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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le smilax à feuilles rondes (population des plaines des Grands Lacs et population de l'Atlantique) au Canada – Mise à jour

Information sur l’espèce

Nom et classification

Nom scientifique :

Smilax rotundifolia L.

Synonymes pertinents :

Aucun synonyme n’a été utilisé récemment de manière régulière. Noter cependant Smilax caduca L. et S. quadrangularis Muhlenberg ex Willdenow.

Nom français :

Smilax à feuilles rondes

Noms anglais :

Round-leaved greenbrier, roundleaf greenbrier, common greenbrier, common catbrier

Famille :

Smilacacées (autrefois incluses dans les Liliacées par de nombreux auteurs)

Grand groupe végétal :

Angiospermes, Monocotylédones

Description morphologique

Le smilax à feuilles rondes est une plante ligneuse grimpante qui pousse jusqu’au-dessus des arbustes et dans les arbres et qui peut atteindre 4 m de longueur ou même davantage (figure 1). Les tiges principales sont armées de gros aiguillons aplatis. Les branches sont cylindriques, et leurs rameaux sont parfois quadrangulaires. Les feuilles sont simples, alternes, ovées à largement ovées, à base cordée et à nervures secondaires réticulées; elles sont très semblables à celles du smilax hispide, S. tamnoides (= S. hispida, S. tamnoides var. hispida). La plante est dioïque. Les fleurs sont petites et vertes, réunies en ombelles dont le pédoncule mesure à peu près la longueur du pétiole qui le sous-tend. Les baies sont réunies en ombelles compactes comportant chacune un petit nombre de baies. On trouvera une description plus détaillée de l’espèce dans Fernald (1950), Voss (1972), Scoggan (1978-1979), Soper et Heimburger (1982), Roland (1998) ainsi que Holmes (2002).

Les fleurs mâles et femelles ont des morphologies distinctes : seules les fleurs mâles possèdent des étamines fonctionnelles, tandis que seules les fleurs femelles produisent des tissus permettant la production de fruits (voir photos dans Kevan et al., 1991). Les fleurs mâles sont légèrement plus grandes que les femelles (diamètre moyen de 6,6 mm, contre 4,6 mm, dans les populations étudiées par Kevan et al., 1991). Les inflorescences femelles semblent souvent renfermer plus de fleurs que les mâles, mais cette différence ne s’est pas révélée significative.

Dans le sud de l’Ontario, les deux seules espèces de monocotylédones ligneuses grimpantes sont le smilax à feuilles rondes et le smilax hispide. Dans la plupart des cas, les personnes qui connaissent les deux espèces n’ont aucune difficulté à les distinguer, mais certains spécimens stériles des deux espèces peuvent avoir un aspect similaire. Les spécimens grands et robustes de smilax hispide peuvent tout particulièrement ressembler à un smilax à feuilles rondes dépourvu d’aiguillons, jusqu’à ce qu’on remarque que la base des tiges est densément couverte de fins aiguillons, ce qui est caractéristique du smilax hispide. Le tableau 1 présente les principaux caractères distinctifs des deux espèces. Le smilax à feuilles rondes est la seule espèce du genre Smilax poussant en Nouvelle-Écosse.

Figure 1. Portion terminale de tiges femelles de smilax à feuilles rondes, avec fleurs et avec fruits (voir Holmes, 2002, p. 475).

Figure 1.  Portion terminale de tiges femelles de smilax à feuilles rondes, avec fleurs et avec fruits (voir Holmes, 2002, p. 475).

 

Tableau 1. Principaux caractères permettant de distinguer le smilax à feuilles rondes (Smilax rotundifolia) du smilax hispide (S. hispida = S. tamnoides), d’après Holmes (2002), Soper et Heimburger (1982) ainsi que Voss (1972).
Parties de la planteSmilax hispideSmilax à feuilles rondes
AiguillonsFins, cylindriques (à la manière d’épines), couvrant densément la base des tiges (parfois absents des parties médianes et supérieures des tiges)Épais, aplatis à leur base, normalement verts avec la pointe foncée, présents dans la plupart des parties des branches (mais souvent moins fréquents dans les parties supérieures de la plante)
Pédoncule des ombelles de fruitsAu moins deux fois la longueur du pétiole qui le sous-tend.Moins de deux fois la longueur du pétiole qui le sous-tend
Fruits mûrsFoncés, sans pruine cireuseAvec pruine cireuse blanchâtre
FruitsNombreux (10-25)Peu nombreux (5-12)
Section transversale des jeunes rameauxRonde ou faiblement anguleuseQuadrangulaire
Dessous du limbe des feuilles près du pétioleInermePortant souvent de minuscules aiguillons
RhizomesNoueux et courtsLinéaires

Le Smilax rotundifolia est bien illustré dans Soper et Heimburger (1982). Les illustrations de cette espèce ainsi que du S. hispida (= S. tamnoides) fournies par Gleason (1963) sont ambiguës.

Description génétique

Il semble qu’aucune étude génétique n’ait été réalisée sur l’espèce ni sur ses aires de répartition en Ontario et en Nouvelle-Écosse. Cependant, la prépondérance de clones unisexués isolés (voir tableau 2) parmi les populations ontariennes semble indiquer que la plupart de celles-ci sont issues d’une seule propagule (ou à tout le moins d’un très petit nombre de propagules) et ne reçoivent aucun flux génique d’autres populations. Chaque population est donc probablement très homogène sur le plan génétique. Les populations auraient donc pour origine de rares cas de dispersion, plutôt que d’être les vestiges d’une répartition autrefois beaucoup plus étendue. Cette hypothèse est appuyée par le fait qu’une seule des populations connues soit disparue du pays (voir tableau 2).

