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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la loutre de mer au Canada - Mise à jour (2007)

Facteurs limitatifs et menaces

Les peuples autochtones pratiquaient la chasse de subsistance de la loutre de mer dans l’ensemble du Pacifique Nord, mais c’est le commerce maritime de la fourrure au XVIIIe et au XIXe siècles qui a entraîné la disparition de l’espèce de la majeure partie de son aire de répartition. Les populations de loutres de mer se sont rétablies depuis lors, grâce aux populations reliques survivantes et aux individus, capturés dans ces populations, qui ont été réintroduits. En général, la disponibilité de l’habitat et de la nourriture est considérée comme le premier facteur limitant la croissance des populations de l’espèce, bien que la prédation soit actuellement le principal facteur dans l’ouest de l’Alaska (Riedman et Estes, 1990; Estes, 1990; Estes et al., 1998; Doroff et al., 2003).


Prédateurs

À part l’humain, les prédateurs de l’espèce sont notamment le Pygargue à tête blanche, Haliaeetus leucocephalus (Sherrod et al., 1975), l’épaulard, Orcinus orca (Riedman et Estes, 1990; Estes et al., 1998) et, du moins en Californie, le requin (Ames et Morejohn, 1980).Le Pygargue à tête blanche mange les carcasses des adultes et chasse les loutres de mer juvéniles vivantes. Dans les Aléoutiennes, les loutres de mer juvéniles représentent de 5 p. 100 à 20 p. 100 (selon leur fréquence) de l’alimentation du Pygargue à tête blanche pendant la saison des naissances (Anthony et al., 1999). En Colombie-Britannique, les causes de mortalité chez la loutre n’ont fait l’objet d’aucune étude, mais les carcasses de petits trouvées dans des nids de Pygargue semblent indiquer que la prédation par le Pygargue peut être une cause de mortalité importante chez les petits (Watson et al., 1997).

Bien qu’il y ait quelques témoignages anecdotiques au sujet d’épaulards chassant des loutres de mer en Colombie-Britannique, il n’existe aucune indication que cette prédation constitue une cause importante de mortalité (Watson et al., 1997). Les populations de pinnipèdes sont considérées comme abondantes en Colombie-Britannique et dans le sud-est de l’Alaska (Trites et al., sous presse), contrairement à la population de loutres de mer de l’ouest de l’Alaska; il est donc peu probable que la prédation par l’épaulard cause un déclin des populations de loutres de mer. Toutefois, il importe de souligner que le déclin de la population de l’espèce dans les îles Aléoutiennes, causé en principe par la prédation par l’épaulard, est sans précédent dans les connaissances actuelles sur les populations de loutres de mer et qu’il s’est produit sur une période de temps très courte (moins de quinze années). L’un des défis à relever pour la conservation de l’espèce consiste à estimer avec précision la taille de la population et ainsi à déceler les tendances démographiques (Bodkin, 2003). La grande variation dans les dénombrements de loutres de mer explique la raison pour laquelle, pendant près de dix années, on n’a pas découvert le déclin dans les îles Aléoutiennes et même alors, ce déclin a été fortement discuté. Bodkin (2003) croit que, à mesure que les populations de loutres de mer atteignent leur densité d’équilibre, elles peuvent être contrôlées par de nouveaux facteurs différents (qui sont peu connus).


