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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la baleine boréale au Canada – Mise à jour

Biologie

Généralités

Les baleines boréales nagent lentement, à une vitesse moyenne de 4,50 ±1,22 km/h durant leur migration d’automne (Koski et al., 2001) et de 4,0 km/h (Rugh, 1990) ou de 3,89 ±1,48 km/h (Richardson et al., 1995b) durant leur migration de printemps. Elles sont parmi les baleines à fanons les plus expressives sur le plan vocal (Clark et Johnson, 1984). Würsig et Clark (1993) signalent que les appels pourraient jouer un rôle dans le maintien de la cohésion sociale des groupes et la surveillance des changements dans les conditions de la glace. Il est possible que les baleines boréales utilisent les réverbérations de leurs appels sur le plafond de la banquise pour s’orienter et naviguer (Ellison et al., 1987; George et al., 1989).


Reproduction

Les baleines sont actives sexuellement une bonne partie de l’année, bien que l’étude des fœtus révèle que la plupart des conceptions ont lieu à la fin de l’hiver ou au début du printemps (Koski et al., 1993). La gestation dure de 13 à 14 mois (Nerini et al., 1984) ou de 12 à 16 mois (Tarpley et al., 1988). Les femelles donnent naissance à un seul baleineau par grossesse. Les mises bas surviennent généralement pendant la migration du printemps, entre le mois d’avril et le début juin (Koski et al., 1993), et culminent en mai (Nerini et al., 1984). Les baleineaux ont une longueur de 4,0 à 4,5 m à la naissance et grandissent de 1,5 cm/jour pendant leur première année (Koski et al., 1993). Ils sont sevrés entre l’âge de 9 et 15 mois (Nerini et al., 1984); environ 95 p. 100 des petits de l’année sont sevrés avant la migration du printemps suivant (Rugh et al., 1992). Les baleineaux d’un an mesurent de 6,6 à 9,4 m de longueur au printemps (Nerini et al., 1984) et de 7,0 à 8,7 m en été (Koski et al., 1993).Leur croissance semble ralentir après le sevrage; chez les jeunes individus identifiés de nouveau au cours des années subséquentes, le taux de croissance a été estimé à moins de 1 m/an (Davis et al., 1986; Schell et al., 1989; Koski et al., 1992).

L’analyse des isotopes du carbone révèle que les baleines boréales croissent et se développent lentement, mettant environ deux décennies (Schell et al., 1989; Schell et Saupe, 1993) ou plus (Zeh et al., 1993; George et al., 1999) à atteindre la maturité sexuelle. D’après l’étude des ovaires, les femelles arrivent à la maturité sexuelle à une longueur de 14,2 m ou plus, et peut-être dans certains cas à une longueur de seulement 12,3 m (Nerini et al., 1984; Tarpley et al., 1988). La photogrammétrie aérienne a révélé que des femelles d’une taille aussi petite que 12,2 m peuvent être accompagnées par des baleineaux (Davis et al., 1983; Cosens et Blouw, 2003). George et al. (1999) ont estimé, au moyen de la technique de racémisation de l’acide aspartique, que la maturité sexuelle est atteinte à l’âge d’environ 25 ans (âge auquel les mâles ont une longueur de 12 à 13 m et les femelles de 13 à 13,5 m). Ils ont également découvert que les femelles croissent plus rapidement que les mâles. Les petites femelles tendent à mettre bas plus tardivement que les grosses femelles au cours de la migration du printemps : 1,5 p. 100 (1/68) des adultes accompagnés de baleineaux photographiés au printemps mesuraient moins de 13,5 m de longueur, alors que ce chiffre s’élevait à 12 p. 100 (7/59) en été (Koski et al., 1993). La présence de têtes de harpons en ivoire ou en pierre dans le corps de baleines mortes permet de penser que la baleine boréale peut vivre plus de 50 ans (Philo et al., 1993), voire plus de 75 ans (George et al., 1995). À l’aide de la technique de racémisation de l’acide aspartique, George et al. (1999) ont estimé l’âge de quatre individus (tous des mâles) à plus de 100 ans.

