1995; Gau, 1998), le wapiti (Cervus elaphus) (Hamer et Herrero, 1991; Mattson, 1997) et différents petits mammifères (notamment des spermophiles [Spermophilus sp.] et des marmottes [Marmota sp.]) sont aussi chassés par l’ours grizzli. Le bœuf musqué (Ovibos moschatus) (Gunn et Miller, 1982; Case et Stevenson, 1991), le cerf mulet (Odocoileus hemionus) (Mattson, 1997), la chèvre de montagne (Oreamnos americanus) (Festa-Bianchet et al., 1994), le bison (Bison bison) (Mattson, 1997) et l’ours noir (Ursus americanus) (Boertje et al., 1988; Ross et al., 1988) peuvent occasionnellement être la proie de l’ours grizzli. Dans l’Arctique canadien, des chercheurs ont observé directement ou déduit à partir d’indices des cas de prédation du phoque annelé (Phoca hispida) (Clarkson et Liepins, 1989; M.K. Taylor, comm. pers.; P.I. Ross, données inédites). Les légionnaires grises (Euxoa auxiliaris), les fourmis et les lombrics peuvent constituer des proies saisonnières importantes pour l’ours grizzli là où ces invertébrés sont présents (Mattson et al., 1991; Mattson, 2001; Mattson et al., sous presse).

Les effets de l’ours grizzli sur les autres espèces ne se limitent pas à ceux liés à la prédation. Le loup (Canis lupus) et l’ours grizzli se font concurrence pour les proies vivantes et les carcasses, et ils se volent leurs prises. Cependant, Servheen et Knight (1993), qui ont étudié les interactions entre l’ours grizzli et le loup, n’ont observé aucun effet sur les taux de survie ou la reproduction chez l’une ou l’autre des deux espèces. On a cependant observé que les rapports entre l’ours grizzli et un prédateur obligatoire comme le couguar sont à l’avantage de l’ours grizzli : les ours (grizzlis et ours noirs) se sont approchés de 24 p. 100 des proies abattues par le couguar (Puma concolor) dans le parc national Yellowstone et le Glacier National Park et ont chassé les couguars de 10 p. 100 des carcasses (Murphy et al., 1998). Les ours ont comblé jusqu’à 113 p. 100 de leurs besoins énergétiques quotidiens lors de ces rencontres, alors que les couguars ont accusé à ce chapitre des pertes de jusqu’à 26 p. 100. La prédation par les ours et leurs restes (particulièrement dans le cas du saumon) contribuent à l’alimentation de différents charognards et détritivores.

Les ours grizzlis qui fouillent la terre à la recherche des bulbes d’érythrone à grandes fleurs (Erythronium grandiflorum) enrichissent les sols en éléments nutritifs, ce qui favorise la repousse et la croissance d’érythrones et d’autres plantes et contribue à structurer les communautés végétales (Tardiff et Stanford, 1998). La consommation de fruits aide à la dispersion des graines (Willson, 1993). En outre, l’ours grizzli redistribue dans les écosystèmes terrestres les éléments nutritifs que renferment les saumons. Des chercheurs ont estimé que de 15,5 à 17,8 p. 100 de l’azote du feuillage d’épinettes situées à moins de 500 m de cours d’eau provenait de saumons, et que de 83 à 84 p. 100 de cet apport était attribuable aux fèces et à l’urine des ours (Hilderbrand et al., 1999c).

L’ours grizzli interagit aussi directement avec l’homme. Chaque année, il se produit des millions de rencontres en Amérique du Nord, presque toujours sans incident. Toutefois, entre 1990 et 1999, des ours grizzlis ont causé la mort de 18 personnes en Amérique du Nord (S. Herrero, comm. pers.). Sur une période de 30 ans, en Alberta et en Colombie-Britannique, il y a eu environ quatre fois plus de blessures graves que de décès. On peut donc estimer qu’il a pu se produire annuellement en moyenne 9,0 attaques graves ou mortelles au cours des années 1990 en Amérique du Nord. En Colombie-Britannique, mais pas en Alberta, le taux d’accroissement des blessures infligées par des ours grizzlis est supérieur au taux d’augmentation de la population humaine (S. Herrero, comm. pers.).

5.7 Comportement et adaptabilité

La capacité d’apprentissage avérée de l’ours grizzli le rend fortement adaptable à l’échelle individuelle. D’innombrables anecdotes concernant des réactions à divers stimuli ou situations en témoignent. Bon nombre de ces exemples ont trait à des situations conflictuelles avec l’homme. Les ours récompensés pour certains comportements avec de la nourriture deviennent rapidement conditionnés (McCullough, 1982). Les ours peuvent aussi, par suite d’un manque de renforcement négatif, s’accoutumer à la présence humaine et ainsi cesser de la craindre. Ces deux phénomènes peuvent donner lieu à des interactions négatives entre l’homme et les ours.

On a testé et appliqué des programmes de conditionnement d’aversion en de nombreux endroits afin de tirer profit de la capacité des ours de modifier leurs comportements (voir par exemple la recension dans LeFranc et al.; Schirokauer et Boyd, 1998). L’emploi de chiens d’ours de Carélie entraînés pour amener les ours accoutumés à la présence humaine à modifier leur comportement est une avenue particulièrement prometteuse (Hunt, 2000). Toutefois, comme le comportement des ours est fortement régi par leurs considérables besoins alimentaires, il demeure difficile d’appliquer à ceux-ci le conditionnement d’aversion.

Ordinairement, les jeunes ours grizzlis accompagnent leur mère pendant une période de deux à quatre ans (Schwartz et al., sous presse). Cette longue période de dépendance serait liée à la complexité des comportements que la mère doit leur apprendre pour qu’ils puissent assurer leur survie de façon autonome.

L’adaptabilité de l’ours grizzli à l’échelle de l’espèce est cependant beaucoup plus faible, principalement en raison de son faible taux de reproduction. Il faut de nombreuses générations pour que des changements dans les schèmes généraux de comportement apparaissent à l’échelle des populations, et ces changements sont toujours atténués par la précarité de l’état nutritionnel des ours. En cas de besoin, l’ours grizzli adoptera des comportements à risque pour se procurer de la nourriture, d’où la possibilité constante de conflits avec l’homme.

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6. Taille et tendances des populations

6.1 Introduction

Le dénombrement des ours grizzlis est coûteux, difficile et généralement imprécis. Les techniques d’observation directe, par exemple les relevés aériens, ne sont pas applicables à cause de la difficulté de repérer ces ours dans la plupart de leurs habitats. Il est plus facile de voir les ours dans la toundra, mais on ne peut y effectuer des relevés aériens à cause des faibles densités des effectifs dans ces régions. Les techniques les plus fiables et les plus largement utilisées sont invasives, comme les techniques de capture-marquage-réobservation avec ou sans radiotélémétrie (Miller et al., 1987, 1997).

De nouvelles techniques d’estimation des populations sont apparues récemment. On pense aux pièges photographiques, dispositifs où les ours déclenchent accidentellement un appareil photo et se trouvent à se photographier eux-mêmes (Mace et al., 1994). Tout récemment, des scientifiques ont employé l’empreinte génétique de follicules pileux arrachés à des ours attirés sur du fil barbelé appâté. Cette technique permet d’identifier et de dénombrer les individus, ainsi que d’évaluer la densité de population (Woods et al., 1999; Mowat et Strobeck, 2000). Toutes ces techniques exigent l’application rigoureuse des protocoles statistiques de façon à éviter ou à réduire le plus possible tout biais ou toute erreur associé à la probabilité inégale de capture ou de réobservation, aux hypothèses concernant l’isolement des populations, à la détermination de la précision des estimations et autres problèmes.

Dans la plupart des études réalisées au Canada, les estimations de population ont été effectuées à partir d’une combinaison de données de capture, de données télémétriques et de données d’observation. Dans la plupart de ces études, les chercheurs ont posé des colliers émetteurs pour leurs divers objectifs d’étude, de sorte que beaucoup d’estimations des populations ont été obtenues par radiopistage. Cette méthode est largement applicable et très utilisée, mais il arrive souvent qu’elle s’accompagne d’un manque de conformité aux hypothèses, et elle ne fournit ordinairement pas de mesures de la précision (Mace et al., 1994). Par ailleurs, à cause du coût élevé des opérations de dénombrement des ours et de la vastitude de l’aire occupée par l’ours grizzli au Canada, les scientifiques doivent procéder à des extrapolations des densités calculées sur de vastes territoires pour lesquels il est présumé qu’il y a uniformité dans la qualité de l’habitat et la densité de population.

Ces problèmes sont à l’origine de la précision ordinairement faible de la plupart des estimations des populations d’ours grizzlis. Par conséquent, la plupart des recensements ne permettent de détecter que les variations de population assez accentuées. Aucune instance gouvernementale canadienne n’attache une grande confiance à la précision ou à l’exactitude de ses estimations des effectifs d’ours grizzlis.

Ce préambule est essentiel à la compréhension des réserves relatives aux données présentées dans cette section. Les données ont été communiquées à l’auteur par des hauts responsables de chacun des différents organismes gouvernementaux de gestion de l’ours grizzli. Elles font état des connaissances actuelles, sur lesquelles les divers gouvernements fondent leurs décisions de gestion concernant l’ours grizzli. Les estimations de la densité et de la taille des populations d’ours sont fondées principalement sur des études sur le terrain réalisées dans des parties des diverses provinces et territoires (tableau 6), avec extrapolation pour compenser les lacunes géographiques dans les données. Comme les populations d’ours sont estimées par les provinces et territoires, les résultats sont présentés ici par province et territoire. Cependant, il faut avoir à l’esprit que ces estimations ne correspondent pas à des sous-populations distinctes.

On estime à 29 921 individus la population d’ours grizzlis au Canada, les limites inférieure et supérieure estimées s’établissant à 26 916 et 34 150 (tableau 6). L’estimation ponctuelle indique une augmentation de 4 781 individus (19 p. 100) par rapport à 1990 (Banci, 1991). Toutefois, comme on le voit au tableau 6, dans la plupart des provinces et territoires, les estimations à la hausse sont liées à des changements apportés aux méthodes d’estimation, à une meilleure précision et à de nouvelles données. Seule l’Alberta signale une hausse de la population, mais de seulement 290 ours. Dans l’ensemble, au Canada, rien n’indique que la taille de la population d’ours grizzlis ait changé depuis 1990.

Le manque de précision des estimations rend très difficile l’évaluation de la situation de l’espèce au pays. On ne fait que commencer à disposer de techniques de dénombrement fournissant des estimations fiables accompagnées d’intervalles de confiance. Ces techniques n’existaient pas il y a seulement dix ans, les estimations antérieures ne constituant guère mieux que des estimations au jugé et n’étant certainement pas directement comparables aux résultats des estimations actuelles. Il est donc impossible d’évaluer les tendances démographiques chez l’ours grizzli sur plus que les dix dernières années, mises à part les extrapolations fondées sur les changements dans la disponibilité d’habitat.

La structure par âge des populations d’ours grizzlis est fonction de leur fécondité et du régime de gestion (il peut par exemple arriver que certaines cohortes d’adultes soient sélectivement éliminées; Schwartz et al., sous presse). On estime entre 25,6 et 59,0 p. 100 la proportion d’ours en âge de procréer dans les populations (Schwartz et al., sous presse). En appliquant ces pourcentages à l’estimation ponctuelle de la population d’ours grizzlis au Canada, on obtient une population de reproducteurs comprise entre 6 891 et 15 881 ours. En les appliquant aux valeurs limites de la fourchette estimative, on obtient pour le Canada une population de reproducteurs comprise entre 5 893 et 16 682 ours.

 

Tableau 6. Estimations des populations d’ours grizzlis au Canada en 1991 et en 2001-2002. Les données proviennent de sources citées dans le texte, sauf indication contraire.
Endroit1991Note de bas de page a2001/2002Commentaires
EffectifNote de bas de page bPlage
Alberta575841841 - 865Hausse estimative de 46 p. 100 depuis 1988 (hausse annuelle de 3,9 p. 100).
Colombie-Britannique13 000au moins 14 00014 000+Méthode itérative d'estimation. On ne croit pas qu'il y ait eu augmentation réelle. On estime que l'effectif est stable à l'échelle de la province.
Yukon6 30063006 000 - 7 000On estime que l'effectif est stable à l'échelle du territoire. Estimation officielle : de 6 000 à 7 000.
Territoires du Nord-Ouest5 0505 1005 100N'implique pas une variation de l'effectif. Le Nunavut, avec sa population d'ours, a été soustrait des Territoires du Nord-Ouest en 1999; méthode d'estimation modifiée pour intégrer de nouvelles données.
Nunavuts.o.Note de bas de page c1 000800 - 2 000Pas d'estimation officielle disponible. Il s'agit d'une estimation très approximative et non officielle, établie à partir d'une densité estimée à 4 ours/1 000 km2 à l'intérieur d'une superficie de 200 000 km2 dans l'Ouest et le Nord de la partie continentale du Nunavut, et d'une densité estimée à 1 ours/1 000 km2 sur une superficie de 200 000 km2 dans l'Est.
Parcs nationaux d'AlbertaNote de bas de page d215180175 - 185Méthode d'estimation révisée. Aucun changement perçu depuis 1991.
Total25 140Au moins 27 42126 916+ - 29 150+Les estimations ont changé entre 1991 et 2001-2002, en grande partie à cause de nouvelles méthodes et données. Dans l’ensemble, les effectifs semblent être demeurés stables entre 1991 et 2001-2002 au Canada.

Notes de bas de page

Note de bas de page A

Valeurs tirées du rapport de situation du COSEPAC antérieur (Banci, 1991). La date réelle des estimations varie.

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Note de bas de page B

Lorsqu'une estimation ponctuelle n'a pas été fournie par les autorités, on a employé la moyenne de la plage des valeurs.

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Note de bas de page C

Le Nunavut a été créé en 1999. Auparavant, son effectif faisait partie de celui des (Territoires du Nord-Ouest)

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Note de bas de page D

Parcs nationaux Banff, Jasper et des Lacs-Waterton : effectifs non intégrés à ceux de l'Alberta.

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6.2 Alberta

On a estimé qu’en 2000, la population totale d’ours grizzlis sur les terres provinciales de l’Alberta s’élevait à 841 individus (Kansas, 2002). En outre, on estime entre 175 et 185 le nombre d’ours grizzlis vivant dans les parcs nationaux des Lacs-Waterton, Banff et Jasper, ce qui porte le nombre estimé d’ours grizzlis dans l’ensemble de l’Alberta de 1 016 à 1 026 individus.

Seule l’Alberta signale une hausse de la population d’ours grizzlis au cours de la période couverte par le présent rapport de situation sur l’ours grizzli. L’augmentation estimée de la population à l’intérieur des terres provinciales de 46,3 p. 100 correspond à une augmentation annuelle moyenne de 3,9 p. 100. Les chiffres pour les parcs nationaux sont demeurés essentiellement les mêmes au cours de cette période. L’effectif estimé en 1990 pour le parc national Banff de 75 ours (Nagy et Gunson, 1990) tombe à l’intérieur de la plage actuelle, soit 60 à 80 ours (Gibeau et al., 1996; Herrero et al., 2001).

On considère que de 154 000 à 200 000 km2de terres provinciales pourraient être occupés par l’ours grizzli (Nagy et Gunson, 1990; Alberta Environmental Protection, 1997). Il y a eu réduction très importante de l’aire de répartition albertaine de l’espèce (les ours grizzlis ont déjà occupé pratiquement toute la province, soit un territoire de 661 000 km2), réduction qui s’est produite surtout au cours du 19e siècle et au début du 20e siècle. Il n’existe pas de données sur la réduction de l’aire de répartition depuis 1990, mais des pertes ont pu se produire localement. On soupçonne qu’en certains endroits, l’ours grizzli recolonise des habitats qu’il avait déjà occupés, notamment en bordure de la zone agricole le long des limites est et nord-est de l’actuelle aire de répartition (H.D. Carr, comm. pers.).

Dans la période de 1981 à 1999, on a observé une baisse du nombre de mâles, du nombre de femelles et du nombre total d’ours grizzlis récoltés en Alberta (tableau 7), fort probablement à cause de changements dans les pratiques de gestion. La réglementation de la chasse est devenue de plus en plus restrictive au cours de cette période, avec notamment la limitation de l’accès à la chasse, la fermeture de la chasse d’automne et l’interdiction de chasser faite aux non-résidents. Les mortalités de cause anthropique non cynégétiques n’ont pas varié. Au total, les mortalités de cause anthropique signalées ont diminué.

