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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’anguille d'Amérique au Canada

Information sur l'espèce

Nom et classification
ClasseActinoptérigiens
OrdreAnguilliformes
FamilleAnguillidés
GenreAnguilla
Nom scientifique1 :   Anguilla rostrata (LeSueur, 1817)
Noms usuels1 
Nom usuel anglais American Eel
Nom usuel françaisanguille d’Amérique
Autres noms 
Autres noms françaisanguille argentée, anguille jaune, anguillette, civelle, civelle transparente, civelle pigmentée, pibale, piballe (en Europe)
Autres noms anglais2 Atlantic eel, common eel, freshwater eel, silver eel, yellow-bellied eel, green eel, black eel, bronze eel, elver, whip, easgann
Nom mi’kmaq3kat

      

Les membres du genre Anguilla sont appelés anguilles d’eau douce, bien que certaines espèces (y compris l’anguille d’Amérique) aient la capacité de réaliser leur cycle vital en eau salée (Tsukamoto et al., 1998; Arai et al., 2004; Lamson et al., soumis pour publication). L’anguille d’Amérique est l’unique espèce nord-américaine du genre.

 

Description morphologique

L’anguille d’Amérique a un corps serpentiforme tout en longueur (figure 1) et une seule nageoire dorsale, continue, qui commence à un point situé à peu près au tiers de la longueur du corps en arrière de la tête, et se prolonge jusqu’à l’anus. La nageoire pectorale est soutenue par sept à neuf éléments radiaux (jusqu’à un maximum de onze chez les jeunes spécimens); la bouche est terminale; la mâchoire inférieure est légèrement en saillie; les dents, petites, sont disposées en plusieurs rangées sur les mâchoires et le palais; la langue est présente; les lèvres sont épaisses; la ligne latérale et l’arche palatoptérygoïde sont bien développées; les ouvertures des branchies ne sont pas confluentes; les os du front sont pairs (Tesch, 1977).

1

Figure 1. Anguille d’Amérique (image obtenue à l’adresse www.mnr.gov.on.ca)

Tesch (1977) a décrit trois traits morphologiques qui persistent chez l’anguille du stade larvaire à l’âge adulte : le nombre total de vertèbres (en moyenne 107,2), le nombre de myomères (en moyenne 108,2; nombre évalué à 106,84 par Kleckner et McCleave, 1985) et la distance entre l’origine de la nageoire dorsale et l’anus (en moyenne 9,1 p. 100 de la longueur totale). Les autres caractéristiques morphologiques ne peuvent être utilisées qu’à des fins de comparaison si les individus en sont au même stade de développement (p. ex. leptocéphale, civelle transparente, civelle pigmentée, anguille jaune, anguille argentée). Les détails de chacune des étapes de la vie se trouvent dans la section.

 

Description génétique

Toutes les anguilles d’eau douce appartiennent au genre Anguilla. Les anguilles catadromes de l’Atlantique Nord ont été divisées en deux espèces, à partir de leurs caractéristiques morphologiques (Ege, 1939; Tesch, 1977) et de leur génétique moléculaire (Avise et al., 1986; Aoyama et al., 2001; Wirth et Bernatchez, 2003). L’anguille d’Amérique habite les eaux continentales du côté ouest de l’océan Atlantique, tandis que l’anguille d’Europe (Anguilla anguilla) se trouve dans les eaux continentales du côté est de l’Atlantique. Les deux espèces occupent également la mer des Sargasses, dans la partie sud de l’Atlantique Nord et les eaux de l’Islande, dans la partie nord de l’Atlantique Nord. On a repéré en Islande (Avise et al., 1990) des hybrides des anguilles d’Amérique et d’Europe. Comme ces deux espèces sont proches parentes, certaines des informations contenues dans des études sur l’anguille d’Europe ont été appliquées, aux fins du présent rapport, à l’anguille d’Amérique.

La panmixie se définit comme un système de reproduction au sein duquel tous les individus d’une espèce s’accouplent au hasard et constituent une seule population reproductrice. La structure génétique des espèces panmictiques n’indique aucune hétérogénéité géographique. Wirth et Bernatchez (2001) ont relevé de petites variations géographiques dans la structure génétique de l’anguille d’Europe et y ont vu des preuves niant la panmixie de l’espèce. Par contre, Dannewitz et al. (2005) soutiennent que la variation génétique signalée est attribuable à des modifications provisoires et ne constitue pas une preuve de non-panmixie. L’analyse d’échantillons des séquences microsatellites et de l’ADN mitochondrial d’anguilles d’Amérique provenant du golfe du Saint-Laurent, de la côte atlantique canadienne et du littoral est des États-Unis indiquent la panmixie (Avise et al., 1986; Wirth et Bernatchez, 2003) (tableau 1). Dans le présent document, l’anguille d’Amérique est considérée panmictique, mais il faudrait, pour confirmer définitivement cet état, analyser des échantillons génétiques de toutes les parties de l’aire de répartition de l’espèce, y compris le fleuve Saint-Laurent et le lac Ontario.

