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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’anguille d'Amérique au Canada

Biologie

Cycle vital comportement migratoire, croissance et reproduction

Le cycle vital de l’anguille d’Amérique englobe les milieux océanique, côtier, estuarien et d’eau douce. La fraye et l’éclosion se déroulent dans la mer des Sargasses (Schmidt, 1922). Les larves sont transportées vers les eaux côtières par le système du Gulf Stream, que forment le courant de Floride, le Gulf Stream et le courant de l’Atlantique Nord. Certaines anguilles juvéniles remontent les rivières pour devenir des anguilles jaunes dulcicoles, tandis que d’autres demeurent dans des eaux saumâtres ou salées et que d’autres encore vont d’un habitat à l’autre (Jessop et al., 2002; Cairns et al., 2004; Thibault et al., 2005; Lamson et al., soumis pour publication). Après un certain nombre d’années (ordinairement de huit à vingt-trois, d’après le présent rapport) passées dans des habitats de croissance, les anguilles deviennent, une fois adultes, des anguilles argentées qui retournent à leur aire de fraye. La fraye ne se produit qu’une fois, aussi l’anguille d’Amérique est-elle une espèce sémelpare (Helfman et al., 1987) et chaque mortalité survenue dans des eaux continentales constitue-t-elle une mortalité prégénésique. La terminologie du cycle vital de l’anguille différencie les étapes selon le régime migratoire et les caractéristiques morphologiques. Les étapes de la vie sont décrites ci-dessous.

Œuf

L’œuf éclot probablement dès la semaine suivant sa ponte en mer des Sargasses. Selon McCleave et al. (1987), l’éclosion connaîtrait une pointe en février et peut se poursuivre jusqu’en avril. Wang et Tzeng (2000), s’appuyant sur des rétrocalculs à partir des otolithes, pensent que l’éclosion aurait lieu de mars à octobre, avec une pointe en août. Cieri et McCleave (2000), pour leur part, soutiennent que ces dates de fraye rétrocalculées ne correspondent pas aux preuves recueillies et peuvent s’expliquer par la résorption.

Leptocéphale

Le leptocéphale est la forme larvaire de l’anguille. Les leptocéphales sont des larves comprimées latéralement (figure 4), transparentes et d’une forme rappelant la feuille de saule, qui se laissent passivement porter vers l’ouest et le nord, jusqu’aux eaux côtières de la côte est de l’Amérique du Nord, par les courants de surface du système du Gulf Stream (Schmidt, 1922; Tesch, 1977; Kleckner et McCleave, 1982). Cette répartition stochastique des larves s’accomplit en sept à douze mois (Kleckner et McCleave, 1985; Wang et Tzeng, 2000). La répartition verticale se limite habituellement à la couche supérieure de 350 m de l’océan (Kleckner et McCleave, 1982; Castonguay et McCleave, 1987). Le taux de croissance des leptocéphales a été évalué à environ 0,21 à 0,38 mm par jour (Kleckner et McCleave, 1985; Castonguay, 1987; Tesch, 1998; Wang et Tzeng, 2000).

 Figure 4. Leptocéphale, stade larvaire (kraskoff@mbari.orget P. Parks [OSF]).

Figure 4. Leptocéphale, stade larvaire (kraskoff@mbari.orget P. Parks [OSF]).

Civelle transparente

Quand ils arrivent sur la plate-forme continentale, les leptocéphales se métamorphosent en civelles transparentes (ou cristallines) (figure 5), qui ont la forme serpentine caractéristique des anguilles (McCleave et al., 1987). Le terme « civelle transparente » couvre tous les stades du développement qui vont de la fin de la métamorphose du leptocéphale à la pigmentation (Tesch, 1977). La métamorphose survient quand les leptocéphales ont quelque 55 à 65 mm de longueur (Kleckner et McCleave, 1985). L’âge moyen auquel se produit cette métamorphose a été évalué à 200 jours et l’arrivée dans un estuaire, à 255 jours, ce qui donne 55 jours entre la métamorphose en civelle transparente et l’arrivée dans un estuaire (Wang et Tzeng, 2000). Au cours de la remonte des civelles dans la rivière East (à Chester, Nouvelle-Écosse), leur degré de pigmentation s’accroît progressivement au fil de la remonte et on ne rencontre que peu de civelles transparentes après la fin de mai (Jessop, 2003a). On trouve dans la Petite rivière de la Trinité, sur la rive nord du golfe du Saint-Laurent, des civelles transparentes pendant la deuxième quinzaine de juin, mais elles sont rares relativement aux civelles pigmentées (Dutil et al., 1989).