Dans le Sud de l’Alberta, la répartition de l’ours grizzli prend la forme d’une bande de territoire qui longe la ligne de partage des eaux et qui n’est que de 30 km de large par endroits. Cette bande est adjacente à des habitats de l’ours grizzli situés du côté britanno-colombien de la ligne de partage des eaux, mais, quoi qu’il en soit, elle reste étroite. Le risque d’un clivage de population le long de cette bande, combiné à une assez forte mortalité et à l’enlèvement d’ours dans le secteur sud-ouest de la province suite à la perte d’animaux d’élevage (Gunson, 1995; H.D. Carr, comm. pers.), exige une gestion prudente dans cette région.

 

Tableau 7. Mortalités de cause anthropique documentées d’ours grizzlis en Alberta de 1981 à 1999.
AnnéeChasseNote de bas de page aCauses anthropiques autres que la chasseGrand total
MâlesFemellesSexe inconnuTotalIllégalesPVPNote de bas de page bAutres
198117953151138
1982151402976143
1983271614456055
1984262004614152
1985251904423251
1986311404520148
19872716144714065
1988710815115
1989530892019
199013802191031
19917301023217
199219302234130
199312802018130
1994430753116
199511301413018
199613712135029
19978301144019
19986801436124
199912902165436
Total2851678460768317636
Moy. globale15,08,8 24,24,04,40,933,5
erreur-type2,01,4 3,20,60,70,23,5
Moy. 1981-198920,0Note de bas de page c12,4Note de bas de page c 33,2Note de bas de page c4,34,6 42,9Note de bas de page c
erreur-type3,12,2 5,21,01,4 5,5
Moy. 1990-199910,5Note de bas de page c5,5Note de bas de page c 16,1Note de bas de page c3,74,2 25,0Note de bas de page c
erreur-type1,40,8 1,80,80,6 2,2
valeur P0,00550,0038 0,0018   0,0026

Notes de bas de page

Note de bas de page A

Comprend toutes les prises des Premières nations rapportées.

Retour à la référence de la note de bas de page a

Note de bas de page B

Protection de la vie humaine ou de la propriété.

Retour à la référence de la note de bas de page b

Note de bas de page C

Signifie que les valeurs dans la colonne diffèrent de manière statistiquement significative (test z bilatéral).

Retour à la référence de la note de bas de page c


Des chercheurs ont procédé à une analyse de viabilité de la population (AVP) dans l’écosystème des Rocheuses centrales en Alberta et en Colombie-Britannique (Herrero et al., 2000). Le modèle est fondé sur des hypothèses pour nombre des paramètres d’entrée, établies à partir de connaissances scientifiques et de l’expertise de nombreux spécialistes nord-américains de l’ours grizzli, mais ses prévisions demeurent très sensibles aux changements ou erreurs même mineurs dans ces hypothèses. Selon le modèle, la survie de la population d’ours grizzlis dans cette région n’est pas assurée dans les conditions actuelles. On a supposé (à partir de données empiriques régionales) que l’augmentation de la population humaine dans la région donnerait lieu à une hausse de la mortalité chez les femelles adultes ou à une réduction de la fécondité de la population. Lorsque les hausses projetées de la population humaine sont prises en compte, le modèle prévoit un déclin rapide de la population d’ours grizzlis. De plus, le modèle prévoit qu’il y a peu de chances que les objectifs de maintien ou d’augmentation de la population d’ours grizzlis soient atteints sans de vigoureuses mesures correctives réussissant à abaisser la mortalité annuelle. Par conséquent, malgré une augmentation de la population humaine dans cette région, on devra réussir à atténuer les répercussions de la présence humaine sur l’ours grizzli (Herrero et al., 2000).

6.3 Colombie-Britannique

En Colombie-Britannique, parcs nationaux compris, la population totale d’ours grizzlis aurait été d’au moins 14 000 individus en 2002. Ce chiffre correspond en gros à celui de l’estimation provinciale rapportée en 1991 (13 000 individus; Banci, 1991). Les chercheurs sont parvenus au total le plus récent en utilisant des méthodes améliorées et de nouvelles données, ainsi qu’en tenant compte de l’incertitude relative à l’exactitude et à la précision de l’estimation. On considère qu’à l’échelle de la province, la situation est généralement stable, bien qu’on suspecte des baisses démographiques dans certaines régions et des hausses dans d’autres (T. Hamilton, comm. pers.). L’ours grizzli se trouve à de faibles ou de très faibles densités de population dans une bonne partie de la bordure sud de son aire de répartition en Colombie-Britannique, notamment dans la chaîne Côtière, dans les monts Yahk et dans les Selkirk Sud (McLellan, 1998).

On estime à 750 000 km2 le territoire occupé par l’ours grizzli en Colombie-Britannique. Dans le passé, la partie continentale de la Colombie-Britannique procurait environ 917 000 km2 d’habitat à cet ours. La majeure partie de cette réduction de 18 p. 100 de l’aire de répartition s’est produite avant 1960. Cependant, les pressions qui pèsent présentement sur l’ours grizzli et son habitat à l’intérieur de cette province s’exercent surtout dans la bordure sud de l’aire de l’espèce.

Comme nous l’avons mentionné à la section 2.3.1, au moins huit isolats ont été identifiés dans la partie sud de la Colombie-Britannique (figure 11; McLellan, 1998; T. Hamilton et B. McLellan, comm. pers.). Cinq d’entre eux constituent des unités démographiques auxquelles le gouvernement provincial a attribué le statut d’unité menacée. Le tableau 8 donne un aperçu de la situation de ces isolats. Chacun s’est retrouvé isolé principalement à cause d’aménagements et d’activités humaines, qui continuent d’ailleurs dans chaque cas de menacer la survie de la population. La survie de ces unités démographiques dépendra de la reconnaissance de leur isolement ainsi que de mesures actives d’abaissement de la mortalité, de conservation de l’habitat et de rétablissement de la connectivité.

 

Tableau 8. Sommaire des unités démographiques isolées de l’ours grizzli dans le Sud de la Colombie-Britannique. Données provenant de T. Hamilton et B. McLellan (comm. pers.).
Nom de l'unitéEstimation de la populationLimitesMenaces précises
UDOG Garibaldi- PittNote de bas de page a19Sud : Lower Mainland; ouest : Pacifique et route 99; nord : route du lac Duffy et segment parallèle de la route 99. Des échanges avec la population Stein-Nahatalatch (voir plus bas) peuvent être possibles par la rivière Lillooet et le lac Harrison, mais ils sont peu probables compte tenu des faibles densités et de l'altération importante de l'habitat découlant de l'exploitation forestière et de l'agriculture, auxquelles sont associés une forte densité routière et un trafic important.Coupe de bois importante créant un habitat moins propice (nouveaux peuplements à couvert fermé); utilisation très intense du territoire à des fins de récréation et de tourisme commercial. Peu de frayères à saumon hors des zones urbaines ou rurales et faible densité d'Ongulés.
UDOG Squamish- Lillooet27Est : route 99; ouest et sud : Pacifique; nord : secteur amont de la vallée de la Lillooet, intensément exploité (secteurs résidentiels, coupe de bois, agriculture).Peuplement en expansion; densité très élevée de routes à circulation libre et à fort trafic; utilisation très intense du territoire à des fins de récréation et de tourisme commercial. Coupe de bois importante créant un habitat moins propice (nouveaux peuplements à couvert fermé). La lutte contre les incendies a accentué ce problème.
UDOG Stein-Nahatalatch60Est : fleuve Fraser, 2 chemins de fer nationaux, route transcanadienne; sud : vallée du Fraser, très densément peuplée; nord : route du lac Duffy et segment parallèle de la route 99. Des échanges avec l'UDOG Garibaldi-Pitt (voir plus haut) peuvent être possibles par la rivière Lillooet et le lac Harrison.Routes; coupe de bois; activités récréatives; ours tués illégalement; conflits possibles à cause d'animaux d'élevage en pâturage; lutte contre les incendies.
Groupe des monts Marble et Pavilion< 20Ces ours sont confinés à un secteur au sud de Clinton et à l'est de la Lillooet et du Fraser.Il peut exister deux groupes d'animaux, l'un au sud et l'autre au nord de la route 12, qui passe dans les Pavilion. La région renferme une importante superficie de pâturage, il y passe beaucoup de routes et elle compte plusieurs agglomérations. Il peut s'agir du dernier groupe d’ours grizzlis au Canada adapté aux conditions extrêmement sèches de la partie intérieure sud de la (Colombie-Britannique).
Groupe ruisseau Sheep-Rossland< 20Isolé vers le sud par les É.-U. (absence d'ours), à l'ouest par la vallée de l'Okanagan, densément peuplée, et au nord par la route 3. La population d'ours au nord de la route 3 a également une très faible densité, mais il est davantage possible qu'elle soit reliée aux populations du nord et de l'est.Expansion incessante du peuplement et accès par véhicule-moteur sans cesse accru. La lutte contre les incendies a limité la présence des premiers stades de succession (production de petits fruits) et il existe un constant potentiel de conflits à cause de la présence d'animaux d'élevage.
Groupe du lac Pennask< 10Complètement isolé par un habitat non adéquat.Forte densité de routes et utilisation intensive de la région à des fins de récréation et de tourisme commercial.  Il s'agit d'une région de chalets traversée de nombreux chemins forestiers.
UDOG des Cascades Nord< 25Voir la section 2.3.1.Voir la section 2.3.1.
UDOG des Selkirk Sud67Voir la section 2.3.2.Voir la section 2.3.2.

Notes de bas de page

Note de bas de page A

Unité de population d’ours grizzlis.

Retour à la référence de la note de bas de page a


Dans la période de 1976 à 1999, le nombre d’ours grizzlis abattus légalement et illégalement n’a pas varié de façon significative (tableau 9). Toutefois, le nombre d’ours dont on a déclaré qu’ils ont été abattus pour défendre des vies ou pour protéger la propriété a pratiquement triplé.

 

Tableau 9. Mortalités de cause anthropique documentées d’ours grizzlis en Colombie-Britannique de 1976 à 1999.
AnnéeChasseNote de bas de page aCauses anthropiques autres que la chasseTotal
MâlesFemellesTotalIllégalesPVPNote de bas de page bAutresNote de bas de page c
197614886234S.O.S.O. 234
197717693269S.O.4 273
197822678304S.O.6 310
1979200117317413 334
1980249116365719 391
198125012937927 388
1982215112327716 350
1983238119357916 382
1984240125365916 390
1985211133344820 372
1986223120343814 365
1987230137367617 390
1988190121311717 335
19892101303402221 383
19902001113111015 336
1991222134356814 378
1992240116356928 393
199316077237335 275
199418199280438 322
1995183105288583 376
1996224139363832 403
199715470224141 266
199814070210435 249
199916995264781 352
Total4 8792 6327 51114858808 247
Moy. globale203,3109,7313,07,025,6 343,6
erreur-type6,84,410,50,94,3 10,4
Moy. 1976-1989214,7115,4330,18,114,3Note de bas de page d 349,8
erreur-type7,74,810,91,51,5 13,0
Moy. 1990-1999187,3101,6288,95,940,2Note de bas de page d 335,0
erreur-type10,57,817,90,97,5 17,6

Notes de bas de page

Note de bas de page A

Ne comprend pas les prises autochtones.

Retour à la référence de la note de bas de page a

Note de bas de page B

Protection de la vie humaine ou de la propriété.

Retour à la référence de la note de bas de page b

Note de bas de page C

En Colombie-Britannique, il n'est pas obligatoire de déclarer les mortalités dues aux autres causes anthropiques (p. ex. collision avec un véhicule, recherche).

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Note de bas de page D

Différence statistiquement significative entre les valeurs (test z bilatéral, P = 0,0007)

Retour à la référence de la note de bas de page d

 

La bordure sud de l’aire de répartition de l’ours grizzli en Colombie-Britannique comprend au moins quatre prolongements en forme de péninsule (McLellan, 1994). Il faudra appliquer des mesures particulières pour prévenir tout rétrécissement de ces bandes d’habitat, qui pourrait entraîner leur fragmentation. Le modèle d’AVP pour l’écosystème des Rocheuses centrales décrit à la section 6.2 s’applique aussi à une partie du sud-est de la Colombie-Britannique. Il n’y a qu’une façon d’atténuer ses prévisions alarmantes : renverser les tendances actuelles de peuplement et d’activité humaine dans le territoire occupé par l’ours grizzli.

6.4 Yukon

En 2000, la population d’ours grizzlis dans l’ensemble du territoire du Yukon était estimée à 6 000 à 7 000 ours. L’estimation de 6 300 ours rapportée par Banci (1991) est du même ordre que l’estimation actuelle, la différence reflétant des changements quant à la précision des résultats et non pas une variation de population (J. Hechtel, comm. pers.). Malgré certaines variations locales, globalement, on estime que la population d’ours grizzlis du Yukon est demeurée stable depuis 1991.

Pratiquement tout le territoire du Yukon (483 000 km2) est occupé par l’ours grizzli. Aucun rétrécissement de l’aire de répartition de l’espèce n’y a été signalé.

Des années 1980 aux années 1990, les récoltes de mâles et de femelles ont légèrement diminué. Les mortalités de cause anthropique non cynégétiques sont demeurées constantes. Au total, les mortalités de cause anthropique ont diminué (tableau 10).

6.5 Territoires du Nord-Ouest

Le rétrécissement des Territoires du Nord-Ouest attribuable à la création du Nunavut le 1er avril 1999 complique les comparaisons entre les estimations démographiques ainsi que l’évaluation des tendances. Le Nunavut a une superficie importante et abrite une population d’ours grizzlis. Il sera question plus loin de cette population.

Le règlement de revendications territoriales additionnelles a en outre donné lieu à la création des régions désignées des Inuvialuit et des Gwich’in et de la région désignée du Sahtu. Le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest continue de gérer la faune dans ces régions, mais il le fait en concertation avec diverses agences et divers organismes voués aux revendications territoriales.

On estime à environ 5 100 ours la population totale d’ours grizzlis dans les Territoires du Nord-Ouest (Gau et Veitch, 1999; tableau 6), population qui occupe un territoire d’environ 641 000 km 2. Les ours du Nunavut n’entrant pas dans cette estimation, il pourrait y avoir eu augmentation de la population depuis 1991. Toutefois, aucune donnée ne permet de dire s’il y a eu hausse ou diminution de la population. Aucune estimation officielle de la population d’ours grizzlis n’avait été réalisée auparavant. Les gestionnaires régionaux de la faune sont d’avis qu’à toutes fins utiles, les populations sont restées stables depuis 1991 (D. Cluff, J. Nagy et A. Veitch, comm. pers.). Rien n’indique un changement dans la répartition de l’ours grizzli à l’intérieur des Territoires du Nord-Ouest au cours de la période historique (Schwartz et al., sous presse).

Tableau 10. Mortalités de cause anthropique documentées d’ours grizzlis au Yukon de 1980 à1999. Les données excluent les régions désignées des Inuvialuit et des Gwich'in.
AnnéeChasseNote de bas de page aPVPNote de bas de page bAutresGrand total
MâlesFemellesSexe inconnuTotal
198054290839395
198158261856394
19825821180164100
198346281758285
198476360112156133
19855937197173117
19865341094111106
198785410126201147
19886843011152118
19895734091141106
19906425089154108
199144330776487
19925536091141106
1993442707113084
199447300779288
1995372606318081
199672300102130115
19975829087221110
1998431906210173
1999462006612280
Total112461141739253412033
Moy. globale56,230,60.287,012,72,1101,7
erreur-type2,71,6 3,81,10,44,2
Moy. 1980-198961,4Note de bas de page c33,6Note de bas de page c 95,4Note de bas de page c12,12,6110,1Note de bas de page c
erreur-type3,72,3 5,21,60,56,0
Moy. 1990-199951,0Note de bas de page c27,5Note de bas de page c 78,5Note de bas de page c13,21,593,2Note de bas de page c
erreur-type3,51,7 4,21,40,54,7
valeur P0,03960,0387 0,0114  0,0272

Notes de bas de page

Note de bas de page A

Comprend les prises autochtones.

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Note de bas de page B

Protection de la vie humaine ou de la propriété.

Retour à la référence de la note de bas de page b

Note de bas de page C

Signifie que les valeurs dans la colonne diffèrent de manière statistiquement significative (test z bilatéral).

Retour à la référence de la note de bas de page c


Vu la création du Nunavut en 1999, les mortalités dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut sont rapportées ensemble (tableau 11). La mortalité cynégétique, la mortalité associée à la protection de la vie humaine ou de la propriété et la mortalité totale ont fluctué au cours de la période considérée.

