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Programme de rétablissement du chabot pygmée

Information sur l'espèce

Nom commun – Chabot pygmée.

Nom scientifique – Cottus sp.

Sommaire de l’évaluation du COSEPAC – Nov. 2000.

Désignation par le COSEPAC –Espèce menacée.

Désignation selon la LEP –Espèce menacée, juin 2003.

Justification de la désignation par le COSEPAC – Endémique à la Colombie-Britannique, cette espèce est restreinte à un seul petit lac, lequel est situé dans une région touchée par l’aménagement du territoire industriel et urbain. L’espèce est également la proie des salmonidés qui fréquentent également le lac.

Présence au Canada –Colombie-Britannique

Historique de la désignation –Désignée en tant qu’espèce préoccupante en avril 1997. Après un nouvel examen, désignée en tant qu’espèce menacée en novembre 2000. Dernière évaluation fondée sur un rapport de situation.

AVANT-PROPOS

L’information disponible concernant le chabot pygmée est très limitée et vient principalement d’un seul et court document écrit il y a près de 50 ans (Ricker, 1960). Depuis ce temps, certaines informations ont été recueillies dans le cadre d’études visant d’autres espèces telles que le saumon rouge dans le lac Cultus, mais aucune étude publiée ne cible le chabot pygmée. En conséquence, il existe d’importantes lacunes dans les données, y compris pour ce qui est de la biologie de base (p. ex. cycle biologique, utilisation de l’habitat, reproduction), des tendances relatives à l’abondance et du statut taxonomique.

Le chabot pygmée est inscrit, en vertu de la loi, à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (LEP) en tant qu’espèce menacée, et la rédaction d’un programme de rétablissement est exigée par la loi en réponse à cette inscription. Le présent programme de rétablissement passe en revue l’information disponible, relève des menaces potentielles et analyse les études dont nous avons besoin pour combler certaines lacunes dans les connaissances. La priorité, à court terme, consiste à clarifier le statut taxonomique du chabot pygmée relativement à Cottus aleuticus, puisque sa situation légale aux termes de la LEP repose sur sa reconnaissance en tant qu’unité désignable distincte. Nous reconnaissons que le statut taxonomique du chabot pygmée est incertain mais, afin de faciliter la communication, nous faisons référence au chabot pygmée en tant qu’espèce et avons procédé à l’élaboration d’un programme de rétablissement en vertu de l’hypothèse selon laquelle le chabot pygmée demeurera inscrit sur la liste de la LEP.

CONTEXTE

1. Description de l’espèce

1.1 Biologie – généralités

Les chabots appartiennent à la famille des cottidés, laquelle regroupe plus de 300 espèces (Scott et Crossman, 1973; ITIS, 2006). Il s’agit de poissons de fond, surtout marins, qui fréquentent les eaux arctiques et tempérées de l’hémisphère nord (Scott et Crossman, 1973). Les chabots se distinguent par une tête large et un corps épais; leur corps s’effile à partir de la tête jusqu’à un pédoncule caudal relativement étroit(Scott et Crossman, 1973). Le genre Cottus est largement réparti dans les eaux douces (Scott et Crossman, 1973). Les espèces de chabot d’eau douce mesurent généralement moins de 18 cm de longueur, ne possèdent pas de vessie natatoire et sont habituellement benthiques (Heard 1965; Scott et Crossman, 1973).

Le chabot pygmée (Figure 1)a été identifié pour la première fois en 1934 et ce que nous savons de lui nous vient principalement d’un seul article, publié par Ricker en 1960. Ce dernierdécrit ce taxon comme une forme naine du chabot côtier, Cottus aleuticus, dont les larves sont pélagiques mais qui adopte des habitudes benthiques après environ de 32 à 35 jours d’existence (Krejsa, 1965, cité dans McLarney, 1968). Le chabot pygmée partage de nombreuses caractéristiques physiques du chabot côtier et des chabots en général, mais il affiche également des différences importantes au chapitre de la morphologie et de l’écologie, en particulier une faible taille, la conservation des caractéristiques larvaires et une existence limnétique. Le chabot pygmée conserve des caractéristiques larvaires (ce qui semble indiquer une évolution néoténique) et affiche un certain nombre de traits adaptatifs caractéristiques d’une existence limnétique, de préférence aux habitudes benthiques typiques des chabots. Ces caractéristiques incluent une densité osseuse moindre, de plus grands pores sur la tête et une augmentation des lipides sous-dermaux (Ricker, 1960; McPhail et Carveth, 1992; Cannings et Ptolemy, 1998).Les observations réalisées concernant les régimes alimentaires, lesquels reposent sur le plancton, corroborent les constatations relatives aux habitudes limnétiques (Ricker, 1960). Les détails relatifs à l’utilisation de l’habitat ne sont pas connus.

Le chabot pygmée et C. aleuticus diffèrent au chapitre de la taille, des caractéristiques méristiques et de la forme globale (Taylor, 2006). La longueur typique du chabot pygmée est de 2,9 à 4,5 cm, avec une longueur maximale observée de 5 cm. Ces mesures se comparent à une fourchette type de 5 à 10 centimètres pour le chabot côtier adulte. Ricker (1960) croit, d’après l’analyse de la fréquence des tailles, que le chabot pygmée vit habituellement un maximum de cinq ans.

