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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la baleine boréale au Canada – Mise à jour

Répartition

Aire de répartition mondiale

Les baleines boréales ont une répartition quasi circumpolaire dans l’hémisphère nord, occupant les latitudes de 54° N. à 75° N. dans le nord du Pacifique et de 60° N. à 85° N. dans le nord de l’Atlantique (Moore et Reeves, 1993). Plusieurs barrières physiques (terres ou banquise infranchissable) semblent diviser la population mondiale de baleines boréales en cinq populations (Moore et Reeves; figure 2), soit : (1) la population de la mer d’Okhotsk, principalement ou entièrement confinée à cette mer à l’année longue; (2) la population des mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort, qui estive dans l’est de la mer de Beaufort et le golfe d’Amundsen et hiverne dans le centre et l’est de la mer de Béring; (3) la population de la baie d’Hudson et du bassin de Foxe qui, croit-on, hiverne principalement dans le nord de la baie d’Hudson et le détroit d’Hudson et estive principalement dans le bassin de Foxe et le nord-ouest de la baie d’Hudson; (4) la population du détroit de Davis et de la baie de Baffin, qui estive dans la baie de Baffin et l’Extrême-Arctique canadien et hiverne le long de la limite de la banquise dans le détroit de Davis et au large de la côte ouest du Groenland; (5) la population du Svalbard (Spitzberg), centrée sur les mers de Barents et du Groenland.


Figure 2 : Aire de répartition mondiale approximative des cinq populations de baleines boréales

Figure 2 : Aire de répartition mondiale approximative des cinq populations de baleines boréales(d’après Braham et al., 1984).

D’après Braham et al., 1984.


Les baleines boréales étaient chassées par les Inuits au XVIIIe siècle le long de la côte du Labrador, jusqu’à Hopedale vers le sud (Taylor, 1988). Elles étaient également une cible de choix, et peut-être la cible principale, de la chasse commerciale à la baleine pratiquée à très grande échelle par les Basques dans le détroit de Belle-Isle au XVIe et au XVIIe siècle (Rastogi et al., 2004). Aucune baleine boréale vivante n’a été observée dans le sud de la mer du Labrador depuis plus d’un siècle, mais un juvénile mort a été observé flottant au large de la côte nord-est de Terre-Neuve en octobre 1998 (Daoust et al., 1998). On ignore si les baleines boréales chassées dans le détroit de Belle-Isle et dans l’estuaire du Saint-Laurent au XVIe et au XVIIe siècle formaient une population distincte ou si elles appartenaient à la population du détroit de Davis et de la baie de Baffin, qui aurait étendu son domaine vers le sud pendant le Petit Âge glaciaire (Rastogi et al., 2004). Il faudrait procéder à une analyse génétique des os retrouvés dans les sites historiques de chasse à la baleine pour répondre à cette question.

Au cours des âges, l’aire de répartition de la baleine boréale a varié au gré des fluctuations de la banquise (Schledermann, 1976; McCartney et Savelle, 1985; Dyke et Morris, 1990; Dyke et al., 1996). Durant l’optimum climatique (il y a de 7 500 à 10 000 ans) les baleines boréales occupaient une plus grande partie de l’Arctique canadien, et il est possible que des échanges aient eu lieu entre les populations de l’est et de l’ouest de l’Arctique (Bednarski, 1990). Certains échanges pourraient être survenus à des époques plus récentes (Bockstoce et Burns, 1993).

La distinction entre la population de la baie d’Hudson et du bassin de Foxe et la population du détroit de Davis et de la baie de Baffin est particulièrement importante dans la définition des aires de répartition des populations. Jusqu’à tout récemment, les preuves à l’appui de cette distinction étaient circonstancielles et indirectes (Reeves et al., 1983; Reeves et Mitchell, 1990). Or, les résultats préliminaires de l’analyse génétique des fréquences d’haplotypes d’ADNmt, présentés par Maiers et al. (1999), semblent corroborer cette distinction. L’haplotype le plus fréquent parmi les 22 haplotypes étudiés est fortement représenté dans les populations des mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort (3/9 individus échantillonnés) et de la baie d’Hudson et du bassin de Foxe (13/34 individus échantillonnés), mais absent de la population du détroit de Davis (0/19 individus échantillonnés). Maiers et al. (1999) concluent provisoirement que la population de la baie d’Hudson et du bassin de Foxe est plus apparentée à la population des mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort qu’à la population du détroit de Davis et de la baie de Baffin.