 

Tableau 11. Mortalités de cause anthropique documentées d’ours grizzlis dans les Territoires du Nord-OuestNote de bas de page a et au Nunavut de 1989 à 1999.
AnnéeChasseNote de bas de page bCauses anthropiques autres que la chasseGrand total
MâlesFemellesSexe inconnuTotalIllégalesPVPNote de bas de page cAutres
19905308 8 16
19917119 6 15
1992101011 5 16
199384113 12 25
1994141116 13 29
19955049 9 18
1996123116 4 20
1997101011 15 26
19985128 15 23
19995207 7 14
Total8117101080940202
Moy.8,11,71,010,8 9,4 20,2
erreur type1,00,40,41,0 1,3 1,7
Total RDINote de bas de page a 1990-19991513315199 52 251
Total RDGNote de bas de page a 1990-1999194427 26 53
Grand Total251542933401720506
Moyenne globale25,15,42,933,4017,2050,6

Notes de bas de page

Note de bas de page A

Comprend les mortalités dans la partie yukonnaise de la région désignée des Inuvialuit (RDI) et de la région désignée des Gwich'in (RDG).

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Note de bas de page B

Comprend les prises autochtones.

Retour à la référence de la note de bas de page b

Note de bas de page C

Protection de la vie humaine ou de la propriété.

Retour à la référence de la note de bas de page c

6.6 Nunavut

Avant le 1er avril 1999, la population d’ours grizzlis du Nunavut était fondue dans celle des anciens Territoires du Nord-Ouest. Pour l’instant, il n’existe pas d’estimation officielle de la population d’ours grizzlis au Nunavut. L’ours grizzli se rencontre dans deux régions, soit celles de Kitikmeot et de Kivalliq (anciennement Keewatin). La densité de population n’y a pas été estimée. Cependant, après avoir consulté les gestionnaires régionaux de la faune, l’auteur a procédé à une extrapolation à partir de données empiriques recueillies le plus près possible afin de proposer un chiffre raisonnable pour le nombre d’ours au Nunavut. Il faut bien comprendre que cette démarche vise uniquement à fournir une hypothèse de travail, la présence d’ours grizzlis au Nunavut étant avérée. Cette estimation ne repose pas sur une connaissance de la population du Nunavut et de son habitat.

La densité de population dans la région des rivières Brock et Hornaday, immédiatement à l’ouest de la frontière entre les Territoires du Nord-Ouest et la région de Kitikmeot, est estimée à six ours par 1 000 km2 (Nagy et Branigan, 1998). Dans la région du lac de Gras (partie centrale de l’Arctique), chevauchant la frontière entre les régions de North Slave et de Kitikmeot, elle est estimée à 3,5 ours par 1 000 km2 (Penner and Associates, 1998; P. McLoughlin, comm. pers.). L’auteur a pris pour hypothèse une densité de population moyenne de quatre ours par 1 000 km2 et a appliqué cette valeur à un territoire arbitrairement défini de 200 000 km2, dans le coin nord-ouest de la partie continentale du Nunavut. Cette valeur de densité paraît raisonnable pour une grande partie de la région de Kitikmeot (B. Patterson, comm. pers.). Le résultat obtenu est de 800 ours.

Il n’existe pas d’estimation de la densité pour l’Est de la partie continentale du Nunavut, mais on croit qu’elle y serait nettement inférieure (M. Campbell, comm. pers.; R. Mulders, comm. pers.). Par conséquent, l’auteur a appliqué une densité d’un ours par 1 000 km2 sur un territoire de 200 000 km2 compris entre la baie d’Hudson, l’océan Arctique et le Manitoba; le résultat est de 200 ours. Le total pour le Nunavut serait donc de 1 000 ours grizzlis. En tenant compte des incertitudes quant à la densité de population et à la superficie occupée, on peut raisonnablement avancer que la population d’ours grizzlis du Nunavut est comprise entre 800 et 2 000 ours. Comme ces estimations sont grossières, il est impossible d’évaluer les tendances démographiques. Selon les gestionnaires locaux, il n’y aurait eu aucune variation importante des populations d’ours grizzlis dans les régions de Kitikmeot et de Kivalliq au cours de la dernière décennie (B. Patterson, M. Campbell, comm. pers.).

L’ours grizzli occupe probablement la majeure partie des terres continentales du Nunavut (figure 3). Cette répartition n’a probablement pas varié au cours de la période historique (Schwartz et al., sous presse).

Vu la création du Nunavut en 1999, les mortalités dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut sont rapportées ensemble (tableau 11). La mortalité cynégétique, celle associée à la protection de la vie humaine ou de la propriété ainsi que la mortalité totale ont fluctué au cours de la période considérée.

6.7 Canada

Dans l’ensemble, rien n’indique que la population totale ou que la répartition de l’ours grizzli au Canada aient changé depuis 1991. La zone d’occurrence de l’espèce serait d’approximativement 3 469 000 km2 selon Banci (1991) et McLellan et Banci (1999), mais sa zone d’occupation actuelle se rapprocherait davantage de 2 574 000 km 2.

Le nombre connu d’ours grizzlis tués par l’homme au Canada est en moyenne de 504 par année (tableau 12). Environ 84 p. 100 de ces mortalités sont attribuables à la chasse légale (Premières nations incluses). Une autre tranche de 13 p. 100 est attribuable à la protection de la vie humaine ou de la propriété. D’après les estimations de la population canadienne totale (tableau 6), la mortalité de cause anthropique connue correspond en moyenne à environ 2,0 à 2,4 p. 100 de la population chaque année. Ce taux de mortalité n’est pas distribué également dans les provinces et territoires.


Figure 13. Répartitions actuelle et ancienne (vers 1800) de l’ours grizzli en Amérique du Nord.

Figure 13. Répartitions actuelle et ancienne (vers 1800) de l’ours grizzli en Amérique du Nord.

Adapté de Servheen (1990).

 


Figure 14. Évolution de la densité de la population humaine au Canada par décennie pour la période de 1861 à 2000.

Figure 14. Évolution de la densité de la population humaine au Canada par décennie pour la période de 1861 à 2000.

 


Figure 15. Évolution de la population humaine totale de l’Alberta, de la Colombie-Britannique, du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest (avec le Nunavut) pour la période de 1971 à 2000.

Figure 15. Évolution de la population humaine totale de l’Alberta, de la Colombie-Britannique, du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest (avec le Nunavut) pour la période de 1971 à 2000.

Données de Statistique Canada.

6.8 Taille et tendances des populations – Sommaire

On estime au minimum à 27 421 ours la population totale d’ours grizzlis au Canada (plage de 26 916+ à 29 150+). De ce total, entre 6 890+ et 17 199+ ours sont en âge de procréer. L’ours grizzli occupe présentement plusieurs zones discontinues et compte donc plusieurs sous-populations. On a repéré, le long de la bordure sud de l’aire de répartition de l’espèce en Colombie-Britannique, huit isolats dont la population totale n’atteint pas 250 ours (T. Hamilton et B. McLellan, comm. pers.). Dans six de ces isolats, la population est estimée à moins de 30 individus. Dans les deux autres, la population estimée est de 60 et de 67 individus. Le reste de la population canadienne d’ours grizzlis occupe quelque 2 574 000 km2formant un territoire essentiellement continu. L’ours grizzli est disparu de l’écozone des Prairies.

Au Canada, les populations d’ours grizzlis sont très inférieures à ce qu’elles ont déjà été, mais elles sont demeurées essentiellement stables depuis 1990. On pense que même les petites populations isolées du Sud de la Colombie-Britannique sont stables.

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7. Facteurs limitatifs et menaces

7.1 Abondance

La mortalité directe ou encore des facteurs agissant sur le rapport des naissances aux décès, comme la natalité, peuvent influer sur les populations d’ours grizzlis. Dans la plupart des populations canadiennes, la mortalité directement attribuable à l’homme constitue une importante menace. Il se produit une mortalité naturelle au sein de toutes les populations d’ours grizzlis, et elle peut être importante, mais dans presque toutes les régions, certaines aires protégées comprises, la plupart des ours meurent de causes anthropiques (Schwartz et al., sous presse).

L’homme élimine des ours grizzlis de différentes façons. L’espèce est partout gérée en tant que gibier. On prévoit des saisons de chasse à l’intention des Premières nations, des résidents et, dans certains cas, de chasseurs non résidents. Les ours sont très souvent attirés par l’activité humaine et peuvent ainsi être abattus quand ils constituent une menace réelle pour la vie humaine ou pour la propriété ou sont perçus comme une menace. Des ours grizzlis sont abattus de manière illégale, peut-être lorsqu’on les confond avec l’ours noir, ou par malfaisance. Enfin, comme tous les animaux à l’état sauvage, les ours grizzlis peuvent être tués accidentellement par l’homme, par exemple s’ils sont frappés par des véhicules routiers ou des trains.

Dans les montagnes de l’intérieur dans le Sud de l’Alberta et de la Colombie-Britannique ainsi que dans le Nord du Montana, de l’Idaho et de l’État de Washington, l’homme a été responsable de 77 p. 100 des mortalités connues d’ours grizzlis portant un collier émetteur; la proportion s’élève à 85 p. 100 si on inclut les cas douteux (McLellan et al., 1999). Sur 83 ours morts, 14 sont morts de causes naturelles, 16 d’une récolte légale, 21 pour des raisons de protection de la vie humaine ou de la propriété, 19 sont morts abattus par des braconniers, huit d’autres causes anthropiques et cinq de causes inconnues.

Benn (1998) a passé en revue les données sur la mortalité de l’ours grizzli dans l’écosystème des Rocheuses centrales (ERC), en Alberta et en
Colombie-Britannique (il y a un certain chevauchement entre les ensembles de données de Benn [1998] et de McLellan et al. [1999]). Dans l’ensemble de la région d’étude, l’homme a été responsable de 627 (98 p. 100) de toutes les morts signalées. Entre 1972 et 1996, sur les terres provinciales de l’Alberta, on a enregistré 190 morts causées par l’homme. Les chasseurs légaux (Premières nations incluses) ont abattu 107 ours (56 p. 100) et les braconniers, 31 ours (16 p. 100); 48 ours ont été abattus pour des raisons de protection de la vie humaine ou de la propriété (25 p. 100) et quatre autres sont morts d’autres causes anthropiques (2 p. 100). Le taux global de mortalité se serait situé entre 6,1 et 8,3 p. 100; les variations d’une région à l’autre sont importantes. Il a été estimé que, dans la vallée de la rivière Bow et au sud, le taux de mortalité était de 1,5 à 3,1 p. 100, alors que du côté nord, il se situait entre 7,3 et 15,9 p. 100.

Dans la partie de l’ERC constituée par les East Kootenay (Colombie-Britannique), 319 mortalités de cause anthropique ont été enregistrées entre 1976 et 1996 (Benn, 1998). Les chasseurs détenteurs de permis (Premières nations exclues) ont abattu 257 ours (81 p. 100), les braconniers en ont abattu 11 (3 p. 100), 48 (15 p. 100) ont été abattus pour des raisons de protection de la vie humaine ou de la propriété et trois autres (1 p. 100) sont morts de causes anthropiques non spécifiées. Les taux de mortalité de cause anthropique sont estimés à 1,4 p. 100 (de 1976 à 1981), 2,9 p. 100 (de 1982 à 1996) et 2,5 p. 100 pour toute la période.

Entre 1971 et 1996, dans les parcs nationaux Kootenay, Yoho et Banff, l’homme a été à l’origine de 118 mortalités (91 p. 100) sur un total de 129 mortalités signalées (Benn, 1998). Sur les 118 mortalités de cause anthropique, 85 ours (72 p. 100) ont été abattus pour des raisons de protection de la vie humaine ou de la propriété, 22 (19 p. 100) sont morts sur les routes ou sur les voies ferrées et 11 autres sont morts d’autres causes. On a estimé le taux de mortalité de cause anthropique de 8 à 10 p. 100 entre 1971 et 1983, 2 p. 100 entre 1984 et 1996 et 4,5 à 5,7 p. 100 au total. De toute évidence, même dans des parcs nationaux où il est protégé contre la chasse, l’ours grizzli n’est pas à l’abri de la mortalité de cause anthropique.

Les données examinées par Benn (1998) se rapportaient aux mortalités signalées, qui sont dans la grande majorité des cas des mortalités de cause anthropique légales. Il est plus difficile de documenter les mortalités naturelles, particulièrement sans radiotélémétrie. Par conséquent, il faudrait voir les observations résumées ci-dessus comme constituant une évaluation de la mortalité de cause anthropique.

La mortalité de cause anthropique non documentée constitue un deuxième problème important pour les responsables de la gestion de l’ours grizzli. Dans toutes les provinces et tous les territoires, il est obligatoire de déclarer les ours grizzlis tués. La plupart des organismes tentent de tenir compte de la mortalité non déclarée dans leurs plans de gestion, mais il est difficile, particulièrement pour ce qui est des ours abattus de manière illégale, de documenter ce paramètre. McLellan et al. (1999) ont déterminé que si ce n’était des colliers émetteurs, 46 à 51 p. 100 de toutes les mortalités d’ours grizzlis porteurs d’un collier n’auraient pas été documentées. Pour les seules mortalités de cause anthropique (morts douteuses de cause inconnue comprises), 34 à 46 p. 100 de ces mortalités n’auraient pas été documentées si ce n’avait été de la radiotélémétrie. La mortalité non déclarée a aussi été documentée dans le cadre d’un programme de recherche en cours dans le Centre-Ouest de l’Alberta (G. Stenhouse, comm. pers.). En plus des mortalités dues à des activités illégales, il peut être difficile de documenter les morts accidentelles (p. ex. collisions sur les routes) ainsi que celles attribuables aux Première nations, qui ne sont pas partout tenues de déclarer leurs prises.

Le déplacement des ours, plutôt que leur élimination, est souvent la solution appliquée lorsque des ours viennent en conflit avec l’homme (Schwartz et al., sous presse). Cette mesure donne à ces ours une chance de survivre, mais elle ne constitue pas une bonne solution aux conflits. En effet, les ours grizzlis ont une grande aptitude à retrouver leur domaine vital, et bon nombre d’individus déplacés y reviennent rapidement (Miller et Ballard, 1982). En outre, dans la région de Yellowstone, on a observé que le taux de survie des ours déplacés, particulièrement chez les mâles et les femelles adultes, était inférieur à celui des ours non déplacés (0,83 contre 0,89) (Blanchard et Knight, 1995). Dans le Nord-Ouest du Montana, 38 p. 100 des ours déplacés sont morts en deux ans (Riley et al., 1994). Tout déplacement réussi doit être considéré sur le plan fonctionnel comme une mortalité dans la population d’origine, que l’animal déplacé survive ou pas.

Parce qu’il vit longtemps, que son potentiel de reproduction n’est pas élevé et qu’il n’est pas facile de surveiller ses populations, l’ours grizzli est extrêmement difficile à gérer. Les caractéristiques démographiques d’une population d’ours grizzlis à un moment donné résultent d’une série d’événements qui se sont déroulés au cours des dix à vingt années précédentes (Doak, 1995). Les responsables de la gestion des populations doivent faire en sorte que la répartition par groupes d’âge soit bonne et que la reproduction et le recrutement soient maintenus. Une mortalité excessive et la diminution du potentiel de reproduction peuvent nous laisser sur l’impression erronée qu’une population est viable alors qu’en fait sa densité est faible et qu’elle se compose de quelques ours âgés qui survivent longtemps. Il existe de ces populations moribondes en France (Camarra, 1999), dans le Nord de l’Italie (Osti, 1999) et en Espagne (Clevenger et al., 1999).

L’analyse de viabilité des populations (AVP) vise à établir leurs chances de survie. On l’applique de plus en plus à la modélisation du risque de disparition des populations d’ours grizzlis (Mills et al., 1996; Herrero et al., 2000). Les variables d’entrée sont spécifiques aux régions, de sorte qu’il faut détenir des estimations raisonnables des caractéristiques des populations et des conditions d’habitat pour le présent et un avenir prévisible. À cause de la grande variabilité des paramètres entre les différentes populations d’ours, il n’est ordinairement pas possible d’utiliser de tels modèles pour prévoir le risque de disparition de l’ours grizzli dans des secteurs choisis arbitrairement, ni de déterminer des superficies minimales pour les zones de protection (Mattson et al., 1996). Dans l’utilisation de l’AVP aux fins de gestion, on doit faire des choix difficiles, notamment établir le risque de disparition acceptable et l’horizon temporel de maintien de la population. Compte tenu des conditions existantes et des phénomènes stochastiques, il est impossible de faire passer à zéro le risque de disparition d’une population d’ours grizzlis. Les gestionnaires de la faune qui doivent augmenter au maximum la probabilité de survie de populations doivent être prêts à intervenir vigoureusement pour réduire le plus possible, voire inverser, les effets de cause anthropique sur ces populations et leur habitat. Plus le risque de disparition jugé acceptable est élevé, plus on peut alléger les mesures réglementaires limitant l’activité humaine. De la même façon, il faut une planification beaucoup plus restrictive pour assurer le maintien d’une population pendant 1 000 ans que pour l’assurer pendant 100 ans (Mattson et al., 1996). De tels choix ont de grandes incidences sur la société et les gestionnaires de la faune ne peuvent pas les faire seuls.


