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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le rorqual à bosse au Canada

Taille et tendances des populations

La chasse commerciale a considérablement réduit toutes les populations de rorquals à bosse. Certaines données indiquent qu’environ 90 à 95 p. 100 de la population mondiale a été abattue (Johnson et Wolman, 1984). Un certain nombre d’estimations des populations du Pacifique Nord et de l’Atlantique Nord ont été présentées ces trente dernières années (résumées par Whitehead, 1987). Chaque méthode d’estimation de la taille de la population comporte un certain nombre de biais, ce qui rend les comparaisons difficiles.

Il n’existe aucune estimation rigoureuse de la population avant l’exploitation commerciale de l’espèce, ni pour le Pacifique Nord ni pour l'Atlantique Nord. Pour ce qui est du Pacifique Nord, la population avant exploitation a été estimée à environ 15 000 individus (Rice, 1978). Après l’interdiction de la chasse (1966), certains ont estimé que la taille de la population se situait entre 1 200 et 1 400 individus (Gambell, 1975; Johnson et Wolman, 1984), mais les techniques utilisées pour parvenir à ces estimations étaient extrêmement imprécises (Calambokidis et al., 1997). À la fin des années 1970 et au début des années 1980, les estimations concernant certaines parties du Pacifique Nord variaient entre 1 000 et 2 000 individus (Darling et Morowitz, 1986; Baker et Herman, 1987). Calambokidis et al. (1997) sont à l’origine de l’estimation la plus récente concernant le Pacifique Nord (pour 1992 à 1993) à savoir 6 010 individus (erreur-type = 474). Ils énumèrent un certain nombre de biais directionnels devant être pris en considération et laissant penser que l’estimation d’environ 6 000 animaux sous-estime la véritable population (qui s’approcherait davantage des 8 000 individus). En se fondant sur les résultats des photo-identifications, les estimations de la population de rorquals à bosse présents au large de la Californie ont augmenté à un taux annuel moyen de 8 p. 100 entre 1988 et 1998 (Calambokidis et al., 1999). Au large d'Hawaii, en se fondant sur les résultats des relevés aériens effectués entre 1977 et 1980 et en 1990, Mobley et al. (1999a) ont constaté une augmentation locale des effectifs dans les aires d’hivernage des eaux hawaïennes (voir également Cerchio, 1998). D’autres relevés aériens effectués à Hawaii en 1993, en 1995 et en 1998 indiquent également une augmentation des effectifs à un taux annuel de 7 p. 100 (Mobley et al., 1999b).

Il n’existe aucune estimation du nombre de rorquals à bosse fréquentant les eaux de la Colombie-Britannique, mais ils se chiffrent probablement en centaines. Les individus présents actuellement ne représentent qu’une fraction de ceux qui l’étaient auparavant (Pike et MacAskie, 1969; Merilees, 1985; Gregr et al., 2000). Pourtant, au large de certaines zones de la Colombie-Britannique (îles de la Reine-Charlotte, par exemple), c’est le cétacé à fanons le plus fréquemment signalé (Ford et al., 1994). Au moins 5 638 rorquals à bosse ont été tués au large de la Colombie-Britannique de 1908 à 1967, les prises les plus importantes étant antérieures à 1917 (Gregr et al., 2000). La diminution du taux de prise après 1917 témoignait d’une réduction importante de ces populations, qui a toutefois suivi une évolution différente de celles qui ont été constatées au large de la Californie et de l'Alaska, ce qui indique que les rorquals qui s’alimentaient dans les eaux de la Colombie-Britannique appartenaient à une agrégation distincte (Gregr et al., 2000). Les rorquals à bosse n’ont pas réoccupé toutes les zones où ils étaient autrefois communs. En Colombie-Britannique, la chasse commerciale au rorqual à bosse au début du 20e siècle, qui couvrait les eaux des détroits, se poursuivait dans une bonne partie de l’hiver. Une station baleinière exploitée à la lagune Page à partir de 1907 a été abandonnée en 1909 lorsque les baleines sont venues à manquer (Tonnessen et Johnsen, 1982; Webb, 1988). De nos jours, les rorquals à bosse restent rares dans le détroit de Géorgie et les autres eaux des détroits de cette région. Au large du Sud de la Colombie-Britannique et du Nord de l’État de Washington, on a identifié 115 individus entre 1990 et 2000; il se peut fort bien que la population toute entière ne compte pas beaucoup plus d’individus, car seulement un tiers des rorquals identifiés en 2000 n’avaient pas été vus auparavant (J. Calambokidis, données inédites). Dans le Nord de la Colombie-Britannique, région pour laquelle une analyse d’un ensemble de données recueillies sur une longue période est toujours en cours, le nombre de rorquals à bosse semble un peu plus important : plus de 500 individus ont été identifiés de 1989 à 2001 (MPO, données inédites; J. Ford, comm. pers.).

Pour l'Atlantique Nord, les estimations de la population au milieu du 19e siècle (soit un certain temps après le début de la chasse) donnent entre 4 000 et 6 000 individus (Reeves et Mitchell, 1982; Breiwick et al., 1983; Whitehead, 1987). Les estimations pour après la chasse (fin des années 1960 ou début des années 1970) varient entre 800 et 1 300 individus (Mitchell, 1973; Winn et al., 1975). Stevick et al. (2001) ont estimé un nombre de 11 570 individus (c.v. = 0,069), pour l’ensemble de l'Atlantique Nord. On sait que cette estimation sous-estime la taille de la population (Anonyme, 2001). Aucune autre estimation récente pour l’ensemble de ce bassin n’est disponible. Deux estimations récentes existent pour le golfe du Maine. Une estimation par marquage-recapture effectuée dans le golfe du Maine en 1992-1993 a donné une population de 652 individus (c.v. = 0,15; Waring et al., 2000), tandis qu’une estimation par transect linéaire réalisée en 1999 pour la même population a donné un effectif de 816 individus (c.v. = 0,45; Palka, 2000). Les estimations pour le reste des eaux de l’Est du Canada posent un problème en raison de la répartition spatiale inégale de l’échantillonnage (Anonyme, 2001). Pour la période 1992‑1993, il existe une estimation pour l’Est du Canada de 2 509 individus (c.v. = 0,077), mais elle sous-estime vraisemblablement la taille de la population en raison de l’hétérogénéité de l’échantillonnage (Anonyme, 2001). Pour ce qui est de la population se reproduisant dans les Antilles, les données allant de 1979 à 1993 indiquent un taux de croissance annuel de la population de 3 p. 100 (Stevick et al., 2001).