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Programme de rétablissement du chabot pygmée

3. Menaces

Étant donné sa répartition extrêmement limitée, le chabot pygmée est extrêmement vulnérable aux menaces locales. Comme on dispose de très peu d’information sur la biologie générale de cette espèce, il est difficile d’évaluer de façon exhaustive les menaces qui pèsent sur elle. Néanmoins, il est possible de relever les menaces générales dont il est question dans les paragraphes suivants. La quantification de ces menaces ne sera possible que lorsqu’on connaîtra davantage la biologie du chabot pygmée.

Espèces exotiques -- Les espèces non indigènes causent un éventail d’impacts biologiques, qui vont de subtils à spectaculaires et qui sont, à l’échelle mondiale, le principal déterminant des changements biotiques dans les systèmes d’eau douce(Sala et al., 2000). Les types d’impacts biologiques incluent l’extinction, la modification de l’abondance, de la répartition et des réseaux trophiques, les changements dans les interactions dans la communauté par l’ajout et la disparition d’espèces de même que la modification de la trajectoire évolutionnaire. Les effets qui se produisent à un échelon fortement endémique sont particulièrement inquiétants puisqu’il est excessivement difficile d’éradiquer les espèces exotiques ou de maîtriser leur population une fois qu’elles se sont établies.

Une plante aquatique exotique, la myriophylle en épi (Myriophyllum spicatum L.), a été observée pour la première fois dans le lac Cultus en 1977 et s’est depuis propagée dans l’ensemble du lac. En 1991, des tapis denses de myriophylle couvraient 22 ha sur les 74 ha de la zone littorale du lac (Truelson, 1992). La myriophylle a été relevée comme une menace importante pour le saumon rouge, qui fraie sur les plages du lac Cultus (COSEPAC, 2003). La myriophylle en épi peut également causer des changements dans les communautés indigènes de végétaux et de macro-invertébrés, réduire l’étendue de l’habitat en eaux peu profondes, causer un appauvrissement en oxygène et nuire aux déplacements des poissons et au potentiel d’alimentation(Keast, 1984; Engel, 1995). Les tapis de myriophylle offrent un refuge aux juvéniles de la sauvagesse du Nord (Schubert et al., 2002), un prédateur clé dans le lac Cultus, bien qu’ils fournissent également un refuge aux espèces proies potentielles.

Le chabot pygmée adulte ne se nourrit que dans des eaux pélagiques, et on ne sait pas si la myriophylle a affecté ces habitats ou altéré les rapports entre les prédateurs et les proies dans le lac Cultus. Le chabot pygmée utilise vraisemblablement des zones littorales profondes pour le frai et l’incubation, et on ne sait pas s’il employait, par le passé, les zones littorales maintenant infestées par la myriophylle.

D’autres espèces exotiques ont été relevées comme potentiellement problématiques, notamment la barbotte noire (Ameiurus melas), la barbotte brune (Ameiurus nebulosus), le crapet-soleil (Lepomis gibbosus), l’achigan à petite bouche et l’achigan à grande bouche (Micropterus salmoides et M. dolomieui) et la perchaude (Perca flavescens). Ces espèces ont affecté d’autres espèces de poissons lorsqu’elles ont été introduites dans de nouveaux plans d’eau et on croit qu’elles peuvent affecter l’abondance et la répartition du chabot pygmée par la prédation ou la concurrence. Ces espèces ne fréquentent pas actuellement le lac Cultus, mais leur présence et leur propagation générale dans la région sont préoccupantes.

Modification des taux de prédation -- Le chabot pygmée est une proie clé de l’omble et potentiellement d’autres espèces dans le lac Cultus. La majorité des spécimens de chabot recueillis jusqu’à présent proviennent des contenus intestinaux d’ombles (Ricker, 1960). D’autres espèces piscivores dans le lac incluent le coho, la truite fardée côtière, la truite arc‑en‑ciel et la sauvagesse du Nord. Toutefois, ces dernières espèces tendent à consommer moins de chabot pygmée que ne le fait le Dolly Varden (Ricker, 1960). On suppose que le chabot pygmée a évolué en présence de cette communauté prédatrice indigène. Par contre, on s’inquiète que les taux de prédation puissent être modifiés par l’ensemencement ou l’augmentation des effectifs (particulièrement de salmonidés), les changements survenus dans l’habitat ou l’introduction d’espèces de poissons piscivores non indigènes. Il est difficile de mesurer l’ampleur de cette menace. Bien que le lac Cultus ait été périodiquement ensemencé entre 1919 et 1987 avec diverses espèces de salmonidés(registres publiés de la Freshwater Fisheries Society of BC), il ne l’a pas été récemment, et l’ensemencement n’est actuellement pas envisagé pour la plupart des espèces. Un ensemencement futur pourrait potentiellement entraîner une plus grande pression de la prédation ou de la concurrence, selon l’espèce. Par exemple, le saumon rouge pourrait concurrencer le chabot pélagique dans leur recherche d’aliments similaires, et l’augmentation de leurs effectifs pourrait accroître la concurrence. De même, on peut imaginer que la faible abondance du saumon rouge puisse entraîner une augmentation des taux de prédation sur le chabot dus à des taux altérés de rencontre entre les juvéniles du saumon rouge, le chabot et leurs prédateurs. Dans le cadre des efforts de rétablissement du saumon rouge du lac Cultus, des apports d’alevins et de saumoneaux ont eu lieu tant dans le lac que dans le ruisseau situé à sa sortie. En 2006, plus de 340 000 poissons ont ainsi été libérés dans le lac, mais il est probable que ce nombre soit encore considérablement inférieur à la production naturelle historique.

