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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’anguille d'Amérique au Canada

Contribution de la composante d’anguilles du Saint-Laurent – Méthode des débarquements

La deuxième méthode repose sur les débarquements commerciaux. La chaîne d’hypothèses est la suivante : les taux d’exploitation des pêches sont présumés semblables d’une région à l’autre, aussi les débarquements sont-ils une fonction linéaire de la biomasse du stock actuel. La production d’anguilles argentées, en poids, est présumée être une fonction linéaire de la biomasse du stock actuel. Comme la relation entre la fécondité et le poids corporel est globalement linéaire, la production d’œufs est vue comme une fonction linéaire du poids des anguilles argentées produites. Les anguilles argentées mâles sont ordinairement moins nombreuses que les femelles (tableau 3) et elles sont beaucoup plus petites (p. ex. le poids moyen des mâles argentés de l’Île‑du‑Prince‑Édouard représente 11 p. 100 du poids moyen des femelles argentées) (D.K. Cairns, MPO, données inédites). Les anguilles mâles, donc, constituent généralement une petite fraction de la biomasse totale des anguilles. Pour cette raison, le poids total des anguilles argentées est présumé être le même que celui des anguilles argentées femelles produites. Comme chaque paramètre de la chaîne est censé être linéairement relié au suivant, les débarquements sont présumés linéairement reliés à la production d’œufs.

La période de 1970 à 1989, qui a précédé l’effondrement de la composante du lac Ontario, sert à calculer les débarquements (tableau 4). La méthode des débarquements indique que l’AEED 1 produit 26,4 p. 100 de la ponte (tableau 4). D’après la taille relative des débarquements, 5,9 p. 100 de la ponte provient de l’Ontario et 20,6 p. 100, du Québec.

 

Tableau 4. Contribution relative des aires de croissance del’anguille d’Amérique à la production totale d’œufs, selon l’hypothèse de la proportionnalité de la production d’œufs aux débarquements moyens de 1970 à 1989.
RégionDébarquements
annuels moyens
(en tonnes)
de 1970 à 1989
Pourcentage de
la production
totale d’œufs
Portion ontarienne de l’AEED 11235,9 %
Portion québécoise de l’AEED 143120,6 %
Total de l’AEED 155426,4 %
AEED 2, AEED 3, AEED 4, AEED 546622,2 %
Canada1 01948,7 %
Littoral est des États-Unis1 07651,8 %
Total2 096100,0 %

Les facteurs qui réduisent le degré de confiance de cette analyse figurent ci-dessous.

Il est peu vraisemblable que le taux d’exploitation des pêches commerciales d’anguilles ait été uniforme d’une région à l’autre pendant la période couverte (1970‑1989). L’exploitation de l’anguille, en Amérique du Nord, est géographiquement hétérogène. L’AEED 2 et l’AEED 5, où l’exploitation est pratiquement nulle, sont regroupées avec l’AEED 3 et l’AEED 4, où l’exploitation varie selon la région. La méthode des débarquements suppose que le taux global d’exploitation de ces zones combinées est semblable au taux d’exploitation local. Aucun taux d’exploitation, même à l’échelle locale, n’existe pour la période 1970‑1989. Les taux d’exploitation ont récemment été estimés, pour l’Île‑du-Prince‑Édouard, la portion de la baie de Chesapeake se trouvant au Maryland et l’estuaire du Saint-Laurent (ICES, 2001; Caron et al., 2003), mais les données ne sont pas suffisantes pour permettre d’estimer les taux d’exploitation sur de grandes zones géographiques. Il est plausible que le taux global d’exploitation dans l’AEED 1 dépasse les autres taux, car toutes les anguilles produites dans l’AEED 1 sont soumises aux pêches commerciales lors de leur départ pour l’aire de fraye, tandis que d’autres régions englobent des zones inexploitées. Si le taux d’exploitation du Saint-Laurent dépasse celui des autres régions, la méthode des débarquements surestime la biomasse du stock actuel relativement aux débarquements. Il peut en résulter une surestimation de l’importance relative des anguilles du Saint-Laurent dans la ponte totale d’œufs pour l’espèce.

La méthode des débarquements estime que la production d’œufs des anguilles qui grandissent dans le Mississippi est nulle, car il n’y a pas de débarquements là-bas. Si le Mississippi produit des anguilles qui frayent dans la mer des Sargasses, la méthode des débarquements surestime le pourcentage de contribution de la production totale d’œufs des autres zones, y compris l’AEED 1.

