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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le porte-queue demi-lune au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

En 2003, la population de la Colombie-Britannique du S. semiluna n’a été retrouvée que dans un habitat d’armoise et d’agropyre à épi contenant du lupin soyeux (Lupinus sericeus), à une altitude de 600 m à 1 100 m. Les populations actuelles ont été repérées dans des zones qui, à l’échelle du paysage, avait un relief estompé en comparaison aux zones environnantes plus abruptes (figure 4). Tous les sites où le papillon était présent contenaient également des plants d’achillée millefeuille (Achillea millefolium) et de saxifrage peltée (Eriogonum heracleoides) en floraison.


Figure 4. Habitat typique du porte-queue demi-lune en Colombie-Britannique--bassin de White Lake

Habitat typique du porte-queue demi-lune en Colombie-Britannique—bassin de White Lake.


Étant donné que la population de la Colombie-Britannique n’a pas été relevée dans toutes les parcelles d’habitat visuellement propice qui ont été étudiées, elle pourrait donc être fragmentée. On considère que chaque groupement de sites dans les régions du lac White, du col Richter et du mont Anarchist représente une population distincte. On estime également que chacun des trois autres sites représente une population distincte. Toutefois, il existe des liens importants entre les habitats d’armoise qui pourraient permettre les déplacements entre les sites fréquentés. Il se peut que ces sites fassent partie d’une importante métapopulation fragmentée. La seule exception connue est le bassin de White Lake, qui contient un îlot d’habitat connu et potentiel qui est discontinu, à l’échelle du paysage, des autres parcelles connues d’habitat. Ce site n’est donc pas considéré comme une composante de cette métapopulation.

En 2003, de nombreux sites ont été étudiés dans le bassin de White Lake. Une saine population de S. semiluna a été retrouvée dans un habitat d’armoise et de graminées légèrement paissé. À l’opposé, aucun porte-queue n’a été observé dans un habitat d’armoise et de graminées en pâturage intensif situé de l’autre côté de la route. En outre, les porte-queue n’ont pas été observés dans les zones où le lupin était présent, mais l’armoise absente. Il semble que la présence de l’armoise soit une composante importante de l’habitat en Colombie-Britannique. La quantité minimale de lupins nécessaire est inconnue. Aucun porte-queue demi-lune n’a été observé dans les sites de la Colombie-Britannique qui font l’objet d’un pâturage intensif.

L’unique population de l’Alberta du S. semiluna occupe un habitat de prairie plat à une altitude d’environ 1 300 m sur un cône alluvial de texture grossière contenant une abondance de lupins soyeux (L. sericeus), de verges d’or du Missouri (Solidago missouriensis) en floraison et d’ériogones jaunes (Eriogonum flavum). De nombreuses zones situées à l’intérieur ou à proximité du parc national des Lacs-Waterton, à des altitudes basses ou élevées et contenant des lupins ont été étudiées. Aucun autre porte-queue n’a été trouvé, à l’exception de trois individus fréquentant une moraine bosselée près de l’habitat de cône alluvial densément peuplé (Kondla 2003a; idem, 2004b). De surcroît, la présence de ces individus à l’extérieur de l’habitat de reproduction du cône alluvial avoisinant n’a été observée qu’en 2003 alors que les conditions étaient très venteuses. Une étude de la même zone en 2004, dans des conditions climatiques calmes, n’a pas révélé la présence du porte-queue. Il se peut que les trois individus aient été chassés de leur habitat naturel par le vent. L’habitat de l’Alberta n’est pas fragmenté, car il n’y a qu’une seule population de S. semiluna dans une seule parcelle d’habitat.

Dans les deux populations canadiennes de S. semiluna, il pourrait y avoir une association obligatoire de la larve avec certaines espèces de fourmis. Cette relation potentielle, si elle s’avère, pourrait être une composante essentielle des besoins en matière d’habitat du S. semiluna. Les fourmis ont des besoins particuliers en matière d’habitat, qui peuvent différer de ceux d’un papillon. Ainsi, l’interaction des deux ensembles de besoins en matière d’habitat pourrait déterminer le caractère propice d’une région pour le S. semiluna.

Tendances en matière d’habitat

À l’exception d’inondations périodiques et du réagencement de parties de dépôts d’alluvions, l’habitat du porte-queue demi­-lune dans le parc national des Lacs-Waterton est stable. Il est toutefois envahi par la centaurée maculée. Si le processus persiste, l’habitat sera modifié de façon directe par la compétition végétale ou par les mesures de lutte contre cette plante nuisible.