Les anguillettes recourent, pour remonter les estuaires, au transport sélectif assuré par des cours d’eau à marée (Kleckner et McCleave, 1982). Quand elles entrent dans les eaux côtières, elles se transforment fondamentalement d’un organisme pélagique océanique en un organisme benthique continental.

Figure 5. Civelles transparentes (non pigmentées), stade postlarvaire (MRNF Québec, secteur Faune).

Figure 5. Civelles transparentes (non pigmentées), stade postlarvaire (MRNF Québec, secteur Faune).

Civelle pigmentée

Les civelles transparentes se pigmentent progressivement à mesure qu’elles s’approchent des rives. Le processus de pigmentation mélanique (Berten, 1951; Élie et al., 1982; Grellier et al., 1991) se déroule pendant le séjour des anguillettes dans des eaux côtières. À ce stade de leur cycle vital, elles ne sont pas sexuellement différenciées. Le stade de la civelle pigmentée dure de trois à douze mois. Les civelles qui pénètrent dans des eaux douces peuvent passer une bonne part de cette période à migrer vers l’amont (Haro et Krueger, 1991; Jessop, 1998a). L’influx de civelles pigmentées est lié à la hausse de la température et à la réduction du débit au début de la saison de migration, puis à l’influence du cycle des marées par la suite (Tesch, 1977; Kleckner et McCleave, 1982; Marten, 1995; Jessop, 2003b).

La longueur des civelles et leur date d’arrivée vont en augmentant du sud au nord le long de la côte atlantique nord-américaine (Vladykov, 1966; Haro et Krueger, 1988). Dans la partie côtière atlantique de la Nouvelle-Écosse, la migration des civelles connaît des pointes vers la fin avril et le début mai et à la fin de juin, bien qu’elles puissent continuer de pénétrer, en petit nombre, dans les rivières jusqu’à la mi‑août (Jessop, 1998a). Leur longueur totale était en moyenne, en 2000, dans la rivière East à Chester (Nouvelle-Écosse), de 60,14 mm ± 0,17 mm (de 50,4 à 70,5 mm) (Jessop, 2003c). Dans la rivière Murray (Île‑du‑Prince‑Édouard), des civelles pigmentées ont été prises entre la fin de juin et la fin d’août (Cairns et al., soumis pour publication). Dans la Petite rivière de la Trinité (rive nord du golfe du Saint-Laurent), les civelles étaient pour la plupart pigmentées au début de juillet, mais elles ont continué d’arriver jusqu’à la fin du mois (Dutil et al., 1989) et mesuraient en moyenne 62,4 mm (de 59 à 69 mm).

Anguille jaune

Le stade de l’anguille jaune constitue la phase de croissance de l’espèce. La couleur du ventre varie du jaunâtre au verdâtre et au brun olive, le dos demeurant noir (Scott et Crossman, 1973; Tesch, 1977). La peau de l’anguille est épaisse et coriace et peut sécréter de vastes quantités de mucus qui constituent une couche protectrice. Au contraire des écailles bien développées de la plupart des poissons, les écailles d’anguille sont rudimentaires et profondément incluses dans la peau.

La différenciation sexuelle survient pendant la période jaune et semble être fortement influencée par les conditions environnementales (Krueger et Oliveira, 1997; Oliveira, 1997; Krueger et Oliveira, 1999). Selon Krueger et Oliveira (1999), la densité constitue le principal facteur environnemental influant sur le rapport des sexes des anguilles dans une rivière donnée, les densités élevées étant favorables à la production de mâles. En partant des traits du cycle vital dans quatre rivières du Maine, Oliveira et McCleave (2000) ont conclu que la différenciation sexuelle était complète quand l’anguille atteignait une longueur totale de 270 mm.

