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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’anguille d'Amérique au Canada

Taille et tendances des populations

Les études menées sur les densités d’anguilles et sur la taille des composantes au Canada sont limitées. Les types de données accessibles varient selon les AEED. Les débarquements déclarés sont accessibles pour toutes les AEED (voir la section Facteurs limitatifs et menaces). Toutes les données présentées sont compilées dans Cairns et al. (manuscrit inédit). L’échappée de géniteurs, chez l’anguille d’Amérique, est considérée comme le nombre d’anguilles argentées qui survivent à la pêche, au turbinage et aux autres facteurs continentaux de mortalité pour atteindre le large et se diriger vers l’aire de fraye.

AEED 1 - Grands Lacs et Ouest du Saint-Laurent (Ontario, centre et ouest du Québec)

Le nombre d’anguilles de l’AEED 1 (figure 6) a beaucoup décliné entre le milieu des années 1980 et les années 1990 (Castonguay et al., 1994a; Casselman et al., 1997; Casselman 2003). Les prises commerciales ontariennes ont connu une baisse très marquée malgré la hausse du prix au kilogramme et l’augmentation de l’effort de pêche (Casselman, 2003). L’abondance des anguilles a nettement reculé dans le lac Champlain, les bassins fluviaux de l’Outaouais et du Richelieu, le haut Saint-Laurent et le lac Ontario. Un début de déclin a également été documenté dans trois grands tributaires étatsuniens du lac Ontario : la rivière Oswego (y compris le lac Oneida), la rivière Genesee et la rivière Black. La disparition des anguilles de ces tributaires est surtout attribuable aux obstacles à la migration. La hausse des prises commerciales dans la partie québécoise du lac Saint‑François contraste avec la tendance générale observée dans l’AEED 1. Les récoltes du lac Saint‑François, cependant, demeurent plutôt modestes relativement à celles des autres parties du réseau (Casselman, 2003) et peuvent être associées à la fermeture des pêcheries ontariennes (J.M. Casselman, obs. pers.).

Figure 6.  Stations de collecte des données et pêcheries commerciales dans l’aire écologique d’eau douce 1 (Grands Lacs et Ouest du Saint-Laurent) (d’après Mandrak et Crossman, 1992).

Figure 6.  Stations de collecte des données et pêcheries commerciales dans l’aire écologique d’eau douce 1 (Grands Lacs et Ouest du Saint-Laurent) (d’après Mandrak et Crossman, 1992).

Indices d’abondance des juvéniles

L’ensemble de données le plus long sur le recrutement de l’anguille jaune dans l’AEED 1 porte sur les anguilles en remonte, pendant la pointe de migration (31 jours), à l’échelle à anguilles de la centrale Moses-Saunders (Castonguay et al., 1994a; Casselman et al., 1997; Casselman, 2003). Cette échelle a été construite en 1974, et les anguilles qui la remontaient avaient en 1975, en moyenne, six ans (Liew, 1976), mais cet âge moyen est passé à environ douze ans dans les années 1990 (Casselman, 2003). Après une pointe en 1982-1983, les dénombrements à l’échelle ont connu une baisse subite et ont atteint un plancher à la fin des années 1990 (figure 7; Casselman, 2003). Les quelques anguilles qui ont monté l’échelle dans les années 1990 étaient nettement plus grandes et plus vieilles (en moyenne : 493 ± 17 mm; 11,9 ± 1,1 ans) que les recrues caractéristiques de la période antérieure au déclin (en moyenne : 363 mm ± 15 mm; 5,6 ± 0,1 ans) (Casselman, 2003). Le nombre d’anguilles juvéniles montant l’échelle est passé de plus de un million par an au début des années 1980 à moins de 4 000 par an (moins de 60 anguilles par jour) au cours de la plupart des années écoulées depuis 1998 (J.M. Casselman, obs. pers.). L’indice a affiché une hausse en 2005 avec une pointe moyenne estivale de 227 anguilles par jour. Au cours des 20 dernières années (la durée approximative d’une génération de la composante du fleuve Saint-Laurent et du lac Ontario), le recrutement à l’échelle à anguilles a chuté de trois ordres de grandeur (Casselman, 2003) pour finir à environ 0,2 p. 100 de son niveau du début des années 1980, et le recrutement de jeunes anguilles se trouve maintenant à un niveau minimal (J.M. Casselman, obs. pers.).