On manque de données sur les tendances en matière d’habitat particulières dans les sites des populations de la Colombie-Britannique, mais l’on sait qu’un des sites occupés du mont Anarchist a été incendié en juillet 2003. Kondla a observé que la qualité des sites d’armoise de basses altitudes était inférieure à celle des sites d’altitudes supérieures. Les superficies de six types d’habitats de prairie d’armoise de la vallée de l’Okanagan, où le porte-queue demi-lune pourrait être présent, de même que les tendances pour ces habitats sont présentées dans le Tableau 1. Bon nombre de ces habitats ont subi des déclins considérables pouvant atteindre 40 p. 100 (pour l’habitat d’armoise tridentée et d’agropyre à épi, le seul type d’habitat où le porte-queue demi-lune a été retrouvé). Toutefois, plusieurs des sites où le porte-queue est présent sont situés sur des terres récemment acquises à des fins de protection. Une telle protection compensera partiellement la tendance à la perte de 50 p. 100 des prairies d’armoise dans le sud de la vallée de l’Okanagan par rapport à leur présence historique (T. Lea, comm. pers.). L’utilisation plus intensive des terres dans la région d’Okanagan Sud-Similkameen entraînera vraisemblablement des pertes et une dégradation supplémentaires des petites superficies de ces habitats de prairie d’armoise qui persistent en dehors des zones protégées à la fois à basse et à haute altitude.

 

Tableau 1. Tendances en matière d’habitat pour les différents types d’habitats de prairie d’armoise soutenant potentiellement le S. semiluna (Dyer et Lea, données non publiées, 2005)
Type d’habitatSuperficie totale en 1995
(ha)
Superficie totale en 1800
(ha)
Changement survenu entre 1800 et 1995
(ha)
% de changement
Armoise tridentée-sélaginelle; sol très peu profond4 5464 53610~ 0 %
Armoise tridentée-agropyre à épi; mésique2 0003 321-1 320-40 %
Agropyre à épi-balsamorhize à feuilles sagittées; sol profond7 6717 776-105~ 0 %
Agropyre à épi-pâturin de Sandberg; sol profond4 4004 31486~ 0 %
Agropyre à épi-danthonie à épi; mésique1 8292 454-625-25 %
Agropyre à épi-sélaginelle; sol peu profond12 56312 456107~ 0 %


Outre la perte et de la dégradation de l’habitat résultant directement des activités humaines, les parcelles de prairie d’armoise qui subsistent sont envahies par un certain nombre de plantes exotiques, lesquelles contribuent à la perte et à la modification de l’habitat. Certaines de ces espèces envahissantes pourraient dominer les plantes indigènes ayant une importance pour le porte-queue demi-lune.

Protection et propriété

La population du parc national des Lacs-Waterton du S. semiluna est protégée en raison de son emplacement. L’importance de cette population est maintenant connue des autorités du parc. L’habitat est tout de même sensible aux effets de l’invasion par la centaurée maculée.

La plupart des populations connues du papillon en Colombie-Britannique se situent sur des terres privées où elles ne bénéficient d’aucune protection légale. Toutefois, certaines prairies d’armoise soutenant potentiellement le papillon se trouvent à l’intérieur des limites de terres protégées (tableau 2.). Certains des emplacements confirmés du S. semiluna se situent dans des sites récemment acquis, dont le lac White et le mont Kobau (D. Fraser, comm. pers.). Une partie de la population du lac White se trouve sur des terres fédérales américaines qui appartiennent au National Research Council. Ces terres sont louées pour de l’élevage privé à une famille qui collabore avec le Biodiversity Ranch Program du Nature Trust. Actuellement, la gestion du territoire ne tient pas compte des besoins particuliers du S. semiluna en matière d’habitat, mais le ranch a adopté une approche intégrée afin de gérer l’élevage et les autres utilisations des terres de façon équilibrée avec les besoins de nombreuses espèces en péril présentes à cet endroit. Certains de ces besoins pourraient être complémentaires à ceux du porte-queue demi-lune (Service canadien de la faune, Région du Pacifique et du Nord, comm. pers., 2006).

 

Tableau 2. Propriété actuelle et statut de conservation des différents types d’habitats de prairie d’armoise soutenant potentiellement le S. semiluna (Dyer et Lea, données non publiées, 2005)
Type d’habitatTotal
(ha)
Terre protégée
(ha)
Terre de la Couronne provinciale
(ha)
Réserve indienne
(ha)
Terre privée
(ha)
Armoise tridentée-sélaginelle; sol très peu profond4 5461 1631 1129441 327
Armoise tridentée-agropyre à épi; mésique2 000457273329941
Agropyre à épi-balsamorhize à feuilles sagittées; sol profond7 6719661 5892 6282 488
Agropyre à épi-pâturin de Sandberg; sol profond4 4004717808512 298
Agropyre à épi-danthonie à épi; mésique1 829374238368849
Agropyre à épi-sélaginelle; sol peu profond12 5192 5473 7942 5323 646