Dans la plupart des eaux canadiennes, plus de 95 p. 100 des anguilles sexuées sont des femelles (Gray et Andrews, 1970; Dolan et Power, 1977; Dutil et al., 1985; Jessop, 1987; Fournier et Caron, 2005). Les anguilles du haut Saint-Laurent et du lac Ontario, notamment, sont pratiquement toutes femelles. Les mâles semblent plus communs dans la région de Scotia-Fundy que n’importe où ailleurs au Canada. Dans la rivière Saint‑Jean, les mâles formaient 7,4 p. 100 d’un échantillon de 970 anguilles (Ingraham, 1999). Dans les tronçons fluviaux de la rivière East (Chester, Nouvelle-Écosse), plus de 55 p. 100 des anguilles jaunes échantillonnées ont été classées comme mâles (Jessop et al., sous presse). Des anguilles capturées au stade de civelles pigmentées dans la baie de Fundy et conservées dans un lac de la rive sud du fleuve Saint-Laurent (AEED 2) comptaient 27,2 p. 100 de mâles après quatre ans de croissance (Verreault et al., soumis pour publication). Les anguilles jaunes peuvent poursuivre leur migration vers l’amont pendant plusieurs années. Les anguilles juvéniles femelles qui remontaient l’échelle à anguilles du barrage Moses-Saunders, près de Cornwall (Ontario), dans les années 1970 et 1980 avaient de trois à sept ans, soit cinq ans en moyenne (Casselman et al., 1997). Au même endroit, les anguilles en remonte ces dernières années étaient beaucoup plus âgées : de dix à quatorze ans, soit douze ans en moyenne (J.M. Casselman, obs. pers.). Ces anguilles se dirigent vers le lac Ontario, le plus grand habitat de croissance de l’anguille d’Amérique dans son aire de répartition.

Dans la rivière du Sud‑Ouest (sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent) et dans la Petite rivière de la Trinité (secteur nord-ouest du golfe du Saint-Laurent ), des migrations en amont ont été constatées entre juin et août (Dutil et al., 1989; Verreault, 2002; Fournier et Caron, 2005). Aux barrages de Chambly, de Beauharnois et Moses-Saunders, la migration connaît ordinairement une pointe en juillet et en août (Casselman et al., 1997; Casselman, 2003; Verdon et al., 2003; Bernard et Desrochers, 2005). Une pointe automnale a aussi été observée au barrage Moses-Saunders en 2004 et en 2005 (J.M. Casselman, obs. pers.). Dans les composantes qui ont facilement accès à des eaux saumâtres ou salées, on signale que les anguilles passent des eaux douces aux estuaires au printemps et retournent aux eaux douces en automne (Medcof, 1969; F. Caron, MRNF Québec, secteur Faune, obs. pers.).

Le domaine vital occupé individuellement par les anguilles jaunes varie selon le type d’habitat (ruisseau, lac, chenal de marée, marais, estuaire) et le régime de déplacement (résidence en eau douce, résidence en eau salée, alternance d’un habitat à l’autre). Le domaine vital est relativement petit (jusqu’à 2 hectares) dans les habitats estuariens comme les marais salés (Ford et Mercer, 1986) et les ruisseaux à marée (Bozeman et al., 1985; Dutil et al., 1988), mais dans le lac Champlain, LaBar et Facey (1983) ont recensé des domaines vitaux couvrant jusqu’à 65 hectares.

Les régimes de croissance subissent l’influence du type d’habitat. Les anguilles qui utilisent des eaux saumâtres et salées grossissent beaucoup plus vite que les anguilles dulcicoles (Jessop et al., 2002; Cairns et al. 2004; Jessop et al. 2004). Il existe également des variations entre habitats d’eau douce. La croissance annuelle des anguilles transplantées dans un bassin hydrologique antérieurement sans anguilles (voir Ensemencement) étaient beaucoup plus faibles dans les rivières (40 mm par an) que dans un lac (112 mm par an) (Verreault et al., soumis pour publication).

Dans les eaux canadiennes, les anguilles d’Amérique hibernent dans la vase. Les habitats hivernaux comprennent aussi bien les eaux douces et les estuaires saumâtres que les baies aux eaux entièrement salines (Smith et Saunders, 1955; D.K. Cairns, MPO, obs. pers.). Les anguilles estuariennes sont souvent concentrées dans des vases à remontée d’eau douce, mais on les trouve aussi sur des fonds dépourvus d’influx d’eau douce (D.K. Cairns, MPO, obs. pers.). Les anguilles entrent en torpeur (inactivité complète) à des températures inférieures à 5 oC (Walsh et al., 1983), et à moins de 2 oC environ d’après des expériences aquacoles visant à réduire la perte de poids (B.M. Jessop, MPO, comm. pers.). Smith et Saunders (1955) ont pris, en janvier et février, deux anguilles dans un piège installé dans un cours d'eau à l’Île‑du‑Prince‑Édouard. Des anguilles prises au harpon à travers la glace dans un estuaire de l’Île‑du‑Prince‑Édouard en janvier avaient l’estomac plein de capucettes (Menidia menidia) fraîches et non digérées, ce qui indique une activité d’alimentation récente (D.K. Cairns, MPO, obs. pers.). Ces observations indiquent que les anguilles sont parfois actives pendant leur période normale d’hibernation.

