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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le smilax à feuilles rondes (population des plaines des Grands Lacs et population de l'Atlantique) au Canada – Mise à jour

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Dans l’ensemble de son aire de répartition, le smilax à feuilles rondes pousse dans une vaste gamme de milieux, tels que les bois humides, les landes à éricacées, les fourrés de rhododendrons et les champs abandonnés (Carey, 1994). En Ontario, l’espèce se rencontre normalement dans des milieux boisés humides à très humides, souvent sur sol sableux. Dans une étude sur les milieux dégagés du Connecticut, Niering et Goodwin (1974) ont observé que les clones de smilax à feuilles rondes croissent beaucoup plus rapidement dans les milieux humides que dans les milieux secs. Les auteurs imputent la croissance lente de l’espèce dans les milieux secs à la fois au stress dû à la sécheresse et à la consommation de la plante par les lagomorphes (lapins et lièvres). Dans le sud-ouest du Michigan, région située un peu plus près des populations de l’Ontario, Brewer et al. (1973) ont observé que le smilax à feuilles rondes est localement abondant dans les milieux sableux secs, généralement sous couvert arborescent clair.

Le smilax à feuilles rondes est à la fois une composante du sous-étage et une espèce pionnière de la succession végétale (Smith, 1974). Les semis ont peut-être besoin d’une clairière à sol perturbé pour pouvoir s’établir avec succès. L’espèce semble d’ailleurs privilégier les bois plutôt clairs (voir par exemple Brewer et al., 1973). En Virginie, Hall et Kuss (1989) ont observé que le smilax à feuilles rondes est plus abondant à proximité des sentiers que dans les secteurs inaccessibles, ce qui semble confirmer que l’espèce préfère les clairières et qu’elle serait résistante à la perturbation (Carey, 1994).

Les populations de l’Ontario sont situées à l’intérieur de la région forestière des feuillus définie par Rowe (1972), qui correspond à la zone floristique carolinienne (Carolinian Floral Region) de Scoggan (1978-1979) ainsi qu’à la province écoclimatique tempérée modérée (Groupe de travail sur les écorégions,1989). Selon la classification plus généralisée des milieux terrestres utilisée par le COSEPAC, les populations de l’Ontario se trouvent dans l’aire écologique des plaines des Grands Lacs (http://www.cosewic.gc.ca/images/cdn_National_ecological_f.jpg). Rien n’indique que le smilax à feuilles rondes ait jadis été commun dans cette région.

Selon les travaux de terrain réalisés pour le premier rapport de situation (Ambrose, 1994), les espèces d’arbres et d’arbustes fréquemment associées au smilax à feuilles rondes en Ontario sont les suivantes :

  • Acer rubrum
  • Quercus rubra
  • Quercus palustris
  • Carpinus caroliniana
  • Fraxinus americana
  • Sassafras albidum
  • Quercus alba
  • Hamamelis virginiana
  • Nyssa sylvatica

Les espèces suivantes sont occasionnellement associées :

  • Fraxinus pennsylvanica
  • Ulmus rubra
  • Quercus bicolor
  • Acer saccharum
  • Acer saccharinum
  • Fagus grandifolia
  • Viburnum acerifolium
  • Cornus florida
  • Castanea dentata

Les espèces suivantes sont peu fréquemment associées :

  • Populus grandidentata
  • Populus deltoides
  • Betula alleghaniensis
  • Liriodendron tulipifera
  • Prunus serotina
  • Tilia americana
  • Ulmus americana
  • Carya laciniosa
  • Carya glabra
  • Carya ovata
  • Juglans cinerea
  • Vitis riparia
  • Cornus racemosa
  • Lindera benzoin
  • Zanthoxylum americanum
  • Smilax tamnoides

Le smilax à feuilles rondes a déjà été observé avec le Cornus florida (espèce en voie de disparition selon le COSEPAC), l’Eurybia divaricata (espèce menacée selon le COSEPAC), le Juglans cinerea (espèce en voie de disparition selon le COSEPAC) et le Castanea dentata (espèce en voie de disparition selon le COSEPAC). L’Arisaema dracontium (espèce préoccupante selon le COSEPAC) était également présent dans le site 1, où le smilax à feuilles rondes n’a pas été retrouvé en 2006, mais où il pourrait encore être présent. Les autres espèces qui sont désignées rares à l’échelle de la province (cotes S1 à S3) par le Centre d’information sur le patrimoine naturel (Oldham, 1999) et qui ont été observées à proximité du smilax à feuilles rondes en Ontario sont le Carya glabra (S3),le Carya laciniosa (S3), le Nyssa sylvatica (S3), le Quercus palustris (S3), le Carex swanii (S3), le Carex squarrosa (S2) et le Desmodium rotundifolium (S2). Étant donné la prédilection du smilax à feuilles rondes pour les milieux de succession, il est intéressant de noter que l’espèce était associée à un peuplement ancien de Nyssa sylvatica dans le site 8 (données sur le spécimen Paul O’Hara s.n. – HAM16237).