Plus récemment, on a analysé la structure génétique moléculaire (séquençage de la région de la boucle D de l’ADN mitochondrial et analyse de 15 loci de microsatellites d’ADN nucléique) de 286 baleines boréales échantillonnées en divers endroits de l’est de l’Arctique canadien et de l’ouest du Groenland (Postma et al., 2005; MPO, 2005). L’analyse des microsatellites d’ADN nucléique révèle une différenciation génétique entre certains groupes d’échantillons, notamment ceux d’Igloolik dans le nord du bassin de Foxe par comparaison à ceux de l’ouest du Groenland et de Pangnirtung dans le sud-est de l’île de Baffin. En outre, les échantillons de la baie Repulse (baie d’Hudson) présentent une différenciation par rapport à ceux de l’ouest du Groenland, mais sont similaires à ceux de Pangnirtung.

Le MPO (2005) interprète ces nouvelles données génétiques par l’existence d’une seule population de structure complexe, qui pratiquerait une ségrégation par l’âge et/ou par le sexe ou par des stratégies d’accouplement sélectif. Cependant, les analyses génétiques disponibles indiquent que les échantillons de tissus tirés de baleines boréales dans l’est de l’Arctique canadien proviennent de plus d’une population (MPO, 2005). Cela corroborerait les études génétiques antérieures, ainsi que l’hypothèse voulant qu’il existe deux populations de baleines boréales dans l’est de l’Arctique canadien, soit la population de la baie d’Hudson et du bassin de Foxe et la population du détroit de Davis et de la baie de Baffin.


Aire de répartition canadienne

Population des mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort

Les baleines de la population des mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort hivernent (novembre à avril) dans l’ouest et le centre de la mer de Béring, aux endroits où la surface présente suffisamment d’eau libre et de banquise non consolidée. Les observations hivernales récentes ont été effectuées principalement le long de la limite de la banquise et dans des polynies près des îles St. Matthew et St. Lawrence dans le nord du golfe d’Anadyr (Moore et Reeves, 1993) (figures figure3 et figure4). Au printemps (d’avril à juin), les baleines boréales migrent vers le nord et l’est pour atteindre l’est de la mer de Beaufort (figure 3). La répartition printanière se limite aux zones d’eau libre qui se développent avec la dislocation de la banquise. En été (de juin à septembre), l’espèce occupe principalement l’est de la mer de Beaufort, le long des côtes sud et ouest de l’île Banks, dans le golfe d’Amundsen et le long de la partie ouest de la péninsule de Tuktoyaktuk. Les observations dans l’est de la mer des Tchouktches et l’ouest de la mer de Beaufort en juin (Braham et al., 1980; Carroll et al., 1987), le long de la péninsule de Chukotka durant tout l’été (Bogoslovskaya et al., 1982) et dans la mer de Beaufort au large de l’Alaska en août (Moore et al., 1989) révèlent que certains individus de cette population n’estivent pas dans l’est de la mer de Beaufort. En automne (septembre et octobre), les baleines boréales migrent vers l’ouest de la partie canadienne à la partie alaskienne de la mer de Beaufort puis traversent la mer des Tchouktches pour atteindre la mer de Béring.


Figure 3 : Occurrence saisonnière générale et voies de migration de la population de baleines boréales des mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort

Figure 3 : Occurrence saisonnière générale et voies de migration de la population de baleines boréales des mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort.


Figure 4 : Carte de l’ouest de l’Arctique canadien indiquant les endroits mentionnés dans le texte

Figure 4 : Carte de l’ouest de l’Arctique canadien indiquant les endroits mentionnés dans le texte.

1. Golfe d’Amundsen; 2. Île Banks; 3. Golfe d’Anadyr; 4. Île Herschel; 5. Kaktovik; 6. Point Barrow; 7. Île St. Matthew; 8. ÎleSt. Lawrence; 9. Péninsule de Tuktoyaktuk

Les baleiniers commerciaux du XIXe siècle prenaient des baleines boréales du printemps à l’automne dans le nord et le sud-ouest de la mer de Béring (Bockstoce et Burns, 1993). Ces auteurs supposent que les baleines boréales se trouvaient alors dans leurs aires d’alimentation habituelles et non en migration, émettant l’hypothèse que plusieurs sous-populations existent au sein de la population des mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort. Bockstoce et Burns (1993) suggèrent une autre hypothèse voulant que ces baleines boréales constituent une seule population qui, réagissant rapidement à la présence des chasseurs, fuyait temporairement les zones de chasse intensive pour se réfugier vers le nord et l’est. L’existence (passée ou actuelle) d’une seule ou de plusieurs populations dans l’ouest de l’Arctique a été l’objet d’un vif débat au sein du comité scientifique de la International Whaling Commission (IWC) au cours des dernières années.