Anguille argentée

Au fil du processus de maturation, l’anguille jaune se métamorphose en anguille argentée. L’argenture s’accompagne de modifications morphologiques et physiologiques qui préparent le poisson à sa migration vers la mer des Sargasses. L’anguille acquiert alors une livrée grisâtre et une coloration blanchâtre, ou crème, sur le ventre (Gray et Andrews, 1971; Scott et Crossman, 1973; Tesch, 1977). À ce moment-là, le système digestif dégénère (Pankhurst et Sorensen, 1984; Durif, 2003), les nageoires pectorales grandissent, ce qui améliore la capacité de nage (Pankhurst, 1982a; McGrath et al., 2003; Durif, 2003), le diamètre des yeux augmente et les pigments visuels de la rétine s’adaptent à l’environnement océanique (Vladykov, 1966; Pankhurst, 1982b; McGrath et al., 2003), le tégument s’épaissit (Tesch, 1977; Pankhurst et Lythgoe, 1982), le pourcentage des lipides somatiques augmente pour fournir l’énergie nécessaire à la migration et à la fraye (Larsson et al., 1990; Tremblay, 2004), l’indice gonadosomatique (Verreault, 2002; McGrath et al., 2003; Tremblay, 2004) et le diamètre des ovocytes augmentent (Couillard et al., 1997), tout comme la production de gonadotrophine (GTH-II) (Durif et al., 2005), tandis que la physiologie osmorégulatrice change (Dutil et al., 1987).

La distance à franchir pour atteindre la mer des Sargasses varie largement selon le point de départ dans l’aire de répartition de l’anguille d’Amérique. Une anguille argentée de l’habitat de croissance le plus éloigné, le secteur ouest du lac Ontario, doit franchir plus de 4 500 km pour rallier l’aire de fraye, tandis qu’une anguille proche de la maturité vivant dans l’habitat de croissance canadien le plus rapproché, le sud de la Nouvelle-Écosse, effectue une migration de quelque 2 000 km. Les disparités dans la distance à couvrir correspondent à des différences dans le moment du début de la migration, ce qui permet sans doute l’arrivée synchronisée des anguilles dans la mer des Sargasses, où la fraye a lieu de février (pointe) à avril (Kleckner et al., 1983; Kleckner et McCleave, 1985; Helfman et al., 1987). Les anguilles proches de la maturité commencent à descendre le Richelieu en mai (Dumont et al., 1998); celles du lac Ontario entreprennent leur migration entre le milieu et la fin de juin (McGrath et al., 2003), tandis que les anguilles argentées de la Nouvelle-Écosse, qui sont moins éloignées de l’aire de fraye, migrent jusqu’en novembre (Jessop, 1987). L’avalaison se fait surtout la nuit.

Les caractéristiques génésiques des anguilles argentées femelles varient beaucoup dans l’aire de répartition de l’espèce (Nilo et Forten, 2001). L’espèce étant panmictique (Avise et al., 1986; Wirth et Bernatchez, 2003), la génétique n’explique pas ces différences. Les anguilles des composantes septentrionales croissent moins vite et sont plus longues, plus lourdes et plus âgées au moment de la migration (Hurley, 1972; Facey et LaBar, 1981; Helfman et al., 1987). La taille, qui varie moins au sein d’une composante donnée, semble constituer, plutôt que l’âge, le grand déclencheur de la maturation et de la migration (Helfman et al., 1987; Oliveira, 1999; Verreault, 2002; Tremblay, 2004). Les femelles prégénésiques du fleuve Saint-Laurent et de ses tributaires sont ordinairement beaucoup plus grandes (moyenne de 837 à 1 043 mm; selon le présent rapport) que celles des sites de croissance canadiens d’eau douce (moyenne de 650 à 694 mm; selon le présent rapport) (tableau 2).