7.1.1 Effets de la chasse sur les populations d’ours grizzlis

Toutes les provinces et tous les territoires abritant des ours grizzlis prévoient une saison de chasse. La chasse par les détenteurs de permis correspond à 84 p. 100 des cas documentés de mortalité de cause anthropique (tableau 12). Si on prend les récoltes annuelles moyennes par province et les territoire pour 1990 à 1999 (tableau 12) et les estimations actuelles de population (tableau 6), on obtient que les récoltes annuelles moyennes se situaient entre 0,6 et 3,4 p. 100. Il ne fait aucun doute que dans certaines années et en certains endroits, les moyennes ont été dépassées.

On estime que les populations d’ours grizzlis se trouvant dans des conditions optimales quant à la reproduction et à la mortalité naturelle et où les mâles sont deux fois plus vulnérables que les femelles peuvent supporter un taux de récolte annuel maximal de 5,7 p. 100 (Miller, 1990b). Au Canada, les stratégies de gestion de l’ours grizzli dans les provinces et les territoires comportent des objectifs pour la mortalité de cause anthropique totale d’au plus 6 p. 100 des effectifs estimés. En général, la mortalité de cause anthropique non cynégétique est soustraite du contingent total pour fixer les niveaux de récolte. Si les estimations démographiques étaient exactes et tous les cas de mortalité de cause anthropique étaient documentés, on pourrait avancer que les populations d’ours grizzlis pourraient probablement supporter les taux de mortalité cynégétique observés actuellement dans les provinces et territoires. Malheureusement, les données ne sont pas suffisamment exactes, et il faut considérer avec prudence tous les paramètres.

Comme c’est le cas de toutes les espèces polygynes, davantage de mâles que de femelles peuvent être récoltés sans nuire à la population (Caughley et Sinclair, 1994). La plupart des organismes de gestion de la faune orientent la récolte vers les mâles de manière active en protégeant les groupes familiaux et en faisant concorder les saisons de chasse avec les périodes où les mâles sont relativement actifs. En outre, les mâles, plus imposants, sont préférés par la plupart des chasseurs. Entre 1990 et 1999, 65 p. 100 des ours grizzlis abattus étaient des mâles (tableau 12). Par conséquent, le noyau reproducteur des populations d’ours, soit les femelles adultes, se trouve à être mieux protégé. Toutefois, cette stratégie de récolte, ou toute stratégie par laquelle la récolte est assez fortement concentrée sur les mâles, peut exercer une certaine pression sur les populations en abaissant la densité des mâles et modifiant le sex-ratio naturel des populations. On ignore tout des répercussions sociales et comportementales de ce phénomène, mais elles sont sans doute importantes et méritent d’être étudiées.

Une intense pression de chasse peut altérer les caractéristiques démographiques des populations d’ours grizzlis. Par exemple, un taux annuel moyen de récolte de 11 p. 100 pendant 12 ans a fait chuter de 36 p. 100 une population d’ours grizzlis en Alaska, le nombre de femelles ayant chuté de 32 p. 100 (Reynolds, 1999). Au bout de dix ans d’un effort délibéré pour réduire une population d’ours grizzlis, dans une autre étude réalisée en Alaska, le sex-ratio est passé de 82 mâles pour 100 femelles à 28 mâles pour 100 femelles, sans cependant aucun changement dans la densité de population (Miller, 1995).

On ne doit pas considérer les compositions des récoltes par sexe et par âge comme représentatives de celles de la population parce qu’il est possible que certaines classes d’ours soient plus vulnérables à la chasse que d’autres (Bunnell et Tait, 1980) et parce que les chasseurs sont sélectifs (Miller, 1990b). Dans l’interprétation des données de récolte, on prend aussi souvent comme hypothèse que la structure par âge de la population est stable (Miller, 1990b). L’interprétation erronée des données de récolte peut conduire à de fausses conclusions quant à la situation des populations. Par exemple, parmi les indicateurs de surchasse communément utilisés, on compte la baisse de l’âge des prises et l’augmentation de la proportion de femelles dans les prises (Miller, 1990b), et quand ces tendances ne sont pas détectées, alors qu’elles existent, on pourrait penser que la population demeure stable. Toutefois, on n’a pas observé de changement dans la composition par âge des populations dans une région de l’Alaska où la chasse était intense (Miller, 1995). Par ailleurs, la vulnérabilité relativement supérieure des mâles à la chasse (Bunnell et Tait, 1980) peut masquer leur déclin réel dans une population soumise à une récolte excessive. Enfin, les faibles taux de récolte produisent des échantillons de petite taille présentant une faible puissance statistique pour la détection des baisses de population (Harris et Metzgar, 1987).

La protection des femelles n’est pas nécessairement assurée si on se contente de fixer une proportion minimale de mâles dans la récolte (Miller, 1990b). Lorsque la proportion n’est pas atteinte, il pourrait être moins approprié, en ce qui concerne la réglementation, d’accroître la récolte de mâles (par exemple en laissant la saison de chasse commencer plus tôt) que d’abaisser la récolte de femelles. Il est plus important de protéger un nombre absolu de femelles que de maintenir une proportion donnée de femelles dans la récolte.

Certains sont d’avis que la chasse des mâles est sans effet sur les populations ou qu’elle est bénéfique parce que, selon eux, le fait d’abaisser la densité des mâles accroîtrait la production d’oursons et le taux de survie de ces derniers, ce qui favoriserait l’accroissement des populations (examen de la question dans Miller, 1990a). Le mécanisme serait le suivant : les mâles adultes étant infanticides, ils se trouvent à freiner l’accroissement démographique, et leur élimination est compensée par une baisse du stress intraspécifique et un recrutement accru. Cependant, l’examen de diverses études n’a pas permis de confirmer l’existence d’un tel phénomène de compensation qui serait fonction de la densité dans les populations d’ours grizzlis (McLellan, 1994). Il a été recommandé aux gestionnaires de la faune de ne pas supposer, tant que la preuve ne sera pas faite, qu’il y a accroissement du recrutement quand les populations diminuent (Taylor, 1994).

De fait, des travaux de recherche récents laissent entendre le contraire. En Suède, des chercheurs ont observé que le taux de survie des oursons a baissé dans un secteur où la mortalité des mâles adultes était supérieure, et la mort des oursons a été attribuée à des mâles de l’extérieur venus occuper les territoires laissés libres (Swenson et al., 1997; sous presse). Le taux de survie des oursons est demeuré inférieur pendant 1,5 année après que les mâles aient été récoltés, ce qui signifie que la perturbation sociale a duré tout ce temps. Après qu’aucun mâle adulte n’ait été prélevé sur au moins 1,5 année, le taux de survie des oursons se chiffrait entre 0,98 et 1,00, ce qui laisse penser que les mâles résidents établis ont tué peu de petits. Swenson et al. (1997) ont conclu que le récolte d’un mâle adulte exerce sur la population un effet équivalent au récolte de 0,5 à 1 femelle adulte. Lorsqu’ils ont comparé une population canadienne d’ours grizzlis chassée avec une autre non chassée, en tenant compte des différences de densité de population et de qualité de l’habitat, Wielgus et Bunnell (1995; 2000) ont remarqué que le taux de reproduction, la taille moyenne des portées et l’âge à la première mise bas étaient inférieurs dans la population chassée. Les mâles de l’extérieur venus occuper les territoires libérés par les ours tués par des chasseurs étaient considérés éventuellement infanticides, et les femelles résidentes les évitaient et n’exploitaient pas les habitats de grande qualité que ces mâles utilisaient. Étant donné la polarisation des avis scientifiques et le manque de données concluantes, il paraît préférable de s’en tenir aux recommandations voulant que cette question soit abordée avec prudence et étudiée de façon spécifique.

En raison de la difficulté d’obtenir des données démographiques exactes, de notre connaissance insuffisante de l’ensemble des conséquences de la mortalité dans les populations d’ours grizzlis et de la faible résilience écologique de l’espèce (Weaver et al., 1996), il faut dans tous les cas appliquer des plans de gestion et de récolte prudents.


7.1.2 Le commerce de parties d’ours grizzli

La médecine orientale emploie des parties d’ours depuis des millénaires. La demande existe toujours chez les praticiens de la médecine traditionnelle, et elle s’est étendue de la Chine à la Corée et au Japon et a aussi suivi l’immigration asiatique dans les autres continents. La bile extraite des vésicules biliaires est traditionnellement la substance la plus recherchée, mais il existe des marchés pour d’autres parties, particulièrement les pattes. La bile et la vésicule biliaire passent pour fournir des remèdes utiles au traitement de différents problèmes de santé comme des troubles hépatiques, cardiaques et digestifs.

La bile et la vésicule biliaire ont une grande valeur. Selon des données bien établies, les prix de détail peuvent atteindre 500 $US/g dans le cas de la bile, et 2000 $US pour une vésicule entière (Servheen, 1999b). L’exploitation des ours à des fins médicinales a largement contribué au recul en Asie de plusieurs espèces d’ours, tant sur le plan de la répartition que sur celui des effectifs. Elle s’est étendue aux populations d’Amérique du Nord pour répondre à la demande tant nord-américaine qu’asiatique. Toutes les espèces d’ours sont exploitées à des fins médicinales. Comme il est difficile de faire condamner les contrevenants par les tribunaux, et comme de nombreux États imposent des sanctions relativement légères, le braconnage des ours est considéré comme très lucratif.

Exception faite d’un marché restreint pour les peaux, le commerce de parties de l’ours grizzli est interdit partout au Canada. Ce type de commerce étant illégal, il est impossible de le surveiller ou de le documenter; il est donc difficile d’évaluer l’importance de l’exploitation des populations d’ours en Amérique du Nord. Cependant, cette exploitation existe bel et bien, en témoignent certaines poursuites judiciaires qui ont abouti (voir par exemple BC M.O.E., 2001a). Les mesures pour contrer le commerce illicite des parties d’ours ont été améliorées en certains endroits. Par exemple, la Colombie-Britannique a adopté en 1997 une loi interdisant la possession de vésicules biliaires d’ours ou de toute partie ou tout dérivé d’une vésicule biliaire d’ours. De plus, dans cette province, la possession de tout produit contenant ou dont il est allégué qu’il contient de la bile d’ours est interdite. L’adoption de mesures législatives musclées pour freiner ce commerce est certes essentielle, mais son efficacité n’est que partielle, les violations et les poursuites ne disparaissant pas.

À mesure que les populations sauvages d’ours asiatiques continuent de diminuer, à cause de la dégradation de leur habitat et d’une mortalité de cause anthropique directe excessive, le marché est de moins en moins alimenté par l’Asie et les pressions pour l’exploitation d’autres populations d’ours s’intensifient. Il y a davantage d’ours à l’état sauvage en Amérique du Nord que dans tout le reste du monde (Servheen, 1999b). Compte tenu des profits élevés que procure le commerce illicite des vésicules biliaires, de la bile et d’autres parties des ours, il est probable que les populations nord-américaines d’ours, dont celles de l’ours grizzli, seront de plus en plus dans la mire des braconniers.

Les utilisations médicinales ne sont pas le seul débouché dans le commerce des parties et dérivés d’ours. La valeur des trophées de grizzli, en particulier, est à l’origine d’un certain braconnage et commerce illicite (voir par exemple BC M.O.E., 2001b). Si les possibilités de chasse légale de l’ours grizzli au Canada et ailleurs étaient davantage limitées, cette menace s’accroîtrait sans doute.

7.2 Habitat

Les perturbations des habitats modifient la capacité des régions de soutenir une population d’ours grizzlis. Certaines de ces perturbations, naturelles ou de cause anthropique, sont parfois avantageuses pour les populations d’ours (on pense, par exemple, à la place occupée par les premiers stades de succession forestière à la suite d’incendies ou de récoltes de bois), mais, pour ce qui est de la situation et de la conservation de l’ours grizzli, on s’intéresse surtout aux activités qui réduisent l’utilité des habitats. On pense tout d’abord aux altérations des habitats qui les rendent inutilisables de manière définitive ou encore assez longtemps pour modifier les caractéristiques démographiques des populations en cause. Certaines activités d’exploitation des ressources, l’agriculture et la construction résidentielle entraînent ce type d’altérations. Pendant de nombreuses années, ces activités ont pu être exercées partout dans une bonne partie de l’aire de répartition de l’espèce sans aucune mesure – ou aucune mesure réellement efficace – d’atténuation de leurs effets sur l’ours grizzli. Mais depuis peu, avec le recul reconnu des aires de répartition mondiale, nord-américaine, canadienne et locales de l’ours grizzli, les projets d’aménagement sont de plus en plus soumis à un examen critique. Herrero et Herrero (1996), Diavik (1998) et BHP (2000) fournissent des exemples de tentatives récentes d’évaluation des effets de projets d’aménagement industriel sur l’habitat et les populations d’ours grizzlis.

L’exploitation minière et l’exploitation pétrolière sont préoccupantes parce que les gisements intéressants peuvent se trouver dans des milieux sensibles et qu’il n’est souvent pas possible de trouver et d’exploiter des gisements équivalents dans des secteurs plus appropriés sur le plan de l’environnement. La demande pour ces ressources émanant de la société fait que, à l’intérieur de certaines contraintes, ces gisements seront exploités, avec une certaine perte d’habitat. Des ressources aussi précieuses que le pétrole et la gaz naturel sont de puissants moteurs de l’économie du pays et des provinces et territoires et sont ainsi à l’origine de pressions considérables qui s’opposent à la préservation des habitats de l’ours grizzli.

Les revenus bruts de la production d’hydrocarbures en Alberta se sont élevés à plus de 26 milliards de dollars en 1996 et en 1997, 76 p. 100 de la production provinciale étant exportée (Alberta EUB, 1999). Plus de 200 000 puits ont été forés en Alberta depuis 1902, 8 000 à 13 000 nouveaux puits étant apparus annuellement au cours des dernières années. En outre, à la fin de 1998, le réseau de pipelines de la province totalisait 264 000 km. Le réseau routier des champs pétrolifères fait des milliers de kilomètres. Une part importante mais inconnue de ces puits, pipelines et routes est implantée à l’intérieur de l’aire de répartition actuelle de l’ours grizzli. Chaque puits, accès routier et pipeline constituent une altération à long terme ou permanente de l’habitat, nuisible dans la plupart des cas. Les bords de route et de pipeline peuvent fournir des zones d’alimentation aux ours (Nagy et Russell, 1978), mais cet avantage éventuel peut être contrebalancé par le fait que les ours y sont plus vulnérables aux chasseurs. Les travaux de prospection et d’exploitation des hydrocarbures progressent rapidement aussi dans le Sud-Ouest des Territoires du Nord-Ouest, et le projet de construction d’un pipeline empruntant la vallée du Mackenzie refait surface.

Jusqu’à la fin des années 1980, l’ours grizzli de l’Arctique canadien était relativement à l’abri du développement industriel. Cependant, l’annonce de la découverte de diamants en 1991 a suscité un intérêt inédit et déclenché une vague de projets de prospection. Ainsi, entre 1991 et 1993, plus de 23 000 claims miniers couvrant plus de 160 000 km2 ont été jalonnés dans la province géologique des Esclaves, dans les Territoires du Nord-Ouest et au Nunavut (Bureau du registraire minier, ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien, Yellowknife, données inédites). À la fin de 2001, une mine de diamants était en exploitation, une autre était sur le point de l’être, les travaux de prospection étaient avancés dans plusieurs autres cas et des demandes d’implantation étaient à l’étude. En 1999, la seule mine de diamants en exploitation a représenté 19 p. 100 du produit intérieur brut des Territoires du Nord-Ouest (BHP, 2000). La présence de mines dans la toundra arctique fait peser une nouvelle menace sur l’habitat de l’ours grizzli. Même si l’implantation des infrastructures d’une mine prend assez peu d’espace, les effets sur l’habitat sont intensifiés par le paysage dégagé de la toundra, l’intensité des perturbations à l’échelle locale, la rareté relative et l’importance des secteurs d’habitat de grande qualité, et la densité exceptionnellement faible des populations d’ours. Chaque site minier devient aussi le lieu de conflits possibles entre les ours et l’homme, ce qui entraîne un risque de mortalité chez les ours. Étant donné que les ours grizzlis de l’Arctique ont ordinairement un domaine vital d’une immense étendue (tableau 5), il existe un risque élevé que ces ours découvrent ces installations même si elles sont peu nombreuses et largement éloignées les unes des autres, particulièrement si les ours y sont attirés par la présence de produits alimentaires ou du simple fait qu’ils sont naturellement curieux et constamment à la recherche de nourriture. L’apparition et l’aménagement subits de l’exploitation des diamants au Canada témoignent de l’imprévisibilité des activités d’exploitation des ressources et des marchés qui les motivent. Il y a à peine une décennie, peu nombreux sont ceux qui auraient pu prévoir un tel intérêt pour l’extraction minière au cœur de la toundra de la partie centrale de l’Arctique canadien. Il est pratiquement certain qu’il y aura au cours des prochaines décennies de nouvelles pressions pour l’exploitation de ressources non encore découvertes ou pour lesquelles il n’y a pas encore de demande.