Tableau1. Estimations de la différenciation par paires fondée sur la variation allélique à sept loci microsatellites dans 21 échantillons d’anguilles de l’Atlantique Nord (d’après Wirth et Bernatchez, 2003)
Le caractère gras indique des estimations Өsignificatives selon les corrections de Bonferroni (k = 210, α = 0,05/320 = 0,00024). Les échantillons comprennent des anguilles de deux sites canadiens du golfe du Saint-Laurent : la rivière de la Trinité (Québec) et Long Pond (Île-du-Prince-Édouard)

Tableau1. Estimations de la différenciation par paires fondée sur la variation allélique à sept loci microsatellites dans 21 échantillons d’anguilles de l’Atlantique Nord (d’après Wirth et Bernatchez, 2003)

En raison de la nature panmictique de l’anguille d’Amérique, le mot « population » renvoie à tous les membres de l’espèce. On parlera donc des anguilles représentant un sous-ensemble de l’aire de répartition de l’espèce comme d’une composante.

L’anguille d’Amérique fraye dans la mer des Sargasses (Schmidt, 1922). Les leptocéphales (larves de l’anguille) sont largement dispersés par les courants océaniques, notamment le courant de Floride, le Gulf Stream et le courant de l’Atlantique Nord, sur les rivages occidentaux de l’Atlantique. Comme on considère que les anguilles d’Amérique appartiennent à une seule population panmictique de reproduction, elles doivent être gérées en tant que stock unique (Castonguay et al., 1994a; Haro et al., 2000; Casselman, 2003).

 

Unités désignables

La différenciation en sous-espèces, l’hétérogénéité géographique, la disjonction de la répartition géographique ou la distinction biogéographique n’ayant pas été démontrées au sein de la population d’anguilles d’Amérique, il n’est pas possible d’envisager une évaluation de niveau inférieur à celui de l’espèce. Tout de même, la nature panmictique du cycle vital de l’anguille d’Amérique implique que des facteurs touchant un des stades vitaux, une des régions de l’aire de répartition ou un des types d’habitats ont le potentiel d’influer sur l’abondance à toutes les étapes de la vie de l’espèce, dans toute l’aire de répartition géographique. Des facteurs régionaux peuvent avoir des effets sur les anguilles lorsqu’elles se dispersent en direction des côtes continentales et pendant leur longue période de croissance, de sorte que des composantes d’anguilles peuvent se trouver en difficulté dans certaines parties de l’aire de répartition tandis que les effectifs restent élevés ailleurs.

On reconnaît des tendances géographiques chez l’anguille d’Amérique dans les tailles et les voies migratoires des composantes, le type et l’ampleur des menaces et la contribution au recrutement. La migration dans des cours d’eau moyens et grands peut, d’autre part, être dépendante de la densité; par exemple, la taille d’une composante dans une zone géographique donnée dépend des densités d’anguilles en aval. Ainsi, bien que la panmixie ne permette pas d’attribuer un statut inférieur au niveau de l’espèce, on peut faciliter l’examen de la situation de l’espèce en se penchant sur les zones géographiques ou les écozones applicables. L’anguille d’Amérique occupe au Canada cinq aires écologiques d’eau douce (AEED) définies par le COSEPAC. Ces AEED sont : 1) Grands Lacs-Ouest du Saint-Laurent (haut Saint-Laurent) (Ontario et régions du centre et de l’ouest du Québec); 2) Est du Saint-Laurent (bas Saint-Laurent) (est du Québec); 3) Maritimes (Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Île‑du‑Prince‑Édouard et régions du centre et du sud de la Gaspésie, au Québec); 4) îles de l’Atlantique (Terre‑Neuve); 5) Arctique de l’Est (Labrador). À la différence de la classification des aires écologiques du COSEPAC, l’île d’Anticosti est incluse dans l’AEED 2 plutôt qu’à l’AEED 4. Dans le présent rapport, la partie de l’AEED 3 qui se jette dans l’océan Atlantique et la baie de Fundy porte le nom de Scotia-Fundy.



1Nelson et al., 2004.

2Scott et Crossman (1973), Scott et Scott (1988).

3 Prosper (2001).