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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le porte-queue demi-lune au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

On croit que la présence des plantes hôtes des larves est l’un des principaux facteurs limitatifs du papillon à l’échelle du paysage. L’espèce est associée avec des habitats chauds et secs et se trouve à l’extrémité septentrionale de son aire de répartition au Canada. Ceci suggère que le climat de la région représente un facteur limitatif. La présence des espèces de fourmis appropriées pourrait également constituer un facteur limitatif. Les feux de friches peuvent constituer un facteur local influant sur le caractère propice de l’habitat et la taille de la population au fil du temps.

La population de l’Alberta du S. semiluna est restreinte à un cône alluvial où la probabilité de mortalité d’individus par les inondations naturelles est forte. Une certaine limite à la population pourrait aussi résulter des effets mécaniques des dommages créés par le piétinement du wapiti (Cervus canadensis) qui hiverne dans l’habitat du papillon. La réduction massive de la population observée en 2004 suggère que la disparition par les processus stochastiques naturels, comme des gelées anormales pour la saison, est possible. Le Colorado a connu la disparition d’une population subalpine de bleu argenté (Glaucopsyche lygdamus) ainsi qu’une grave réduction des populations de plusieurs autres espèces de papillons en raison d’une gelée tardive anormale pour la saison; plusieurs années plus tard, les populations ne s’étaient pas encore rétablies (Ehrlich et al., 1972).

Apparemment, la seule menace anthropique pour le S. semiluna qui soit significative est la modification de l’habitat suivant l’expansion de la population de centaurée maculée (Centaurea maculosa) et les mesures subséquentes de lutte contre cette espèce. La centaurée est reconnue pour causer des dommages écologiques significatifs en modifiant la structure et la diversité des communautés végétales par la compétition pour les ressources et par la libération de composés allélopathiques (par exemple, Tyser et Key, 1988; Kelsey et Locken, 1987). La centaurée a également été associée à des augmentations de l’écoulement de surface et de la sédimentation du sol (Lacey et al., 1989). Les mesures de lutte contre la centaurée, telles que l’utilisation d’herbicides, pourraient également affecter les végétaux non visés dans la région. Les conséquences particulières pour le porte-queue demi-lune n’ont pas été étudiées, mais des modifications aussi fondamentales dans l’écosystème risquent fort d’avoir des conséquences négatives pour les papillons. Ainsi, la centaurée est considérée comme une menace significative à la population de l’Alberta. Une répression de la centaurée est actuellement effectuée par Parcs Canada. Ceci est fait avec la prudence nécessaire et en considérant les incidences indésirables des mesures de contrôle elles-mêmes mais, même en combinant un traitement localisé à l’herbicide et l’arrachage manuel, certains dommages sont inévitables.

La population de la Colombie-Britannique est assujettie à un large éventail d’activités humaines pouvant entraîner la diminution ou la disparition de populations locales. Le pâturage par le bétail est l’utilisation économique des terres qui est la plus généralisé; il influence vraisemblablement les dynamiques des populations sur les terres assujetties à un pâturage extrêmement intense et constant. Des populations de porte-queue demi-lune se trouvent sur des pâturages; la population du col Richter coexiste avec un pâturage par le bétail relativement important. Toutefois, dans le bassin de White Lake, des papillons ont été trouvés dans une zone légèrement pâturée, mais aucun individu n’a été observé tout juste de l’autre côté de la route, où le même habitat a faisait l’objet d’un pâturage très intensif. Le pâturage excessif par le bétail est une menace évidente et réelle, particulièrement en raison du fait que la plupart des populations connues se trouvent sur des terres privées sur lesquelles la loi ne limite pas cette activité. La superficie de l’habitat à un des sites du col Richter pourrait être réduite à l’avenir par l’agrandissement d’une carrière d’agrégats. L’activité minière est également une source potentielle de réduction de l’habitat. La population humaine croit à un rythme rapide dans la région et devrait continuer à le faire. Parallèlement à cette croissance, les habitations et la construction routière continuent de consumer l’habitat du papillon sur le mont Anarchist (Kondla, obs. pers., 2003), et l’expansion résidentielle est très certainement une menace grandissante dans la région du sud de l’Okanagan. L’habitat naturel est également transformé à des fins de culture intensive, dont la viticulture, qui connaît une expansion rapide dans la région. La centaurée n’a pas été observée dans les sites occupés de porte-queue demi-lune en 2003. Le manque de données historiques empêche de démontrer que les populations de porte-queue demi-lune ont été affectées par la centaurée dans le passé, mais la centaurée et les autres plantes nuisibles sont vraisemblablement des menaces potentielles aux populations existantes de porte-queue demi-lune dans son aire de répartition en Colombie-Britannique.