Chaque année, la récolte commerciale de bois au Canada altère une partie importante de l’habitat de l’ours grizzli. En 1997, des coupes à blanc ont été pratiquées sur une superficie de 175 808 hectares en Colombie-Britannique, sur 50 697 hectares en Alberta et sur 429 hectares dans les Territoires du
Nord-Ouest (BC M.O.F., 1998a; RNC, 1998). Au Yukon, ce chiffre s’élève à 1 921 hectares pour 1996. Les effets de la récolte de bois sur l’habitat sont dynamiques et, selon les traitements post-récolte, les ours peuvent profiter des premiers stades de succession pendant le rétablissement de la couverture végétale dans les secteurs de coupe. Cependant, McLellan et Hovey (2001a) ont observé que dans le Sud-Est de la Colombie-Britannique, très peu d’ours utilisent les vastes secteurs de coupe en régénération parce qu’ils y trouvent peu de nourriture. Dans tous les cas, l’utilité de l’habitat dans les parterres de coupe est considérablement réduite, au moins à court terme. La construction de routes accompagne la récolte du bois. En 1998, le réseau routier des forêts de la Colombie-Britannique comptait 43 000 km de routes forestières, 120 000 km de routes opérationnelles dont l’usage exige la possession d’un permis et 150 000 km de routes et de chemins qui ne sont plus entretenus, soit 313 000 km au total (BC M.O.F., 1998b). Dans la plupart des cas, les routes et les chemins qui ne sont plus entretenus demeurent probablement accessibles aux véhicules tout-terrain. Chaque année, de 5 000 à 10 000 km de routes s’ajoutent à ce total.

Le développement agricole a probablement beaucoup contribué au rétrécissement de l’aire de répartition de l’ours grizzli au Canada, et continue sans doute d’avoir une incidence à cet égard. Les terres mises en culture sont perdues de façon permanente pour l’ours grizzli. De plus, le pâturage conduit inévitablement à la suppression d’ours puisque ceux-ci sont perçus, à tort ou à raison, comme une menace pour les troupeaux (LeFranc et al., 1987).

L’expansion domiciliaire est probablement la plus perturbatrice de toutes les formes anthropiques d’altération de l’habitat dans l’aire de répartition de l’ours grizzli. Davantage de personnes construisent des habitations à la bordure de l’aire de répartition de l’ours grizzli. Dans le cas des aménagements industriels, les activités humaines sont le plus souvent seulement diurnes, saisonnières ou cycliques; lorsque les personnes quittent le travail, la perturbation de l’habitat cesse, sauf pour ce qui est des installations, équipements ou traces qui peuvent être laissés dans le milieu. L’expansion domiciliaire crée davantage de perturbations du fait que la présence humaine est continue et permanente, à toutes fins pratiques. Même si la superficie occupée par une habitation est somme toute limitée, chacune ajoute sa part à l’effet cumulé à l’échelle des lotissements, et cet effet s’ajoute à ceux d’autres aménagements et activités à l’échelle régionale. De plus, comme les ours peuvent être attirés vers les résidences par les ordures, la nourriture pour les animaux de compagnie, les animaux d’élevage et autres, ceux dont le domaine vital chevauche le territoire habité en permanence par l’homme se trouvent exposés à un risque très élevé de mortalité (McLellan, 1994).

Dans la plupart des cas de perturbation anthropique, l’habitat de l’ours grizzli ou ses populations sont affectés par les effets conjugués de diverses activités humaines. Dans le centre-ouest de l’Alberta, des activités humaines comme la récolte de bois et l’extraction de charbon ont apparemment abaissé le nombre d’ours grizzlis entre 1971 et 1995 (Herrero et Herrero, 1996). Cette apparente baisse de population pouvait difficilement être attribuée à des causes précises, mais la combinaison d’une mortalité de cause anthropique excessive et de la destruction et de la dégradation de l’habitat associées aux activités humaines y a probablement contribué. Il semble que les activités humaines aient globalement été les principaux facteurs responsables du déclin apparent des populations de carnivores dans la région. Avec les progrès technologiques et la capacité accrue de modélisation (on pense par exemple aux systèmes d’information géographique), les gestionnaires de la faune sont davantage en mesure de prévoir, d’évaluer et d’atténuer les effets cumulés sur l’environnement, mais les situations où il y a effets cumulés se multiplient rapidement dans l’aire de répartition de l’ours grizzli.

Puisqu’il est impossible de quantifier précisément tout ce qui contribue à l’altération de l’habitat de l’ours grizzli, et comme on sait que celle-ci est une conséquence directe de la présence humaine, les tendances démographiques des populations humaines peuvent servir d’indicateur. Des liens très nets ont été établis entre la densité des populations humaines et le recul des populations de carnivores (Woodroffe, 2000). De plus, il existe de fortes corrélations entre, d’une part, l’utilité de l’habitat pour l’ours grizzli et, d’autre part, la distance par rapport aux agglomérations et la taille de celles-ci (Merrill et al., 1999). Au Canada, la densité de peuplement s’est accrue par un facteur de près de neuf entre 1861 et 2000 (figure 14), période où le recul des effectifs et de l’aire de répartition de l’ours grizzli a été le plus marqué. Même si la majeure partie de la population demeure toujours dans l’Est du pays, le taux de croissance démographique observé ces dernières années dans les provinces et territoires où l’ours grizzli est présent est supérieur à ce qu’il est ailleurs. Entre 1971 et 2000, la population du Canada s’est accrue de 43 p. 100, pourcentage inférieur à ceux de l’Alberta (84 p. 100), de la Colombie-Britannique (86 p. 100), du Yukon (61 p. 100) et des Territoires du Nord-Ouest (101 p. 100, avec le Nunavut). La population totale de la région s’est accrue de 85 p. 100 au cours de cette même période (figure 15). Les taux de croissance démographique pourraient s’abaisser au cours des prochaines années, mais la population va certainement augmenter en chiffres absolus à l’intérieur de l’aire de répartition de l’ours grizzli (McLellan, 1994; Herrero et al., 2000).

Il existe un lien clair entre la dégradation de l’habitat et les effectifs de l’ours grizzli. Doak (1995) a procédé à une modélisation de la réduction de la qualité de l’habitat dans la région de Yellowstone qui a prévu que même de faibles baisses de qualité pourraient conduire à des déclins rapides des taux de croissance démographique des populations. Il a aussi fait état d’un problème encore plus insidieux, à savoir que lorsque le taux de dégradation est bas (1 p. 100 par an), il peut falloir plus de dix ans avant que soit décelé un degré critique de dégradation au-delà duquel les populations d’ours pourraient amorcer des déclins à long terme.


7.2.1 Conséquences possibles du changement climatique sur l’habitat de l’ours grizzli

Le réchauffement planétaire pourrait prolonger la saison de croissance, particulièrement sous les hautes latitudes, ce qui prolongerait la période durant laquelle la végétation est disponible. Les effets pourraient être directs, les ours ayant accès à plus de végétation pour se nourrir, et indirects, la qualité de l’habitat pour les proies de l’ours grizzli s’en trouvant accrue – si ces ressources accrues étaient disponibles au bon moment pour les ours ou pour leurs proies migratrices. Peut-être le temps passé par les ours dans la tanière en état de déficit énergétique pourrait-il diminuer. Si les ours parvenaient à tirer profit des ressources alimentaires accrues, on peut imaginer qu’ils grossiraient davantage, que le taux de mortalité baisserait, que la taille des portées augmenterait et que d’autres paramètres de la reproduction s’amélioreraient. Certains paysages pourraient accroître leur productivité globale et abriter un plus grand nombre d’ours grizzlis. Ces changements pourraient se manifester le plus clairement dans les habitats marginaux actuels de l’ours grizzli, par exemple dans la toundra alpine ou arctique, et si la productivité s’accroissait dans des régions du haut Arctique, l’ours grizzli pourrait les coloniser.

À l’inverse, la hausse de la température mènera à une élévation du niveau de la mer et à la submersion d’habitats côtiers de l’ours grizzli parmi les plus productifs présentement. Si le réchauffement s’accompagnait de conditions généralement plus sèches, la structure des communautés végétales pourrait être modifiée, les endroits humides, productifs, s’asséchant et étant colonisés par des assemblages de moindre qualité, dont la végétation serait moins sapide ou moins nutritive et qui offriraient à l’ours grizzli une biomasse de proies moindre. La hausse de la température pourrait aussi favoriser l’établissement de populations humaines dans des régions qui passent présentement pour inhospitalières, avec apparition des problèmes associés à la conservation de l’ours grizzli dans les paysages habités par l’homme.

Toutefois, vu la grande complexité des interactions entre les diverses composantes de l’habitat de l’ours grizzli, ces prévisions peuvent être considérées comme simplistes et hautement conjecturales. Il est impossible de modéliser les effets sur chacun des éléments des niveaux trophiques inférieurs à celui de l’ours grizzli, et bon nombre de ces éléments ont une importance capitale pour la qualité de l’habitat de cet ours. Par exemple, il serait irréaliste d’espérer prévoir avec exactitude les conséquences négatives ou positives du changement climatique sur les cycles biologiques et les populations des saumons ou des caribous.

Tout au long de la présente section 7, nous montrons que les plus importantes menaces pesant sur les populations d’ours grizzlis et leurs habitats sont celles que présente l’activité humaine. Rien n’est plus difficile à prévoir que les réactions humaines au changement climatique. On ne peut donc imaginer quels en seront les impacts sur l’ours grizzli.

7.3 Effets des routes sur l’ours grizzli

Le U.S. Fish and Wildlife Service (1993) est d’avis que les routes constituent probablement la menace la plus immédiate pour l’habitat de l’ours grizzli présentement et que la gestion des routes est le moyen le plus efficace dont nous disposons pour assurer un équilibre entre les besoins des ours et de tous les autres animaux sauvages et les activités humaines. La mortalité directe d’ours grizzlis sur les routes a été documentée, mais les effets des routes les plus importants demeurent 1) la réduction de l’utilité des habitats parce que les ours fuient les perturbations associées aux routes, et 2) la mortalité par arme à feu, les chasseurs et autres détenteurs d’armes profitant des accès qu’offrent les routes.


7.3.1 Effets sur l’habitat

L’ours grizzli peut être vulnérable aux perturbations attribuables à la construction, à l’entretien et à l’utilisation des infrastructures linéaires. Des stratégies efficaces d’alimentation ont été perturbées près d’installations et de routes dans le parc national Yellowstone (Mattson et al., 1987). Archibald et al. (1987) ont observé que deux ours traversaient respectivement 33 et 39 p. 100 moins souvent un chemin de débardage après qu’avant le transport du bois dans la vallée de Kimsquit, en Colombie-Britannique. Ces ours n’ont pas semblé s’être accoutumés à ce va-et-vient après deux ans de débardage. Des ours grizzlis du Sud de l’Alberta n’ont pas non plus paru s’être accoutumés à la circulation à grande vitesse et à forte densité de la route transcanadienne (Gibeau et al., 2002). Cependant, certains auteurs sont d’avis que l’ours grizzli peut s’adapter, ou se désensibiliser, à des phénomènes prévisibles, comme la circulation (Tracy, 1977; Bader, 1989; McLellan et Shackleton, 1989). On peut présumer que les ours ne s’accoutument probablement pas au passage peu fréquent de véhicules, certains individus pouvant réagir plus vivement à des passages hebdomadaires de véhicules qu’au passage régulier de véhicules à intervalles de quelques minutes. De la même façon, les ours s’accoutument probablement davantage quand le trafic est régulièrement espacé que quand il est concentré sur une brève période. Grâce à l’accoutumance, certains ours peuvent réussir à exploiter des habitats de grande qualité situés près des routes. Cependant, ce comportement pourrait augmenter sensiblement la probabilité de mortalité par collision ou d’interactions négatives avec l’homme, qui pourraient entraîner l’application de mesures de gestion visant à éliminer les ours qui font problème. Le fait qu’ils soient chassés ou non est un autre facteur susceptible de moduler l’effet de l’activité humaine sur les ours. En effet, les ours accoutumés à la présence humaine ne survivent pas dans les populations chassées.

Les perturbations qui se produisent le long des routes peuvent faire que les ours grizzlis évitent certains habitats. On a observé que la circulation des grumiers dans la vallée de la Kimsquit, en Colombie-Britannique, a conduit à une réduction de 78 p. 100 de l’utilisation de la zone de débardage par des ours munis d’un collier émetteur quand il y avait débardage (Archibald et al., 1987). Pendant 14 heures par jour, 3 à 23 p. 100 du domaine vital de chacun des ours ne leur était plus accessible à cause de la perturbation. Puisqu’ils y retournaient lorsqu’il ne se faisait pas de débardage, il est évident que ces ours attachaient de la valeur à ce territoire. Dans les habitats riches, comme ceux des régions côtières de la Colombie-Britannique, où le domaine vital des ours est de petite taille, ces pertes peuvent limiter l’accès à d’importantes sources d’aliments.

Dans le Sud-Est de la Colombie-Britannique, McLellan et Shackleton (1988) ont calculé que 8,7 p. 100 de la zone de leur étude était évitée par les ours en raison des perturbations routières. Mattson et al. (1987) ont estimé que la perte d’utilité de l’habitat attribuable à l’exploitation dans leur zone d’étude du parc national Yellowstone équivalait à ce qui aurait permis à quatre ou cinq grizzlis femelles adultes de vivre.

Sur la façade des Rocheuses au Montana, Aune et al. (1986) ont signalé que pour l’ensemble des ours suivis, au printemps et à l’automne, les 500 premiers mètres de part et d’autre des routes étaient significativement moins utilisés que ce qui était attendu selon le hasard. Pour toutes les autres catégories de distance, les zones étaient utilisées normalement (selon le hasard). L’été, les bandes de 500 m le long des routes sont utilisées normalement. Cela signifie que l’été, pour l’ensemble des ours grizzlis étudiés, la zone d’influence des routes s’étendrait sur moins de 500 m, mais qu’au printemps et à l’automne, elle pourrait être d’au moins 500 m. Les ours qui se sont accoutumés aux routes n’ont pas significativement évité les 500 premiers mètres au printemps ou à l’été. Toutefois, ils les ont évités de manière significative à l’automne. Il semble donc que la zone d’influence routière pour ces ours est de moins de 500 m au printemps et à l’été. Les ours considérés comme non accoutumés aux routes dans leur domaine vital ont évité significativement les 500 premiers mètres au cours des trois saisons; pour l’automne, l’évitement était également significatif pour la catégorie de distance de 1 000 m. Dans le Nord-Ouest du Montana, on a observé que des ours grizzlis exploitaient l’habitat s’étendant jusqu’à 914 m des routes à seulement 20 p. 100 du taux attendu, et au-delà de 1 860 m, le taux d’exploitation était supérieur au taux attendu (Kasworm et Manley, 1990). Dans le parc national Banff, des ours grizzlis femelles évitaient la route transcanadienne, peu importe la qualité de l’habitat; les mâles l’évitaient aussi, sauf là où elle passe dans des habitats de grande qualité (Gibeau et al., 2002). Au printemps, dans le Centre-Sud de la Colombie-Britannique, 85 p. 100 des ours étudiés évitaient les habitats – même ceux très propices – adjacents à des voies de transport, notamment la route transcanadienne et une voie ferrée transcontinentale (Munro, 1999). L’évitement était le plus marqué chez les femelles, qui évitaient ces corridors en toutes saisons.