La méthode des débarquements considère comme égales toutes les formes d’exploitation. Les anguilles grandissent et sont assujetties à une mortalité naturelle avant de devenir des anguilles argentées. Les régimes de croissance et de mortalité, qui varient selon les régions, peuvent avoir des effets sur la façon dont l’exploitation influe sur la production d’anguilles argentées, d’où un risque d’erreur dans les estimations de l’importance relative de la production d’œufs.

La méthode des débarquements traite l’Ontario et le Québec comme des unités discrètes, mais une portion substantielle des anguilles débarquées au Québec a passé la phase jaune (de croissance) dans des eaux ontariennes et toutes, ou presque toutes, les anguilles débarquées en Ontario ont passé leurs premières années dans les eaux québécoises.

En résumé, tant la méthode du débit que la méthode des débarquements suggèrent que le bassin du Saint-Laurent contribue de façon substantielle à la ponte totale de l’anguille d’Amérique. D’importantes incertitudes, cependant, pèsent sur les deux méthodes. L’hypothèse de la méthode du débit, soit une relation linéaire débit-recrutement, est particulièrement problématique. Certaines sources d’incertitude permettent de penser que ces méthodes surestiment probablement plus qu’elles ne sous-estiment la contribution du bassin du fleuve Saint-Laurent à la ponte totale d’oeufs.

Changements dans l’abondance des anguilles

Le COSEPAC prend pour critère de classification de l’espèce les changements d’abondance survenus au cours de trois générations. La durée moyenne d’une génération d’anguilles d’Amérique femelles engraissées dans les eaux douces canadiennes est d’environ 22 ans. La durée moyenne d’une génération d’anguilles d’Amérique femelles engraissées en eau salée est peu connue, mais elle est probablement, d’après une estimation des habitats marins de l’Île‑du‑Prince‑Édouard, d’environ neuf ans. En partant de ces durées moyennes de génération et en considérant 2006 comme « le présent », un recul de trois générations englobe la période de 1940 à 1979.

Le tableau 5 compare les moyennes des séries de données sur l’anguille d’Amérique datant d’il y a trois générations (avant 1980) aux moyennes récentes. Les séries comprennent des indices scientifiques et des données de débarquement. Neuf séries canadiennes et une série étatsunienne sont accessibles et permettent la comparaison sur trois générations. Trois des séries canadiennes portent sur des débarquements, trois autres proviennent de recherches menées à la pêche électrique, et trois autres encore découlent de relevés de recherches sans pêche électrique. L’unique série étatsunienne consiste en données de débarquements.

Les pourcentages de changement entre la période antérieure à 1980 et les années 2000 vont de - 99.5 à + 74.8 (tableau 5). Les quatre séries de données de débarquements indiquent un changement négatif. Cinq des six indices de recherche sont négatifs. Les comparaisons entre la période années 1980 – années 2000 et la période années 1990 – années 2000 produisent des résultats inégaux. Neuf des douze séries montrent un changement négatif des années 1980 aux années 2000 et neuf des seize séries montrent un changement négatif des années 1990 aux années 2000.

 

Tableau 5. Valeurs moyennes des séries de données sur l’anguille d’Amérique.
ParamètreDes
années
1950
aux
années
1970

Années
Des
années
1950
aux
années
1970

Valeur
Années
1980

Années
Années
1980

Valeur
Années
1990

Années
Années
1990

Valeur
Années
2000

Années
Années
2000

Valeur
Pour-
centage
de
chan-
gement
relati-
vement
aux
années
2000

Des
années
1950
aux
années
1970
Pour-
centage

de
chan-
gement
relati-
vement
aux
années
2000

Depuis
les
zannées
1980
Pour-
centage

de
chan-
gement
relati-
vement
aux
années

2000

Depuis

les
années
1990
Débarque-
ments,
Ontario (t)
(AEED 1)
1970-
1979
1401980-
1989
1051990-
1999
752000-
2005
14- 90,1- 86,7- 81,4
Débarque-
ments
d’anguilles
argentées,
Québec

(t)
(AEED 1)
1970-
1979
3871980-
1989
4291990-
1999
2642000-
2003
140- 63,9- 67,4- 47,1
Débarque-
ments,
AEED 3,
AEED 4,
AEED 5