La zone d’occurrence des baleines boréales dans l’ouest de l’Arctique canadien s’étend depuis la frontière Alaska-Yukon jusqu’au golfe d’Amundsen vers l’est (~ 900 km) et depuis la côte jusqu’à au moins 230 km au large, quoique la plupart des baleines se trouvent à moins de 100 km de la côte (Richardson et al., 1987a). La zone d’occurrence de la population des mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort dans les eaux canadiennes est donc d’environ 200 000 km2 (900 km x 230 km). Cette zone d’occurrence est stable. La zone d’occupation de cette population dans les eaux canadiennes est d’environ 90 000 km2 (900 km x 100 km). La zone d’occupation fluctue selon les saisons, la répartition des proies et d’autres facteurs. Les variations annuelles sont également liées à la variabilité de la répartition des proies (Richardson et al., 1987a).

Population de la baie d’Hudson et du bassin de Foxe

En été, on trouve des regroupements relativement denses de baleines boréales dans le nord-ouest de la baie d’Hudson et dans les environs de la baie Repulse et du détroit Frozen, ainsi que dans le nord du bassin de Foxe au nord d’Igloolik (figures figure5 et figure6). On trouve également des individus isolés et de petits groupes dispersés le long de la côte ouest de la baie d’Hudson et près de l’île Mansel et des îles Ottawa dans l’est de la baie d’Hudson (Reeves et Mitchell, 1990). Certains individus hivernent dans le détroit d’Hudson (environ 800 km de longueur) et le nord-est de la baie d’Hudson (McLaren et Davis, 1982).


Figure 5 : Occurrence saisonnière générale et voies de migration de la population de baleines boréales de la baie d’Hudson et du bassin de Foxe

Figure 5 : Occurrence saisonnière générale et voies de migration de la population de baleines boréales de la baie d’Hudson et du bassin de Foxe.


Figure 6 : Carte de l’est de l’Arctique canadien indiquant les endroits mentionnés dans le texte

Figure 6 : Carte de l’est de l’Arctique canadien indiquant les endroits mentionnés dans le texte.

1. Détroit de Barrow; 2. Île Bylot; 3. Cap Adair; 4. Cap Hopes Advance; 5. Baie de Cumberland; 6. Baie de Disko; 7. Détroit de Fisher; 8. Détroit Frozen; 9. Détroit de Fury-et-Hecla; 10. Fjord Gifford; 11. Baie Isabella; 12. Île Jens Munk; 13. Baie de Kane; 14. Mer du Labrador; 15. Inlet Lyon; 16. Île Mansel; 17. Île Marble; 18. Polynie des Eaux du Nord; 19. Îles Ottawa; 20. Inlet Pond; 21. Inlet du Prince-Régent; 22. Baie Repulse; 23. Détroit de Roes Welcome; 24. Île Southampton

Ross (1974) estime que le territoire de chasse commerciale à la baleine dans le nord-ouest de la baie d’Hudson, au XIXe siècle, couvrait une superficie de 60 000 km2 (23 000 milles carrés), soit depuis l’île Marble vers le nord-est jusqu’au détroit de Fisher et l’inlet Lyon en passant par le détroit de Roes Welcome (voir également Reeves et Cosens, 2003). La plupart de ce territoire est encore occupé par la baleine boréale (CGRFN, 2000). Des relevés aériens menés en août 1995 ont révélé la présence de baleines boréales dans le détroit de Roes Welcome, la baie Repulse et le détroit Frozen (Cosens et Innes, 2000). Dans le bassin de Foxe, les baleines se regroupent dans une zone bien définie d’environ 3 700 km2 au nord de l’île Igloolik. Cette région s’étend depuis le détroit de Fury-et-Hecla vers l’est sur 71 km jusqu’à l’île Jens Munk et depuis l’île Igloolik vers le nord sur 52 km jusqu’au fjord Gifford. Un récent suivi des déplacements par satellite a également révélé que des baleines boréales passent par le détroit de Fury-et-Hecla pour atteindre le golfe de Boothia et se diriger vers le nord, au moins jusqu’aux parages sud de l’inlet du Prince-Régent (Dueck, comm. pers., 2002). On a observé des baleines boréales migrant vers le nord le long du côté ouest du bassin de Foxe et on en a également observé du côté est de ce bassin au printemps (CGRFN, 2000).