Des relevés photogrammétriques aériens effectués entre 1985 et 1992 ont révélé que la population échantillonnée dans la région de Barrow (population des mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort) au printemps comptait 5,2 p. 100 de baleineaux (< 6 m), 53,7 p. 100 de juvéniles (de 6 à 13 m) et 41,1 p. 100 d’adultes (> 13 m) (Angliss et al., 1995). Le ratio des sexes des baleines boréales ramenées par les chasseurs inuits de l’Alaska entre 1973 et 1992 est équilibré (Braham, 1995). Cosens et Blouw (2003) ont estimé la proportion des classes de taille des baleines boréales dans le nord du bassin de Foxe lors de relevés menés en 1996, en 1997 et en 1998. Leurs données compilées sur ces trois années indiquent que la population photographiée comptait 17 p. 100 de baleineaux, 71 p. 100 de juvéniles et 12 p. 100 d’adultes. Cosens et Blouw (2003) concluent que le nord du bassin de Foxe constitue une « pouponnière ».

Le taux de grossesse annuel est estimé à 0,21 (Tarpley et al., 1988) ou entre 0,20 et 0,35 (George et al., 1995) baleineau/femelle mature. Il est possible que ce taux ait augmenté depuis 1985 (George et al., 1992). Ces taux de grossesse laissent entendre un intervalle de mise bas de trois à cinq ans (Miller et al., 1992; Rugh et al., 1992). L’intervalle moyen de mise bas semble être de trois à quatre ans, d’après les données de photogrammétrie aérienne et les taux d’observation de baleineaux à partir de la banquise (Rugh et al., 1992; Withrow et Angliss, 1992; Koski et al., 1993). Le taux de reproduction annuel brut (baleineaux/non-baleineaux/année) calculé à partir de toute l’information disponible sur la période de 1982 à 1989 (voir le résumé de Koski et al., 1993) est de 0,052, mais la variation annuelle est considérable. Même avec un taux aussi faible, la population des mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort est en croissance, ce qui est révélateur d’un taux de mortalité naturelle très bas (Koski et al., 1993).


Survie

Zeh et al. (2001) ont employé une méthode statistique bayesienne pour calculer un taux de survie annuel de 0,980 et une limite inférieure de confiance de 0,898. Cette estimation vise les adultes, puisqu’on identifie les baleines par le motif que décrivent les cicatrices sur leur rostre, leur dos ou leur nageoire caudale, lesquelles sont plus abondantes chez les individus âgés.

Il semble que les baleineaux grandissent peu au cours des trois ou quatre années qui suivent le sevrage, car leurs fanons sont courts et peu efficaces pour capturer de la nourriture (Schell et Saupe, 1993). Les baleineaux sont la classe d’âge qui connaît le taux de mortalité le plus élevé (Moshenko et al., 2003). La plupart des carcasses échouées que l’on trouve dans l’est de l’Arctique sont de jeunes baleines boréales qui sont considérées comme plus susceptibles de subir une attaque mortelle des épaulards (Finley, 1990; Moshenko et al., 2003).

La seule mortalité de baleines boréales mesurable est la chasse de subsistance pratiquée par les Inuits de l’Alaska. Un quota de 280 baleines boréales a été établi pour la période de 1999 à 2002, soit un total de 67 prises par année (plus un maximum de 15 baleines non prises l’année précédente) (NMFS, 2000). Bien que la mortalité des baleines boréales due à la chasse de subsistance soit assez bien enregistrée (voir le résumé de Stoker et Krupnik, 1993), la mortalité naturelle de ces baleines demeure méconnue (Philo et al., 1993). Depuis 1964 (jusqu’au début des années 1990), la cause de la mort n’a pu être établie dans au moins 36 cas (Philo et al., 1993). On a trouvé 9 baleines boréales échouées dans l’ouest de l’Arctique entre 2000 et 2004 (Carpenter, comm. pers., 2005). Certaines de ces mortalités pourraient être dues à des blessures infligées par des chasseurs. Les dommages infligés par l’homme sont notamment la présence dans le corps de la baleine d’éclats de métal et de têtes de harpon provenant de tentatives de capture, l’empêtrement dans les filets et les lignes de harpon et de casiers à crabes, et les collisions avec des bateaux (voir le résumé de Philo et al., 1993). L’exposition au bruit produit par l’homme et aux contaminants pourrait avoir des effets à court et à long terme (Richardson et Malme, 1993; Bratton et al., 1993) en compromettant la santé et le succès reproducteur de certaines baleines.