(t)A
1970-
1979
4811980-
1989
4501990-
1999
4382000-
2003
355- 26,2- 21,1- 18,9
Débarque-
ments,
États-Unis
1970-
1979
1 1861980-
1989
9661990-
1999
5932000-
2003
386- 67,5- 60,0- 34,9
Pointes de
l’indice
Moses-
Saunders
(AEED 1)
1974-
1979
14 6901980-
1989
13 5571990-
1999
1 1132000-
2005
74- 99,5- 99,5- 93,3
Indice de
chalutage
de la
baie de
Quinte
(AEED 1)
1972-
1979
1,201980-
1989
0,91990-
1999
0,372000-
2004
0,01- 98,8- 98,4- 96,2
Pêche à
l’électricité
dans

le lac
Ontario
  1984-
1989
801990-
1999
272000-
2004
4 - 94,8- 84,5
Passage
ouest
du barrage
de
Beauhar-
nois
    1994-
1999
14 4822000-
2005
26 249  81,3
Captures
d’automne
à
Saint-
Nicolas
(AEED 1)
1971-
1979
2911980-
1989
1791990-
1999
1952000-
2004
247- 15,137,826,6
CPUE
commer-
ciales
de
l’Île-du-
Prince-
Édouard
    1996-
1999
0,472000-
2005
0,83  75,2
Densités
à la
pêche
électrique
dans la
Resti-
gouche

(AEED 3)
1972-
1979
0,411980-
1989
0,41990-
1999
0,132000-
2004
0,7274,878,0444,5
(Le tableau continue sur la page 48)
Densités à
la pêche
électrique
dans
la Mira-
michi
(AEED 3)
1952-
1979
0,821980-
1989
0,361990-
1999
0,252000-
2004
0,47- 43,029,189,1
Densités
à la
pêche
électrique
dans la
Margaree

(AEED 3)
1957-
1979
2,891981-
1987
0,921991-
1999
0,182000-
2004
0,35- 87,9- 62,191,2
Dénom-
brements
de la
pêche
électrique
en station
ouverte
dans la
Keswick

(AEED 3)
    1992-
1999
1,422000-
2003
1,10  - 22,7
Dénom-
brements
de la
pêche
électrique
en station
ouverte
dans la
Naswaak

(AEED 3)
    1991-
1999
1,182000-
2005
1,44  22,5
Dénom-
brements
de la
pêche
électrique
en station
ouverte
dans la
Setwiacke

(AEED 3)
  1984-
1989
9,291990-
1999
6,722000-
2003
1,71 - 81,6- 74,5

A) Pas de pêche de l’anguille dans l’AEED 2

Plusieurs facteurs minent la fiabilité de ces séries quant à l’indication de modifications dans les populations d’anguille d’Amérique. Les débarquements constituent un indice de la biomasse minimale, car il est impossible qu’ils dépassent la biomasse. Au-delà de ce fait, ils constituent généralement de médiocres indices d’abondance car ils sont assujettis à l’évolution des méthodes de pêche, de la réglementation et des marchés Les pêches nord-américaines de l’anguille sont touchées, depuis 1970, par des facteurs commerciaux, comme la concurrence sur le marché européen due à l’avènement d’une production aquacole à grande échelle, et par le resserrement de la réglementation. Néanmoins, la valeur des anguilles, tant au Canada qu’aux États-Unis, s’est multipliée par six à dix en dollars corrigés pour tenir compte de l’inflation (J.M. Casselman, Université Queen’s, données inédites). Sur la côte atlantique des Maritimes, une partie de l’effort de pêche de l’anguille a porté sur la pêche de la civelle, dont le volume de capture est très modeste. L’unique série de données à long terme provenant des États-Unis se compose de débarquements. On ne sait trop quelle portion de l’important déclin (67,5 p. 100) observé dans les débarquements étatsuniens entre la période 1970‑1979 et la période 2000‑2003 est attribuable aux changements survenus dans les pratiques et l’intensité de la pêche et quelle portion résulte de l’évolution de l’abondance.

Il semble exister une relation entre l’abondance des anguilles et l’oscillation nord-atlantique (figure 9). Une bonne part des données de la première période date des années 1970. Il est possible que l’abondance, pendant ce temps, ait été stimulée par les conditions favorables de l’ONA. Si tel est le cas, une partie, au moins, du déclin observé entre la période ancienne et la période récente peut s’inscrire dans le cycle naturel.

La série à long terme la plus fiable est celle des relevés indépendants des pêches réalisés dans le réseau du fleuve Saint-Laurent et dans la partie méridionale du golfe du Saint-Laurent (tableau 5). Les différences entre la période ancienne et la période récente, dans cette série, varient largement, passant de déclins très marqués (> 90 p. 100) en Ontario à des baisses modestes (- 15,1 p. 100) dans l’estuaire du Saint-Laurent et à une variabilité très élevée d'un cours d'eau à un autre dans le sud du golfe (de - 87,9 p. 100 à + 74.8 p. 100).