Maladies

On a répertorié en Alaska, dans l’État de Washington, en Californie et en Colombie-Britannique, une variété de maladies auxquelles les loutres de mer sont exposées (Thomas et Cole, 1996; Reeves, 2002; Lance et al., 2004; Gill et al., 2005; Shrubsole et al., 2005). Jusqu’à maintenant, la mortalité causée par la maladie ne semble pas constituer une menace dans la plupart des populations de loutres de mer, sauf en Californie. Dans cet État, 40 p. 100 des carcasses rejetées sur les plages étaient des individus morts par suite de maladie; les maladies semblent toucher un grand nombre d’individus d’âge intermédiaire, ce qui peut constituer un facteur important pour expliquer le faible taux de croissance démographique observé (Thomas et Cole, 1996; Estes et al., 2003b). L’émergence d’infections causées par le Toxoplasma gondii et le Sarcocystis neurona (deux agents pathogènes trouvés chez l’humain et chez les mammifères terrestres), pour lesquels la loutre de mer n’est pas considérée comme une espèce-hôte habituelle, est particulièrement préoccupante en Californie (Thomas et Cole, 1996; Estes et al., 2003b). La présence du T. gondii et du S. neurona dans le milieu marin en Californie peut être liée aux eaux usées domestiques, aux écoulements urbains et au lessivage des terres cultivées qui transportent ces agents pathogènes dans les eaux côtières où ils infectent les espèces-proies consommées par la loutre de mer (Lafferty et Gerber, 2002; Miller et al., 2002; Kreuder et al., 2003).

Depuis 2000, les carcasses de loutres de mer rejetées sur les plages dans l’État de Washington sont examinées en vue d’établir la cause de mortalité (Lance et al., 2004). Cette année-là, un individu sur six était mort d’une double infection par le T. gondii et le S. neurona. En 2002, parmi huit loutres de mer examinées, une était morte d’une infection par le S. neurona, et six étaient mortes d’une leptospirose. En 2004, deux individus examinés sur trois étaient morts d’une infection par le S. neurona et un individu était mort du virus de la maladie de Carré ou CDV (Canine Distemper Virus), le premier cas de CDV rapporté chez la loutre de mer, bien que 81 p. 100 des 32 loutres de mer capturées vivantes en 2000 et en 2001 aient été testées séropositives pour l’exposition aux Morbillivirus, tels que le CDV (Lance et al., 2004).

En Colombie-Britannique, les carcasses rejetées sur les plages sont rarement récupérées parce qu’elles sont mangées par les aigles, les ours et les loups et parce que l’aire de répartition de la loutre de mer est isolée. Toutefois, en 2006, une loutre de mer de la côte ouest de l’île de Vancouver est morte d’une infection par le S. neurona (Raverty, comm. pers., 2006). Parmi 42 individus capturés vivants sur la côte de la Colombie-Britannique en 2003 et en 2004, 8 étaient séropositifs pour des Morbillivirus et 2 ont été testés positifs pour le T. gondii (Shrubsole et al., 2005).


Biotoxines marines

La palourde jaune (Saxidomus spp.) et d’autres bivalves constituent une source d’alimentation importante pour la loutre de mer et peuvent accumuler la biotoxine responsable de l’intoxication paralysante par les mollusques (IPM) (Anderson, 1994). La mortalité massive de loutres de mer sur l’île Kodiak en 1987 a été attribuée en partie à l’IPM (DeGange et Vacca, 1989), ce qui laisse entendre que l’IPM représente peut-être une cause de mortalité dans les populations de l’espèce. La recherche semble indiquer que la loutre de mer peut détecter les concentrations toxiques de toxines paralysantes et ainsi éviter de manger des proies ayant une concentration toxique, à moins qu’il n’y ait pas d’autres proies (Kvitek et Bretz, 2004). L’acide domoïque, une biotoxine produite par certaines espèces de diatomées et d’algues marines, peut s’accumuler dans les invertébrés et les poissons filtreurs. Il a été identifié comme étant la cause de plusieurs mortalités massives d’oiseaux marins et d’otaries en Californie, et de loutres de mer dans le sud de l’aire de répartition (Kreuder et al., 2003). La fréquence des cas d’IPM et d’intoxication par l’acide domoïque en Colombie-Britannique est surveillée, du moins pour permettre l’exploitation des pêches commerciales des bivalves et l’aquaculture des mollusques, mais l’effet de l’une ou l’autre de ces toxines sur la population de loutres de mer dans cette province est inconnu.


Menaces

Les menaces pesant sur l’espèce sont notamment la contamination de l’environnement, l’emmêlement dans les filets de pêche et les collisions avec les bateaux, la chasse illégale, les maladies et, peut-être, les perturbations causées par l’humain.