L’épaulard (Orcinus orca) est le seul prédateur connu de la baleine boréale, mis à part l’homme. Sur 195 baleines boréales prises par des chasseurs de subsistance alaskiens et examinées (de 1976 à 1992), 8 portaient des signes de rencontre avec l’épaulard (George et al., 1994). La fréquence des attaques sur les baleines boréales de la population des mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort semble faible (George et al., 1994), bien que les données disponibles ne permettent pas de faire une évaluation quantitative du phénomène (Shelden et Rugh, 1995). La prédation par les épaulards pourrait constituer une source de mortalité plus importante dans la population de la baie de Baffin et du détroit de Davis, où près d’un tiers des baleines observées dans le cadre d’une étude sur des individus vivants portaient des cicatrices témoignant d’attaques d’épaulards (Finley, 1990). Les épaulards apparaissent régulièrement dans le détroit de Cumberland et l’inlet Pond (est de l’île de Baffin), où ils peuvent rencontrer au moins occasionnellement des baleines boréales (Mitchell et Reeves, 1982). Une grande proportion des baleines boréales échouées portent des marques indiquant que les épaulards sont responsables de leur mort (CGRFN, 2000). Certains Inuits ont vu des épaulards tuer des baleines boréales (CGRFN, 2000).


Physiologie

L’élargissement de la tête pour faire place aux fanons est porté à l’extrême chez la baleine boréale (Lowry, 1993). La tête peut représenter jusqu’aux deux cinquièmes de la longueur totale du corps des adultes. Le profil de la tête est caractéristique : les évents, surélevés, se trouvent sur un genre de couronne avec laquelle la baleine défonce la glace pour respirer (Finley, 2001).

La couche de lard, particulièrement épaisse, varie de 5,5 cm au menton à environ 28 cm sur la majeure partie du tronc (Fetter et Everitt, 1981, in Haldiman et Tarpley, 1993; Haldiman et al., 1981, in Haldiman et Tarpley, 1993). L’épaisseur maximale est d’environ 50 cm (Tomilin, 1957, in Lowry, 1993). Cette épaisse couche de lard est probablement, du moins en partie, une adaptation permettant à l’animal de maintenir une température corporelle normale dans les latitudes arctiques et subarctiques (Lowry, 1993).


Déplacements et dispersion

Population des mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort

La population des mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort est largement distribuée dans le centre et l’ouest de la mer de Béring en hiver (de novembre à avril) et généralement associée à la bordure de la banquise (Bogoslovskaya et al., 1982; Brueggeman, 1982; Braham et al., 1984). D’avril à juin, ces baleines migrent vers le nord et l’est pour traverser la mer des Tchouktches puis, après avoir dépassé Point Barrow, obliquent en direction est vers le sud-est de la mer de Beaufort (Braham et al., 1980; Braham et al., 1984). Elles occupent la mer de Beaufort la majorité de l’été (de juin à septembre) (Hazard et Cubbage, 1982; Richardson et al., 1987a; Richardson et al., 1987b), où elles passent une bonne partie du temps à se nourrir dans les eaux canadiennes. Les chasseurs inuits de l’est de la mer de Beaufort alaskienne ont remarqué de grands rassemblements de baleines boréales à l’est de l’île Herschel en juillet (Galginaitis et Koski, 2001). En septembre et en octobre, les baleines boréales migrent vers l’ouest de la partie canadienne à la partie alaskienne de la mer de Beaufort pour atteindre la mer des Tchouktches. Les chasseurs inuits de l’est de la mer de Beaufort alaskienne ont observé que la migration commence en août et dure jusqu’en octobre (Galginaitis et Koski, 2001). En automne, contrairement au printemps, on trouve des eaux libres le long de la côte nord de l’Alaska, où l’on aperçoit de nombreuses baleines boréales à moins de 25 km de la côte (Richardson et al., 1987b; Moore et Reeves, 1993; Moore, 2000; Moore et al., 2000; Griffiths et al., 2001; Koski et Miller, 2001).

