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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC Baleine noire du Pacifique Nord (Eubalaena japonica) au Canada - Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

Chasse à la baleine

La traditionnelle chasse à la baleine autour du Japon et de la Corée a réduit de beaucoup la population de baleines noires dans l’ouest du Pacifique Nord (Gaskin, 1987). Dans l’est du Pacifique Nord, Monks et al. (2001) affirment que les tribus Nuu-chah-nulth (Nootkas) du centre et du nord chassaient les baleines noires, qu’ils poursuivaient chaque fois qu’ils en voyaient. Les Haïdas des îles de la Reine-Charlotte ont peut-être eux aussi chassé la baleine, bien qu’on ignore s’ils ont capturé des baleines noires (Acheson et Wigen, 2002). On sait que divers peuples autochtones de l’État de Washington capturaient les individus de cette espèce (Mitchell, 1979), mais qu’elle ne constituait généralement pas une cible de choix et que le nombre de prises n’était pas considérable (Brownell et al., 2001).

La chasse commerciale à la baleine dans des embarcations non pontées a débuté en 1835 dans le Pacifique Nord et s’est intensifiée surtout pendant la décennie 1839-1848, au cours de laquelle ont eu lieu environ 80 pour cent des prises commerciales historiques de baleines noires (Scarff, 1991, 2001). Le nombre estimé de prises de baleines noires par les baleiniers américains a totalisé au moins 14 500 animaux (Best, 1987; IWC, 1986), et Scarff (2001) estime que la mortalité totale reliée à la chasse à la baleine au cours de la période de 1839 à 1909, y compris les baleines touchées et perdues et les prises faites par des baleiniers non américains, se situe entre 26 500 et 37 000 animaux.

Bien que les baleines noires aient joui d’une certaine protection internationale dès 1935, les principaux pays qui en pratiquaient la chasse dans le Pacifique Nord, le Japon et l’Union soviétique, n’ont pas signé la convention internationale et ont continué de chasser la baleine noire jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale (Scarff, 1986). La première interdiction complète de chasse commerciale, y compris la chasse côtière, convenue par tous les principaux pays exploitants du Pacifique Nord n’est entrée en vigueur qu’en 1946. Cependant, la « chasse à des fins de recherche » étant toujours autorisée aux termes de ce traité, le Japon a capturé légalement 13 baleines noires et l’Union soviétique, dix, au cours des décennies 1950 et 1960.

La chasse illégale dans le Pacifique Nord s’est également pratiquée à une échelle beaucoup plus importante. Brownell et al. (2001) ont pris en compte la chasse illégale pratiquée par l’Union soviétique afin de décrire la situation actuelle des baleines noires du Pacifique Nord. Des centaines de baleines noires ont été capturées illégalement dans les îles Kouriles et la mer d’Okhotsk, et 372 ont été tuées dans l’est du Pacifique Nord, principalement dans le golfe de l’Alaska et le sud-est de la mer de Béring (Yablokov, 1994; Zemsky et al., 1995; Tormosov et al., 1998; Doroshenko, 2000; Brownell et al., 2001). Les populations restantes ont peut-être commencé à se rétablir de la chasse commerciale intensive, mais dans les années 1960, les prises illégales des Soviétiques ont compromis ce rétablissement (Brownell et al., 2001).

Dans les eaux canadiennes, la chasse à la baleine n’est pas interdite aux Autochtones, qui ne la pratiquent cependant pas actuellement en Colombie-Britannique. Dans l’éventualité où les Autochtones se remettraient à pratiquer la chasse à la baleine en Colombie-Britannique, il est fort peu probable que les baleines noires en seraient la cible.

Nombre d’individus et diversité génétique

Les baleines noires de l’est du Pacifique Nord forment une population dont la taille est dangereusement réduite (peut-être quelques dizaines d’animaux); le taux de reproduction doit être faible, à cause des effets démographiques de la petite taille de la population, ce qui les expose aussi fortement à des effets stochastiques éventuels, susceptibles de compromettre leur rétablissement.

