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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la baleine boréale au Canada – Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

Le déclin sévère infligé aux populations de baleines boréales par la chasse commerciale à la baleine est la principale raison de désignation de l’espèce comme menacée dans plusieurs parties de son aire de répartition. Moshenko et al. (2003) ont récemment avancé que les épaulards constitueraient la principale menace pour les baleines boréales dans l’est de l’Arctique canadien. L’intérêt grandissant pour l’exploitation extracôtière dans la mer de Beaufort et l’est de l’Arctique canadien est une autre source de préoccupation, car l’accroissement du trafic, le bruit et les déversements possibles d’hydrocarbures associés à cette exploitation pourraient avoir une incidence sur les populations de baleines. Le braconnage pourrait toucher directement l’abondance des populations. On a avancé que des facteurs climatiques influençant les conditions des glaces pourraient également toucher la survie et la répartition des baleines boréales dans l’avenir (Tynan et DeMaster, 1997). Aucune des autres menaces discutées ci-dessous ne devrait représenter une menace sérieuse pour la population.


Épaulards

Les aires de répartition des épaulards et des baleines boréales dans la mer de Béring se chevauchent, du moins en automne (George et al., 1994). On n’a jamais aperçu d’épaulards au printemps à Barrow en 15 ans de relevés menés à partir de la banquise (George et al., 1994), et seulement deux observations ont été notées dans la mer de Beaufort (Lowry et al., 1987), où estivent les baleines boréales. George et al. (1994) ont examiné les baleines boréales de la population des mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort capturées par les Inuits de l’Alaska à la recherche de traces de blessures infligées par des épaulards. Ils ont estimé que la fréquence des cicatrices issues d’attaques d’épaulards varie entre 4,1 p. 100 et 7,9 p. 100. La fréquence relativement faible de traces de morsures sur les individus de la population des mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort reflète vraisemblablement une fréquence relativement faible des attaques d’épaulards et de la prédation qu’ils exercent, quoique la plupart des baleines boréales qui sont ainsi tuées échappent probablement à toute observation (George et al., 1994).

On a avancé que la prédation par les épaulards pourrait constituer une source de mortalité plus importante dans la population de la baie de Baffin et du détroit de Davis, où près d’un tiers des baleines portent des cicatrices témoignant d’attaques d’épaulards (Finley, 1990), que dans la population des mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort. Les épaulards se rendent régulièrement dans le détroit de Cumberland et l’inlet Pond (est de l’île de Baffin), où ils peuvent rencontrer fréquemment des baleines boréales (Mitchell et Reeves, 1982). Les Inuits signalent la présence d’épaulards dans toutes les régions du Nunavut (CGRFN, 2000). De nombreuses baleines boréales échouées portent des marques indiquant que les épaulards sont responsables de leur mort (CGRFN, 2000). Certains Inuits ont observé des interactions entre des baleines boréales et des épaulards se terminant par la mise à mort de la baleine boréale par l’épaulard (CGRFN, 2000). D’après les Aînés inuits, les jeunes baleines boréales sont particulièrement vulnérables à la prédation par les épaulards (Finley, 1990). Moshenko et al. (2003) considèrent que l’épaulard est probablement le principal obstacle au rétablissement des baleines boréales dans l’est de l’Arctique.

La prédation des baleines boréales par les épaulards pourrait s’intensifier à l’avenir si les refuges offerts par la banquise diminuent sous l’effet du réchauffement climatique.


Braconnage

Compte tenu de l’âge relativement avancé des femelles à la première mise bas (25 ans) et du faible taux de naissance de l’espèce (un baleineau tous les trois ou quatre ans), le taux de prélèvement équilibré des populations de baleines boréales est extrêmement faible. Par exemple, le taux de prélèvement équilibré de la population de la baie d’Hudson et du bassin de Foxe a été estimé à une baleine tous les deux ou trois ans, d’après les données historiques de chasse et en supposant que la population a augmenté ou est demeurée stable malgré la chasse. Dans le cas de la population du détroit de Davis et de la baie de Baffin, le taux de prélèvement équilibré a été estimé à une baleine tous les treize ans.

Entre 1993 et 2004, on a signalé l’échouage d’une baleine boréale appartenant à la population du détroit de Davis et de la baie de Baffin et de cinq appartenant à la population de la baie d’Hudson et du bassin de Foxe. La chasse réglementée ne semble pas représenter une menace dans les conditions actuelles de gestion. Cependant, on a signalé au cours des dernières décennies des incidents non confirmés dans l’est de l’Arctique canadien, où des baleines boréales auraient été tirées illégalement et, dans quelques cas au moins, tuées (Reeves, comm. pers., 2005). Le braconnage pourrait constituer une menace pour la baleine boréale compte tenu de la rareté de ce cétacé.