Une ségrégation des classes d’âge a été enregistrée durant la migration de printemps devant Barrow (Alaska) (Zeh et al., 1993; Angliss et al., 1995; Richardson et al., 1995b; Koski et al., 2004), de même que dans les zones d’estivage de la mer de Beaufort canadienne et le golfe d’Amundsen (Cubbage et Calambokidis, 1987; Koski et al., 1988) et dans l’est de la mer de Beaufort alaskienne à la fin de l’été et en automne (Koski et Miller, 2001). Au printemps à Barrow, les subadultes tendent à occuper les eaux plus profondes et plus couvertes de glace. En été dans la mer de Beaufort canadienne, Cubbage et Calambokidis (1987) ont observé une corrélation inverse importante entre la longitude et la taille, les plus grosses baleines se trouvant plus à l’est. Au cours de la migration d’automne dans l’est de la mer de Beaufort alaskienne, les subadultes tendent à occuper les eaux peu profondes près des côtes, alors que les adultes se tiennent plus loin des côtes (Koski et Miller, 2001). Selon les chasseurs inuits de l’est de la mer de Beaufort alaskienne, les populations de baleines, en automne, sont séparées temporellement par la taille : les plus gros individus se présentent plus tard en saison, et les petits individus se tiennent plus près des côtes (Galginaitis et Koski, 2001). Que ce soit au cours de la migration du printemps devant Barrow (Rugh, 1990; Withrow et Angliss, 1992; idem, 1994; George et al., 1995; Koski et al., 2004) ou de la migration d’automne devant Kaktovik (Galginaitis et Koski, 2001; Koski et Miller, 2001), la première vague de baleines boréales en migration est constituée principalement de subadultes, suivis des adultes, avec un bon chevauchement temporel de ces deux vagues. Les femelles avec des baleineaux tendent à migrer en dernier, surtout au printemps.

Population de la baie d’Hudson et du bassin de Foxe

Il semble que la population de la baie d’Hudson et du bassin de Foxe hiverne dans le détroit d’Hudson. Certaines baleines boréales hivernent dans les eaux de l’île Mansel et d’autres près des îles plus au sud, dans la partie est de la baie Hudson (Low, 1906). Les Inuits d’Igloolik, de la baie Repulse et du sud-ouest de l’île Southampton ont signalé quelques baleines boréales en bordure de la banquise certains hivers, mais ces occurrences sont rares (CGRFN, 2000). McLaren et Davis (1981, 1983) ont observé des baleines boréales dans la partie ouest du détroit d’Hudson en hiver. D’avril à mai, certaines de ces baleines migrent vers l’ouest pour atteindre la partie nord-ouest de la baie d’Hudson (Reeves et Mitchell, 1990), alors que d’autres filent droit au nord, passant directement du détroit d’Hudson au bassin de Foxe pour aboutir au nord du bassin (limite de la banquise d’Igloolik) à la fin juin (Cosens et al., 1997b; CGRFN, 2000). Historiquement, les baleines de la baie d’Hudson arrivaient à la limite de la banquise au large de la partie sud-ouest de l’île Southampton en mai et en juin, puis se déplaçaient vers le nord en suivant la dislocation des glaces pour atteindre le détroit de Roes Welcome, où elles demeuraient abondantes jusqu’en septembre avant de se diriger vers le bassin de Foxe (Reeves et al., 1983; Reeves et Mitchell 1990; Ross, 1993). Des études de marquage récentes indiquent que certaines des baleines boréales du bassin de Foxe se déplacent vers l’ouest via le détroit de Fury-et-Hecla (Dueck, comm. pers., 2002). En septembre et en octobre, les baleines boréales semblent migrer vers l’est à partir du détroit de Roes Welcome et vers le sud à partir du bassin de Foxe pour atteindre le détroit d’Hudson.

Ross (1974) a trouvé peu d’indices de la présence de baleines boréales dans le détroit d’Hudson à l’époque de la chasse commerciale à la baleine. Les rares observations dans ce détroit ont eu lieu dès le début de mai et jusqu’au début d’août (Reeves et al., 1983). Le gros de la navigation dans le détroit se fait entre la mi-juillet et la mi-septembre. On peut penser que les baleines passaient généralement le détroit avant les baleiniers en été et après eux en automne (Reeves et al., 1983). Certaines preuves indiquent que les baleiniers quittaient le détroit d’Hudson avant les baleines boréales. D’octobre à novembre, Finley et al. (1982) ont observé des baleines boréales nageant vers l’est dans le détroit d’Hudson. L’analyse de la migration des baleines boréales dans la baie d’Hudson par Low (1906:257) était fondée sur de l’information recueillie auprès des chasseurs de baleines : « Les baleines pénètrent dans le détroit d’Hudson au début du printemps; nous en avons capturé autour de l’île Big en avril et en mai et à l’extrémité ouest du détroit pendant la deuxième moitié du mois de mai. Elles traversent ensuite vers l’ouest de la baie le long de la limite des eaux libres; on les trouve en juin et au début de juillet le long des glaces côtières, de part et d’autre de la partie sud du détroit de Roes Welcome. Une fois le détroit libre de glaces, les baleines se dirigent vers la baie Repulse puis, plus tard, traversent le détroit Frozen pour atteindre le détroit de Foxe. À la fin de l’automne, elles repassent par le détroit d’Hudson en direction est. » [traduction]

