Avertissement Cette page Web a été archivée dans le Web.

Contenu archivé

Information archivée dans le Web à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Cette dernière n'a aucunement été modifiée ni mise à jour depuis sa date de mise en archive. Les pages archivées dans le Web ne sont pas assujetties aux normes qui s'appliquent aux sites Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique sur les communications et l'image de marque.

Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Programme de rétablissement de la tortue luth

2.6 Taille et tendances des populations

2.6.1 Population mondiale

Espèce essentiellement pélagique, la tortue luth est difficile à recenser. Les estimations d’abondance des populations sont fondées sur le nombre de femelles adultes recensées sur les plages de nidification. Selon Pritchard (1982), il y aurait eu en 1980 environ 115 000 femelles reproductrices de l’espèce dans le monde. En 1995, après avoir étudié les données recueillies sur 28 plages de nidification à travers le monde, Spotila et al. sont arrivés à une estimation de 34 500 femelles reproductrices, avec un minimum possible de 26 200 et un maximum possible de 42 900, (Spotila et al., 1996).

Ces chiffres reflètent un déclin important dans plusieurs lieux de nidification, en particulier dans le Pacifique (Chan et Liew, 1996; Steyermark et al, 1996; Eckert et Sarti, 1997), où l’espèce semble menacée de disparition imminente (Spotila et al., 2000). Par exemple, à Terengganu, en Malaisie, 3 103 tortues luths sont venues pondre en 1968, 200 sont venues en 1980, et seulement 2 en 1994 (Chan et Liew, 1996). On constate un déclin semblable à Playa Grande, au Costa Rica, où le taux annuel de mortalité chez les femelles reproductrices dépasse 30 % (Spotila et al., 2000).

Sauf pour quelques localités (St. Thomas, etc.) où la tortue luth ne vient plus pondre, la situation des femelles reproductrices dans l’est de l’Atlantique et les Antilles semble stable. Les relevés effectués dans le sud‑est de la Floride indiquent même une augmentation des activités de nidification; il importe cependant de souligner qu’il y a eu une intensification des relevés dans cette région, mais les relevés n’ont pas été poussés au‑delà de la région.

Dans l’ouest de l’Atlantique, le principal lieu de rassemblement de la tortue luth se trouve sur la côte nord de l’Amérique du Sud, en Guyane française et au Surinam. Le nombre de femelles venant pondre dans la région frontalière de ces deux pays est en déclin depuis 1992 (Chevalier et Girondot, 1998). Selon les données récentes pour l’ouest de l’Atlantique, le nombre de femelles reproductrices serait passé de 18 800 en 1996 (Spotila et al., 1996) à 15 000 en 2000 (Spotila, comm. pers.).

Il est possible que les femelles délaissent les plages de la Guyane française, dégradées par l’érosion, pour aller pondre plutôt sur celles du Surinam. Il semble néanmoins que dans l’ensemble les activités de nidification ont diminué depuis 1987 (NMFS SEFSC 2001). À défaut d’information permettant de savoir si les tortues luths nidifiant dans l’ouest de l’Atlantique ont changé ou non de lieu de ponte, on peut supposer que la population connaît une mortalité plus importante que ce qu’elle peut tolérer.

Plusieurs chercheurs se sont fondés sur des relevés aériens ou réalisés à bord de bateaux pour estimer l’abondance saisonnière de la tortue luth dans les eaux de la côte continentale des États-Unis (voir par exemple Hoffman et Fritts, 1982; Shoop et Kenny, 1992; Epperly et al., 1995). Après trois années de relevés, Shoop et Kenney (1992) ont conclu qu’il y avait en moyenne 6,85 tortues luths par 1 000 km entre les eaux au sud de la Nouvelle‑Écosse et le cap Hatteras, en Caroline du Nord. La latitude moyenne pour les observations était 40°05’N, et la température moyenne de l’eau, 20,4 °C. Selon les estimations de ces auteurs, la population en été pour l’ensemble de la zone étudiée se situait entre 100 et 900 individus; il s’agit d’un minimum basé sur le nombre de tortues observées à la surface de l’eau. Nous n’avons pas encore d’estimations comparables de l’abondance de la tortue luth dans les eaux canadiennes, les quelques relevés linéaires aériens ou relevés par transects depuis des bateaux qui ont été réalisés ayant été axés sur les cétacés. Les estimations dont nous disposons sont fondées sur des données fournies à titre volontaire par les pêcheurs commerciaux qui tiennent compte des spécimens observés en pêchant ou en naviguant entre les lieux de pêche et les ports. Des données sur les observations et les tortues luths empêtrées ont aussi été recueillies dans le cadre de sondage téléphoniques et postaux, ainsi que par l’entremise des organismes qui interviennent auprès des animaux échoués ou empêtrés dans des engins.  

2.6.2 Population fréquentant les eaux canadiennes de l’Atlantique

 Les données actuelles comprennent un nombre relativement important de mentions de l’espèce pour plusieurs zones de pêche très fréquentées le long de la plate‑forme néo‑écossaise (James, 2000; James et al., 2005a et 2005b) et de la côte sud-est de Terre-Neuve (MPO, 2005). Il est raisonnable de penser que les observations et les captures accessoires de tortues luths sont plus fréquentes dans les principales zones de pêche, de sorte que le nombre de mentions pour ces zones est biaisé. L’absence de données d’abondance et de répartition de l’espèce pour l’ensemble de la région interdit toute estimation valable de la population fréquentant les eaux canadiennes de l’Atlantique.

En 1998 et 1999, 300 observations de tortues luths ont été répertoriées dans le cadre d’un projet conjoint réunissant des pêcheurs et des scientifiques, désigné sous le nom de Nova Scotia Leatherback Turtle Working Group (NSLTWG). Ce groupe a été créé dans l’Est du Canada afin d’étudier la répartition de la tortue luth dans le nord‑ouest de l’Atlantique (James, 2000). Leurs observations donnent à croire que la population de tortue luth fréquentant les eaux canadiennes de l’Atlantique en été est peut‑être supérieure à l’estimation de 100 à 900 individus (Shoop et Kenney, 1992) pour une région beaucoup plus grande le long de la côte du nord‑est des États‑Unis.

Les estimations d’abondance fondées sur les relevés aériens ou réalisés à bord de bateaux sont forcément modérées, puisque ces relevés ne tiennent compte que des tortues aperçues à la surface de l’eau, et non de celles nageant à diverses profondeurs (Shoop et Kenney, 1992). En l’absence de relevés aériens en haute mer et de données de prises accessoires dans les engins de pêche, il n’est pas possible de se prononcer sur la taille et les tendances de la population de tortue luth fréquentant les eaux canadiennes de l’Atlantique.