Figure 7.    Nombre quotidien d’anguilles remontant l’échelle du barrage Moses-Saunders, dans le haut Saint-Laurent, à Cornwall (Ontario), au cours de la pointe estivale de migration de 31 jours, entre 1974 et 2005 (J.M. Casselman, MRNO).En médaillon, sur la figure 7, on peut voir le dénombrements moyens quotidiens de la pointe estivale et de la pointe automnale (31 jours) entre 1995 et 2005.

Figure 7.    Nombre quotidien d’anguilles remontant l’échelle du barrage Moses-Saunders, dans le haut Saint-Laurent, à Cornwall (Ontario), au cours de la pointe estivale de migration de 31 jours, entre 1974 et 2005 (J.M. Casselman, MRNO).En médaillon, sur la figure 7, on peut voir le dénombrements moyens quotidiens de la pointe estivale et de la pointe automnale (31 jours) entre 1995 et 2005. En 2004, la pointe automnale (n = 274/jour) a dépassé la pointe du milieu de l’été pour la première fois. Il ne s’agissait pas, toutefois, de jeunes anguilles, mais d’individus plus gros. Les dénombrements de 1996 sont des prédictions tirées des corrélations entre les prises et l’abondance observée à l’échelle à anguilles.

Figure 8.    Indices non dépendants des pêches de l’abondance des anguilles jaunes dans l’AEED 1 (J.M. Casselman, MRNO).

 

Figure 8.    Indices non dépendants des pêches de l’abondance des anguilles jaunes dans l’AEED 1 (J.M. Casselman, MRNO).

A.            CPUE, chalut de fond, dans la baie de Quinte, lac Ontario (de 1972 à 2004).

B.            CPUE, pêche électrique, dans la partie est du lac Ontario (de 1984 à 2004).

Les anguillettes qui remontent l’échelle installée du côté ouest du barrage de Beauharnois ont fait l’objet d’une surveillance en 1994‑1995 et en 1998‑2005 (Bernard et Desrochers, 2005). Les dénombrements sont passés de 24 721 individus en 1994 à 5 441 en 1998 et sont ensuite remontés à 51 694 en 2005. La tendance à la hausse à Beauharnois correspond aux modestes gains récemment affichés par l’indice du barrage Moses-Saunders, soit environ 11 000 individus en 2004 et en 2005 (J.M. Casselman, Queen’s University, obs. pers.). La hausse des effectifs à Beauharnois à compter de 1998 correspond aussi à une baisse de la taille moyenne des anguilles, ce qui permet de croire à une baisse de l’âge moyen des anguilles arrivant au barrage. En dépit des hausses récentes, le nombre des anguilles dénombrées à la passe ouest de Beauharnois est bien loin de l’effectif nécessaire pour restaurer la remonte annuelle des années 1980 au barrage Moses-Saunders (environ 1 million par an). Des anguilles remontent toutefois en amont de Beauharnois en passant par les écluses, et on ne sait pas combien d’entre elles prennent ce chemin.

Les montaisons d’anguilles jaunes sont surveillées au barrage de Chambly, sur la rivière Richelieu, depuis 1998 (Bernard et Desrochers, 2005). Les chiffres ont été élevés pendant les deux premières années d’utilisation de l’échelle, peut-être à cause du nombre d’anguilles qui attendaient d’avoir la possibilité de migrer. Depuis 2000, il s’est produit des hausses irrégulières, 2 177 anguilles ayant été dénombrées à la passe en 2005. Le nombre d’anguilles qui remontent l’échelle de Chambly ne suffira pas à ramener les niveaux historiques d’abondance des anguilles dans les eaux d’amont. Cette échelle a une efficacité de 60 p. 100. L’ancienne pêcherie commerciale installée dans le Richelieu (efficacité de 66 p. 100) a récolté en moyenne 34 000 kg (soit environ 23 000 individus) d’anguilles argentées, chaque année, de 1920 à 1980.