Une ségrégation par classes d’âge a été enregistrée dans la population de la baie d’Hudson et du bassin de Foxe (Cosens et Blouw, 2003). Les baleines estivant dans le nord du bassin de Foxe (photographiées par avion en août 1996, 1997 et 1998) étaient principalement des juvéniles d’une taille maximale de 13,5 m (Cosens et Blouw, 2003). Les baleineaux et les juvéniles constituaient respectivement 89 p. 100, 97 p. 100 et 79 p. 100 des baleines boréales photographiées au cours de ces trois années. Le ratio d’adultes et de baleineaux photographiés suggère que les adultes estivant dans le nord du bassin de Foxe sont des femelles allaitantes. Cosens et Blouw (2003) ont émis l’hypothèse que les mâles adultes et les femelles sans baleineaux se rassemblent dans le nord-ouest de la baie d’Hudson. Des données similaires sur le nord-ouest de la baie d’Hudson ne sont pas disponibles.

Population du détroit de Davis et de la baie de Baffin

À partir de leur aire d’hivernage dans le centre du détroit de Davis, le sud de l’île de Baffin et l’ouest du Groenland, les baleines boréales migrent en direction nord vers le nord-ouest de la baie de Baffin. Heide-Jørgensen et al. (2003) ont suivi deux baleines boréales de la baie de Disko (ouest du Groenland) jusqu’à la polynie des Eaux du Nord et le sud-est de l’île Bylot (Canada) en mai et en juin 2001. Une baleine photographiée au Canada (nord-est de l’île de Baffin) à la fin de septembre 1986 a été identifiée de nouveau au Groenland au début d’avril 1990 (Heide-Jørgensen et Finley, 1991). On croit que les baleines boréales qui apparaissent à la limite de la banquise dans la baie de Cumberland en avril et en mai migrent le long de la côte du Groenland vers le nord de la baie de Baffin, puis vers l’ouest en mai et en juin (Davis et Koski, 1980; Holst et Stirling, 1999). Des Inuits ont observé des baleines boréales migrant vers le nord le long de la côte de l’île de Baffin, entre la baie de Cumberland et l’inlet Pond, de mai à juillet (CGRFN, 2000). Les baleines boréales estivent dans les eaux côtières et les fjords du nord de l’île de Baffin et le long de la côte nord-est de l’île de Baffin de mai à août (CGRFN, 2000). La migration d’automne commence à la fin d’août et en septembre, et se déroule de façon irrégulière au cours des deux ou trois mois suivants, avec des périodes de déplacements orientés, de repos et d’alimentation. À la hauteur du cap Adair (71° 30’ N.), au nord-est de l’île de Baffin, la migration culmine à la fin de septembre et au début d’octobre (Davis et Koski, 1980). Les déplacements ralentissent quand les baleines se nourrissent dans leur aire d’automne (ouest de la baie de Baffin) (Finley, 1990). Les baleines boréales finissent par atteindre la baie de Cumberland, au sud-est de l’île de Baffin, à la fin d’octobre et en novembre. À la hauteur du cap Hopes Advance (détroit d’Hudson), le passage des baleines boréales culmine à la fin novembre (Finley et al., 1982).

Une ségrégation par classes d’âge a été observée dans la population de la baie de Baffin et du détroit de Davis (Finley, 1990). Une opération de photogrammétrie aérienne menée les 28 et 29 septembre 1986 dans la baie Isabella (côte est de l’île de Baffin) a révélé que la plupart des baleines boréales présentes étaient des adultes (89 p. 100 des individus mesuraient plus de 13 m de longueur) (Finley, 1990). Ces résultats corroborent l’impression que la plupart des baleines observées à partir de la côte ou de kayaks sont des adultes ou de grands subadultes (Finley, 1990). La plupart des baleines prises à l’époque de la chasse commerciale dans les aires d’automne (côte est de l’île de Baffin) étaient de grands mâles (Reeves et al., 1983). Les baleiniers commerciaux prenaient surtout des jeunes et des femelles accompagnées de baleineaux au début de la saison, à la limite de la banquise dans l’inlet Pond, de même qu’en été bien à l’intérieur du détroit de Lancaster et dans l’inlet du Prince-Régent; ces régions pourraient donc constituer la pouponnière de la population du détroit de Davis et de la baie de Baffin (Reeves et al., 1983).