La zone d’occurrence de la population de la baie d’Hudson et du bassin de Foxe est d’environ 350 000 km2 (annexe 1, tableau 1). Elle est considérée comme stable. La zone d’occupation de la population de la baie d’Hudson et du bassin de Foxe est d’environ 250 000 km2 (annexe 1, tableau 1).

La répartition à petite échelle des baleines boréales est probablement influencée par les déplacements des épaulards et l’abondance des invertébrés dont l’espèce se nourrit. En août 1999, les baleines boréales étaient quasi absentes de leur aire d’alimentation habituelle dans le bassin de Foxe (Cosens et Blouw, 2003). Elles s’y étaient présentées en juin, mais en août elles avaient disparu. Des résidants de l’endroit ont signalé un comportement anormal chez de nombreux mammifères marins cet été-là (Wheatley, comm. pers., 2004). La dislocation de la banquise avait suivi une séquence « anormale », perturbée en partie par le passage précoce d’un brise-glace dans le détroit Frozen. De plus, les épaulards étaient plus abondants que d’habitude (Wheatley, comm. pers., 2004).

Population du détroit de Davis et de la baie de Baffin

Une partie de cette population se déplace vers l’est par le détroit de Lancaster à la fin de juin et au début de juillet, demeurant dans les inlets et les détroits de l’Extrême-Arctique jusqu’en septembre (figures figure6 et figure7). Une autre partie, composée surtout d’adultes et d’adolescents, demeure au large de la côte est de l’île de Baffin pendant l’été et l’automne (Davis et Koski, 1980; Finley, 1990), et migre vers le nord à partir de là (CGRFN, 2000) ou du Groenland (Heide-Jørgensen et al., 2003).Certaines baleines boréales hivernent dans la baie de Disko, sur la côte ouest du Groenland, ou dans les environs (Heide-Jørgensen et Finley, 1991; Reeves et Heide-Jørgensen, 1996), arrivant sur place à la fin de novembre et en décembre et y demeurant jusqu’en avril ou en mai (Born et Heide-Jørgensen, 1983). On croit que d’autres baleines boréales hivernent dans le centre du détroit de Davis et le sud de la baie de Baffin, dans la banquise non consolidée et dans des polynies (Finley, 1990; idem, 2001).

Les baleines boréales appartenant à cette population fréquentent les eaux canadiennes comprises entre la limite sud de la banquise dans le détroit de Davis et la polynie des Eaux du Nord dans l’Extrême-Arctique (~ 2 100 km), et entre l’île de Baffin et la côte du Groenland. Au cours de l’été, elles occupent également les détroits de Lancaster et de Barrow et les inlets adjacents. La zone d’occurrence de la population du détroit de Davis et de la baie de Baffin dans les eaux canadiennes est donc d’environ 800 000 km2 (annexe 1, tableau 2).

Sa zone d’occurrence dans l’Arctique est considérée comme stable puisqu’on retrouve des baleines boréales à peu près aux mêmes endroits qu’à l’époque de la chasse commerciale à la baleine. Par contre, les baleines boréales ont disparu du golfe du Saint-Laurent et du détroit de Belle-Isle, où elles étaient chassées par les Basques au xvie siècle (Rastogi et al., 2004). On ignore si les baleines chassées dans cette région constituaient une population distincte ou si elles appartenaient à la population du détroit de Davis et de la baie de Baffin (Rastogi et al., 2004). La zone d’occupation de la population du détroit de Davis et de la baie de Baffin est d’environ 300 000 km2 (annexe 1, tableau 2).


Figure 7 : Occurrence saisonnière générale et voies de migration de la population de baleines boréales du détroit de Davis et de la baie de Baffin

Figure 7 : Occurrence saisonnière générale et voies de migration de la population de baleines boréales du détroit de Davis et de la baie de Baffin.