Tableau 2. Périodes de migration, longueur et âge moyens des anguilles argentées femelles quittant les réseaux canadiens d’eau douce.
SiteAEEDAPériode de
migration
nLongueur
(mm)
ÂgeRéférence
Rivière LaHave (Nouvelle-Écosse)3Août à novembre34661119Jessop, 1987

Haut Saint-Laurent

Lacs Saint-François et Saint-Laurent, barrage Moses-Saunders

Voisinage du barrage Iroquois

1Juin à octobre

200

53

30

915

976

1001

20

21

Casselman, 2003

McGrath et al., 2003

Tremblay, 2004

Rivière Richelieu1Juin à octobre4941 019 Dumont et al., 1998
Estuaire du Saint-Laurent1Septembre-octobre

474

4 529

30

840

853

837

20

Couillard et al., 1997

Verreault et al., 2003

Tremblay, 2004

Rivière du Sud-Ouest

(rive sud du Saint-Laurent )

2Août à novembre

107

30

1 026

1 043

21

23

Verreault, 2002

Tremblay, 2004

Rivière aux Pins2 100600 Couillard et al., 1997

Petite rivière de la Trinité

(rive nord du Saint-Laurent )

2Août à octobre

424

30

650

679

17

20

Fournier et Caron, 2005

Tremblay, 2004

Long Pond (Île‑du‑Prince‑Édouard)3Août à octobre3069320Tremblay, 2004
Rivière Margaree (Nouvelle-Écosse)3Septembre319642 D.K. Cairns, MPO, inédit
Étangs Topsail et Indian, rivière Salmon,
ruisseau Burnt Berry, barachois Topsail (Terre‑Neuve)
4Août à octobre9269412Gray et Andrews, 1971

A.         Aires écologiques d’eau douce : 1) Grands Lacs et Ouest du Saint-Laurent; 2) Est du Saint-Laurent; 3) Maritimes; 4) Îles de l’Atlantique.

La moyenne générale de l’âge moyen à la migration génésique des anguilles argentées femelles quittant des sites canadiens d’eau douce est de 19,3 ans (ET = 3,0, fourchette = 12-23 ans, tableau 2). L’âge des anguilles argentées des habitats d’eaux saumâtres et salés n’est guère connu, car ces anguilles sont difficiles à échantillonner quand elles partent pour leur aire de fraye. Les anguilles argentées qui quittent Long Pond, un étang d’eau douce de l’Île‑du‑Prince‑Édouard, sont d’une longueur moyenne de 693 mm (tableau 2). Si les anguilles de la même zone géographique sont de taille comparable au moment de l’argenture, il est possible d’estimer l’âge d’anguilles élevées en eau salée d’après les trajectoires de croissance des anguilles résidentes d’eau salée. Les anguilles vivant dans des baies d’eau salée à quelques kilomètres de Long Pond, dont l’utilisation exclusive d’habitats salins a été confirmée par le dosage du strontium et du calcium, croissent au taux de 55,8 mm par an (Lamson, soumis pour publication). Au vu de ce taux de croissance, les anguilles des eaux salées atteindraient 693 mm vers l’âge de sept ans. Le taux de croissance des anguilles augmente très nettement avec la salinité (Lamson, soumis pour publication), aussi le phénomène de l’argenture précoce des anguilles dans les milieux marins par rapport aux eaux douces est-il probablement répandu et général.

L’âge des anguilles est ordinairement estimé à zéro pendant l’année de leur arrivée dans les eaux continentales, aussi la durée d’une génération est-elle calculée comme étant l’âge d’argenture + 2 afin de tenir compte du temps de migration depuis et vers l’aire de fraye. Comme les anguilles d’Amérique vivent longtemps, les indices de population, à tout stade continental autre que celui de la civelle transparente ou pigmentée, comprennent ordinairement plusieurs classes d’âge.

La fécondité de l’anguille d’Amérique s’accroît à mesure qu’augmente sa taille (Wenner et Musick, 1974; Barbin et McCleave, 1997; Tremblay, 2004). La grande taille des anguilles argentées femelles du réseau du fleuve Saint-Laurent (tableau 2) fait qu’elles sont beaucoup plus fécondes que celles des autres habitats canadiens. Dans cinq composantes habitant le fleuve Saint-Laurent et le golfe, Tremblay (2004) a constaté que la fécondité absolue varie de 3,4 à 22 millions d’œufs pour des longueurs corporelles de 53,2 cm à 111,0 cm et un poids corporel de 260 g à 3,340 g. Les grosses anguilles ont en moyenne quelque 6,5 millions d’ovocytes/kg tandis que les petites anguilles ont plus de 10 millions d’ovocytes/kg.