Alimentation et relations interspécifiques

La plupart des proies identifiées dans les estomacs de 35 baleines boréales (21 mâles et 14 femelles) prises par des Inuits de l’Alaska entre 1975 et 1989 étaient du zooplancton composé de crustacés, en particulier des euphausiacés et des copépodes d’une longueur de 3 à 30 mm (Lowry, 1993). Des organismes épibenthiques, pour la plupart des mysidacés et des amphipodes gammaridés, étaient également fréquents dans les estomacs. Les espèces benthiques y étaient peu présentes (Lowry, 1993). On a trouvé une proportion légèrement supérieure d’organismes épibenthiques dans les estomacs des petites baleines (< 10,5 m de longueur) (Lowry, 1993). Il semble que les copépodes prennent une place plus importante dans l’alimentation des grandes baleines (Schell et al., 1987). En été, au cours de la migration vers l’est le long du versant nord du Yukon, on a observé certaines baleines qui remontaient à la surface avec de la boue leur sortant de la gueule. On en a conclu que ces baleines se nourrissaient d’invertébrés benthiques (Carpenter, comm. pers., 2005).

D’après le profil de variation isotopique dans le gras des viscères et des muscles de trois adultes et six subadultes échantillonnés, Schell et Saupe (1993) et Schell et al. (1987) concluent qu’une part importante de la quête de nourriture a lieu hors de la partie est de la mer de Beaufort, en particulier chez les baleines âgées en automne et au début de l’hiver, alors qu’elles se trouvent dans les mers des Tchouktches et de Béring. Les baleines âgées et jeunes peuvent se nourrir de proies différentes ou dans des endroits différents (Schell et Saupe, 1993). Contrairement aux résultats de Schell et Saupe (1993), Hoekstra et al. (2002) ont observé que les fluctuations saisonnières des concentrations d’isotopes stables du carbone sont constantes dans toutes les classes d’âge, ce qui indique que les mers de Béring et de Beaufort sont des aires d’alimentation importantes.

Les Inuits croient que les baleines boréales et d’autres mammifères marins sont fortement influencés par le cycle des marées et les courants marins induits par les marées (CGRFN, 2000). Ils affirment que les baleines boréales sont très actives et se nourrissent abondamment dans les eaux où le courant est à son maximum vers la pleine lune, alors que les variations des marées sont à leur maximum. Le comportement alimentaire des baleines boréales a été observé au printemps et en été dans la mer de Beaufort et en automne dans la mer des Tchouktches, mais pas en hiver dans la mer de Béring (Lowry, 1993). Lowry (1993) estime que les baleines boréales ont besoin d’une nourriture abondante à la fin de l’été et en automne pour emmagasiner les réserves de lipides qui leur permettront de passer l’hiver.


Comportement et adaptabilité

Les baleines boréales sont extrêmement bien adaptées à la vie dans le milieu arctique (McLeod et al., 1993). Parmi leurs caractéristiques adaptatives les plus évidentes, on compte une extrême longévité, une énorme capacité de stockage de réserves énergétiques, une ouïe assez développée pour la navigation dans les glaces et les communications à longue distance et une tête portant une couronne qui leur permet de défoncer la banquise pour respirer (Finley, 2001).

Les baleines boréales ont souvent une réaction de frayeur en présence d’épaulards. Elles fuient vers des zones où la banquise est disloquée ou dans les eaux peu profondes près de la côte, apparemment dans le but d’échapper aux épaulards (CGRFN, 2000). Les Inuits estiment que l’épaulard a joué un rôle dans la répartition et les migrations des baleines boréales (CGRFN, 2000). Par exemple, les baleines boréales peuvent éviter ou abandonner la région de la baie Isabella en été ou au début de l’automne si des épaulards sont présents (CGRFN, 2000).

On sait que les baleines boréales réagissent au bruit sous-marin causé par l’homme; ces réactions varient selon la saison, l’habitat et l’état comportemental (Richardson et al., 1985; Richardson et Malme, 1993). Les migrants d’automne semblent réagir plus fortement que les estivants. On observe des réactions de surprise, comme une plongée soudaine ou des tentatives d’évitement, au passage d’un avion volant à une altitude inférieure à 460 m (Richardson et al., 1985; Richardson et Malme, 1993). Les baleines boréales en estivage réagissent au passage de certains navires à des distances de 1 à 4 km en s’écartant de la trajectoire du navire, alors que les navires de forage induisent une réaction de fuite à une distance pouvant atteindre 10 km.Les baleines boréales évitent les navires d’exploration sismique en se tenant à des distances de 6 à 8 km (Richardson et Malme 1993), voire à 20 km (Richardson et al., 1995).