Contamination de l’environnement – déversements d’hydrocarbures

Le pétrole constitue une menace importante qui pèse sur la loutre de mer. Il détruit les propriétés imperméables de la fourrure de l’espèce, ce qui élimine la couche d’air et réduit ainsi l’isolation de 70 p. 100; cela peut entraîner l’hypothermie et la mort (Costa et Kooyman, 1982; Williams et al., 1988). Lorsqu’une loutre de mer est mazoutée, elle fait sa toilette de façon obsessionnelle et arrête de se nourrir, de se reposer et de se s’occuper des jeunes (Ralls et Siniff, 1990). De plus, en se nettoyant, la loutre ingère des hydrocarbures et inhale des vapeurs volatiles de pétrole qui provoquent des lésions aux organes internes. Il existe des méthodes pour nettoyer et soigner les loutres de mer, mais elles sont coûteuses et les avantages pour les populations sont douteux (Estes, 1991; Williams et Davis, 1995).

Plusieurs caractéristiques de comportement prédisposent l’espèce à l’exposition aux hydrocarbures. De façon générale, les mâles et les femelles se rassemblent séparément; dans chaque regroupement, ils forment des groupes comptant jusqu’à 200 individus et se reposent. Un grand nombre de loutres peuvent ainsi être mazoutées simultanément. Par ailleurs, les loutres se rassemblent souvent dans des peuplements d’algues brunes ou à proximité de ceux-ci, lesquels accumulent et retiennent les hydrocarbures (Ralls et Siniff, 1990). Les loutres peuvent par conséquent être exposées en permanence aux hydrocarbures par l’ingestion de proies contaminées (p. ex. des moules) longtemps après que le déversement ait eu lieu (Bodkin et al., 2002).

Le 23 décembre 1988, le chaland-citerne Nestucca a été éventré par son remorqueur et a déversé 875 000 litres de mazout lourd dans les eaux au large de Gray’s Harbour, dans l’État de Washington (Waldichuk, 1989). En sept jours, le mazout s’est étendu vers le nord jusqu’au cap St. James, dans les îles de la Reine-Charlotte, et s’est propagé dans l’ensemble de l’aire de répartition de la loutre de mer en Colombie-Britannique. La dispersion du mazout de ce déversement, qui a causé la mort d’au moins une loutre de mer en Colombie-Britannique, montre la vulnérabilité de cette population de loutres de mer face aux déversements d’hydrocarbures (Watson, 1990). La marée noire du Nestucca, qui a eu un effet sur les populations dans l’État de Washington et en Colombie-Britannique, semble indiquer que, dans le cas d’un déversement catastrophique d’hydrocarbures, il est probable que les populations de loutres adjacentes soient également touchées.

Les principales causes de nappes d’hydrocarbures dans les eaux de la Colombie-Britannique sont les pétroliers, les barges, les réservoirs de carburants et les cales des navires, les stations côtières de ravitaillement et les industries côtières (Shaffer et al.,1990). Au début des années 1990, il y avait 7 000 passages par année de navires de charge et de pétroliers le long de la côte de la Colombie-Britannique, dont au moins 1 500 trajets de pétroliers à destination ou en provenance de l’Alaska; chaque année, plus de 350 pétroliers chargés entraient dans le détroit de Juan de Fuca (Burger, 1992).

Élaborés dans les années 1980, des modèles de risque pour le sud de la Colombie-Britannique et l’État de Washington ont produit les prévisions suivantes quant à la fréquence des déversements d’hydrocarbures : les déversements de pétrole brut ou de combustible de soute de plus de 159 000 litres (1 000 barils) pourraient se produire toutes les 2,5 années, et les déversements de n’importe quel type de produits pétroliers de plus de 159 000 litres (1 000 barils) pourraient avoir lieu chaque 1,3 année (Cohen et Aylesworth, 1990). D’ailleurs, la fréquence réelle des déversements importants qui ont touché la Colombie-Britannique entre 1974 et 1991 était relativement proche de la fréquence prédite (Burger, 1992). En plus des déversements importants, les petits déversements chroniques sont également préoccupants. Environnement Canada suit de près tous les déversements de plus de 1 113 litres (7 barils). Il y a au moins 15 déversements de la sorte à signaler chaque année le long de la côte ouest de l’île de Vancouver (Burger, 1992). Les incidences de la contamination de ce type de petits déversements chroniques sur les populations de loutres de mer sont inconnues.