Utilisation de l’eau -- Une requête concernant les permis d’utilisation de l’eau (http://www.elp.gov.bc.ca:8000/pls/wtrwhse/water_licences.input, Land and Water BC, 2006) a permis de constater que seulement deux permis de ce type ont été délivrés pour le lac Cultus, en plus de 50 permis supplémentaires pour ses affluents. Les permis pour le lac Cultus représentent un volume de 7,14 millions de m3 · an-1. Si on suppose que le lac couvre une superficie de 6,3 km2, cela se traduit par une élévation à peine supérieure à 1 cm du niveau d’eau. Les permis d’utilisation de l’eau pour les affluents représentent environ 10,83 millions de m3· an-1, dont 6,81 millions de m3 · an-1 concernent les arrivées d’eau et le reste va aux cours d’eau dans lesquels se jette le lac. Les permis d’utilisation de l’eau pour les affluents situés en amont du lac représentent une élévation à peine supérieure à 1 cm du niveau du lac. Il existe probablement des utilisateurs d’eau qui ne possèdent pas de permis dans le bassin hydrographique du lac Cultus, mais il est probable que ceux-ci consomment moins d’eau que les utilisateurs détenteurs de permis.

Ce bref examen des permis d’utilisation de l’eau semble indiquer que la majorité de la fluctuation annuelle du niveau d’eau dans le lac Cultus est due à l’évapotranspiration et à la fréquence variable des arrivées et des sorties d’eau. L’utilisation de l’eau liée à l’agriculture, à l’industrie et aux besoins domestiques a eu des impacts sur les affluents (COSEPAC, 2003), mais le chabot pygmée est une espèce limnétique et n’utilise apparemment pas d’habitats situés dans ces affluents. Les menaces pesant le chabot pygmée posées par la consommation de l’eau sont, par conséquent, considérées comme mineures. Cette conclusion est renforcée par le fait que l’utilisation de l’eau n’a pas été relevée comme une menace pour le saumon rouge du lac Cultus, une autre espèce de poisson pélagique fréquentant le lac. Toutefois, puisque C. aleuticus fraie dans des affluents, il est possible, dans une certaine mesure, que le chabot pygmée les utilise également pour le frai. Si tel est le cas, les débits dans les affluents peuvent être importants. Ce fait souligne l’importance de relever l’habitat de frai du chabot pygmée.

Qualité de l’eau -- Les problèmes liés à la qualité de l’eau n’ont pas été recensés pour l’instant comme une menace grave, bien que plusieurs préoccupations existent. La pollution de source ponctuelle et non ponctuelle peut affecter la qualité de l’eau et dégrader l’habitat aquatique. Les systèmes septiques peu efficaces, les intrants de l’agriculture et les engrais domestiques, l’envasement dû à des activités terrestres et la mauvaise qualité des eaux souterraines ont été relevés comme préoccupants et ont le potentiel de dégrader l’eau du lac à un certain degré (Schubert et al., 2002). Les intrants imputables aux usages récréatifs de l’eau ont également été soulevés comme préoccupants (voir ci-après). La qualité de l’eau a été évaluée comme excellente en 1996 (MWLAP, 1996), et des comparaisons d’information limnologique récente et historique donnent à penser que l’habitat pélagique du lac a peu changé au cours des 65 dernières années (COSEPAC, 2003). On ignore si les taux actuels de pollution affectent négativement le chabot pygmée, mais ces taux ne sont actuellement pas considérés comme une préoccupation importante. Il faudra peut-être évaluer plus en profondeur cette menace à l’avenir lorsque l’on disposera d’information pertinente à ce sujet.

