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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’anguille d'Amérique au Canada

Importance de l'espèce

L’anguille d’Amérique, historiquement, possédait l’aire de répartition la plus étendue de tous les poissons de l’hémisphère occidental et tenait une position dominante par son nombre et par sa biomasse dans les nombreux habitats qu’elle occupait. Elle a figuré parmi les plus importantes espèces de poissons d’eau douce des prises commerciales, sportives et autochtones dans le bassin du Saint-Laurent. Une tendance au déclin est apparue dans l’indice de recrutement de Cornwall, qui représente l’AEED 1 (Grands Lacs et Ouest du Saint-Laurent) et dans les données de montaison de la rivière du Sud-Ouest pour l’AEED 2 (Est du Saint-Laurent), ces composantesétant composées de grosses femelles fécondes qui correspondent à une part importante du potentiel de reproduction de l’espèce.

Les Autochtones ont de tout temps pêché l’anguille d’Amérique, à des fins de subsistance, dans toute son aire de répartition canadienne. Les territoires autochtones situés dans l’aire de répartition de l’espèce comprennent les terres faisant l’objet de revendications territoriales et les réserves indiennes suivantes : 1) dans l’AEED 1, la baie de Quinte, Akwesasne, Kanesatake, Kahnawake, Odanak, Wolinak, Lorette et Wendake; 2) dans l’AEED 2, la Première Nation Malécite de Viger, Cacouna, Innue Essipit, Betsiamites, le gouvernement autochtone des Mi’gmaq Listuguj, Restigouche, Maria, les Mi’kmaq de Gesgapegiag, Seven Islands, Innu Takuaikan Uashat Mak Mani-Utenam, Mingan et Natashquan; 3) dans l’AEED 3, la Première Nation d’Eel River Bar, Pabineau, Eel Ground, Buctouche, Fort Folly, Acadia, Bear River, Mill Brook, la Première Nation de Paq’tnkek, la Première Nation de Waycobah, Wagmatcook, la Première Nation de Chapel Island, Membertou, Lennox Island et Abegweit.

Les premiers Européens à faire allusion à l’importance des pêches autochtones d’anguille d’Amérique, et plus précisément aux pêches associées au réseau du fleuve Saint-Laurent, ont été Jacques Cartier, en 1535, et Samuel de Champlain (recension de Casselman, 2003). La pêche de l’anguille, en effet, constituait déjà une activité importante et traditionnelle pour les peuples autochtones au temps de l’exploration par les Européens du bassin du Saint-Laurent (Bourget, 1984, cité dans Robitaille et al., 2003). Selon les signes matériels, la pêche de l’anguille remonterait à 3 000 ans. Les pêcheurs autochtones utilisaient des levées de pierre barrant les rivières, des pièges à anguilles faits d’éclisses de frêne et des harpons d’hiver et d’été (Gordon, 1993, cité dans Prosper, 2001). Les peuples autochtones, et notamment les Montagnais, pêchaient l’anguille en automne près de Québec et le long de l’estuaire inférieur du Saint-Laurent, au harpon ou dans des pièges à fascines installés sur les battures (LeJeune, 1634, cité dans Robitaille et al., 2003; Casselman, 2003). Selon les Jésuites, les Onondagas, qui comptent parmi les Iroquois du Saint-Laurent, pêchaient l’anguille dans la région de Finger Lakes, au sud du lac Ontario, et dans les tributaires du lac Ontario, particulièrement le lac Oneida, qui se trouve sur la rivière Oswego, dans la rivière des Outaouais (îles Morrison et aux Allumettes) et à Pointe-du-Buisson au début du 20e siècle; ils installaient des pêcheries fixes bidirectionnelles et pêchaient au harpon, la nuit, en canot (Junker-Anderson, 1988, cité dans Casselman, 2003; Pilon, 1999, cité dans Verreault et al., 2004; M. Courtemanche, Université de Montréal, comm. pers.). Il se pratiquait aussi une pêche estivale au harpon dans le secteur des Mille‑Îles du haut Saint-Laurent (Stevens, 1958, cité dans Casselman, 2003). Chez les Onondagas, il existait un clan de l’Anguille, ce qui témoigne de l’importance culturelle de ce poisson (Tooker, 1978, cité dans Casselman, 2003). La baisse d’abondance de l’anguille dans le bassin du Saint-Laurent menace l’association de longue date des Iroquois du Saint-Laurent avec une espèce importante qui constitue historiquement une ressource alimentaire (Casselman, 2003).

Dans les Maritimes, les Mi’kmaq entretiennent traditionnellement une profonde relation culturelle et économique avec l’anguille (Anon., 2002). S’ils la pêchent surtout pour s’en nourrir et en utiliser la peau, ils en tirent également une multitude d’usages (Anon., 2002). Des preuves archéologiques indiquent que les Mi’kmaq employaient six méthodes de pêche : des trappes appâtées, des trappes sans appât, des harpons, des hameçons, des filets et des pièges à fascines (Prosper, 2001). Le harpon, toutefois, demeure l’engin de pêche de choix, qui correspond à une pratique culturelle Mi’kmaq (Anon., 2002). Les anguilles d’Amérique constituaient toute l’année pour de nombreux membres du peuple Mi’kmaq une source de nourriture importante et traditionnelle. Les meilleurs endroits où pêcher l’anguille dans la baie Saint‑Georges (Nouvelle-Écosse) se trouvaient à Lakevale, Harver Boucher, Pomquet et Antigonish (Eales, 1966, cité dans Anon., 2002). La pêche pratiquée au port de Pomquet a été décrite comme extrêmement fructueuse, mais depuis le début des années 1990, l’anguille d’Amérique est globalement beaucoup moins abondante à l’échelle des Maritimes (Anon., 2002). Le déclin de l’anguille d’Amérique constitue une menace pour la relation de longue date qu’entretiennent les Mi’kmaq avec l’anguille.