Échouages

Les observations signalées de baleines boréales échouées sont extrêmement rares, peut-être parce que ces événements ont lieu à grande distance de toute habitation humaine. On a néanmoins trouvé neuf baleines boréales échouées dans l’ouest de l’Arctique canadien entre 2000 et 2004 (Carpenter, comm. pers., 2005). Ces échouages sont inexpliqués et pourraient être autant dus à la mortalité naturelle qu’à la chasse illégale. Aucun échouage n’a été signalé en Alaska (Nelson, comm. pers., 2005).


Composés toxiques (pollution par les contaminants)

Jayko et al. (1990) ont élaboré un modèle pour quantifier la probabilité de contact entre les baleines boréales et les déversements d’hydrocarbures dans les eaux de l’Alaska. Selon leurs scénarios de déversements, entre 0,1 et 2,0 p. 100 de la population des mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort serait mazoutée en moyenne. Les simulations du modèle proposé par Jayko et al. (1990) indiquent que les déversements d’hydrocarbures dans la mer de Beaufort risquent peu d’avoir une incidence sur une partie importante de la population. Il n’existe aucune preuve que l’un des grands déversements d’hydrocarbures survenus jusqu’à présent ait eu un effet considérable sur une population de baleines à fanons (Geraci et St. Aubin, 1990). St. Aubin et al. (1984) ont démontré que les hydrocarbures souillant les bords des fanons réduisent l’efficacité de la capture de nourriture, mais cet effet est de courte durée si la baleine ne demeure pas dans la zone polluée. L’exploration pétrolière et gazière extracôtière se développe rapidement dans le détroit de Davis (au large du Groenland), et on sait que le détroit de Lancaster recèle d’importants gisements de pétrole et de gaz naturel (bien que leur extraction n’ait pas encore franchi le seuil de rentabilité commerciale) (Moshenko et al., 2003). De nombreux Inuits craignent que les déversements d’hydrocarbures menacent les baleines boréales et d’autres mammifères marins au Nunavut (CGRFN, 2000). Moshenko et al. (2003) ont classé la pollution et les contaminants comme une menace importante pour les populations de baleines boréales de l’est de l’Arctique.

Chez les mysticètes, les tissus présentent généralement moins de contaminants que chez les odontocètes (O’Shea et Brownell, 1994). Cette faible accumulation de substances chimiques polluantes peut s’expliquer par le fait que la place de la baleine boréale dans la chaîne trophique est peu élevée (O’Hara et al., 1998). Bratton et al. (1993) décrivent divers aspects des contaminants, mais les données et la compréhension des mécanismes physiologiques connexes sont limitées. La maigre information disponible indique que l’exposition aux contaminants ne représente pas une menace imminente pour les baleines boréales. Par contre, une réduction de la productivité planctonique due à des substances chimiques contaminantes pourrait avoir une incidence sur l’espèce.


Bruit de source humaine

Les principales sources anthropiques de bruit sont les navires, les avions, l’exploration sismique, les ouvrages maritimes, le forage et les bateaux à moteur (Richardson et Malme, 1993). La plupart des recherches sur les réactions de la baleine boréale aux activités industrielles ont porté sur la population des mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort, qui estive dans la mer de Beaufort (Richardson et al., 1985; Richardson et Malme, 1993). On sait que les baleines boréales réagissent au bruit anthropique sous-marin en évitant la zone d’où provient le bruit. Ces réactions semblent varier selon la saison, l’habitat et l’état comportemental (Richardson et al., 1985; Richardson et Malme, 1993). Les chasseurs inuits de l’est de la mer de Beaufort alaskienne signalent que le bruit de l’exploration sismique dans le secteur a une incidence sur le comportement des baleines (Galginaitis et Koski, 2001). Ils ont souligné que les baleines s’éloignent de la côte et que les individus qu’ils rencontrent dans ces circonstances sont facilement effarouchés. Certains Inuits signalent que les baleines boréales réagissent mal au bruit des motoneiges et des petits bateaux à moteur, mais de nombreux autres affirment que les baleines boréales ne semblent pas dérangées par ces mêmes bruits (CGRFN, 2000). Les Inuits de Clyde River s’inquiètent du nombre croissant de grands navires de croisière et de l’absence de réglementation à leur égard (Moshenko et al., 2003). Avec l’accroissement du nombre de bateaux à moteur pour le tourisme et les activités récréatives locales, la possibilité d’interférence avec les activités des baleines boréales augmente (Moshenko et al., 2003). Ces mêmes chercheurs ont classé le bruit causé par l’homme comme une menace importante pour les baleines boréales de l’est de l’Arctique.