Usages récréatifs -- Le lac Cultus est l’un des lacs les plus fortement utilisés en C.-B., en particulier durant les mois estivaux. Les activités dominantes sur le lac sont le motonautisme etla natation, mais pratiquement toutes les activités aquatiques sont populaires. Le rivage a été affecté par la construction de quais et de jetées, principalement dans la zone de la plage Lindell (COSEPAC, 2003). En outre, on a enlevé la végétation aquatique et riveraine et on a ajouté du sable afin de créer une plage dans la zone du ruisseau Sweltzer (COSEPAC, 2003). Les bateaux peuvent être une source de polluants par les déversements d’essence et de pétrole qu’ils occasionnent. On croit que le mouvement des bateaux entre les bassins hydrographiques est à l’origine de l’introduction de la myriophylle en épi (COSEPAC, 2003) et il s’agit peut-être d’un vecteur pour d’autres organismes, y compris des organismes pathogènes.

Les diverses activités liées aux usages récréatifs de l’eau ont principalement altéré les zones littorales peu profondes, mais on ignore comment de tels changements affectent l’habitat pélagique utilisé par le chabot pygmée. Des comparaisons d’information limnologique récente et historique donnent à penser que l’habitat pélagique du lac a peu changé au cours des 65 dernières années (COSEPAC, 2003). Les usages récréatifs de l’eau ne sont pas relevés comme une menace substantielle pour le chabot pygmée pour le moment.

Aucune pêche sportive n’est pratiquée couramment sur le lac Cultus bien que, ces dernières années, on ait organisé des tournois annuels de pêche à la sauvagesse du Nord (COSEPAC, 2003). En dépit du faible effort, l’activité de pêche à la ligne est préoccupante parce que les pêcheurs à la ligne sont un vecteur commun de l’introduction des poissons exotiques. Par exemple, Schade et Bonar (2005) ont constaté qu’un poisson sur quatre échantillonné dans les douze États de l’ouest des États-Unis était non indigène et que les poissons non indigènes les plus courants avaient été introduits par la pêche à la ligne. Un autre moyen potentiel d’introduction d’espèces exotiques est l’utilisation de poissons ou d’invertébrés aquatiques comme appâts pour la pêche dans les lacs; toutefois, cette pratique est illégale dans les lacs de la Colombie-Britannique, ce qui atténue cette menace.

Utilisation des terres -- Certaines activités terrestres peuvent altérer l’habitat aquatique directement (p. ex. impacts sur l’habitat riverain, modification des débits d’eaux de ruissellement ou capacité de stockage de l’eau dans le cours supérieur) ou indirectement (p. ex. changements dans la qualité de l’eau par l’introduction de polluants). Le territoire du bassin hydrographique du lac Cultus a été aménagé à des fins récréatives, résidentielles, agricoles, d’exploitation forestièreet industrielles. Quatre-vingt-douze pour cent du rivage a été réservé à des fins récréatives au sein du parc provincial du lac Cultus ou du parc municipal du lac Cultus, y compris des zones de camping et d’utilisation de jour et trois grandes zones destinées à la natation (Schubert et al., 2002). Une gravière est exploitée sur la route Parmenter. Qui plus est, des agrandissements sont proposés à proximité du ruisseau Hatchery, dont l’établissement d’une nouvelle carrière et la mise en place d’installations de concassage et de triage du gravier sont planifiées(Schubert et al., 2002). L’agriculture a joué un rôle important dans l’économie locale par le passé, mais aucune agriculture n’a lieu à côté du lac. Des travaux d’exploitation forestière ont lieu dans les tronçons supérieurs du bassin hydrographique de Frosst (Schubert et al., 2002); par contre, aucun travail de ce type n’a eu lieu à proximité immédiate du lac depuis 1946 et aucun est projeté (Balanced Environmental Services Inc., 2004). L’aménagement du territoire résidentiel est limité à trois petites zones autour du lac (Schubert et al., 2002).Bref, plusieurs activités terrestres ont le potentiel d’augmenter les charges de sédiments et d’éléments nutritifs dans le lac Cultus ou d’affecter directement l’habitat littoral, mais on ignore si des effets particuliers ont eu lieu dans les habitats pélagiques occupés par le chabot pygmée, et la qualité de l’eau a été évaluée comme excellente(voir la section ci-devant concernant la qualité de l’eau).

Changement climatique -- Des preuves scientifiques démontrent clairement que le climat change et que la répartition des animaux et des végétaux réagit à ces changements (Parmesan et Yohe, 2003). Puisque le climat a une incidence sur les précipitations, le débit d’eau et la température de l’eau, et ce, de bien des manières, il peut également affecter l’abondance et la répartition du chabot pygmée. Cette menace soulève des inquiétudes; toutefois, à l’heure actuelle, cette question est considérée comme étant hors de la portée du présent programme de rétablissement. Cette menace pourra être évaluée et traitée dans des étapes futures de la planification du rétablissement du chabot pygmée.