Indices d’abondance de l’anguille jaune

Les captures par unité d’effort (CPUE) du chalutage de l’anguille jaune dans la baie de Quinte (lac Ontario), l’indice fourni par la pêche électrique commerciale et les débarquements totaux déclarés en Ontario ont décliné parallèlement à l’indice de recrutement de Moses-Saunders (figures 8 et 7; Casselman, 2003). Les toutes dernières prises à l’électricité réalisées dans la partie est du lac Ontario représentaient 0,5 p. 100 de ce qu’elles étaient à la fin des années 1980 (J.M. Casselman, obs. pers.).

Indice d’oscillation nord-atlantique (IONA)

L’indice d’oscillation nord-atlantique (IONA) (National Center for Atmospheric Research [États-Unis], 2005) décrit le rapport des pressions atmosphériques aux Açores et en Islande. L’IONA est lié à une vaste gamme de processus biologiques qui se déroulent dans l’Atlantique Nord (voir par exemple Jonsson et Jonsson, 2004). Le recrutement des anguilles dans le haut Saint-Laurent et dans le lac Ontario, au cours des deux dernières décennies, a montré une corrélation négative très marquée avec l’IONA compte tenu des décalages appropriés de l’âge (l’âge moyen des anguilles atteignant l’échelle Moses-Saunders est de neuf ans; ICES, 2001 : Casselman, soumis pour publication; figure 9). La procédure standard d’examen de l’IONA recourt à une moyenne obtenue par la transformée de Fourier rapide (Knights, 2003). Cette méthode produit un indice des résidus comparable aux résidus du recrutement. Il existe aussi un lien très significatif entre l’IONA et l’indice décalé de recrutement de l’anguille d’Europe à Den Oever (Pays‑Bas) (Knights, 2003). Avant le milieu des années 1970, les indices décalés de recrutement des deux sites (et des deux espèces) étaient relativement stables et n’étaient pas corrélés avec l’IONA. Après cette période, des corrélations fortement négatives sont apparues (ICES, 2001). Toutefois, les indices à court terme des premiers stades de la vie ou d’autres indices plus proches de la source de recrutement n’ont montré aucune tendance ni corrélation apparente avec l’IONA (Casselman, soumis pour publication).

Figure 9.    Corrélation de l’IONA avec l’indice de recrutement de l’échelle à anguilles selon un décalage de neuf ans (J.M. Casselman, MRNO).

Figure 9.    Corrélation de l’IONA avec l’indice de recrutement de l’échelle à anguilles selon un décalage de neuf ans (J.M. Casselman, MRNO).

Indices des échappées de géniteurs

Les débarquements québécois d’anguille argentée de la rivière Richelieu et de l’estuaire du Saint-Laurent sont réputés faire partie de l’AEED 1 car ils se composent principalement de femelles en dévalaison depuis des lacs et des rivières situés en amont (Verreault et al., 2003; Verdon et al., 2003). Les débarquements annuels affichent des baisses spectaculaires depuis les années 1980 (figures 10 et 11). Alors que les prises totalisaient 72,9 tonnes en 1981, la pêche dans le Richelieu s’est effondrée en 1997 avec un total de moins de 5 tonnes, et elle a été fermée en 1998 (Dumont et al., 1997; Verdon et al., 2003). Le déclin survenu dans le Richelieu est partiellement lié à la reconstruction, dans les années 1960, de deux anciens barrages en caissons à claire-voie. Aucune installation de passage des anguilles n’ayant été prévue, la montaison jusqu’au lac Champlain ne s’est pas faite (Verdon et al., 2003). De 1987 à 1997, le poids moyen des anguilles a augmenté de 50 p. 100, signe d’une composante vieillissante à laquelle ne venaient pas s’ajouter de recrues (Verdon et al., 2003). Dans l’estuaire du Saint-Laurent, les prises totales sont passées de 452 tonnes en 1980 à moins de 82 tonnes en 2004 (figure 10). L’effort de pêche, dans la région, a été relativement constant jusqu’en 1996 et, par la suite, a décliné. Deux pêcheurs commerciaux consignent les prises et l’effort dans l’estuaire depuis 1985. Les CPUE, exprimées en anguilles récoltées par mètre de filet, ont décrû de 1985 jusqu’à la fin des années 1990 (figure 10). Elles n’ont ensuite montré aucune tendance soutenue alors que l’effort baissait.