On suppose généralement que le chabot pygmée se reproduit d’une façon similaire à C. aleuticus, qui pond des masses d’œufs sous des pierres qui sont ensuite gardées par les mâles. Ricker (1960) croit, d’après la fréquence des observations des femelles gravides, que la plupart des chabots pygmées commencent à se reproduire dans leur troisième année; les activités de frai débuteraient à la fin de mai ou au début de juin, atteindraient un sommet durant la fin de juin et tout le mois de juillet, pour ensuite diminuer d’intensité jusqu’au début de septembre. Les comportements et les habitats de frai ne sont pas connus, mais la reproduction ne semble pas avoir lieu dans des affluents ou dans des zones littorales peu profondes (Ricker, 1960). Certains affluents en amont du lac Cultus s’assèchent en été et ne sont, par conséquent, pas disponibles comme habitat de frai et d’incubation.

Le statut taxonomique du chabot pygmée est actuellement indéterminé, un problème courant avec les taxons de la période post-glaciaire en Colombie-Britannique. La forme peut être dérivée de C. aleuticus et s’être reproduite isolément de celui‑ci, ce qui en ferait une espèce biologiquement distincte (D. McPhail, professeur émérite, faculté de zoologie de la UBC, Vancouver, comm. pers.). On doit effectuer des études supplémentaires pour déterminer le statut taxonomique du chabot pygmée relativement à C. aleuticus.

Dessin representant le chabot cotier

Figure 1. Dessin représentant le chabot côtier, Cottus aleuticus, un proche parent du chabot pygmée. Illustration de Susan Laurie Bourque, reproduite avec la permission du Musée canadien de la nature, Ottawa, Canada.

1.2 Répartition

Le chabot pygmée est fortement endémique. On ne le trouve que dans le lac Cultus, en Colombie-Britannique (Figure 2). Le lac Cultus se déverse, par le ruisseau Sweltzer, dans la rivière Vedder, laquelle se jette à son tour dans l’axe principal du bas Fraser, à environ 112 km en amont de son point de confluence avec le détroit de Georgia. Aucune autre population n’a été documentée en C.-B., bien qu’on ait observé une forme similaire dans le lac Washington, dans l’État de Washington (Larson et Brown, 1975), laquelle aurait évolué de manière indépendante (D. McPhail, comm. pers.). On n’a procédé à aucune recherche systématique d’autres populations semblables à celles des lacs Cultus et Washington. Toutefois, des relevés ont souvent été effectués par le passé dans des lacs par des intervenants du milieu des pêches, et ces relevés auraient probablement détecté la présence d’une forme limnétique de chabots côtiers si ceux‑ci étaient modérément répartis dans d’autres lieux.

La répartition du chabot pygmée dans le lac Cultus n’est pas connue en détail, mais l’espèce est décrite comme une forme limnétique qui vit principalement dans la zone pélagique du lac (Ricker, 1960). Elle a régulièrement été prise dans les eaux extracôtières, au moyen de chaluts pélagiques, pendant des dénombrements des juvéniles du saumon rouge, et il s’agit d’une proie courante de l’omble, qui fréquente les eaux extracôtières du lac (données non publiées du MPO; Ricker, 1960). Pendant des activités intensives de piégeage et de pêche à la seine sur le rivage, le chabot pygmée n’a pas été observé dans les zones littorales peu profondes ou dans les affluents (Ricker, 1960). Le chabot pygmée n’a pas été observé pendant la reproduction. Puisque le chabot côtier (espèce dont le chabot pygmée serait dérivé) pond des œufs sous des roches dans les cours d’eau, il semble vraisemblable que le chabot pygmée ponde également ses œufs dans des substrats benthiques.

Répartition du chabot cotier

Figure 2. Répartition du chabot pygmée. (Base pour la carte obtenue auprès du ministère de l’Énergie, des Mines et des Ressources pétrolières, http://www.em.gov.bc.ca/mining/Geolsurv/MapPlace/themeMaps.htm). La carte détaillée indique les routes, les affluents et les parcs.

Figure 2 wording

CultusLake : Lac Cultus

Cultus Lake Provincial Park : Parc provincial du lac Cultus

Harrisson Lake : Lac Harrisson

Fraser River : Fleuve Fraser

USA : É.-U.

1.3 Abondance

Peu de recherches ont été effectuées sur le chabot pygmée, et à aucun moment une estimation empirique de sa population n’a été réalisée. Ricker (1960) décrit l’espèce comme abondante dans les eaux profondes du lac Cultus. Celle-ci a été régulièrement capturée pendant les premiers travaux et figurait fréquemment, à titre de proie, dans l’estomac de l’omble (Ricker, 1960). L’échantillonnage ciblant le chabot pygmée n’a généralement pas eu lieu dans des zones littorales peu profondes ou profondes. Le chabot pygmée a été régulièrement pris dans les relevés au chalut que l’on a réalisés pendant les 30 dernières années pour dénombrer le saumon rouge du lac Cultus. Les comptes du chabot pygmée n’ont jamais été élevés (habituellement < 100 individus), mais ces comptes ont fluctué considérablement au cours d’une seule année et d’une année à l’autre (Taylor, 2006). Les données disponibles indiquent une légère tendance à la baisse dans l’abondance, mais puisque les données viennent des efforts de dénombrement des juvéniles du saumon rouge, elles sont considérées comme étant inadéquates pour l’analyse quantitative des tendances pour le chabot pygmée. Bref, aucune conclusion ferme ne peut être tirée des données actuelles.

1.4 Importance pour l’homme

Le chabot pygmée possède une valeur scientifique et éducative particulière en raison de son endémisme extrême et de son cycle biologique unique. L’espèce ne possède aucune valeur marchande, sauf de façon indirecte, en tant que proie des salmonidés qui contribuent aux pêches sportives. Le chabot pygmée est un membre de la faune indigène, possède sa propre valeur intrinsèque et joue un rôle écologique.