Circulation maritime et collision avec les navires

Les collisions avec les navires constituent la principale cause de mortalité d’origine humaine documentée chez les baleines noires de l’ouest de l’Atlantique Nord (Knowlton et Kraus, 2001). À ce qu’on sache, elles ne sont pas une cause de mortalité dans l’est du Pacifique Nord. Cependant, les effets de cette menace ne sont probablement déclarés qu’en partie pour toutes les baleines présentes au large de la côte ouest du Canada, vu le caractère isolé de la majeure partie de cette côte.

Enchevêtrement dans les engins de pêche

L’enchevêtrement dans les engins de pêche est une autre cause de mortalité importante chez les baleines noires de l’ouest de l’Atlantique Nord (Kraus, 1990; Kenney et Kraus, 1993; Knowlton et Kraus, 2001; Clapham et al., 1999; IWC, 2001b). Il est possible que les baleines noires de l’est du Pacifique Nord soient aussi vulnérables à cette cause de mortalité, car on emploie des engins de type semblable dans leur aire historique. T. Miyashita a observé une baleine prise dans un filet en mer d’Okhotsk en 1992 (Brownell et al., 2001). La pêche au filet maillant en Russie a causé la mort de deux baleines noires, l’une en 1983, l’autre au large de la péninsule du Kamtchatka (Russie) en 1989 (NMFS, 1991; Kornev, 1994). Bien qu’on n’ait jamais signalé de baleines prises dans des engins dans la mer de Béring ni plus au sud, dans les eaux canadiennes, il y a de grandes pêcheries dans l’est de la mer de Béring et les engins de pêche peuvent être considérés comme une menace pour les baleines noires.

Bruit

Il semble que les baleines noires se servent de sons pour communiquer, s’orienter, attirer leurs partenaires ou détecter leurs prédateurs et leurs proies (Clark, 1994; McDonald et Moore, 2002). Les principales activités humaines qui sont à la source de bruits ambiants sont la prospection sismique du pétrole et du gaz, les sonars actifs et les essais d’explosifs par les militaires, les bruiteurs sous-marins utilisés pour éloigner les mammifères marins des filets de pêche et des parcs à poissons, les expériences en mer produisant un volume sonore élevé et le niveau de bruit croissant du trafic maritime courant (Anonyme, 2000).

Le bruit d’origine humaine risque de brouiller les communications acoustiques, car la forte énergie sonore émise par les navires chevauche les basses fréquences des signaux émis par les baleines noires (Richardson et al., 1995; Kenney, 2001). Il est possible qu’un haut niveau de bruit ambiant dans l’océan amène les animaux à s’éloigner de leurs voies migratoires ou d’habitats importants ou qu’il perturbe les facultés de communication des baleines noires, par exemple la transmission des appels nuptiaux sur une longue distance, ce qui pourrait réduire les possibilités d’accouplement. De telles activités devraient être jugées préoccupantes dans les eaux canadiennes, notamment dans les secteurs où on observe déjà, ou on prévoit, la prospection du pétrole et du gaz, la construction de pipelines, un trafic maritime intense ou des exercices militaires.

Changement climatique et approvisionnement en nourriture

Les changements de régime causés par le climat peuvent imprimer de profondes transformations aux relations écologiques sur de vastes régions océanographiques (Francis et Hare, 1994); ces transformations se manifestent plus vite aux niveaux trophiques inférieurs des écosystèmes marins (Benson et Trites, 2002). Les baleines noires se nourrissent exclusivement de zooplancton, surtout des copépodes calanoïdes de taille relativement grande. Elles ne consomment qu’un petit nombre d’espèces de proies et ont besoin de fortes concentrations de ces proies. La présence de ces concentrations dépend de facteurs physiques tels que la structure de l’eau, les courants et la température. Cette combinaison du petit nombre d’espèces de proies et de la nécessité de fortes concentrations de ces proies, dont la présence dépend de facteurs physiques, pourrait rendre la baleine noire plus sensible que d’autres cétacés aux effets de l’évolution du climat mondial (Kenney, 2001).

Pollution

L’effet de la pollution et des contaminants sur le rétablissement de la baleine noire dans l’est du Pacifique Nord est inconnu. En général, les baleines noires se nourrissent de copépodes à des profondeurs variables de la colonne d’eau, de la surface jusqu’au fond. Dans les zones de convergence et les nappes d’hydrocarbures où les courants de surface concentrent les débris jetés à la mer, elles risquent d’ingérer des contaminants, du pétrole et des déchets flottants.