Figure 10.      Indicateurs commerciaux de la présence d’anguilles argentées dans l’AEED 1 (Caron et al., soumis pour publication)

Figure 10.      Indicateurs commerciaux de la présence d’anguilles argentées dans l’AEED 1 (Caron et al., soumis pour publication) :

(A)           Prises déclarées d’anguilles argentées dans le Richelieu (de 1975 à 1997);

(B)          Prises déclarées d’anguilles argentées dans l’estuaire du Saint-Laurent (de 1975 à 1984; de 1986 à 2004);

(C)          CPUE et effort de deux pêcheries dans l’estuaire du Saint-Laurent (de 1985 à 2004; G. Verreault, MRNF Québec, secteur Faune).

Figure 11.      Prises commerciales déclarées d’anguilles d’Amérique dans le fleuve Saint-Laurent (de 1920 à 2004), par secteur québécois (Caron et al., soumis pour publication).

Figure 11.      Prises commerciales déclarées d’anguilles d’Amérique dans le fleuve Saint-Laurent (de 1920 à 2004), par secteur québécois (Caron et al., soumis pour publication).

Les captures de la pêcherie expérimentale de Saint‑Nicolas, près de Québec, de 1971 à 2004 (Castonguay et al., 1994b; de Lafontaine et al., soumis pour publication) produisent un indice de l’abondance indépendant des pêches. La plupart des anguilles capturées à l’automne (du 1er septembre au 1er novembre) sont argentées, bien que leur couleur n’ait pas été consignée systématiquement. Les prises d’automne ont montré des pointes intermittentes dans les années 1970 (figure 12) et ont été relativement stables de la fin des années 1970 à la fin des années 1990. Les prises d’automne, de la fin des années 1990 au début des années 2000, montrent aussi des pointes intermittentes. Les prises d’une pêcherie commerciale (engins fixes) exploitée en septembre et octobre d’une façon relativement constante, à un kilomètre en amont de la trappe expérimentale, ont substantiellement décliné entre le milieu des années 1970 et la fin des années 1990 (figure 12). Le poids moyen des anguilles prises à l’aide de la trappe expérimentale a augmenté depuis le début du mesurage, au milieu des années 1990 (de Lafontaine et al., soumis pour publication), ce qui permet de croire que l’âge moyen des anguilles prises dans cet engin augmente.

Figure 12.      Prises totales d’anguilles enregistrées à Saint‑Nicolas, près de Québec (de Lafontaine et al., soumis pour publication)

Figure 12.      Prises totales d’anguilles enregistrées à Saint‑Nicolas, près de Québec (de Lafontaine et al., soumis pour publication) :

(A)           Pêche expérimentale à la trappe (de 1971 à 2004)

(B)          Pêche commerciale menée un kilomètre en amont (de 1977 à 1998). La date de début de la pêche commerciale varie selon les années, mais la pêche automnale a toujours été entièrement couverte.

L’échappée de géniteurs et la mortalité par pêche des anguilles argentées en provenance de l’AEED 1 ont été estimées en 1996 et en 1997 au moyen d’expériences de marquage-recapture dans l’estuaire du Saint-Laurent (Caron et al., 2003). Le nombre d’anguilles en migration en amont de Québec a été estimé à 488 000 en 1996 et à 397 000 en 1997. Comme le taux d’exploitation par la pêche commerciale dans l’estuaire a été estimé à 19 p. 100 en 1996 et à 24 p. 100 en 1997, l’échappée totale de géniteurs a été évaluée à 396 000 en 1996 et à 302 000 en 1997. Selon ces données, Verreault et Dumont (2003) ont estimé que les départs des anguilles argentées du haut Saint-Laurent et du lac Ontario, d’après un modèle fondé sur le passage des anguilles, les prises commerciales, le pourcentage d’anguilles migratrices dans les captures commerciales et le taux de survie au turbinage, se montaient à 525 000 anguilles en 1996 et à 424 000 anguilles en 1997.