Changement climatique

La perte d’habitat associé aux glaces est l’une des conséquences directes du changement climatique pour les mammifères marins de l’Arctique (Tynan et DeMaster, 1997). Parmi les conséquences indirectes, on compte des variations régionales ou saisonnières dans l’abondance des proies, qui peuvent avoir une incidence sur la nutrition, le succès reproducteur et l’aire de répartition géographique. Le moment et le parcours des migrations peuvent également être altérés, ce qui pourrait modifier la répartition et la structure des populations de baleines boréales (Tynan et DeMaster, 1997). D’après son analyse isotopique, Schell (2000) avance que l’écosystème de la mer de Béring a subi une réduction de productivité primaire saisonnière moyenne de 30 à 40 p. 100 entre 1966 et 1997. Gough et Wolfe (2001) ont comparé deux modèles climatiques simulant l’incidence du doublement du CO2 dans la région de la baie d’Hudson. L’un des modèles prédit que la banquise disparaîtrait presque entièrement dans la baie d’Hudson, ce qui augmenterait considérablement la température dans la région. Un changement climatique d’une telle ampleur toucherait probablement les baleines boréales en altérant la chaîne alimentaire, bien qu’on ignore si les conséquences seraient positives ou négatives.

Dans l’Extrême-Arctique, les algues épontiques, qui vivent sous la glace et à l’interface entre la glace et l’eau de mer, constituent la base de la chaîne trophique (Alexander, 1995). Avec le réchauffement et la fonte des glaces au printemps, les cellules algales sont dispersées dans la colonne d’eau environnante, ce qui déclenche une poussée saisonnière de phytoplancton. L’habitat de la lisière des glaces génère une zone restreinte de haute productivité (Sakshaug et al., 1994). De nombreuses espèces de copépodes (principales proies des baleines boréales) se reproduisent sous la glace avant la prolifération phytoplanctonique et se nourrissent des algues épontiques qui sédimentent (Drolet et al., 1991). La perte d’habitat dans les glaces signifierait une baisse de la production d’algues épontiques et donc peut-être de la quantité de nourriture disponible pour les copépodes (proies des baleines boréales). Étant donné l’association étroite entre l’habitat de la lisière des glaces et les proies de nombreuses espèces de mammifères marins arctiques, Tynan et DeMaster (1997) avancent qu’une réduction substantielle de cet habitat et des communautés qui lui sont associées aurait des conséquences néfastes pour les mammifères marins qui ont évolué dans ces écosystèmes uniques en leur genre. On craint également que les espèces qui dépendent de ces communautés pour se nourrir souffrent d’une réduction de la superficie et d’un déplacement latitudinal des habitats de la lisière des glaces (Tynan et DeMaster, 1997).

La population des mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort suit la bordure de la banquise au gré de sa progression et de son retrait annuels (Goering et McRoy, 1974). Une diminution de la progression saisonnière des glaces vers le sud pourrait déplacer la limite sud de l’aire de répartition des baleines boréales vers le nord. Des variations interannuelles dans le début de l’englacement et l’épaisseur de la banquise saisonnière pourraient également avoir une incidence sur la longueur de la saison de recherche de nourriture, le moment des migrations, la fécondité et le taux de survie de certaines espèces de mammifères marins (Tynan et DeMaster, 1997). Les chasseurs inuits de l’est de la mer de Beaufort alaskienne ont remarqué qu’un nombre croissant de baleines migrent plus tard en saison qu’auparavant (Galginaitis et Koski, 2001). Il est impossible, à l’heure actuelle, de déterminer les conséquences (positives ou négatives) des changements climatiques sur les baleines boréales. Moshenko et al. (2003) ont classé les changements climatiques comme une menace importante pour les baleines boréales.


Collisions avec des navires

George et al. (1994) ont examiné les baleines boréales de la population des mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort capturées par les Inuits de l’Alaska pour rechercher des traces de blessures infligées par des navires. Ils estiment que la fréquence des cicatrices provenant de collisions avec des navires est d’environ 1 p. 100. Ces chiffres indiquent que l’incidence des collisions de baleines boréales avec des navires est assez faible, car la navigation est faible dans la plupart de l’aire de répartition de la baleine boréale, mais il est également possible que les baleines boréales ne survivent pas aux collisions (Kraus, 1990). Il est improbable qu’un grand nombre de baleines boréales entrent en contact avec des navires et ce, dans l’ensemble de leur aire de répartition, car rares sont les navires qui sillonnent les eaux de l’Arctique, et les baleines boréales se trouvent généralement près des glaces, alors que les navires passent généralement dans les eaux libres. Moshenko et al. (2003) ont classé les collisions avec les navires comme une menace mineure pour les baleines boréales de l’est de l’Arctique.

