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Programme de rétablissement de la tortue luth

Habitat

2.9 Exigences en matière d’habitat

On ne peut espérer protéger et rétablir la tortue luth sans connaître parfaitement tous les types de milieux nécessaires à sa survie ainsi que la façon dont elle les exploite dans le temps et dans l’espace. Or, à l’heure actuelle, nous possédons peu de données à cet égard (COSEPAC, 2001). Le détail des migrations de la tortue luth notamment échappe à notre connaissance, en partie parce que ces migrations se produisent en haute mer et sur de très grandes distances (Lutz, 2003). Cependant, des études récentes et d’autres en cours augmenteront bientôt nos connaissances sur les exigences de la tortue luth en matière d’habitat dans l’Atlantique nord-ouest.

Nidification

On sait peu de choses au sujet des habitats de reproduction de la tortue luth. Eckert et Eckert (1988) croient que l’accouplement et la nidification n’ont pas lieu aux mêmes endroits et que c’est après l’accouplement que les femelles entreprennent leur migration vers les plages de nidification. Les tortues luths pondent tous les 2 à 3 ans sous les tropiques, sur des plages de sable dégagées, balayées par les vagues et généralement accessibles depuis des eaux assez profondes. Le plus grand rassemblement de ponte dans l’ouest de l’Atlantique est en Guyane française et au Surinam (Pritchard et Trebbau, 1984). Il existe d’autres rassemblements importants de tortues luths dans l’océan Atlantique et dans la mer des Caraïbes, notamment aux îles Vierges américaines (principalement Sainte‑Croix), à Porto Rico, dans le sud‑est de la Floride, en Guyane, en Colombie, à Panama et au Costa Rica (NMFS et USFWS, 1992). On connaît mal les besoins des nouveaux‑nés et des juvéniles en matière d’habitat.

Alimentation

La tortue luth se rencontre normalement dans des zones de forte productivité, notamment le long de fronts océaniques et des gradients verticaux qui les accompagnent (Lutcavage, 1996). Les recherches réalisées par James (comm. pers.) pour sa thèse de doctorat indiquent que les tortues luths adultes se rassemblent le long de fronts océaniques et à certains endroits où circulent des courants océaniques particuliers : fronts de talus continental, fronts de remontées d’eau et lisières des courants de frontière ouest (James et al. 2005a) Ce comportement s’explique probablement par la concentration de cténaires qu’on trouve à ces endroits. On pense donc que l’habitat de la tortue luth adulte est déterminé par l’abondance de proies et que la tortue luth adulte n’approche des côtes que pour y exploiter l’abondance saisonnière de méduses.

Les tortues luths adultes et subadultes entreprennent de longues migrations pour remonter des basses latitudes jusqu’à la côte atlantique canadienne. On ne sait pas quelle proportion de la population de tortue luth de l’Atlantique effectue cette migration, mais c’est en grands nombres que l’espèce quitte chaque année les aires de nidification de la Floride et de l’Amérique Centrale et du Sud (Guyane française, Surinam, Costa Rica, Panama, Trinidad, Antilles) pour venir s’alimenter dans les eaux canadiennes de l’Atlantique. Celles-ci comptent donc parmi les principales aires d’alimentation de l’espèce, qui y trouve peut‑être une densité de proies peu commune dans d’autres partie de l’Atlantique nord-ouest.

Les mentions répertoriées, les données de télémesure et les données recueillies par les observateurs des pêches indiquent que la plupart des tortues luths pénètrent dans les eaux canadiennes de la plate-forme et du talus entre la fin mai et septembre; elles peuvent demeurer plusieurs mois dans les eaux canadiennes, parfois jusqu’à la mi‑décembre. À l’automne, certaines quittent les eaux de la plate-forme pour aller se nourrir en haute mer avant de redescendre vers le sud. Il semble(Goff et Lien, 1988)qu’un petit nombre passe l’hiver en eaux canadiennes; ce comportement s’écarte toutefois du comportement migrateur normal de l’espèce.

