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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le rorqual à bosse au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Mortalité naturelle

Il existe un certain nombre de causes potentielles de mortalité naturelle, notamment la prédation, le parasitisme, les maladies, les biotoxines, l’échouage ou l’emprisonnement accidentel. On a signalé qu’environ un tiers des rorquals à bosse de l’ouest de l'Atlantique Nord portent des cicatrices laissées par des attaques d’épaulards (Orcinus orca) (Katona et al., 1980). Clapham (2000) a remarqué que la majorité des individus présentant des cicatrices faites par des épaulards les portent dès la première fois qu’ils sont vus, ce qui laisse croire que les attaques se font surtout sur les baleineaux (voir également Naessig, 1999). La prédation par les épaulards (Jefferson et al., 1991; Florez-Gonzalez et al., 1994), les faux‑orques (Pseudorca crassidens – Hoyt, 1983) ou les grands requins (en particulier sur les baleineaux dans les aires de reproduction – Glockner-Ferrari et Ferrari, 1997; Mazzuca et al., 1998) semble être relativement peu fréquente. Toutefois, Corkeron et Connor (2000) avancent que le comportement de migration de l’espèce pourrait s’expliquer en partie par son effort pour éviter la prédation par les épaulards sous les latitudes élevées. En ce qui concerne les parasites, bien que les rorquals à bosse soient porteurs de cyamides (poux de baleine), parasites externes, il est peu probable que ces derniers soient cause de mortalité de quelque façon que ce soit. Les connaissances sur les parasites internes ou les maladies des rorquals à bosse sont très limitées (Clapham, 2000). En général, les rorquals à bosse ne s’échouent pas en groupes (mais S. Todd a signalé à l’auteur du présent rapport un échouage de trois individus au large de Terre‑Neuve); la plupart des individus concernés se sont probablement échoués par faiblesse à la suite d’une maladie (ou ont été rejetés sur le rivage après avoir été tués par des engins de pêche ou à la suite d’une collision avec un navire; voir ci-dessous). On a signalé un cas de mortalité massive, associé à une consommation de proies contaminées par des biotoxines, sur la côte Est des États-Unis (Geraci et al., 1989), mais ces individus étaient étalés sur une vaste zone et ne se sont pas échoués en même temps. Enfin, il arrive parfois que des rorquals à bosse meurent après avoir été piégés dans les glaces (Tomilin, 1967; S. Todd, comm. pers.).

 

Influences anthropiques

Les interactions potentiellement négatives avec les humains peuvent se diviser en deux catégories. Certains impacts peuvent avoir des effets graves immédiats sur les individus ou sur toute une population, par exemple les prises directes (chasse), les problèmes avec des engins de pêche, les collisions avec des navires ou l’exposition à des polluants à toxicité aiguë (à la suite de déversements de pétrole, par exemple). Les effets immunotoxiques dus à l’accumulation de produits chimiques toxiques persistants peuvent également avoir un impact considérable en augmentant la susceptibilité aux maladies, ce qui entraîne une augmentation de la mortalité. En plus de ces impacts aigus, il existe un certain nombre d’influences anthropiques moins tangibles potentiellement nuisibles à plus long terme, notamment une diminution des taux de reproduction en raison des effets immunotoxiques, une réduction du nombre des proies disponibles causée par des activités humaines et des perturbations ou des déplacements en raison du trafic maritime ou d’autres sources de sons sous-marins. Nous allons traiter chacun de ces points séparément ci-dessous, mais il est important de considérer les impacts cumulatifs de tous ces facteurs, car ils peuvent être importants (dans le cas des facteurs de stress à long terme, des interactions synergiques entre les impacts peuvent aussi se produire; Whitehead et al., 2000).

Dans le passé, la première cause de mortalité directe a été la chasse commerciale, laquelle a fait l’objet d’une interdiction officielle dans les années 1960. Néanmoins, des prises illégales importantes ont été signalées ailleurs qu’au Canada depuis cette date (Yablokov, 1994; Mikhalev, 1997). La chasse à la baleine est strictement réglementée par la Commission baleinière internationale (CBI; International Whaling Commission, IWC), un nombre restreint de baleines pouvant être tuées par des Autochtones à des fins de subsistance. Pour les populations de rorquals à bosse qui fréquentent les eaux canadiennes, la seule chasse connue actuellement prélève un maximum de deux rorquals par an au sein de la population de l’Atlantique Nord, dans les eaux de Saint‑Vincent. Reiner et al. (1996) signalent qu’un seul animal a été pris au large des îles du Cap-Vert en 1988. Un nombre restreint d’animaux ont été pris dans le cadre d’une pêche autochtone dans l’Ouest du Groenland jusqu’en 1985 (IWC, 1986).