Le transport actuel d’hydrocarbures le long de la côte de la Colombie-Britannique constitue une menace importante qui pèse sur la population de loutres de mer de cette province en raison de sa petite taille et de son aire de répartition limitée. Un projet récent d’exploitation destiné à la livraison de pétrole brut par pétroliers de Kitimat, en Colombie-Britannique, aux marchés de l’Asie du Pacifique et de la Californie accroît les probabilités qu’un déversement important d’hydrocarbures se produise dans cette province. Il y a également des propositions visant à permettre le forage pétrolier et gazier dans le détroit d’Hécate et dans le bassin de la Reine-Charlotte, ce qui pourrait aussi augmenter la menace d’un déversement d’hydrocarbures (Ministry of Energy Mines and Petroleum Resources de la Colombie-Britannique).

Au cours du printemps 1989, le pétrolier Exxon Valdez s’est échoué dans le golfe du Prince William, en Alaska, déversant ainsi 42 millions de litres de pétrole brut. Près de 1 000 carcasses de loutres de mer ont été repêchées, mais l’estimation de la mortalité totale a été d’environ 2 650 individus (Garrott et al., 1993) à 3 905 individus (DeGange et al., 1994). Les études ultérieures à ce déversement ont mis en évidence les conséquences à long terme du pétrole. La modélisation des populations a montré des taux de survie inférieurs dans toutes les classes d’âge au cours des 9 années qui ont suivi le déversement et indiqué que la population de loutres de mer du golfe du Prince William ne s’est pas encore rétablie complètement (Monson et al., 2000b). De plus, des concentrations élevées de cytochrome P4501A, un biomarqueur de l’exposition aux hydrocarbures, sont encore présentes dans les échantillons sanguins des loutres qui vivent dans les zones qui ont été fortement mazoutées, ce qui semble indiquer que l’exposition se poursuit (Bodkin et al., 2002).

Des expériences en milieu contrôlé effectuées sur des visons d’Amérique (Mustela vison) ont montré les incidences du pétrole sur la reproduction de ces mustélidés. Des visons femelles ont reçu de faibles doses de pétrole brut et de mazout brut pour simuler les concentrations de résidus mesurées dans les invertébrés du golfe du Prince William quatre ans après le déversement de l’Exxon Valdez. Ces femelles ont donné naissance à beaucoup moins de visonneaux que celles du groupe témoin.De plus, les visonneaux femelles nés d’une mère exposée avaient un faible taux de survie au sevrage; ceux qui ont survécu avaient un taux de succès de reproduction inférieur à ceux du groupe témoin (Mazet et al., 2001).


Contamination de l’environnement – autres contaminants

Les concentrations de contaminants organochlorés n’ont pas été mesurées chez les loutres de mer de la Colombie-Britannique. Toutefois, les concentrations de polychlorés biphényls (PCB), de pesticides organochlorés, notamment le DDT, et de butylétain ont été mesurées chez les loutres de mer de la Californie, de l’État de Washington et d’Alaska (Bacon et al., 1999; Kannan et al., 2004; Lance et al., 2004). Les concentrations de PCB étaient supérieures chez les loutres alaskiennes des Aléoutiennes (309 μg/kg, poids frais) par rapport à celles chez les loutres de la Californie (185 μg/kg; poids frais) et du sud-est de l’Alaska (8 μg/kg; poids frais) (Bacon et al., 1999). Les concentrations totales de DDT étaient plus élevées chez les loutres de mer de la Californie (850 μg/kg; poids frais) que chez les individus des Aléoutiennes (40 μg/kg; poids frais) et du sud-est de l’Alaska (1 μg/kg; poids frais). Les concentrations de PCB chez les loutres de mer de la Californie et des îles Aléoutiennes sont considérées comme préoccupantes étant donné que des concentrations semblables ont entraîné l’infécondité chez le vison, une espèce étroitement liée à la loutre de mer (Risebrough, 1984 in Riedman et Estes, 1990). Même si les concentrations de DDT mesurées chez les individus de la Californie n’ont pas été considérées comme étant exceptionnellement élevées par rapport à celles chez d’autres mammifères marins (Bacon et al., 1999), la réduction de l’immunocompétence constitue un effet secondaire bien documenté des contaminants chez les mammifères marins et est considérée comme un facteur possible de l’augmentation du taux de mortalité causée par les maladies dans la population sud de loutres de mer (Thomas et Cole, 1996; Reeves, 2002; Ross, 2002). Parmi un petit échantillon de carcasses rejetées sur les plages californiennes récupérées aux fins d’analyse des contaminants, les individus morts de maladies infectieuses contenaient en moyenne des concentrations plus élevées de butylstannanes (composants de la peinture antisalissure) et de DDT que les individus morts de traumas et de causes inconnues (Kannan et al., 1998; Nakata et al., 1998).