Tableau 2. État reproducteur, taille de la population et tendances aux sites oùse trouve le smilax à feuilles rondes en Ontario.
SiteÉtat reproducteur en 1994Note de tableauaTaille de la population en 1994Note de tableauaÉtat reproducteur en 2006Taille de la population en 2006
1Inconnu (pas de fruits)2 sous-population; 20-30 touffesPlantes non repérées
2Population unisexuée - mâle3 sous-population; 12-16 touffesAccès impossible à obtenir
3Mâle et femelle : fruits présents3 sous-population; ~ 50 touffesAccès refusé
4Population unisexuée - mâle3 sous-population; ~ 60 touffesAccès refusé
5Mâle et femelle : fruits présents1 sous-population; 7 touffesPas de fruitsPopulation localement abondante (plusieurs douzaines de touffes) et répandue en petites touffes sur une grande superficie (au moins 2 sous-population dans chaque terrain boisé)
6Population unisexuée - sexe inconnu (pas de fruits)1 sous-population; 12 touffesPas de fruitsTrois principaux secteurs; ~ 6 sous-population; > 100 touffes. Deux des sous-population renferment chacune plusieurs douzaines de touffes formant un enchevêtrement plus ou moins continu. Il existe sûrement d’autres sous-population plus petites dans ce secteur et dans plusieurs secteurs auxquels l’accès a été refusé.
7Mâle et femelle : fruits présents1 sous-population; 24 touffesUne des touffes en fruits.Trois sous-population observées, en étroite proximité. La plus grande mesurait environ 10 m de diamètre; les deux autres étaient constituées d’une seule touffe et de deux touffes.
8Population unisexuée - femelle1 sous-population; 11 touffesAucun fruit n’a été observé.La population s’étendait le long du chemin Garner sur 15 m et était plus large à une certaine distance du chemin, s’étendant sur au moins 30 m à certains endroits (mais l’accès à la propriété a été refusé). Population localement dense.
9Population unisexuée - sexe inconnu (pas de fruits)2 sous-population; ~ 6 touffesAucune touffe n’a été trouvée, mais on a refusé l’accès à la partie du boisé où l’espèce avait le plus de chances d’être présente.
10Population recenséePas de fruits.Abondant. Peuplement comprenant plusieurs milliers de tiges, très dense par endroits (espèce dominante), comprenant à la fois des individus grimpant haut dans les arbres et de petits individus d’aspect arbustif. Colonie principale occupant environ 0,7 ha (cartographiée).
11Population unisexuée - mâleImpossible d’obtenir l’accès au terrain en 2006. Les relevés réalisés par le MRNO en 2004 indiquaient au moins 5 colonies, dont une était « grande et vigoureuse ».Permission obtenue en 2007 par l’Office de protection de la nature de la péninsule du Niagara (OPNPN); M. Oldham a pu visiter le site le 25 mai 2007 avec des employés de l’OPNPN, dont A. Garofalo; plusieurs centaines de tiges, dont certaines grimpaient à 5 m ou plus dans les branches des arbres, les plantes formant une grande colonie linéaire d’environ 50-60 m x 5 m; toutes les fleurs vues et examinées étaient mâles; aucune menace n’était évidente.
12État non recenséPas de fruitsRépandue, formant une colonie d’environ 60 m x 7 m (cartographiée).
13État non recenséAucune touffe n’était visible de la route en 2006. En 2005, une équipe de terrain avait signalé une colonie d’environ 36 x 10 m. L’état reproducteur des plantes n’a pas été consigné (Brinker, comm. pers., 2006)
14Population sans doute disparuePopulation sans doute disparue
Note de tableau a

Les observations décrites pour 1994 sont tirées d’Ambrose (1994) et ont été faites au cours de la période s’étendant de 1982 à 1990.

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Unités désignables

Le smilax à feuilles rondes se rencontre au Canada dans deux régions très éloignées l’une de l’autre : le sud-ouest de l’Ontario et la plaine côtière du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. Ces aires de répartition peuvent être considérées comme deux « unités désignables », puisqu’elles sont situées dans des aires écologiques distinctes reconnues par le COSEPAC (plaines des Grands Lacs et Atlantique), et qu’elles affichent des statuts différents sur le plan de la conservation. En Ontario, la population des plaines des Grands Lacs est désignée « menacée » par les autorités provinciales ainsi que par le COSEPAC (2001), dans une mise à jour de rapport de situation accompagné d’un addendum. En Nouvelle-Écosse, les autorités provinciales considèrent que la population de l’Atlantique est « en sécurité », selon l’évaluation réalisée dans le cadre du programme Situation générale des espèces au Canada (Espèces sauvages, 2005).

Le présent rapport fournit des données sur les deux unités désignables, mais l’unité ontarienne est traitée plus en détail, étant donné le risque de disparition établi dans le premier rapport de situation (Ambrose, 1994). Peu d’information a été compilée sur les populations de Nouvelle-Écosse, car l’espèce ne fait pas l’objet d’un suivi par la province ni par le Centre de données sur la conservation du Canada atlantique, étant donné sa fréquence d’occurrence relativement élevée et son statut d’espèce apparemment non en péril (cote S4) à l’échelle de la province (NatureServe, 2006).