Durant la période d’alimentation, soit en été et en automne, la tortue luth est largement répartie dans les eaux de la plate-forme continentale au large du nord‑est des États-Unis, de la Nouvelle‑Écosse et du sud de Terre-Neuve. Bien que l’abondance de l’espèce ainsi que sa répartition spatiale et temporelle dans les eaux canadiennes varient sensiblement d’une année à l’autre, il semble que certaines aires d’alimentation sont fréquentées tous les ans.

La tortue luth se rencontre au large de la côte sud‑ouest de la Nouvelle‑Écosse durant toute la saison d’alimentation et au large des côtes sud et est du cap Breton à la fin de l’été et à l’automne. Elle est rarement aperçue dans la moitié nord du golfe du Maine et dans la baie de Fundy. Il arrive souvent qu’on puisse l’apercevoir au large de la côte sud de Terre‑Neuve, des îles de la Madeleine et de la côte nord de l’île du Cap‑Breton (golfe du Saint‑Laurent) durant la saison d’alimentation.

Certaines tortues luths passent de longues périodes dans la même aire d’alimentation (par exemple dans les eaux du talus continental, à l’est du chenal de Fundy); d’autres changent après quelques semaines, fréquentant ainsi plusieurs aires, parfois différentes, tant dans les eaux américaines que canadiennes. Le suivi d’individus munis de dispositifs de localisation par satellite alors qu’ils se trouvaient dans les eaux de la plate-forme continentale a révélé qu’en règle générale ils ne s’éloignaient pas beaucoup ni longtemps du bord de la plate-forme en quête de nourriture. Cependant, compte tenu des prises accessoires de tortues luths par les pêches hauturières pratiquées sous les hautes latitudes(Witzell, 1999; Lewison et al., 2004), il est raisonnable de penser que certains individus gagnent les eaux de la plate-forme après avoir passé du temps à se nourrir en haute mer tandis que d’autres demeurent en haute mer, y passant tout l’été et tout l’automne(Eckert, 1998).

Le régime alimentaire de la tortue luth durant son séjour dans les eaux de l’Atlantique nord a été étudié, et les espèces de méduses dont elle se nourrit ont été identifiées (Hartog et Nierop, 1984; Holland et al., 1990; Bleakney, 1965; James et Herman, 2001). La biologie des méduses de cette région est cependant relativement peu connue. Il est possible que des variations dans l’abondance et la répartition des méduses expliquent en partie les variations d’une année à l’autre du nombre de tortues luths migrant vers les eaux canadiennes et des moments et des lieux où elles se concentrent.

3.0 Habitat essentiel[1]

L’habitat essentiel est défini à l’article 2 de la Loi sur les espèces en péril comme étant l’« habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d'une espèce sauvage inscrite, qui est désigné comme tel dans un programme de rétablissement ou un plan d'action élaboré à l'égard de l'espèce ».

Bien que les recherches scientifiques continuent d’augmenter les connaissances sur les besoins de la tortue luth en matière d’habitat dans les eaux canadiennes, il n’est pas encore possible de déterminer quel est l’habitat essentiel de l’espèce. La LEP précise que si l’information disponible est insuffisante pour déterminer l’habitat essentiel de l’espèce, il faut établir un calendrier des études nécessaires pour le définir.

L’annexe II présente une liste des activités de recherche et de surveillance qui constituent collectivement « un calendrier des études nécessaires ». Il est à espérer que les résultats de ces travaux permettront à Pêches et Océans Canada de définir l’habitat essentiel de la tortue luth de l’Atlantique afin d’élaborer un plan d’action pour le rétablissement de l’espèce.



[1] Le programme de rétablissement doit comporter « la désignation de l'habitat essentiel de l'espèce dans la mesure du possible, en se fondant sur la meilleure information accessible, notamment les informations fournies par le COSEPAC ». [LEP, par. 41(1)c)].