Conflits avec les pêches

La loutre de mer peut limiter l’abondance de ses proies et exercer une influence sur la répartition et la taille de celles-ci (Morris et al., 1979; idem, 1981; Breen et al., 1982; Watson, 1993; Watson et Smith, 1996). En présence de loutres de mer, il est peu probable que les invertébrés atteignent une densité ou une taille exploitable sur le plan commercial. En réalité, les pêches commerciales d’invertébrés infratidaux en Colombie-Britannique, tels que la panope (Panopea abrupta), l’oursin (Strongylocentrotus spp.), le concombre de mer (Parastichopus californianus) et le crabe dormeur (Cancer magister), ont probablement été rendues possibles en raison de la disparition des loutres de mer, des nouvelles techniques de plongée et de la croissance des marchés internationaux (Watson et Smith, 1996). La loutre de mer influe également sur l’abondance et sur la taille des bivalves, et sur les pêches de subsistance, commerciale et récréative. Étant donné que l’aire de répartition de la loutre de mer s’est étendue, les préoccupations au sujet de la durabilité des ressources d’invertébrés du côté des pêcheurs des Premières nations et des pêcheurs commerciaux et récréatifs se sont intensifiées et ont mené à des demandes visant à réglementer ou à limiter la croissance des populations de loutres de mer.


Emmêlement dans les filets de pêche et collisions avec les bateaux

En Alaska, en Californie, dans l’État de Washington et au Japon, des loutres de mer se sont retrouvées emmêlées dans les engins de pêche et y sont demeurées piégées (Rotterman et Simon-Jackson, 1988; USFWS, 2003; Lance et al., 2004; Hattori et al., 2005). Des individus morts par suite d’emmêlement dans les filets de pêche ou de pêcheries de saumon ont été signalés, en particulier dans le centre et l’ouest de l’Alaska durant les années 1970 et 1980. À la fin des années 1980, des inquiétudes ont été soulevées quant au fait que le nombre de cas pourrait être considérable et croissant (Rotterman et Simon-Jackson, 1988). Chez la loutre de mer, les taux élevés de mortalité causée par l’emmêlement dans des filets maillants installés dans l’eau à des profondeurs inférieures à 30 mètres constituaient un grave problème en Californie à la fin des années 1970 et au début des années 1980. De nos jours, des restrictions sur la pêche au filet dans l’aire de répartition de la loutre de mer en Californie sont en vigueur (USFWS, 2003). Dans l’État de Washington, la pêche conventionnelle au filet maillant est permise dans l’aire de répartition de l’espèce. Les emmêlements et la mortalité sont rarement signalés, mais ils pourraient devenir plus fréquents à mesure que les effectifs et l’aire de répartition de la loutre de mer s’accroissent (Gerber et VanBlaricom, 1998; Lance et al., 2004). La mortalité accessoire liée aux pièges installés pour la pêche au crabe a été observée en Californie et en Alaska, mais aucune loutre prise au piège n’a été signalée jusqu’à maintenant dans l’État de Washington (Bodkin, 2003; Lance et al., 2004).