Chaque année, on tue plus d’animaux par accident dans les pêches qu’on n’en tue volontairement par la chasse (Volgenau et al., 1995; Mazzuca et al., 1998). On ne dispose pas encore d’estimations précises de la mortalité annuelle résultant de cette cause pour toutes les populations canadiennes. Pour le début des années 1990, les estimations de la mortalité annuelle à la suite de problèmes avec des engins de pêche à Terre‑Neuve variaient entre 3 et 17 individus, la moyenne étant de 8 individus (Volgenau et al., 1995), mais les taux de problèmes avec des engins de pêche (et de mortalité) précédents, associés à la pêche côtière de la morue (Gadus morhua), étaient plus importants (Lien, 1994). Les problèmes avec des engins de pêche signalés à Terre‑Neuve entre 2000 et 2002 ont varié de 11 à 22 par année, et les mortalités connues, de 0 à 5 individus par année (Ledwell et al., 2000; Ledwell et Huntington, 2001, 2002). Toutefois, certains animaux ont été vus pour la dernière fois traînant derrière eux des engins de pêche et ont pu mourir à cause de cela (voir les références citées ci-dessus). À Terre‑Neuve, les types d’engins qui ont causé des problèmes ces dernières années comprennent les filets à hareng, les casiers à crabe et à buccin, les trappes à capelan, les filets maillants pour les morues, ainsi que des filets maillants, des bouées et des cordes utilisés à des fins non spécifiés (Ledwell et al., 2000; Ledwell et Huntington, 2001). Ces dernières années, à Terre-Neuve, les efforts de pêche se sont déplacés plus au large (J. Lien, W. Ledwell, comm. pers.) et il se peut que les problèmes avec des engins de pêche qui se produisent en haute mer ne soient pas signalés aussi souvent que ceux qui se produisent plus près de la côte; ainsi, le nombre total d’animaux pris (et tués) dans des engins de pêche chaque année est probablement plus élevé que ce que le laissent penser les documents cités ci‑dessus. En Colombie-Britannique, on n’a signalé que quatre problèmes avec des engins de pêche entre 1987 et 1995 (dans des casiers à crevette, des filets maillants pour les saumons et des filins reliant les trappes), et on ne sait pour aucun d’eux avec certitude si l’animal en est mort (Langelier et al., 1990; Guenther et al., 1995). En mars 1999, un jeune rorqual à bosse a été tué en Colombie-Britannique après s’être pris dans un parc en filet à hareng rogué (R. Palm, comm. pers.). Les collisions avec des navires sont également une cause de mortalité et de blessure et, dans certaines zones, elles peuvent entraîner une mortalité plus importante que celle due aux problèmes avec des engins de pêche (Wiley et al., 1995; Barlow et al., 1998; Mazzuca et al., 1998; Laist et al., 2001).

En ce qui concerne les impacts indirects, la menace potentielle la plus sérieuse envers les rorquals à bosse est probablement constituée par les perturbations dans leurs aires principales de reproduction, car ce sont des aires de taille limitée, et, au moins dans le Pacifique, relativement proches du littoral et donc peut‑être plus exposées aux influences anthropiques. La perturbation ou l’interruption des activités des rorquals peuvent provenir de l’activité touristique d’observation des baleines (Bauer, 1997), des activités industrielles (par exemple la prospection sismique), ou d’autres sons sous-marins d’intensité élevée (par exemple les expériences océanographiques ou les dispositifs acoustiques d’éloignement des prédateurs utilisés en aquaculture [Todd et al., 1996; Nitta, 1997], ou les sonars militaires [Miller et al., 2000]). La prospection sismique pourrait affecter les rorquals à bosse (peut-être en provoquant des déplacements, des perturbations ou des dommages physiologiques), mais on ne sait pas exactement de quelle façon. Dans l’Est du Canada, on constate un chevauchement entre les zones de prospection sismique et l’habitat des rorquals à bosse sur les Grands Bancs et sur la plate-forme néo-écossaise. Toutefois, d’autres zones importantes de l’habitat des rorquals à bosse ne sont pas actuellement exposées à la prospection sismique, soit les eaux côtières de Terre-Neuve-et-Labrador ainsi que le Sud-Ouest de la Nouvelle-Écosse.

En raison du niveau trophique plutôt bas des baleines à bosse, l’accumulation de toxiques anthropiques persistants n’est pas considérée comme une menace pour cette espèce (mais voir O’Shea et al., 1999).

La réduction du bassin de proies est inquiétante; une des espèces-proies les plus importantes dans le Pacifique Nord, le hareng du Pacifique (Clupea harengus), est actuellement considéré comme candidat à la liste des espèces menacés (threatened) dans le cadre de la loi américaine sur les espèces menacées (U.S. Endangered Species Act). La proie principale des rorquals à bosse dans l’ouest de l’Atlantique Nord est le capelan (Mallotus villosus). Le statut des stocks de capelan dans l’Est du Canada fait actuellement l’objet d’une controverse (DFO, 2000; Rose et O’Driscoll, 2002). Il semble que le capelan se soit déplacé vers le sud au large de Terre-Neuve lorsque les eaux se sont réchauffées dans les années 1990. Certains indices laissent croire que les effectifs de capelan sont faibles depuis 1990 environ; selon d’autres analyses, des classes d’âge relativement abondantes auraient été produites depuis 1992 environ (voir les références citées ci-dessus).