Ruediger (1996) a émis l’hypothèse que l’impact net sur les carnivores s’accroît avec la taille des voies routières. Les grandes routes américaines (Interstate Highways) à circulation forte et rapide ont probablement plus d’impact sur les populations de carnivores que les petites routes rurales. Intuitivement, on peut penser que les routes très fréquentées nuisent probablement davantage aux grizzlis que les routes plus calmes. Gibeau (2000) a signalé que des femelles adultes qui ne traversaient pas la route transcanadienne dans le parc national Banff (21 000 véhicules par jour, roulant en moyenne de 110 à 115 km/h) traversaient d’autres routes à deux voies (2 230 à 3 530 véhicules par jour, roulant en moyenne de 80 à 115 km/h). Dans le Nord-Ouest du Montana, à mesure que la circulation s’intensifiait, on a observé une baisse du nombre d’ours grizzlis utilisant les zones tampons de 500 m le long de routes (Mace et al., 1996). Dans cette étude, tous les ours ont évité les zones tampons en bordure des routes où circulaient plus de 60 véhicules par jour et la plupart ont évité les zones tampons en bordure des routes où circulaient plus de 10 véhicules par jour, mais les chercheurs ont observé un certain degré de sélection, ou une neutralité, pour les zones tampons des routes où circulaient moins de dix véhicules par jour.

On entend par « sentiers » les sentiers pédestres, les pistes pour bicyclettes et les pistes de randonnée équestre; les chemins interdits au public peuvent aussi entrer dans cette catégorie. On présume que les sentiers empruntés par les véhicules hors route motorisés ont sur les ours grizzlis les mêmes effets que les routes. Dans le Nord-Ouest du Montana, des chercheurs ont constaté que les ours grizzlis ne s’approchaient pas à moins de 274 m des sentiers (Kasworm et Manley, 1990). Globalement, dans cette étude, les sentiers avaient moins d’incidence sur les ours que les routes. Dans les monts Swan, au Montana, les ours grizzlis demeuraient significativement plus loin des sentiers que ce qui était attendu au printemps, à l’été et à l’automne (Mace et Waller, 1996). Ces auteurs ont conclu que les ours grizzlis fréquentant le secteur de randonnée pédestre sont devenus négativement conditionnés à l’égard des activités humaines se déroulant à l’intérieur comme à l’extérieur du secteur, et qu’ils évitent le plus possible les adeptes du plein air en se tenant à l’écart des endroits très fréquentés.

Les routes et autres infrastructures linéaires peuvent agir comme des filtres ou comme des obstacles au déplacement des ours grizzlis. En Alaska, une route a paru modifier à court terme les déplacements de trois femelles adultes (Miller et Ballard, 1982). Gibeau et al. (2002) ont signalé qu’en sept ans, une seule femelle adulte et deux mâles adultes munis d’un collier émetteur ont traversé la route transcanadienne dans le parc national Banff; ils en ont conclu que cette route est un obstacle aux déplacements des ours grizzlis femelles adultes. D’après les résultats d’un échantillonnage génétique, la route 3 dans la région du pas du Nid-de-Corbeau, dans le Sud de l’Alberta et de la Colombie-Britannique, n’est presque pas traversée par les ours grizzlis femelles et semble réduire également les déplacements des mâles (Proctor et al., sous presse). En Slovénie, on a observé qu’une route constituait une des limites des domaines vitaux de trois ours bruns (grizzlis) adultes munis d’un émetteur (Kaczensky et al., 1994). Ces ours s’approchaient de la route, parfois assez près, mais les deux femelles ne l’ont pas traversée, et le mâle, seulement deux fois.

Aucun seuil de tolérance général n’a été établi pour l’ours grizzli en ce qui a trait à la densité du réseau routier. Dans les monts Swan, situés dans le Nord-Ouest du Montana, l’ours grizzli exploite uniquement les secteurs où la densité du réseau routier total (incluant les routes interdites au public et celles qui sont rarement utilisées) est inférieure à 6,0 km/km2 (Mace et al., 1996). Selon Merrill et al. (1999), une densité de routes et de sentiers de 1 km/ km2 constituerait un seuil de portée plus générale valable pour les habitats relativement productifs comme ceux qu’on trouve aux États-Unis dans les écosystèmes des monts Selkirk et Cabinet-Yaak. À partir d’une certaine densité, les routes en viennent à constituer pour les ours grizzlis des obstacles infranchissables ou une source importante de mortalité (Ruediger, 1996), alors que les habitats adjacents permettraient à ces populations de survivre. Il est toutefois difficile de prévoir les répercussions d’une densité donnée de routes sur une population d’ours puisque de nombreux autres facteurs, comme l’habitat, la nature des routes et le volume de circulation, influent sur le degré d’évitement des routes par les ours.

On a tenté d’uniformiser la densité admissible des réseaux routiers dans les zones de rétablissement de l’ours grizzli. Présentement, elle est de 0,75 à 1,0 mille de route à circulation libre par mille carré (0,47 km/ km2 à 0,62 km/ km2) (US Fish and Wildlife Service, 1993). Les responsables de la Gallatin National Forest au Montana ont adopté pour la densité de route à circulation libre la norme de 0,5 mille par mille carré (0,31 km/ km2) (Paquet et Hackman, 1995). À noter que la définition de « route à circulation libre » comprend celles les routes dont l’accès est interdit au public, mais qui servent à des activités de gestion dépassant une ou deux périodes qui, au total, dépassent plus de 14 jours dans la période où les ours ont quitté leur tanière (ordinairement entre le 1er avril et le 15 novembre) (US Fish and Wildlife Service, 1993).

Les auteurs n’endossent pas tous ces normes. Craighead et al. (1995) font valoir que ces densités sont beaucoup trop élevées. Ils se prononcent en faveur d’une densité de route à circulation libre d’au plus 1,0 km par 6,4 km2 (0,16 km/ km2; 0,25 mi/mi2) pour le rétablissement et la préservation de l’ours grizzli. Ils recommandent en outre que là où il y a dépassement de cette densité, les routes excédentaires passant sur des terres fédérales ou des terres des États soient fermées et effacées.

Des chercheurs ont aussi signalé au sein de populations d’ours grizzlis des perturbations sociales découlant des infrastructures linéaires. La plupart des mentions d’évitement d’habitats (voir plus haut) correspondent sans doute aussi à des cas de perturbations sociales, les ours déplacés constituant des concentrations supérieures aux concentrations naturelles normales. Si différentes cohortes d’ours manifestent des tolérances différentes aux perturbations, alors le partage du territoire entre les ours risque aussi d’être suboptimal. Dans le parc national Yellowstone, des cohortes dominées ont été refoulées vers des habitats de moindre qualité à proximité d’infrastructures par des cohortes dominantes, particulièrement par les mâles adultes (Mattson et al., 1987). McLellan et Shackleton (1988) ont aussi observé que les mâles adultes exploitent des secteurs plus éloignés tandis que les femelles adultes et certains subadultes exploitent des secteurs plus rapprochés de routes peu fréquentées dans le Sud-Est de la Colombie-Britannique. À l’inverse, on a observé que les femelles se tiennent plus éloignées que les mâles des routes très fréquentées dans le Sud-Ouest de l’Alberta, indépendamment de la qualité relative des habitats (Gibeau, 2000).


7.3.2 Effets sur les populations

Beaucoup d’auteurs signalent que les infrastructures linéaires sont une cause directe ou indirecte de mortalité dans les populations d’ours grizzlis. Des ours sont tués par des collisions avec des véhicules (LeFranc et al., 1987; Gibeau et Heuer, 1996). Gunson (1995) a étudié 798 mortalités d’ours grizzlis survenues sur des terres provinciales de l’Alberta entre 1972 et 1994; cinq ours ont été tués par des trains et quatre par d’autres véhicules. Ce type de mortalité peut affecter de petites populations ou des populations de faible densité, mais la plupart des chercheurs conviennent que c’est la mortalité découlant indirectement de la construction de routes et d’autres infrastructures linéaires qui a le plus d’incidence sur les populations.

Pratiquement tous les ours grizzlis se réfugient dans des tanières au cours de l’hiver (du 15 novembre au 1er avril environ) (Linnell et al., 2000). L’activité industrielle ou d’autres sources de perturbation peuvent déloger les ours (Harding et Nagy, 1980; Swenson et al., 1997). Les ours chassés de leur tanière au cours de l’hiver éprouveront sans doute un grave stress physiologique et risqueront d’en mourir. Les femelles gravides risqueront de perdre leur portée (Swenson et al., 1997), et les oursons abandonnés ne survivront pas. Le danger que présentent les activités industrielles hivernales dans les aires d’hibernation des ours grizzlis est que l’emplacement précis des tanières est inconnu et que des travaux de construction ou d’autres activités peuvent se dérouler très près des tanières.

En général, les infrastructures linéaires, comme les routes, sont à l’origine d’une mortalité accrue chez les ours grizzlis. Benn (1998) s’est penché sur les endroits, à l’intérieur de l’écosystème des Rocheuses centrales (ERC), où la mort d’ours a été documentée. Dans les parcs nationaux Banff et Yoho, les 95 morts d’ours attribuables à l’homme dont les localisations sont connues se sont produites à moins de 500 m de routes ou d’installations de l’avant-pays (zone accessible par route) ou à moins de 200 m de sentiers ou d’installations de l’arrière-pays. Dans la partie albertaine de l’ERC, 153 (89 p. 100) des 172 morts dont les localisations sont connues ont eu lieu à moins de 500 m d’une route ou à moins de 200 m d’un sentier. Dans la partie de l’ERC située dans les East Kootenay (Colombie-Britannique), 122 (71 p. 100) des 172 morts dont les localisations sont connues ont eu lieu à moins de 1 000 m d’une route ou d’un sentier. Les analyses spatiales ont montré que la présence de routes et de sentiers a une incidence sur la répartition des mortalités. À noter que les données de Benn (1998) se rapportent aux mortalités signalées d’ours sans collier émetteur, de sorte que les mortalités naturelles s’y trouvent sous-représentées. La répartition spatiale de la mortalité naturelle chez l’ours grizzli pourrait être indépendante de la présence d’infrastructures comme les routes et les sentiers.

Dans la vallée de la Flathead, dans le Sud-Est de la Colombie-Britannique, sept chasseurs sur treize qui avaient abattu un ours se trouvaient sur une route au moment de leur prise (McLellan, 1989b). Beaucoup d’autres auteurs ont mentionné que la mortalité par arme à feu dans certaines populations était corrélée avec la présence de routes ou d’autres voies d’accès associées à des activités industrielles (voir par exemple Aune et Kasworm, 1989; Horejsi, 1989; Knick et Kasworm, 1989; Nagy et al., 1989; Titus et Beier, 1992). À l’inverse, dans une population protégée d’ours grizzlis du nord-ouest du Montana, les taux annuels de mortalité étaient 15 fois plus élevés dans les aires de nature sauvage que dans les zones à utilisations multiples, principalement à cause de tirs faits par auto-défense ou erreur d’identification (Mace et Waller, 1998).

Même dans les populations non chassées, la localisation de la plupart des morts d’ours attribuables à l’homme est fortement corrélée avec l’exploitation. Une étude réalisée dans le Nord-Ouest du Montana montre que les huit morts répertoriées d’ours grizzlis attribuables à l’homme ont été dues à l’accès routier et au braconnage ou à l’élimination d’individus pour des raisons de gestion (Mace et al., 1996). Mattson et al. (1996) ont examiné la mortalité des ours grizzlis dans le Greater Yellowstone Ecosystem (GYE). Un pourcentage hors de proportion de la mortalité totale, soit 68 p. 100, s’est produit dans un habitat fortement marqué par la présence humaine, cet habitat ne correspondant qu’à 33 p. 100 de l’habitat total dont dispose l’ours grizzli. Le taux de mortalité dans cet habitat fortement marqué par la présence humaine était 5,8 et 11 fois supérieure aux taux les plus bas observés dans les régions sous l’autorité du United States Forest Service qui ne sont pas desservies par des routes et dans l’arrière-pays sous l’autorité du United States Parks Service, respectivement. Doak (1995) a estimé que le risque de mortalité pour l’ours grizzli dans le GYE était cinq fois plus élevé à proximité des routes.

La mortalité indirecte associée aux infrastructures linéaires peut prendre d’autres formes. Mattson et al. (1987) font observer que l’évitement des routes et des infrastructures par les ours grizzlis dans le parc Yellowstone s’est probablement traduit par une dégradation de l’état des femelles adultes et, par conséquent, par un taux de mortalité accru et une perte de fécondité. Gibeau (2000) a observé que les ours vivant dans des secteurs auxquels l’homme pouvait accéder sans restriction exploitaient des habitats de moins bonne qualité et se déplaçaient davantage que les ours vivant dans des secteurs moins accessibles à l’homme, ce qui leur laissait moins de réserves énergétiques pour la croissance et la reproduction.

Les routes peuvent aussi avoir sur les populations des effets indirects qui s’exercent à plus grande échelle. Le fait que des femelles ne franchissaient jamais la route transcanadienne dans le parc national Banff (Gibeau, 2000) signifie que la connectivité intrapopulationnelle pourrait être perdue, ce qui soulève des inquiétudes concernant la diversité génétique de cette population. En Slovénie, les ours adultes d’un petite population franchissaient rarement une route traversant la région, et l’endogamie est préoccupante dans cette population restreinte (Kaczensky et al., 1994). Des chercheurs ont signalé des portées réduites et d’autres signes de dépression de consanguinité dans des groupes d’ours bruns endogames gardés en captivité (Laikre et al., 1996). La diversité génétique permet de maintenir le potentiel évolutionnaire et la valeur adaptative des individus. Toutefois, pour que soit préservée la diversité génétique au sein des populations d’ours grizzlis, il doit y avoir connectivité entre les populations à l’échelle de l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce en Amérique du Nord (Paetkau et al., 1998). Dans les populations isolées, comme celles de Yellowstone et des Cascades Nord, une perte presque complète de la diversité génétique est probable, à moins que soit rétablie la connectivité ou qu’y soient introduits des individus de l’extérieur (Paetkau et al., 1998).

Tableau 12. Mortalités de cause anthropique documentées annuelles moyennes d’ours grizzlis au Canada de 1990 à 1999.
EndroitChasseNote de bas de page aCauses anthropiques autres que la chasseGrand total
MâlesFemellesSexe inconnuTotalIllégalesPVPNote de bas de page bAutres
Alberta9,14,70,013,83,74,23,124,8
C.-B.187,3101,60,0288,95,940,2S.O.335,0
YukonNote de bas de page c51,027,50,078,5S.O.13,21,593,2
T.N.-O. et NunavutNote de bas de page c8,11,71,010,8S.O.9,4S.O.20,2
RDI et RDGNote de bas de page d21,15,24,130,4incluses dans la chasseincluses dans la chasseincluses dans la chasse30,4
Total276,6140,75,1422,49,667,04,6503,6

Notes de bas de page

Note de bas de page A

Comprend les prises autochtones déclarées pour l'Alberta, le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut, mais pas pour la Colombie-Britannique (données non disponibles).

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Note de bas de page B

Protection de la vie humaine ou de la propriété.

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Note de bas de page C

À l'exclusion de la région désignée des Inuvialuit et de la région désignée des Gwich'in.

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Note de bas de page D

Région désignée des Inuvialuit et région désignée des Gwich'in.

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8. Protection actuelle ou autres désignations

8.1 Échelle internationale

À l’échelle mondiale, l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) attribue à l’ours grizzli (ou ours brun) la cote LR(lc) : faible risque, préoccupation mineure. L’espèce figure à l’annexe II de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction), mais les populations du Bhoutan, de Chine, de Mongolie et du Mexique figurent à l’annexe I.

Aux États-Unis, l’ours grizzli des 48 États contigus a reçu en 1975 la désignation d’espèce menacée (threatened) en vertu de la Endangered Species Act (USFWS, 1993). L’aire de répartition actuelle de l’espèce aux États-Unis représente moins de 2 p. 100 de ce qu’elle a déjà été et les cinq ou six unités démographiques qu’on y trouve comptent 800 à 1 000 ours au total. Certaines de ces unités démographiques sont établies dans des territoires contigus à des secteurs de l’aire de répartition de l’espèce au Canada.

8.2 Gestion au Canada

8.2.1 Alberta

En Alberta, l’ours grizzli figure sur la liste bleue (espèces pouvant être en péril). L’accroissement de la population jusqu’à 1 000 ours est l’objectif premier du plan de gestion de l’ours grizzli en Alberta (Nagy et Gunson, 1990). Ce plan définit 13 secteurs de gestion des ours (SGO). La densité de population des ours grizzlis a été estimée, à partir de données de recherche, pour cinq zones d’habitat représentatives, et les résultats obtenus ont été extrapolés à l’ensemble de l’aire de répartition occupée par l’ours grizzli, puis ajustés au besoin. Les densités de population calculées étaient comprises entre 4,0 et 14,7 ours par 1 000 km2. Le nombre d’ours résidents dans chaque SGO et chaque secteur de gestion de la faune (SGF) a été déterminé à l’origine (1988) à partir de la superficie d’habitat propice et de la densité estimée de la population d’ours.