En raison de leur forte taille, de leur fécondité élevée et du fait qu’elles ne sont que femelles, les anguilles argentées qui quittent le haut Saint-Laurent et le lac Ontario ont la production potentielle d’œufs la plus élevée par migrant sortant par rapport à toutes les composantes d’anguilles d’Amérique.

Les anguilles argentées mâles se rencontrent plus fréquemment parmi les composantes présentes au sud du fleuve Saint-Laurent et du golfe, notamment dans la région de Scotia-Fundy et sur la côte est des États-Unis. Selon Oliveira et al. (2001), la proportion des anguilles argentées mâles semble être en rapport inverse avec la quantité d’habitats lacustres. Dans une petite rivière de la Nouvelle-Écosse (rivière East, Chester), Jessop et al. (2002) ont signalé que 56,5 p. 100 des anguilles argentées (n = 62) étaient de sexe masculin. Dans la rivière Annaquatucket (Rhode Island), le rapport mâles-femelles des anguilles argentées est passé de 77 p. 100 de mâles en 1977 à 94 p. 100 en 1991 (Krueger et Oliveira, 1997). Comme les mâles se transforment en anguilles argentées à une taille bien inférieure à celle des femelles, on peut généralement juger du sexe des anguilles argentées simplement d’après leur taille. Winn et al. (1975) ont établi un seuil de longueur de 400 mm pour identifier les femelles. Les anguilles argentées mâles de la rivière Annaquatucket étaient d’une longueur moyenne de 337,3 ± 0,4 mm (n = 2 998) et d’un âge moyen de 10,9 ± 0,1 ans (n = 853) (Oliveira, 1999). Si on les compare aux anguilles argentées femelles, les mâles présentent des plages de taille et d’âge plus limitées au moment de la migration. Au contraire des femelles, dont le corps grandit pour accroître leur fécondité, les mâles semblent retourner dans la mer des Sargasses à la taille minimale leur permettant de survivre à la migration de reproduction (Helfman et al., 1987).

 

Alimentation

Le ptocéphale

On ne connaît guère les habitudes alimentaires des leptocéphales. Des études récentes portant sur d’autres espèces d’anguilles (Otake et al., 1993; Mochioka et Iwamizu, 1996) portent à croire que les leptocéphales ne se nourrissent pas de zooplancton, mais plutôt de détritus comme la neige marine et les boulettes fécales ou de particules comme les enveloppes rejetées par les tuniciers larvacés.

Civelles

En se fondant sur des expériences de laboratoire réalisées sur des civelles transparentes européennes, Lecomte-Finiger (1983) a indiqué que les civelles transparentes et pigmentées étaient morphologiquement et physiologiquement incapables de s’alimenter. Tesch (1977), par contre, a constaté que les civelles à un stade pigmentaire plus tardif, le stade VIA4 (Élie et al., 1982), s’alimentaient. L’examen du contenu stomacal de civelles prises pendant leur montaison de la Petite rivière de la Trinité, sur la rive nord du golfe du Saint-Laurent, a révélé qu’elles se nourrissaient surtout de larves d’insectes (Dutil et al., 1989).

Anguille jaune

L’anguille jaune est essentiellement omnivore, nocturne et benthique. Ses proies comprennent les poissons, les mollusques, les crustacés, les larves d’insectes, les insectes vivant à la surface de l’eau, les vers et les plantes. Elle préfère les petits animaux faciles à attaquer (Tesch, 1977). Le type d’aliment varie selon la taille corporelle (Ogden, 1970, cité dans Tesch, 1977). L’estomac d’anguilles de moins de 40 cm prises dans des ruisseaux contenait surtout des larves d’insectes aquatiques, tandis que les anguilles plus grandes se nourrissent principalement de poissons et d’écrevisses. Dans le lac Champlain, les sources alimentaires sont surtout des poissons (38 p. 100), des décapodes (30 p. 100) et des insectes (10 p. 100). L’abondance d’insectes décroît dans l’alimentation des grosses anguilles (Facey et LaBar, 1981). L’alimentation des anguilles s’adapte aux changements saisonniers et à l’environnement immédiat. L’activité d’alimentation décroît ou s’interrompt en hiver, et les anguilles cessent complètement de s’alimenter quand elles se préparent physiologiquement à leur migration de reproduction.