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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la loutre de mer au Canada - Mise à jour (2007)

Biologie

Cycle vital et reproduction

Les femelles atteignent la maturité sexuelle vers l’âge de trois à cinq ans (Bodkin et al., 1993; Jameson et Johnson, 1993) et sont toutes en mesure de se reproduire à l’âge de cinq ans (Monson et al., 2000a). Les mâles peuvent se reproduire vers l’âge de cinq à six ans, même s’ils peuvent atteindre la maturité sexuelle plus tôt (Riedman et Estes, 1990; Bodkin et al., 1993). Les femelles ont un taux de survie plus élevé que celui des mâles (Siniff et Ralls, 1991); elles peuvent vivre de quinze à vingt ans, tandis que les mâles vivent seulement de dix à quinze ans (Riedman et Estes, 1990). Bien que l’accouplement et les naissances puissent avoir lieu pendant toute l’année, les naissances sont particulièrement élevées au printemps chez certaines populations, y compris celle de la Colombie-Britannique (Watson, 1993; Bodkin, 2003). La loutre de mer est polygyne, c’est-à-dire que les mâles forment des couples de manière consécutive avec plusieurs femelles. Les individus se groupent par sexe dans des zones séparées dans l’espace (Riedman et Estes, 1990). Les mâles en âge de se reproduire quittent les zones des mâles et se trouvent une aire de reproduction exclusive dans les zones des femelles pendant l’été et l’automne, puis ils retournent dans les rassemblements de mâles (Garshelis et Garshelis, 1984; Jameson, 1989). Les femelles donnent naissance à un seul petit, à peu près une fois par année (Siniff et Ralls, 1991; Bodkin et al., 1993). Les jumeaux sont rares. La mise bas se fait dans l’eau (Kenyon, 1969; Jameson et Bodkin, 1986; Jameson et Johnson, 1993). Les estimations annuelles des taux de natalité en Colombie-Britannique varient de 0,12 à 0,33 petit par adulte et sont semblables aux taux de natalité en Alaska (0,30 petit par adulte) et en Californie (0,20 petit par adulte) (Watson, 1993; Watson et al., 1997).

À la naissance, le petit de la loutre de mer pèse de 1,4 kg à 2,3 kg (Riedman et Estes, 1990). Il dépend de sa mère de six à huit mois, puis il est sevré (Payne et Jameson, 1984; Jameson et Johnson, 1993). Le taux de mortalité avant le sevrage est de 40 p. 100 en Californie et de 15 p. 100 à 25 p. 100 en Alaska (Siniff et Ralls, 1991; Riedman et al., 1994). En général, dans les populations qui sont sur le point d’atteindre leur densité d’équilibre, ce taux est supérieur à celui des populations en croissance (Monson et al., 2000a)


Alimentation

La loutre de mer se nourrit d’une grande variété d’invertébrés benthiques (p. ex. la mye et l’oursin vert); il existe certaines variations évidentes dans l’alimentation des individus, selon les régions et la situation des populations (Estes et al., 1981; Estes et al., 2003a). Dans les habitats rocheux récemment fréquentés, l’espèce consomme de proies de grandes tailles facilement accessibles, telles que l’oursin vert. Lorsque l’abondance des proies de prédilection est moindre, l’espèce diversifie son alimentation pour y inclure une plus grande variété d’invertébrés, notamment diverses espèces de bivalves, d’escargots, de chitons, de crabes, d’étoiles de mer et même de poissons (Estes et al., 1981). Les poissons démersaux sont des proies importantes dans certaines parties des îles Aléoutiennes, des îles du Commandeur et des îles Kouriles (Estes et VanBlaricom, 1985; Watt et al., 2000). La préférence pour certaines proies, du moins chez la femelle, semble acquise et est transmise par la mère (Estes et al., 2003a). La plupart du temps, la loutre de mer se nourrit à des profondeurs de 40 mètres ou moins, bien qu’elle soit capable de s’alimenter à des profondeurs de 100 mètres (Estes, 1980; Riedman et Estes, 1990; Bodkin et al., 2004). Les plongées destinées à l’alimentation durent de 50 secondes à plus de 3 minutes (Riedman et Estes, 1990). La loutre de mer consomme sa proie à la surface de l’eau; elle utilise des roches ou d’autres objets durs pour briser la coquille dure de sa proie.


Physiologie

La loutre de mer possède peu de graisse corporelle; elle dépend donc de la couche d’air emprisonnée sous sa fourrure épaisse et de la thermogénèse pour rester au chaud. Son rythme métabolique est de 2,4 à 3,2 fois plus élevé que celui des carnivores terrestres de taille semblable (Costa, 1978; Costa et Kooyman, 1982). Afin d’avoir l’énergie nécessaire à la production de sa chaleur interne, la loutre de mer en liberté consomme chaque jour l’équivalent de plus de 20 p. 100 de sa masse corporelle en proies (Costa, 1978; Costa, 1982).


Déplacements et dispersion

Les loutres de mer ne migrent pas et font preuve d’une grande fidélité au site, même si des individus se déplacent parfois de façon saisonnière ou occasionnelle sur de longues distances (Garshelis, 1983; Jameson, 1989). Elles occupent des domaines vitaux plus ou moins petits qui se chevauchent, dont la superficie varie de quelques kilomètres à des dizaines de kilomètres de zones côtières (Loughlin, 1980; Garshelis et al., 1984; Jameson, 1989). L’aire de répartition s’élargit en général lorsque les mâles se déplacent en masse de la périphérie de l’aire occupée à un habitat auparavant inoccupé. Les femelles occupent graduellement les territoires explorés par les mâles (Loughlin, 1980; Garshelis et al., 1984; Wendell et al., 1986; Jameson, 1989).


Adaptabilité

En Colombie-Britannique, les loutres de mer se méfient généralement des humains, sont difficiles à approcher et sont facilement perturbées par le passage des bateaux; les femelles accompagnées de leur petit sont plus sensibles aux perturbations. Toutefois, lorsque les loutres de mer sont fréquemment exposées au passage des bateaux ou se tiennent près des zones habitées, elles semblent s’habituer aux perturbations (p. ex. Woolfenden, 1995). Pour chercher leur nourriture, elles font preuve d’une gamme de techniques pour se nourrir d’une grande variété d’espèces qui peuvent exister dans leur limite physiologique de profondeur de plongée (examiné par Riedman et Estes, 1990).

L’espèce étant adaptable, l’écart entre les températures de l’eau est considérable. La limite septentrionale de son aire de répartition semble correspondre à l’extrême sud de la banquise, ce qui écarte la loutre de mer des aires d’alimentation. Les limites méridionales de son aire de répartition sont peu connues, mais semblent être associées à l’extrême sud de la remontée côtière et à l’isotherme de 20 ºC à 22 ºC (Estes, 1980; Bodkin, 2003). Ainsi, les changements de température de l’eau peuvent influer sur l’aire de répartition mondiale de la loutre de mer dans les années à venir.