Dans la formule utilisée, l’incidence des perturbations de surface sur le nombre d’ours grizzlis que pouvait soutenir l’habitat a été estimée au moyen des cartes d’utilisation des terres. La superficie perturbée réelle a été multipliée par deux de manière à tenir compte de la zone d’influence des perturbations. On a considéré que les résultats correspondaient à la population maximale d’ours grizzlis au printemps dans chaque SGO ou SGF.

Dans les années subséquentes, l’estimation des populations a été reprise tous les ans en prenant les résultats de 1988 comme niveaux de référence. La formule pour la révision des estimations démographiques repose sur l’hypothèse que si le total des mortalités de cause anthropique connues est inférieur au niveau jugé soutenable, la population est en expansion. Pour deux secteurs où des recensements établis à partir de l’ADN ont été récemment effectués (Mowat et Strobeck, 2000; Boulanger, 2001), les niveaux de référence pour l’estimation des populations ont été révisés à la hausse.

La mortalité de cause anthropique maximale admissible est de 6,0 p. 100 de la population estimée dans chacun des SGO. Pour établir les quotas annuels de chasse, on soustrait les mortalités de cause anthropique non cynégétiques, évaluées à partir de la proportion d’ours abattus légalement dans le nombre total d’ours tués. La mortalité de cause anthropique  non documentée est estimée à 25 p. 100 de la mortalité de cause anthropique documentée. Les quotas de récolte ainsi obtenus se situent ordinairement entre 2 p. 100 et 4 p. 100 de la population estimée dans chaque SGO ouvert à la chasse. Un autre objectif visé est de limiter à 35 p. 100 la proportion de femelles dans la mortalité de cause anthropique totale.

En Alberta, la chasse de l’ours grizzli est réservée aux résidents de la province, elle se tient au printemps et les permis sont accordés par tirage. Tous les ours formant un groupe (deux individus ou plus) sont protégés. Il est interdit d’appâter les ours grizzlis, et les ours tués doivent être déclarés.

Critique

L’accroissement de 46 p. 100 de la population d’ours grizzlis noté entre 1988 et 2000 en Alberta (tableau 6) est attribué en bonne partie au rétablissement qui a suivi la baisse de la mortalité cynégétique, amorcée en 1988 (voir la section 6.1). Même s’il est probable que la population se soit rétablie en partie, le taux de croissance avancé est peut-être optimiste. Dans le calcul de ce taux, on suppose que les populations vivant dans des habitats pouvant soutenir davantage d’ours grizzlis se rétablissent rapidement lorsque la pression de chasse est réduite. On suppose aussi que la mortalité de cause anthropique non documentée est demeurée stable et n’a pas compensé la baisse de la mortalité cynégétique. En outre, on suppose que les effectifs sont inférieurs à la capacité des habitats et peuvent donc croître, sans toutefois avoir évalué le point d’atteinte de la capacité des habitats, à partir duquel la croissance démographique ralentit puis s’arrête. Les changements dans la qualité des habitats ne sont pas surveillés ni pris en compte dans des évaluations révisées de la qualité des habitats. Les taux de la mortalité documentée ont certes diminué depuis 1987, mais il est permis de douter que la qualité générale des habitats se soit améliorée au cours de cette période.

Dans la partie de l’Alberta constituée par les SGO 5, 13 et 16 et certaines petites zones dont le potentiel démographique cumulé est inférieur à 20 (Nagy et Gunson, 1990), il est estimé que les effectifs ont doublé depuis 1988, passant de 73 à 150 ours (H.D. Carr, comm. pers.). Le SGO 5 correspond à la région de Kananaskis (Kananaskis Country), région très fréquentée faisant l’objet d’utilisations multiples située à moins d’une heure de route d’un bassin de population d’environ un million de personnes, où, en 1990, la population d’ours grizzlis était estimée à 34 ours, avec un potentiel de 43. Le SGO 13, formé de zones agricoles périphériques, était considéré en 1990 comme dépourvu d’ours grizzlis et incapable de soutenir une population résidente (Nagy et Gunson, 1990). Le SGO 16 correspond à la forêt boréale du nord-est de l’Alberta, qui pourrait soutenir 33 ours et qui en comptait un nombre estimatif de 8 en 1990. À cause des conditions généralement mauvaises ailleurs que dans le SGO 5, on présume que l’augmentation signalée de 77 ours s’est produite pour la plus grande part dans le SGO 5 (Kananaskis Country). Cependant, en 1998, cette population a été estimée à 50 ours au maximum (ESGBP, 1998), et le taux de reproduction (0,19) dans la région est le plus bas de tous ceux observés en Amérique du Nord (Garshelis et al., 2001). Au moyen d’une modélisation par analyse de viabilité de la population (AVP), Herrero et al. (2000) ont établi que l’ours grizzli est menacé dans l’écosystème des Rocheuses centrales, auquel appartient la région de Kananaskis, et il est improbable que l’objectif de maintien ou d’accroissement des effectifs dans cette région soit atteint. Cette partie de l’Alberta est un exemple de cas où le modèle de gestion serait optimiste.

Certains pensent aussi que l’ours grizzli a récemment réoccupé des parties de son aire de répartition historique en Alberta et, par le fait-même, qu’il accroîtrait son aire de répartition et ses effectifs dans cette province (H.D. Carr, comm. pers.). Cette hypothèse est fondée sur la hausse du nombre d’incidents impliquant des ours grizzlis (plaintes concernant des ours nuisibles, par exemple) plutôt que sur des mesures des effectifs et de leur répartition. On sait que dans la plupart des cas, une hausse du nombre d’incidents signalés reflète une intensification de l’activité humaine dans les habitats de l’ours grizzli (Miller, 1990b) et ne constitue pas un indicateur fiable de croissance démographique ou d’expansion géographique. Le plus souvent, la hausse du nombre d’incidents est liée à un déclin plutôt qu’à une hausse de la population d’ours (Miller, 1990b).

Les estimations des mortalités non documentées en Alberta (mortalités non documentées estimées à 25 p. 100 des mortalités documentées) sont probablement trop basses. Dans leur étude, McLellan et al. (1999) ont établi que seulement environ la moitié des mortalités totales auraient été documentées sans radiotélémétrie.

Il sera essentiel de conserver des zones de protection adéquates avec des liens entre elles à cause de la rapidité et de l’intensité de la dégradation anthropique d’une grande partie de l’habitat de l’ours grizzli en Alberta. Cela vaut particulièrement pour la moitié sud de la province, où l’ours grizzli est confiné à une étroite bande traversée par au moins deux importants corridors de transport et d’exploitation (pas du Nid-de-Corbeau et vallée de la Bow), d’où un risque de dislocation de la population. Puisque des « aires protégées » ont elles-mêmes été sérieusement endommagées (Gibeau, 1998; 2000), des mesures proactives sont requises pour préserver la viabilité de la population d’ours grizzlis.


8.2.2 Colombie-Britannique

En Colombie-Britannique, l’ours grizzli figure sur la liste bleue avec la cote S3 (vulnérable), qui signifie qu’il est exposé à un certain risque à cause de caractéristiques qui le rendent particulièrement vulnérable à des activités humaines ou des phénomènes naturels. L’objectif principal de la stratégie de protection de l’ours grizzli de la Colombie-Britannique est de préserver la diversité et l’abondance des populations et des écosystèmes qui leur sont propices dans l’ensemble de la province (Province of British Columbia, 1995). À cette fin, le principe fondamental de la gestion de l’ours grizzli en Colombie-Britannique est de limiter aux niveaux soutenables la mortalité de cause anthropique totale et de ne pas réduire la viabilité ou l’aire de répartition des populations (Province of British Columbia, 1999).

La gestion de la récolte d’ours grizzlis en Colombie-Britannique est décrite dans des documents rédigés par le gouvernement de la province (Province of British Columbia, 1995; 1999). La gestion de la récolte s’appuie sur un modèle de l’importance des effectifs d’ours grizzlis fondé sur l’habitat (Fuhr et Demarchi, 1990). Ce modèle estime la capacité d’accueil contemporaine, potentielle et historique des habitats à partir des cartes biogéoclimatiques de la province. Les populations actuelles d’ours grizzlis sont estimées à partir du modèle de Fuhr et Demarchi (1990), qui procède par paliers progressifs descendants pour tenir compte de la destruction, de l’altération, du déplacement et de la fragmentation des habitats ainsi que de la mortalité causée par l’homme au cours des années passées, dans chacune des unités démographiques d’ours grizzlis. Les capacités d’accueil des habitats sont généralement révisées aux trois ans. On fait montre de prudence dans l’estimation des populations et l’établissement des taux de récolte de façon à tenir compte des incertitudes inhérentes.

Selon la capacité moyenne d’accueil des habitats, la mortalité de cause anthropique totale est limitée à une valeur comprise entre 3 et 6 p. 100 des effectifs estimés. La mortalité de cause anthropique non documentée (évaluée de 1 à 2 p. 100) et la mortalité de cause anthropique non cynégétique documentée sont soustraites de cette valeur pour obtenir les quotas de récolte pour les diverses régions. La proportion de femelles dans la mortalité de cause anthropique totale ne doit pas dépasser 30 p. 100. La chasse est interdite dans toute unité démographique considérée comme menacée (population < 50 p. 100 de la capacité d’accueil) tant que la population ne s’y est pas rétablie. La chasse sportive est également interdite dans les unités démographiques dont les effectifs sont évalués à moins de 100 ours et qui sont isolées des autres unités démographiques.

À partir de 1996, la chasse a été limitée par l’intermédiaire des permis et elle a été autorisée au printemps seulement ou au printemps et à l’automne. Il est interdit d’appâter les ours, mais l’emploi de chiens est permis. Il est illégal de chasser un ours grizzli de moins de deux ans ou tout ours en sa compagnie, et les ours récoltés font l’objet d’une inspection obligatoire.

En février 2001, le gouvernement de la Colombie-Britannique a décrété un moratoire de trois ans, à l’échelle de la province, sur la chasse à l’ours grizzli (BC M.O.E., 2001c). Ce moratoire visait à permettre la collecte de données de recensement en vue d’un réexamen des plans de conservation et de gestion de l’espèce avant une éventuelle reprise de la chasse. Depuis, des élections générales ont mis au pouvoir un nouveau gouvernement et le moratoire, qui a été un enjeu électoral, a été levé, mais la chasse n’a pas été réouverte dans toutes les régions.

Critique

La Colombie-Britannique utilise un processus itératif pour la surveillance des changements dans la capacité d’accueil des habitats dans l’aire de répartition de l’ours grizzli. Les tendances de l’utilité de l’habitat sont évaluées par les gestionnaires des terres et les biologistes de la faune régionaux. Le processus employé est probablement le meilleur possible. Sa principale faiblesse est que les estimations démographiques ne sont obtenues que par extrapolation sur de grandes superficies de densités de population estimatives. Si les estimations des densités de population sont exactes, on peut penser que le taux actuel de récolte est probablement soutenable compte tenu de l’état actuel de l’habitat.

Les estimations des mortalités non documentées en Colombie-Britannique sont probablement trop basses. Dans certaines parties de la province, la mortalité non documentée peut égaler la mortalité documentée (McLellan et al., 1999). En outre, dans cette province, la mortalité non documentée comprend les prises des Premières nations, qui ne sont pas tenues de les déclarer.

L’activité industrielle et d’autres formes d’intrusion dans l’habitat de l’ours grizzli vont sans doute se poursuivre avec la même intensité en Colombie-Britannique. Il sera essentiel de maintenir des aires protégées pour assurer la viabilité de la population d’ours grizzlis dans cette province. En raison des stress cumulatifs découlant des diverses utilisations intensives du territoire à la bordure méridionale de l’aire de répartition de l’espèce en Colombie-Britannique, les péninsules d’habitat qu’on y trouve sont particulièrement susceptibles d’être fragmentées.


8.2.3 Yukon

L’ours grizzli est considéré comme une espèce préoccupante au Yukon. La conservation de l’ours grizzli, à titre d’élément constitutif de la biodiversité et des écosystèmes boréaux, est le principe de base de la gestion de l’espèce au Yukon (Yukon DRR, 1997). Les spécialistes ont évalué les populations des 22 unités de gestion du Yukon à partir de consultations auprès de pourvoyeurs et d’estimations des densités de population provenant de 16 études réalisées sur des terres de l’intérieur dans la partie nord du Yukon. On suppose que le sex-ratio des adultes est de 1:1. La mortalité de cause anthropique annuelle admissible pour les femelles adultes est fixée à 2 p. 100 du nombre estimatif de femelles adultes. Elle est fixée à 6 p. 100 pour les mâles. On soustrait de ces quotas de mortalités les mortalités liées à la protection de la vie humaine ou de la propriété pour obtenir le quota de chasse sportive pour les résidents. Toute part restante est attribuée aux pourvoyeurs, à l’intention de chasseurs non résidents.

Un système de points a été mis en place pour encourager la récolte sélective d’ours grizzlis mâles dans les pourvoiries (Smith, 1990). Le gouvernement octroie à chaque pourvoirie un quota de points pour l’ours grizzli; pour chaque femelle récoltée, trois points sont soustraits, et pour chaque mâle récolté, un point est soustrait. Le gouvernement encourage aussi les chasseurs résidents à récolter des mâles, mais le système de points ne s’applique pas à eux.

Les femelles accompagnées de petits et les jeunes, jusqu’à l’âge de deux ans inclusivement, sont protégés. Il est interdit d’appâter les ours grizzlis et tous les ours abattus doivent être déclarés.

Critique

Les études sur le terrain sont assez représentatives pour permettre des estimations ponctuelles de la densité de population des ours d’un bout à l’autre de ce territoire, mais la surveillance se limite à l’examen des caractéristiques de la récolte plutôt que des populations elles-mêmes. Cependant, à moins que les estimations des populations ne soient nettement trop élevées, les taux annuels moyens de récolte (1,1 à 1,3 p. 100) et les taux des mortalités de cause anthropique totales (1,3 à 1,6 p. 100) sont faibles et soutenables. Du fait que la population humaine et que l’économie ont régressé depuis 1997, les pressions s’exerçant sur l’habitat au Yukon ne devraient pas s’accroître substantiellement au cours des prochaines années. Le système de points fondé sur le sexe est innovateur et contribue à la protection des femelles. Toutefois, il présente le risque d’une surexploitation des mâles, et il ne s’applique pas aux prises des résidents.


8.2.4 Territoires du Nord-Ouest

Dans les Territoires du Nord-Ouest, l’ours grizzli s’est vu attribuer le statut d’espèce sensible, qui signifie que l’espèce n’est pas menacée de disparaître mais peut avoir besoin d’une attention ou d’une protection spéciales pour ne pas devenir en péril (RWED, 2000). Dans les monts Mackenzie, la chasse à l’ours grizzli est réservée aux résidents des Territoires du Nord-Ouest, et la limite de prises est de un ours à vie. Les estimations des effectifs pour cette région sont fondées sur une seule étude de terrain (Miller et al., 1982). Le nombre de permis à la disposition des résidents est illimité, mais la demande et la récolte sont faibles (A. Veitch, comm. pers.). Il n’y a pas de saison de chasse à l’ours grizzli dans la majeure partie des Territoires du Nord-Ouest, la densité de population de l’ours grizzli y étant jugé faible.

Dans la région désignée des Inuvialuit (RDI), on poursuit les objectifs de gestion suivants : assurer la stabilité des effectifs en veillant à ce que la mortalité totale annuelle due à la chasse, à la protection de la vie humaine ou de la propriété et au braconnage demeure soutenable; permettre le rétablissement des populations s’il se produisait une surexploitation en abaissant les quotas ou en interdisant la chasse dans certaines zones; préserver la superficie actuelle d’habitat de l’ours grizzli (Nagy et Branigan, 1998). Les estimations de population pour cette région sont fondées sur sept études de terrain, réalisées à l’intérieur de la RDI et à sa périphérie. La récolte annuelle totale admissible (incluant les ours abattus pour protéger la vie humaine ou la propriété) est fixée à 3 p. 100 de la population subrégionale estimative d’ours de plus de deux ans. Quant à la récolte des femelles, la valeur de référence a été établie à 33 p. 100. Les quotas sont administrés et les étiquettes délivrées par le comité de chasseurs et de trappeurs d’Aklavik. Dans un des secteurs de gestion, le quota est fixé à trois ours, mais la troisième étiquette n’est disponible que si les deux premiers ours abattus sont des mâles. Tant les résidents que les non-résidents peuvent chasser dans la RDI.

Partout dans les Territoires du Nord-Ouest, les petits et les ours accompagnés de petits sont protégés, comme le sont les ours dans leur tanière. Les ours tués doivent être déclarés.