L’ampleur de la noyade accessoire des loutres de mer prises dans des filets de pêche en Colombie-Britannique n’a pas été étudiée, même si, en ce moment, le chevauchement géographique semble limité entre l’aire de répartition de l’espèce et les zones de pêche au filet, sauf peut-être dans le détroit de la Reine-Charlotte. Toutefois, il y a un chevauchement important entre l’aire de répartition de l’espèce et les zones de pêche au crabe, et il existe des signalements anecdotiques au sujet de loutres de mer noyées dans des casiers à crabe commerciaux (J. Watson, données inédites). Étant donné que l’aire de répartition de la loutre de mer continue de s’élargir, il pourrait y avoir un plus grand chevauchement entre son aire de répartition et les zones de pêche au filet et au casier. L’accroissement de la conchyliculture pourrait entraîner certaines interactions (p. ex. l’emmêlement dans les filets de pêche) et devenir ainsi une préoccupation.

Les incidents liés aux collisions avec les bateaux n’ont pas fait l’objet d’études en Colombie-Britannique, mais sont signalés dans d’autres régions. Sur 105 carcasses de loutres de mer rejetées sur les plages et examinées entre 1998 et 2001 en Californie, ce type de collisions était la cause primaire de mortalité de 5 loutres de mer (Kreuder et al., 2003). Ces collisions sont également rapportées en Alaska (Rotterman et Simon-Jackson, 1988). En Colombie-Britannique, l’existence ou la fréquence des collisions avec les bateaux n’a pas fait l’objet de recherches, quoique Watson et al. (1997) mentionnent un incident mortel dont la cause probable est ce type de collision. Bien que l’importance des collisions avec les bateaux comme cause de mortalité soit inconnue pour la population de loutres de mer de cette province, la fréquence de ce type d’incidents pourrait augmenter étant donné que l’espèce s’étend dans plus de zones situées près de l’habitat humain.


Chasse illégale

La chasse illégale a lieu en Colombie-Britannique et aurait lieu dans d’autres régions (Rotterman et Simon-Jackson, 1988; Bodkin, 2003).La loutre de mer est chassée légalement et illégalement dans d’autres compétences pour sa fourrure et dans le but de réduire ses incidences sur les populations d’invertébrés. Il n’existe aucune estimation de l’ampleur de cette cause de mortalité en Colombie-Britannique, mais au moins cinq carcasses de loutres de mer abattues, puis dépouillées, ont été signalées ou récupérées sur l’île de Vancouver, ce qui semble indiquer que la chasse illégale pourrait constituer une nouvelle menace (données inédites de Pêches et Océans Canada).


Perturbations causées par les humains

En Colombie-Britannique, les loutres de mer se méfient généralement des humains; les rassemblements d’individus sont souvent difficiles à approcher et sont facilement perturbés par le passage des bateaux.Les femelles accompagnées de leur petit sont plus sensibles aux perturbations, mais les groupes de mâles souvent exposés au passage des bateaux semblent toutefois être capables de s’y habituer et les mâles seuls sont ceux qui se font le mieux à la présence des bateaux. En général, les conséquences liées aux humains habitant dans des zones côtières (le bruit et la présence de gens) ou conduisant des bateaux à proximité de loutres de mer ne semblent pas constituer une préoccupation majeure en ce moment. Certes, des observations faites en Californie, dans la baie de Monterey par exemple, indiquent que la loutre de mer est capable de s’habituer à l’activité humaine (voir, par exemple, Woolfenden, 1995).


Maladies émergentes

Les maladies constituent une menace potentielle. En Californie, le nombre élevé de morts parmi les loutres de mer d’âge adulte par suite d’infection au Toxoplasma gondii ou au Sarcocystis neurona (des agents pathogènes présumés d’orgine terrestre) peut être lié aux eaux usées et au lessivage des terres agricoles (Miller et al., 2003). Ces agents pathogènes ont été trouvés dans la population de loutres de mer de la Colombie-Britannique (Shrubsole et al., 2005; Raverty, comm. pers., 2006).