Richardson et al. (1987a) signalent que la plupart des baleines boréales ont des réactions d’évitement quand les navires qui s’approchent sont à moins de 1 km de distance dans l’est de la mer de Beaufort canadienne, ce qui réduit les risques de collision. Par contre, ils ont indiqué que ces réactions sont de courte durée et pensent que les baleines boréales en estivage, en particulier lorsqu’elles se nourrissent, pourraient s’habituer au stimulus constant du forage extracôtier ou d’une navigation plus intense.


Emprisonnement dans les glaces

L’étroite association des baleines boréales et des glaces n’est pas sans risque. Mitchell et Reeves (1982) décrivent des cas d’emprisonnement mortel dans les glaces, mais on ignore si les baleines ont été prises dans la glace après leur mort ou non. Des Inuits ont observé à quelques reprises des cas d’emprisonnement de baleines boréales dans les glaces (CGRFN, 2000). Une baleine boréale prise dans les glaces a été découverte le 20 mars 1997 dans une polynie de l’inlet de l’Amirauté (CGRFN, 2000). La baleine était encore vivante lorsqu’on l’a aperçue pour la dernière fois juste avant la dislocation de la banquise, et on présume qu’elle a survécu puisque la carcasse n’a jamais été trouvée (CGRFN, 2000). Mise à part la mortalité directe causée par l’emprisonnement dans les glaces, il est presque certain que, les années où la banquise est très épaisse, celle-ci empêche les baleines d’atteindre leurs habitats d’alimentation privilégiés (Mitchell et Reeves, 1982), ce qui peut compromettre leur survie. Des Inuits ont observé que les baleines boréales évitent les eaux où le couvert de glace est très étendu ou apparemment continu (CGRFN, 2000). L’emprisonnement dans les glaces est probablement la menace la moins importante pour les baleines boréales, car ces cétacés sont capables de naviguer dans des banquises étendues et de percer des trous dans la glace pour respirer.


Maladies et parasites

On dispose de peu d’information sur les causes naturelles de mortalité chez les baleines boréales. Les connaissances à cet égard proviennent de l’étude de baleines apparemment en santé capturées dans le cadre de la chasse de subsistance (Philo et al., 1993). Les baleines boréales portent des parasites, comme les poux de baleine, les vers ronds, les ténias et peut-être des microbes pathogènes (levures, bactéries et virus), mais il semble qu’aucun de ces organismes ne soit mortel pour les baleines boréales (Philo et al., 1993). Certaines baleines souffrent également de troubles du développement et de maladies dégénératives. Smith et al. (1986, 1987) signalent que les baleines boréales seraient les hôtes de virus comme les calicivirus, dont l’effet se manifeste par des symptômes comme la formation de kystes, des plaies ouvertes, une inflammation des poumons, du cerveau, du cœur et des parois intestinales et des avortements. L’effet de ces virus sur les taux de mortalité et de reproduction est inconnu (Philo et al., 1993). Moshenko et al. (2003) ont classé les maladies et les parasites comme une menace mineure pour les baleines boréales.


Contacts avec les engins de pêche

Il n’existe aucune donnée permettant d’estimer le nombre d’incidents mortels de contacts avec les engins de pêche chez les baleines boréales, quoique les individus de petite taille, manquant de force pour briser les cordages ou d’endurance pour traîner un gréement de pêche, risquent davantage de périr que ceux de grande taille (Philo et al., 1992).On a signalé des cas de baleines boréales empêtrées dans des lignes de harpons ou dans les câbles d’un train de pêche (voir le résumé de Philo et al., 1992), mais cela est rare. Des Inuits ont vu des baleines boréales se prendre dans des filets tendus pour capturer des bélugas, des narvals et des poissons dans la baie de Cumberland et près de Pangnirtung, avec pour résultat la destruction des filets et l’empêtrement des baleines (CGRFN, 2000). Les conséquences de la mortalité due aux engins de pêche pour les populations de baleines boréales sont inconnues, mais probablement mineures à l’heure actuelle. Moshenko et al. (2003) ont classé les contacts avec les engins de pêche comme une menace mineure pour les baleines boréales.