Selon le biologiste M.F. Elderkin, du ministère des Ressources naturelles de la Nouvelle-Écosse, la plupart des populations de smilax à feuilles rondes de la Nouvelle-Écosse sont confinées aux bords de lacs du sud-ouest de la province, où elles ont une répartition caractéristique de nombreuses espèces végétales de la plaine côtière de l’Atlantique (M.F. Elderkin, comm. pers., 2006).

Tendances en matière d’habitat

En Ontario, sauf pour une partie des terrains boisés où se trouvent les sites 5 et 13, la majeure partie de l’habitat qui existait au moment de la préparation du rapport de situation de 1994 semble toujours exister (bien que certaines de ses caractéristiques puissent avoir changé).

Il n’en reste pas moins que l’espèce est passablement menacée par l’aménagement résidentiel, particulièrement dans le comté d’Essex, où elle est confinée à de petits terrains boisés isolés entourés de terres agricoles peu propices. De plus, même si de telles parcelles boisées existent toujours, elles ne conviennent pas nécessairement à l’espèce. Par exemple, dans le site 4, auquel l’équipe de terrain s’est vu refuser l’accès en 2006, la conversion de la moitié du boisé en un « enclos à chevreuils » nuit sans doute fortement au smilax à feuilles rondes. Quelle que soit la nature des modifications de l’habitat, toute densité élevée de cervidés menace sûrement la survie de l’espèce.

Dans la région du Niagara, où le bassin d’habitat potentiel est plus grand, les pressions de l’aménagement résidentiel sont sans doute encore plus fortes que dans le comté d’Essex. Une des populations de la région (site 13) est menacée par un projet actif d’améngagement (83 unités), tandis qu’une autre (site 7) persiste dans un terrain boisé relique à proximité d’une banlieue importante. Tous les sites de la région du Niagara (sauf peut-être le site 12, qui est situé dans un parc municipal) risquent de subir des pressions de l’aménagement, notamment dans le cadre du projet de « Corridor de transport Niagara – Région du Grand Toronto ». Le site 12 était autrefois deux fois plus étendu qu’aujourd’hui; il a été fragmenté pour la construction d’une route et de résidences (Garofalo, comm. pers., 2006).

Des pertes avaient déjà été signalées au moment de la préparation du rapport de situation d’Ambrose (1994), qui écrivait : « Même si on connaît maintenant un plus grand nombre de sites qu’auparavant, les pertes d’habitat en cours dans la région du Niagara semblent avoir causé une réduction récente et marquée de l’aire de répartition de l’espèce (G. Meyers, comm. pers.). La disparition d’un habitat connu de l’espèce a été relevée dans le comté d’Essex (M. Oldham, comm. pers.). »

Aucune information visant spécifiquement les tendances en matière d’habitat en Nouvelle-Écosse n’a été compilée, étant donné la stabilité relative des populations et le peu de menaces auxquelles elles sont exposées.

Protection et propriété

En Ontario, la majorité des sites se trouvent sur des terrains privés. Font exception :

  • certaines portions du site 6, qui appartiennent à l’Office de protection de la nature de la région de Long Point;
  • le site 12, qui est situé dans un parc municipal de Welland;
  • peut-être certaines portions du site 1 (mentionnées comme appartenant à l’Office de protection de la nature de la région d’Essex par Ambrose (1994), bien que le personnel de l’Office ait contredit cette affirmation durant une conversation en 2006).

Aucune information détaillée n’a été compilée sur la protection et la propriété de l’habitat en Nouvelle-Écosse, puisque l’espèce de fait pas l’objet d’un suivi par les autorités de cette province ni par le Centre de données sur la conservation du Canada atlantique. Cependant, on sait que certaines des populations se trouvent dans des aires protégées, notamment dans le parc national Kejimkujik et dans l’aire de nature sauvage Tobeatic.