Critique

Il existe d’assez bonnes données de recensement pour la population d’ours de la RDI, et le plan de cogestion régit la récolte suivant des quotas prudents. Toutefois, le nombre total d’ours tués chaque année étant assez élevé, l’incidence de déclins des effectifs qui passeraient inaperçus serait considérable. Il faudrait exercer un suivi des effectifs.

Même si les récoltes annuelles moyennes sont faibles dans les monts Mackenzie et que la chasse par les non-résidents y est interdite, l’estimation de la population pour cette région remonte à un certain temps, et il faudrait la revoir. Il n’y a plus de saison de chasse à l’ours grizzli dans le reste des Territoires du Nord-Ouest, mais vu la progression rapide des altérations des habitats associée à l’exploitation des ressources, combinée à une très faible densité d’ours et à la vulnérabilité des populations, on devrait y procéder à l’estimation des populations et de leurs besoins en matière d’habitat et prendre les mesures qui s’imposent.


8.2.5 Nunavut

La gestion de l’ours grizzli au Nunavut est en évolution. Il n’existe aucune estimation officielle des effectifs pour le Nunavut (B. Patterson et M. Campbell, comm. pers.). Actuellement, le ministère du Développement durable du Nunavut recommande des quotas de récolte, qui sont administrés par des associations locales de chasseurs et de trappeurs. Des étiquettes, délivrées à la discrétion des associations, sont mises à la disposition des chasseurs de subsistance locaux ou sont vendues à des chasseurs non résidents dans le cadre de forfaits de chasse guidée. Les petits et les ours accompagnés de petits sont protégés, et les ours tués doivent être déclarés.

Critique

Comme l’ours grizzli est géré à titre de gibier au Nunavut, on doit recueillir des données sur les effectifs pour assurer une récolte soutenable. De plus, la possibilité d’une croissance soudaine et forte des activités d’exploitation des ressources nécessite la mise en œuvre de mesures adéquates de protection des populations et de leurs habitats.

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9. Importance de l'espèce et 10. Résumé du rapport de situation

9. Importance de l'espèce

Dans la culture de nombreuses Premières nations, l’ours grizzli demeure encore un des symboles les plus puissants, les plus populaires, les plus respectés ou les plus craints (Shepard et Sanders, 1986; Rockwell, 1991). De nombreux groupes autochtones ont attribué des qualités humaines aux ours; ils leur ont adressé des prières et les ont souvent intégrés à leurs rituels. L’ours grizzli était également important pour sa viande et sa fourrure et pour la confection d’ornements. Tout au long de la période historique, la dimension spirituelle de la figure de l’ours a marqué la plupart des cultures qui vivaient en sympatrie avec lui (Black, 1998).

L’aura de l’ours grizzli est toujours bien présente et cet ours est devenu un symbole puissant pour les groupes de défense de la nature partout en Amérique du Nord. Peu d’espèces évoquent la nature sauvage du Canada dans autant d’esprits que l’ours grizzli. Celui-ci entre aussi en interaction directe avec l’homme et il est à l’origine de conflits réels ou est perçu comme une menace relativement à la propriété et aux animaux d’élevage. Il arrive parfois que des humains soient blessés ou tués – même dévorés – par cet ours, et cette vision suffit pour le discréditer aux yeux de nombreuses personnes. Il est permis de douter qu’aucune autre espèce sauvage au Canada n’éveille des émotions et des sentiments aussi vifs, profondément ancrés et contradictoires que l’ours grizzli.

Cet ours est populaire. Des sondages sur les perceptions de la population (voir par exemple LeFranc et al., 1987; Bath, 1989; Kellert, 1994; Province of British Columbia, 1995; Miller et al., 1998) montrent qu’une majorité de personnes se sentent enrichies après avoir observé cet ours, ou même juste de savoir qu’il existe. À l’inverse, la perception qu’il peut constituer un danger ou une nuisance porte certaines personnes à s’en faire une idée négative.

Peu de personnes chassent l’ours grizzli à comparer au nombre de celles qui chassent des ongulés, mais cet ours est un trophée prisé. En 1995, on avait établi que 1 200 à 1 400 résidents et 500 à 700 non-résidents dépensaient en moyenne chaque année 2,8 millions de dollars pour la chasse à l’ours grizzli en Colombie-Britannique (Province of British Columbia, 1995).

On utilise souvent l’ours grizzli comme espèce amirale dans les plans de conservation (Carroll et al., 1999). Généralement, il est très sensible aux perturbations de son habitat et de ses populations, et sa résilience est assez limitée (Weaver et al., 1996). C’est pourquoi il est souvent considéré comme un bon indicateur de l’état des écosystèmes. Il est aussi souvent considéré comme une espèce parapluie à cause de son utilisation d’habitats vastes et variés ainsi que de ses relations complexes avec les autres espèces. L’adoption de mesures visant à satisfaire les besoins en matière d’habitat de carnivores situés au sommet du réseau trophique, comme l’ours grizzli, permet de préserver les éléments des niveaux trophiques inférieurs. La conservation de l’ours grizzli confirmera notre engagement à l’endroit de la préservation de la biodiversité dans l’Ouest et le Nord du Canada.

D’autres comptent sur cet engagement. En effet, la survie et le rétablissement de populations d’ours grizzlis menacées ou en voie de disparition dans les 48 États contigus des États-Unis dépendent en partie du maintien de liens avec des populations canadiennes.

10. Résumé du rapport de situation

Le Canada compte moins de 25 000 ours grizzlis adultes, et les estimations des déclins antérieurs ou projetés de jusqu’à 10 p. 100 sur cinq générations (de 50 à 75 ans) ne sont pas exagérées. L’incertitude générale et le manque de précision associées à la plupart des indices démographiques font qu’on doit être prudent dans la gestion de toute population d’ours grizzlis.

Presque tous les ours grizzlis en sol canadien forment une unité démographique continue, mais au moins huit unités isolées ont été repérées dans le Sud de la Colombie-Britannique (voir la section 6.3). L’isolement de ces unités démographiques est caractéristique du processus qui a conduit au déclin des populations d’ours grizzlis partout en Amérique du Nord et ailleurs. Il y a d’abord érosion de l’habitat occupé par l’ours sur au moins un de ses côtés sous l’effet d’activités humaines ou encore à la suite de catastrophes naturelles. Il en résulte la formation de péninsules d’habitat, comme celles qu’on observe présentement dans le Sud de la Colombie-Britannique et de l’Alberta (voir la figure 4). Dès lors, les populations vivant dans ces péninsules d’habitat se trouvent menacées parce que le front où le risque de conflits et de mortalité est plus élevé est, proportionnellement à la superficie de l’habitat, plus important que dans les blocs d’habitat plus continus.

La fragmentation des péninsules, ordinairement attribuable à des activités humaines, constitue la dernière étape de l’isolement des populations. Cela entraîne deux grandes conséquences : les menaces directes pesant sur les ours grizzlis s’intensifient du fait que l’interface avec la population humaine s’étend à toute la périphérie de l’unité, et l’immigration d’ours grizzlis et l’apport de gènes sont interrompus. À moins qu’elle ne soit assez nombreuse pour demeurer viable, la population ainsi isolée est condamnée à une lente disparition. La disparition de l’ours grizzli des États-Unis dans la plupart des 48 États contigus illustre parfaitement ce mécanisme. En 1800, l’ours grizzli était réparti de manière pratiquement continue dans tous les États de l’Ouest. En 1922, il ne subsistait que 37 unités démographiques isolées, l’aire de répartition historique s’étant rétrécie de plus de 75 p. 100 (Servheen, 1999a). Au cours des 80 années suivantes, 31 de ces populations sont disparues (figure 16), ce qui ne laisse à l’ours grizzli que 2 p. 100 de son aire de répartition historique. Estimée à 50 000 individus en 1800, la population totale d’ours grizzlis des États-Unis n’est plus que d’environ 1 000 ours (Servheen, 1999a).


Figure 16. Répartitions estimatives de l’ours grizzli dans les 48 États contigus des États-Unis en 1922 (à gauche) et en 1999 (à droite).

Figure 16. Répartitions estimatives de l’ours grizzli dans les 48 États contigus des États-Unis en 1922 et en 1999.

Tirées de Merriam (1922) et de Servheen (1990, 1999a).


La reconnaissance de ce mécanisme et de son rôle dans la disparition de l’ours grizzli dans presque toute l’Europe et les États contigus des États-Unis, ainsi que dans une grande partie du Canada et de l’Asie, est essentielle à la mise en place de mesures de protection adéquates. Les unités démographiques méridionales isolées forment la ligne de front, à la bordure sud de l’aire de répartition de l’ours grizzli au Canada. Il faudra appliquer des mesures actives pour préserver les populations d’ours grizzlis des îlots et des péninsules d’habitat pour éviter la remontée vers le nord de cette ligne de front.

Selon le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC), tous les ours grizzlis du Canada forment une seule unité de population, mais les facteurs limitatifs et les menaces ne s’exercent pas d’une manière égale dans cet immense territoire. Les ours grizzlis de certaines parties de l’Arctique sont relativement vulnérables en raison de leur très faible densité de population et de la forte croissance des activités d’exploitation des ressources. De même, les ours grizzlis de certains secteurs de la bordure sud de l’aire de répartition de l’espèce sont loin d’être à l’abri des répercussions de l’augmentation marquée de la population et des activités humaines dans ces régions. La continuité génétique et géographique qui permet encore de considérer que ces ours grizzlis ne constituent pas des populations distinctes est actuellement menacée.

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11. Résumé technique

Résumé technique – Population du Nord-Ouest

Ursus arctos
Ours grizzli
Population du Nord-Ouest

Grizzly Bear
North-western population

Colombie-Britannique (C.-B.), Alberta (Alb.), Territoire du Yukon (Yn), Territoires du Nord-Ouest (T.N.-O.), Nunavut (Nt)


Répartition

Zone d’occurrence :
3 470 000 km2
Zone d’occupation :
2 574 000 km2


Information sur les populations

Nombre total d’individus :
de 26 916+ à 29 150+
Nombre total d’individus matures (reproducteurs) :
de 6 890+ à 17 199+
Durée d’une génération :
de 10 à 15 ans
Tendance de la population totale :
stable
Taux de déclin (le cas échéant) de la population totale :
s.o.
Nombre de populations connues :
1
La population totale est-elle fragmentée?
Non
Nombre d’individus dans la plus petite population :
Nombre d’individus dans la plus grande population :
Nombre d’emplacements toujours existants :
Nombre d’emplacements aujourd’hui disparus :
L’espèce connaît-elle des fluctuations d’effectif?
Non
Le cas échéant, quel est l’effectif maximal?
L’effectif minimal?
L’ampleur de ces fluctuations est-elle supérieure à un ordre de grandeur?


Facteurs limitatifs et menaces

  • Chasse, braconnage, mort accidentelle, ours tués pour cause de nuisance ou de danger pour la vie humaine.
  • Perte d’utilité des habitats.
  • Aménagement de voies d’accès (surtout des routes) dans des secteurs antérieurement inaccessibles. Les activités humaines associées à l’accès aux habitats de l’ours grizzli diminuent l’utilité des habitats et la sécurité qu’ils procurent et accroissent les risques de mortalité.
  • Fragmentation et isolement de petites populations aux limites sud et est de l’aire de répartition actuelle.


Potentiel de sauvetage

L’espèce existe-t-elle à l’extérieur du Canada?
Oui
Une immigration a-t-elle été constatée ou est-elle possible?
Oui
Les individus des populations étrangères les plus proches seraient-ils adaptés aux conditions canadiennes?
Oui
Y a-t-il suffisamment d’habitat disponible pour les individus immigrants?
Oui


Résumé technique – Population des Prairies

Ursus arctos
Ours grizzli
Population des Prairies

Grizzly Bear
Prairie population

Alberta (Alb.), Saskatchewan (Sask.), Manitoba (Man.)


Répartition

Zone d’occurrence :
anciennement 400 000 km2
Zone d’occupation :
présentement nulle


Information sur les populations

Nombre total d’individus :
0
Nombre total d’individus matures (reproducteurs) :
0
Durée d’une génération :
de 10 à 15 ans
Tendance de la population totale :
s.o.
Taux de déclin (le cas échéant) de la population totale :
s.o.
Nombre de populations connues :
anciennement 1
La population totale est-elle fragmentée?
s.o.
Nombre d’emplacements toujours existants :
0
Nombre d’emplacements aujourd’hui disparus :
1
L’espèce connaît-elle des fluctuations d’effectif?
s.o.
L’ampleur de ces fluctuations est-elle supérieure à un ordre de grandeur?
s.o.


Facteurs limitatifs et menaces

  • Chasse, braconnage, mort accidentelle, ours tués pour cause de nuisance ou de danger pour la vie humaine.
  • Transformation de l’habitat en zones agricoles, résidentielles et urbaines.
  • Les derniers individus de cette population sont disparus de la région des collines Cypress vers 1900.


Potentiel de sauvetage

L’espèce existe-t-elle à l’extérieur du Canada?
Oui
Une immigration a-t-elle été constatée ou est-elle possible?
Non
Les individus des populations étrangères les plus proches seraient-ils adaptés aux conditions canadiennes?
Oui
Y a-t-il suffisamment d’habitat disponible pour les individus immigrants?
Non

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12. Remerciements et 13. Ouvrages cités

12. Remerciements

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada a financé le présent rapport. La détermination et la description de l’unité démographique des Selkirk Sud sont le fruit des travaux de recherche de Michael Proctor. Je lui suis reconnaissant de son dur labeur et de ses patientes explications. Mes remerciements vont aussi à Tony Hamilton et à Bruce McLellan, à qui on doit la description des autres populations isolées de Colombie-Britannique. Je remercie enfin Marco Festa-Bianchet et les membres du Sous-comité de spécialistes des mammifères terrestres pour le grand soin, professionnel et courtois, qu’ils ont apporté à la révision de ce document.


12.1 Autorités consultées et communications personnelles

Les spécialistes suivants ont gracieusement fourni des renseignements, des avis, des opinions et des éclaircissements. L’auteur tient à leur témoigner toute sa gratitude.

Tony Hamilton, British Columbia (B.C.) Ministry of Environment, Lands and Parks, Victoria

Bruce McLellan, B.C. Ministry of Forests, Revelstoke

Matt Austin, B.C. Ministry of Forests, Victoria

John Thornton, B.C. Ministry of Water, Lands and Air Protection, Victoria

Guy Woods, B.C. Ministry of Water, Lands and Air Protection, Nelson

Harold Carr, ministère du Développement durable des ressources de l’Alberta, Edmonton

Gordon Stenhouse, ministère du Développement durable des ressources de l’Alberta, Hinton

Michael Gibeau, University of Calgary

Michael Proctor, University of Calgary

Stephen Herrero, University of Calgary

David Paetkau, Wildlife Genetics International, Nelson

John Hechtel, ministère des Ressources renouvelables du Yukon, Whitehorse

Barney Smith, ministère des Ressources renouvelables du Yukon, Whitehorse

John Nagy, ministère des Ressources, de la Faune et du Développement économique des Territoires du Nord-Ouest, Inuvik

Marsha Branigan, ministère des Ressources, de la Faune et du Développement économique des Territoires du Nord-Ouest, Inuvik

Alasdair Veitch, ministère des Ressources, de la Faune et du Développement économique des Territoires du Nord-Ouest, Norman Wells

Dean Cluff, ministère des Ressources, de la Faune et du Développement économique des Territoires du Nord-Ouest, Yellowknife

Robert Mulders, ministère des Ressources, de la Faune et du Développement économique des Territoires du Nord-Ouest, Yellowknife

Rob Gau, ministère des Ressources, de la Faune et du Développement économique des Territoires du Nord-Ouest, Yellowknife

Andy McMullen, ministère du Développement durable du Nunavut, Kugluktuk

Brent Patterson, ministère du Développement durable du Nunavut, Kugluktuk

Mitch Campbell, ministère du Développement durable du Nunavut, Arviat

Mitch Taylor, ministère du Développement durable du Nunavut, Iqaluit

Philip McLoughlin, University of Alberta, Edmonton

Dave Poll, Parcs Canada, Calgary

Sterling Miller, National Wildlife Federation, Missoula, Montana

Wes Bradford, Parcs Canada, parc national Jasper

Rob Watt, Parcs Canada, parc national des Lacs-Waterton

Dave Poll, Parcs Canada, Région de l’Ouest

Wayne Kasworm, United States Fish and Wildlife Service (USFWS), Libby, Montana

Wayne Wakkinen, Idaho Department of Fish and Game, Bonners Ferry

David Mattson, Northern Arizona University, Flagstaff

Kimberly Romain, Washington State University, Pullman

13. Ouvrages cités

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