 

PROTECTION ACTUELLE OU AUTRES DÉSIGNATIONS DE STATUT

Les pêches commerciales de l’anguille d’Amérique sont réglementées au moyen des saisons de pêche, du nombre de permis, du type d’engin et de leur localisation, de la limite inférieure de taille ou des quotas. La pêche commerciale est interdite dans de vastes parties de l’aire de répartition canadienne de l’anguille. La pêche a été fermée en Ontario en 2004. Aucune pêche commerciale ne vise les anguilles ayant grossi dans l’AEED 2. La pêche de l’anguille n’est pas permise dans la grande majorité des habitats d’eau douce du secteur sud du golfe du Saint-Laurent (AEED 3). La majorité des habitats côtiers et d’eau douce de l’anguille, dans la région Scotia-Fundy et à Terre-Neuve, ne sont pas exploités (Cairns et al., manuscrit inédit). La réglementation et les politiques de délivrance des permis ont évolué au fil du temps. Le ministère des Pêches et des Océans du Canada s’est entendu avec le ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec, secteur Faune et Parcs, et avec le ministère des Richesses naturelles de l’Ontario pour élaborer un plan intégré de conservation et de gestion afin de mettre fin au déclin marqué de la population d’anguille d’Amérique. Une baisse mondiale des ressources d’anguille, y compris l’anguille d’Amérique, a été annoncée lors du Symposium international sur l’anguille tenu en 2003 (assemblée annuelle de l’American Fisheries Society; Dekker et al., 2003).

L’anguille d’Amérique et son habitat sont protégés par la Loi sur les pêchesdu Canada. Elle ne figure ni sur la liste des espèces de la Loi sur les espèces en péril du Canada, ni sur celle de l’Union mondiale pour la nature (UICN), et le présent rapport constitue le premier rapport officiel sur la situation de l’espèce. NatureServe (2005), un réseau d’information scientifique qui vise à guider les mesures efficaces de conservation et de gestion des ressources naturelles, a donné à l’anguille d’Amérique, dans son ensemble, le statut de Non en péril (S5) au Canada et aux États-Unis, mais lui a octroyé les statuts de Apparemment non en péril (S4) au Labrador et à l’Île‑du-Prince‑Édouard et de Vulnérable (S3) au Québec. Les statuts actuels concernant les provinces canadiennes et les États des États-Unis ont été revus pour la dernière fois en septembre 1996 (tableau 7). L’USFWS a récemment demandé l’examen des statuts attribués par NatureServe (H. Bell, USFWS, comm. pers.). NatureServe Canada fait entrer dans ses examens les données de centres indépendants de conservation, comme le Centre de données sur la conservation du Canada Atlantique, le Centre d’information sur le patrimoine naturel de l’Ontario et le Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec.

Tableau 7. Statuts actuels de l’anguille d’Amérique au Canada, et statuts applicables aux États-Unis (dernier examen en septembre 1996; NatureServe, 2005).
Les caractères gras indiquent les provinces et régions canadiennes.
Province ou étatStatut
WisconsinS1 : Gravement en péril
Illinois, Kansas, Virginie-Occidentale, WisconsinS2 : En péril
Québec, Iowa, Géorgie, Oklahoma, Dakota du Sud, Tennessee, VermontS3 : Vulnérable
Labrador, Île‑du‑Prince‑Édouard, Arkansas, district fédéral de Columbia, Indiana, Kentucky, MarylandS4 : Apparemment non en péril
Ontario, Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Terre‑Neuve, Alabama,
Connecticut, Delaware, Kentucky, Louisiane, Maine, Massachusetts, Mississippi,
New Hampshire, New Jersey, New York, Caroline du Nord, Pennsylvanie, Rhode Island, Texas, Virginie
S5 : Non en péril
Nouveau-MexiqueSX : Vraisemblablement disparue

Les composantes étatsuniennes d’anguille d’Amérique font actuellement l’objet d’études sur plusieurs fronts. Le United States Fish and Wildlife Service (USFWS), en collaboration avec le National Marine Fisheries Service, vient d’entreprendre un examen de la situation de l’espèce afin de juger s’il est justifié de l’inscrire sur la liste de l’Endangered Species Act (USFWS 2005). La Division of Scientific Authority de l’USFWS, d’autre part, étudie une proposition d’inscription de l’espèce à l’Annexe III de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES); elle achève actuellement la collecte d’information. L'Atlantic States Marine Fisheries Commission (ASMFC) travaille également à une évaluation des stocks de la façade atlantique des États-Unis (L. Munger, ASMFC, comm. pers.). L’ASMFC a élaboré un plan interétats de gestion des pêches de l’anguille d’Amérique pour protéger l’espèce et en accroître l’abondance dans les eaux intérieures et territoriales en vue d’assurer la durabilité des pêches de subsistance, sportive et commerciale en empêchant la surpêche à tous les stades de la vie de l’anguille (USFWS, 2005).